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De la vache laitière au toro bravo

Publié le par Cositas de toros

                 Dámaso González

 

            Dámaso González Carrasco, décédé le samedi 26 août 2017, voici 4 ans, était l’une des grandes figuras de la tauromachie des années 1970/80 avec Manzanares, Paquirri et El Niño de la Capea.

 

1994

 

     Albacete s’est réveillé ce samedi 26 août sous la rumeur qui, bientôt, est devenue une bien triste nouvelle : Dámaso est mort. Dámaso avait 68 ans, González Carrasco avait consacré sa vie au toro. C’était EL TORERO, au singulier et en majuscules, de la capitale de la Mancha.

Un cancer des os rapide l’a emporté. Le jour même de sa mort, la sculpture que Pedro Requejo avait réalisée pour lui devant les arènes "La Chata" était remplie de fleurs en hommage à l’un des siens.

     Dámaso est né le 11 septembre 1948 en pleine Feria de la Virgen de los Llanos, dont il a combattu de nombreuses tardes – 87 fois lors de la Feria –, et quitte cette terre moins de deux semaines avant la célébration du centenaire de la plaza lors de la prochaine feria.*

Il a porté son premier costume de lumières le 27 août 1966 et il a combattu en public pour la dernière fois à Albacete, le 16 septembre 2003. En octobre 2011, il torée, alors spectateur durant un festival au profit de la famille du subalterne Manuel Montoya.

Durant sa vie de torero, celui qui fut connu au tout début sous le nom d’El Lechero, issu d’une famille éleveuse de vaches laitières – il travaillait dans la laiterie familiale –, n’a cessé de se battre pour que la course caritative d’Asprona et le festival de Cotolengo soient une réalité.

     Dans la chronique de sa confirmation d’alternative, le 14 mai 1970, Antonio Díaz-Cañabate le jugeait ainsi : « Le sixième est un toro de Galache, réservé et tardo. Vous devez le combattre. Dámaso s’expose avec courage, mêlé de courage. Le courage triomphe et le torero emmène le toro où il ne veut pas aller. »

 

     En 1969, après avoir réussi à Barcelone et à Madrid, il prend l’alternative à Alicante des mains de Miguelín, Paquirri étant le témoin. Il confirme l’année suivante, le 14 mai. Les graves coups qu’il a subis à Almansa, Castellón et Málaga, ne l’ont pas empêché de gravir les échelons. Il est sorti a hombros de Las Ventas en 1979 et 1981. Il a pris sa retraite, pour la première fois, à Valladolid, le 20 septembre 1988. L’insistance de son compatriote Manuel Caballero le fait revenir dans les ruedos pour lui donner l’alternative à Nîmes, le 20 septembre 1991. Encouragé par le succès, il repart au combat.

 

     En 1993, il gracie à Valence, le toro "Gitanito" de Torrestrella ; à Tarazona de la Mancha, "Pestillito" de Samuel Flores.

     En son temps, l’écrivain Fernando Claramunt a écrit qu’en 1956, il y avait un torero à Albacete pour 286 habitants. Tous, sans aucun doute, regardaient la calle de la Feria et rêvaient de combattre un jour dans "La Chata", les arènes de la capitale de la Mancha, plaza centenaire en cette année 2017. Seuls certains l’ont fait, bien sûr. Dans les années 50, les aficionados étaient divisés entre les locaux Juan Montero et Pedro Martínez "Pedrés", ce dernier avec une carrière plus longue. Mais la grande idole sera Dámaso González détenant le record à "La Chata" avec 102 paseos (données par le magazine 6Toros6) suivi de Manuel Caballero avec 51.

Albacete © Manuel Podio

     Malgré son courage, il n’avait pas la faveur de la foule comme il l’aurait méritée, public d’Albacete mis à part. Petit, visage souffreteux, il n’avait rien de comparable physiquement avec L.M. Domínguin ! Avec la gueule et la plastique du "número uno", il aurait été adulé par tous les aficionados de toutes régions, lui, le courageux, le dominateur, venant à bout des tíos, toujours sur le fil de la corne, la muleta en balancier et dans un mouchoir de poche, et jamais vulgaire comme certains le prétendirent. Ojeda ou Tomás n’ont rien inventé !

     Dámaso débuta à Mont-de-Marsan le 19 juillet 1970 combattant des Cuadri et fit 13 fois le paseo, coupant 13 oreilles ; dernière apparition, le 20 juillet 1993 lors d’une corrida-concours : Murube et Cebada Gago. Triomphateur de la Madeleine 86, deux pavillons à son second Miura.

     À Bilbao, il défila à 29 occasions tout comme Rafael Gómez "El Gallo". La première fois, le 23 août 1969 accompagné d’El Viti et Paco Camino ; despedida dans les arènes de Vista Alegre, le 18 août 1993, toros de Baltasar Ibán.

     Il a combattu plus de 1 200 toros tels que Miura, Victorino Martín, Pablo Romero, Guardiola, Cuadri, Nuñez, Torrestrella, Jandilla ou Atanasio, Buendia Murteira Grave…

 

     Le 15 septembre 2015, sa statue a été inaugurée devant la plaza de su tierra.

     Il a reçu, à titre posthume, la Médaille d’or du Mérite des Beaux-Arts 2017. C’est bien trop souvent que les médaillés de tout poil reçoivent la décoration postmortem… Ils doivent pourtant en avoir besoin pour s’acquitter du droit de passage sur le Styx, Charon veille au grain !

 

* La plaza, propriété municipale, a été construite à l’initiative du maire, Francisco Fontecha. En 1916, il considérait que l’ancienne arène inaugurée en 1829 réclamait un remplacement. À cet effet, une société anonyme a été créée pour la construction et l’exploitation du nouveau ruedo, sur le terrain de l’ancien. Les travaux débutent le 17 février et moins de neuf mois plus tard, le 9 septembre, "La Chata" est inaugurée. À l’affiche, des toros de Fernando Villalón pour le Mexicain Rodolfo Gaona, Joselito "El Gallo" et Saleri II. El Gallo, grande figure de l’époque avec Juan Belmonte, a coupé les deux premières oreilles.

     La plaza est considérée d'architecture de type mudéjar, classée en 2e catégorie, hébergeant 10 000 spectateurs.

                                                                Gilbert Lamarque

 

 

                                                              

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