Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

MODERNITE

Publié le par Cositas de toros

 

       La corrida "moderne" implique la faena "moderne" dépourvue du ligazón.

 

     Luis Miguel Dominguín déclarait : «… Ensuite, lier. Si un toro admet cinq, six, sept passes, quelles qu’elles soient, elles doivent être liées. Là où la passe s’achève, il faut reprendre le toro et le conduire jusqu’à la terminaison de la suivante et enchaîner la troisième. Une passe ici, une autre plus loin, aussi bonnes soient-elles ne font pas se lever les gens, et pourtant les gens vont à la plaza avec l’espoir de se lever pour applaudir. Telle est mon opinion, sans prétendre détenir la vérité. »

 

     Aujourd’hui, c’est l’excès de derechazos, de demi-passes, de molinetes, du clinquant inefficace car au bout du compte, le toro n’est pas toréé et encore moins dominé : une faena faite de bribes, de fragments.

     À ce toro non dominé, le torero s’expose à l’ultime difficulté : à l’instant de la mise à mort, la bête bouge et l’homme éprouve quelques problèmes pour cadrer le toro et porter l’estocade. Le toro "moderne", ni original, ni avant-gardiste mais futuriste, hélas, manquant de bravoure et accusant de la faiblesse ne permet pas au diestro, les sempiternelles séries de derechazos en ligne ou en rond qui sont, actuellement, la base de la faena "moderne". C’est monotone, pauvre, improductif.

 

 

     Comme l’écrivait El Tío Pepe (Jean-Pierre Darracq) dans Genèse de la corrida moderne : « … En effet, c’est en début de faena, lorsque le toro, reposé du tercio de piques, ayant couru aux banderilles, a retrouvé la vigueur de l’élan qu’il convient de l’attaquer à gauche, aussitôt après un aller-retour par le haut, ou encore suite à une trinchera et une passe de la firma. Certes, les naturelles à toro vif seront davantage périlleuses que celles de fin de faena, mais le risque sera compensé par l’efficacité, autrement dit la domination. "Joselito", Marcial Lalanda attaquaient ainsi ; et surtout, un fois le combat engagé, ils ne donnaient plus à l’adversaire le temps de respirer. Faenas courtes ou moyennes, conduites sans répit, où la main droite au moment de l’estocade, portée sans entracte, car le matador tenait en main l’épée qui tue. Entre ce procédé énergique, viril, où la notion de lutte à mort conservait tout son sens, et le préfabriqué actuel – ces lignes ont été écrites en 1989 et 1990, ndlr –, la différence est si sensible que si j’en avais le pouvoir j’opterais sans hésiter pour un retour à la période 1929-1939. (On notera que, comme par hasard, le néfaste "Manolete" a pris l’alternative en 1939, et la Fiesta n’en a jamais guéri.) »

 

     Et ça, c’est envoyé !

 

   

     En 1975, El Tío Pepe s’entretenait avec le maestro Luis Fuentes Bejarano à Séville. Celui-ci attachait la plus grande importance à l’unicité de la faena de muleta : « … au bout de quelques années je suis arrivé à la conclusion qu’il n’existe qu’une seule règle immuable : lier la faena. Pour moi, cela signifie être toujours au même endroit, à la même place ( en el mismo sitio). Quand on donne une passe, peu importe comment, l’important c’est surtout de ne pas faire ces ridicules petits sauts en arrière afin de se replacer de nouveau devant le toro. Le torero doit se placer toujours sur son terrain propre, sans permettre au toro de le lui manger (sic). Une passe peut être aussi bonne qu’on voudra, mais si, pour engendrer la suivante, il faut céder du terrain au profit d’un autre terrain qui n’est plus le tien la passe est mauvaise. L’important, c’est que le torero reste toujours à sa place, sans autre correctif que la nécessité indispensable de tourner sur ses pieds afin d’être prêt à enchaîner la passe suivante. »

 

     Il faut tenir compte de ce que tous les toros ne se prêtent pas à une faena liée et templada. Liée, peut-être, mais liée et templada à la fois, voila un autre problème quand le toro devant vous lance des derrotes ou serre sur un côté, ou alors qui avance au pas, qui s’arrête à la moitié du voyage… Souvent, certains toros ont été mal piqués et si souvent trop en arrière !

 

     El Tío Pepe rajoutait ceci : « Une faena liée, commencée et terminée dans le même terrain, ou dans un terrain très proche, est une faena plutôt courte, car une faena courte est une faena qui va a más ; au contraire, plus la faena s’allonge, moins elle est liée, et, fatalement, elle va a menos. Trop de toreros cèdent à cette exigence stupide des publics qui réclament davantage de passes, et cette concession démagogique est préjudiciable à l’unicité de la faena : la faena perd valeur et intérêt. »

 

     Il est bien évident que les toros que l’on "consomme" aujourd’hui, sont en grande partie responsables du confus et du désordre des faenas. Quelle faena devant un toro immobilisé, asphyxié, étouffé par sa graisse, tombant au sol, dont le torero provoque la "charge" par un coup d’épée sur le mufle ?

     Toréer, c’est lié des passes. Le ligazón est la condition de l’efficacité. Et comme l’écrivait encore le "Tío" : « C’est ce que l’on devrait enseigner dans les écoles de tauromachie, plutôt que de fignoler les derechazos. »

 

     Et toc, deuxième envoi !

 

          « Je vous préviens, cher Myrmidon,

           Qu’à la fin de l’envoi, je touche ! »

                 Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

 

     Le "Tío", en plein dans le mille !

                                                                       Gilbert Lamarque

 

 RECTIFICATIF

 

20/09/2020. Photo Armelle Douet

Précisions de la part d'Hugo Boudé.

 

      "... Je m'entraîne chez Denis Labarthe qui m'a pris sous son aile à Soustons, les week-end et non à Lachepaillet. Dans les arènes de Bayonne, c'est en semaine, et je m'y entraîne avec Alexis Ducasse et Lionel Lohiague. Mais celui dont on peut dire qu'il est mon "mentor" est bien Denis Labarthe. A très bientôt. Abrazos." 

 

20/09/2020. Photo Armelle Douet
20/09/2020. Photo Armelle Douet

 

Voir les commentaires

NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"

Publié le par Cositas de toros

   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"

 

Casanueva, dimanche 20 septembre

 

     Une tête bien faite unie à des épaules carrées, un regard atlantique, des crins noirs à rendre jaloux un Fraile, c’est sûr, ce garçon ne "tientera" pas que des vaches !

Et si dans un futur proche mais non flou et approximatif, il envoûte avec la percale et caresse avec la flanelle !!… alors là !

 

          Et pour une fois, le beau temps vint de l’océan.

 

     Hugo Boudé, ce fringant petit Veragua à l’œil vif, buriné par les embruns, 19 ans, issu des bords de l’Océan à Capbreton, avait déjà tripatouillé, manié la cape et la muleta comme d’autres l’encensoir et le goupillon – peu nombreux aujourd’hui –, avant  de tâter de la "béchigue" au royaume de l’Ovalie ; et où ça, allez-vous me demander ? En pays bayonnais avec les Crabos de l’Aviron !

Alors ici, nous soupçonnons quelques autres qualités du chico.

 

Reflet du ciel sur la margelle Ph. G. Lamarque

    Dimanche 20 septembre, nuages noirs sur terres chalossaises, déchargeant en quelques volées haineuses une pluie qui ne réussit pas à troubler la fête de la Peña Casanueva, dans les magnifiques arènes de Pirette que tout ganadero de la France méridionale envie.

Plus de 110 fidèles et disciples venus communier, 66 parapluies, 49 ponchos, 6 bonnes vestes de cuir, 14 autres qui prirent l’eau, 12 casquettes inutiles et un certain nombre de crânes nus mais luisants, certains ruisselants, se sont égayés, accoudés au mur de l’enceinte.

     Et nous tous, nous avons découvert cet Hugo bâti comme un talonneur mais aux gestes parfois précis, toujours appliqués, conseillé lors de la tienta matinale de deux vaches, par ce maestro précieux lors des tentaderos tant en France qu’en Espagne, Marc Serrano. Dans ses conseils il était notamment question de poignet.

    Belle surprise que d’apercevoir un jeune inconnu, un landais ayant déjà fourbi ses premières armes, tout d’abord sur d’autres coteaux gascons, chez Jean-Louis Darré, et par la suite, il y a peu, à Plaisance du Gers lors du tentadero des Amis du Lartet, entouré de Maxime Solera et Yon Lamothe.

Le brun à la tête bien pleine – Montaigne écrivait : « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine. » et quand on possède les deux ? – l'enfant des bords atlantiques, a aussi les pieds bien fixés sur le sable du rivage, ici sur cette terre rouge bien particulière de la placita de Pirette, terre qui absorbe l’eau comme par miracle.

    Hugo s’entraîne très souvent dans les arènes de Lachepaillet, drivé par un autre landais débordant d’afición, Denis Labarthe. Nous lui souhaitons le meilleur, escomptant le revoir bien vite fouler nos plazas du Sud-Ouest.

 

    Marc Serrano fut égal à l’homme qu’il est, se régalant visiblement avec ses deux opposantes, et c’est avec sérénité qu’Hugo évolua après le maestro devant l’assemblée intéressée.

 

Sourire ou grimace sous le masque ? Ph. G. Lamarque

     Dans l’après-midi après ripailles, Adrien Salenc mettait à mort un novillo. Mais quelle mouche le piqua ? Il sembla grincheux, mécontent, faisant placer l’animal à deux pas du piquero, loin de le mettre en valeur – à l’autre bout de la vara, Laurent Langlois officiait – ; n'a t'il pas digéré son succès du 12 septembre en Arles ?

 

     Quel contraste entre Marc, tête bien faite, bon cœur, assurance et quiétude et un Adrien qui a encore beaucoup à apprendre et pas seulement sur le plan tauromachique. Il est encore à quelques lieues de son sympathique apoderado, Olivier Baratchart.

     Pour conclure sur les valeurs, Hugo Boudé sachant rester humble et à l’écoute, fait preuve également de générosité. La preuve : le 13 avril dans le contexte de la pandémie galopante, il s’est proposé sur les réseaux (ici, ils sont sociaux!) à aider les personnes qui en ont besoin en allant faire leurs courses.

     Un bon garçon vertueux ne peut être qu’un torero loyal, non ?

 

     PS. N’oublions pas de remercier et de féliciter la cuadrilla de socios qui, une nouvelle fois, manches relevées et masques "tendance", nous ont permis de vivre une journée qui fut enregistrée dans la colonne des réussites.

                                                                                          Gilbert Lamarque

Art plastique

   

   

Reportage photos, Frédéric Martinez

   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"
   NUAGES ET ÉCLAIRCIES AU-DESSUS DE "PIRETTE"

Voir les commentaires

A propos de la fête de la PEÑA CASANUEVA

Publié le par Cositas de toros

   

    Quelques compléments d'informations pour venir étayer la publication de notre ami Gilbert concernant la fête de la Peña Casanueva  (voir blog en date du 03 septembre dernier).

En effet, vous pouvez visionner, ci-dessous, les vidéos des trois pupilles de « Pirette » lors de leur sortie à Arzacq le 23 février 2020. Une simple remise en mémoire pour les aficionados présents et, matière à donner envie aux autres.

Rappelons-nous la vuelta al ruedo de "Parandero" et l’excellent comportement d’"Aguador" et espérons que cette journée de dimanche se déroule sous les meilleurs hospices.

…Ça paraît bien parti.

 

 

Patrick Soux

"Tontillo" et Sergio Rodriguez

"Parrandero" et Jesús Romero

"Aguador" et Juanito

Voir les commentaires

PAR LES MAUVAIS TEMPS QUI COURENT

Publié le par Cositas de toros

    La novillada est le parent pauvre de la Fiesta brava aujourd’hui dans ce contexte de pandémie encore plus qu’hier, novillada dont le but consiste à élever un jeune inconnu vers la lumière et à bâtir sa renommée.

 

     Fleurissent actuellement sur un champ de ruines, quelques corridas en plazas de troisième catégorie avec quelques illustres abonnés, il y a encore peu de temps, aux arènes de première combattant sans gloire en costume défraîchi et lustré. Suivez mon regard.

Ceci se passant principalement en Espagne où se multiplient les indultos. Attention, danger ! L’indulto se vulgarise, bientôt, la fin du tercio de varas… Tout ceci apportant sa ration d’insipidité à un "spectacle" moribond. Le drame se transformera en une fade opérette où se mettront en évidence musiciens cravatés, sopranos et ténors, ouvrant l’accès à la "modernité". Adieu, paso-dobles taurins : Nerva, Agüero, Ole Chamaco, Fiesta en la caleta…

 

          Les "choses" changent.

 

     Dans la plaza de troisième catégorie de Villanueva del Arzobispo, "Muralista", toro de Victorino Martín a été "indulté", déclenchant la polémique, les opinions étant divisées comme toujours, certains considérant qu’une vuelta al ruedo était méritée mais suffisante. Par contre, le ganadero s’est montré satisfait de cet indulto. Il y a quelques temps, Victorino hijo refusait la grâce d’un de ses toros à Logroño (2018), toro bien supérieur à "Muralista".

     Voici quelques indultos sous le Covid-19 : Astorga, le 24 août, le sixième d’El Pilar ; le troisième Jandilla à Mérida le 28 août ; le 4 septembre à Valdepeñas (Ciudad Real), le sixième Conde de Mayalde ; le 6, à Andújar (Jaén), le cinquième JPD est gracié généreusement car « noble mais peu brave. » … la série n’est point close, l’"indultite" aigüe matraque.

Plus aucun critère, plus aucune exigence de la part des présidences et du public. À la trappe les fondamentaux !

 

     Autre plaie, c’est la Communauté de Madrid qui, imposant de nouvelles normes sanitaires drastiques, entraîne l’annulation d’Aranjuez, San Sebastián de los Reyes, Navas del Rey… Incompréhensible ! Car la présidente de la Communauté madrilène, Isabel Díaz Ayuso représente un parti, el Partido Popular, favorable à la tauromachie. Les normes passent à l’échelon supérieur. Pourquoi et surtout qui tire les ficelles ?

     Mais n’éludons pas le fait que les Espagnols subissent une deuxième vague du type Belharra, bien connue des surfeurs.

 

     Autre sujet inquiétant pour en revenir à la novillada – deux à ce jour se sont déroulées en France, à Beaucaire (celle de Garlin, annulée – voir plus bas) et ce week-end, une mixte à Arles devant un public clairsemé ; très peu en Espagne – le nombre succinct de piquées ne favorise pas l’éclosion des futurs matadors. Je prends pour exemple, Francisco Montero révélé la saison dernière en France, qui a montré ses limites à Añover de Tajo (Tolède) où la novillada a été diffusée par Castilla-La-Mancha TV. Pour nous qui l’avons vue, l’Andalou (3 novilladas en 2020, en tête de l’escalafón !...) n’a proposé que son courage et sa volonté. Il a besoin de toréer, et son succès 2019 ainsi que sa douzaine d’actuaciones ne suffisent pas. Ce serait une erreur que de vouloir passer à l’échelon supérieur malgré ses 27 ans. Francisco Montero, torero d’un autre temps – s’est-il trompé d’époque ?– a l’avantage de nous offrir une torería fraîche, pleine d’alegria, rassurante ainsi qu’une personnalité atypique, loin de tous ces jeunes dégurgitant les leçons apprises et traînant leur monotonie n’ayant qu’une seule ambition majeure, ressembler à leurs idoles : Morante, Manzanares ou le Juli… Bon sang, mais qu’ils ne soient que le miroir – même terne – d’eux-mêmes !

undefined
Francisco Montero, St-Sever 11/11/2019 Photo P. Soux

             

     Aujourd'hui, certains novilleros prennent l’alternative avec moins d’une vingtaine  de courses dans leur bagage.

El Cordobés, alternative Cordoue 25/05/1963

     Un torero qui ressemblait quelque peu à Montero au tout début de sa carrière fulgurante, le populaire et parfois controversé Manuel Benítez Perez "El Cordobés", effectua 67 novilladas en 1961 et 102 en 1962 alors que plus près de nous, El Juli toréa 56 novilladas en 1998, 82 l’année suivante.

    Dans sa courte et méritoire carrière, Cristina Sánchez participa à plus d’une centaine de prestations en piquées. Il y avait dans ces années-là, me direz-vous, un nombre plus élevé de spectacles, certes, mais aussi beaucoup plus de novilleros, plus de 300.

 

     Enfin, ce qui est terrible c’est que nous devons continuer à vivre avec un virus omniprésent, dans l’attente d’un traitement ou d’un vaccin et, à être ballottés par les décisions fluctuantes et inconséquentes de nos gouvernants. Mais soyons honnêtes, en dehors des succès au campo des journées organisées par nos ganaderos du Sud-Ouest et du Sud-Est, que nous propose-t’on ? Une Feria du Riz en Arles alors que les Bouches-du-Rhône ont vu la progression galopante du coronavirus, avec au programme le dimanche, une corrida mixte avec Diego Ventura et Antonio Ferrera ! Quant aux alentours, cela ressemble quasiment au désert, tout du moins à la garrigue. Vont s’égrener corridas, novilladas, festivals avec Nîmes, Dax, Saint-Martin-de-Crau, Saint-Sever, Istres, Béziers, Samadet et Lunel… et la saison sera terminée sachant que cet hiver le Mexique n’organisera aucun spectacle ! Concernant Saint-Martin-de-Crau, la feria aura t'elle lieu ? Car le préfet vient d'interdire les rassemblements de plus de 10 personnes ! Et la journée caritative d'Istres, le 18 octobre, avec le solo de Juan Leal ? Tout devient aléatoire. 

Tournons-nous vite vers 2021 si le virus nous épargne.

 

     Dans ce milieu taurin individualiste, que retenir ? L’absence de solidarité et parfois des coups bas. L’exemple de Dax qui, subitement programme une novillada et une corrida de Pedraza de Yeltes alors que Garlin avait annoncé depuis des mois, une novillada du même fer ! Mais le club taurin béarnais était-il dans l’obligation d’annuler ? La question peut se poser ; éternelle histoire entre le pot de fer et le pot de terre.

En marge du mundillo, on assiste à des rencontres de rugby qui se déroulent devant 5 000, 6 000, 8 000 spectateurs selon le bon vouloir des préfets et des sous-préfets. Comme l’avait déclaré en 1968 un locataire de l’Élysée, c’est la chienlit ! Certainement irresponsable et tout aussi injuste : le personnel soignant appréciera.

Pendant ce temps, la novillada décline et les jeunes toreros en herbe voient leur trajectoire détournée, leurs projets avortés, au mieux reportés dans un avenir trouble et approximatif.

Nous sommes loin du plan jeunes !

Il ne fait pas bon être jeune par ces temps mauvais.

 

                                                                                         Gilbert Lamarque

 

Voir les commentaires

POURQUOI Y A T'IL DES TAUREAUX SUR LES ROUTES D'ESPAGNE ?

Publié le par Cositas de toros

           

Mars 2015. © G. Lamarque

   

                1956, province de Cadiz en Andalousie.

 

Madrid. Puerta del Sol. © G. Lamarque

     

     Alors que la marque de vins espagnols Tío Pepe était déjà connue pour son emblème publicitaire représentant une bouteille avec une guitare – dont on trouve encore une enseigne Puerta del Sol à Madrid – voir photo –, les Bodegas Osborne font appel à une agence de publicité pour promouvoir leur brandy Veterano. Le dessinateur Manuel Prieto propose alors la silhouette d’un taureau de combat au port altier, symbole selon lui de la culture méditerranéenne et de la virilité, que cherchait à incarner la marque. D'abord réticents, les propriétaires d'Osborne finissent par accepter. La silhouette du taureau apparaît désormais sur les étiquettes du brandy et sur toute sa publicité. Le premier "taureau de la route" est installé en 1957, sur la N1 reliant Madrid à Burgos.

     Trois ans plus tard, l’Espagne compte plus de 500 toros de Osborne, certains atteignant 14 mètres de haut.

 

              La polémique pour le maintien des taureaux.

 

     En 1988 toutefois, le gouvernement interdit la publicité sur les routes, estimant qu’elle perturbe les automobilistes. Les Bodegas Osborne réussissent à garder leurs enseignes en enlevant leur logo et toute référence à leur brandy. La publicité reste efficace, vue la notoriété déjà acquise par la marque.

     Mais le répit sera de courte durée et en 1994, le gouvernement ordonne de retirer tous les taureaux des routes d’Espagne. Suite à l’émotion populaire et l’attachement des Espagnols pour ce qu’ils considèrent désormais comme un symbole national, le Tribunal Suprême tranche pour le maintien du Toro de Osborne indiquant qu’il « avait dépassé son sens publicitaire initial et s’était intégré dans le paysage comme un élément de décoration détaché du message promotionnel. »

     Il reste aujourd'hui 91 taureaux sur les routes espagnoles, principalement en Castille, en Andalousie et dans la communauté de Valence. La province la plus fournie est Cadix avec 10 exemplaires. Seules les communautés d’Ávila, Valladolid, Cantabrie, Gérone, Gipuzkoa, Vizcaya, Huelva, Murcie, Palencia, Castellón, Tarragone, Lérida, Barcelone et Teruel n’ont plus aucun taureau sur leurs routes.

     Une soixantaine de taureaux sont également présents à l’étranger, notamment au Mexique, au… Danemark ou encore… au Japon !

 

               Le taureau Osborne dans le monde.

 

     Les grands symboles traversent les frontières, et ce taureau n’allait pas en être exempté. Il y a des représentations de lui sur les routes du Mexique et une autre à Copenhague, dans le Superkilen Park.

 

Copenhague

     

     Enfin, il y a celui qui est placé dans la petite ville japonaise de Matsunoyama.

 

Matsunoyama

     Le Japon, connu pour ses contrastes marqués entre tradition et technologie, a voulu ajouter le symbole lors d’une exposition d’art mondiale, avec l’intention de le supprimer lorsqu'elle se terminera. Cependant, devant l’immense succès – jusqu'à 5 500 000 personnes – il a été considéré comme faisant partie de la collection permanente, et il y reste, jusqu'à ce que le vent ou les ans l’anéantissent finalement !

 

              Pois lourd de la culture populaire.

 

     Un tel symbole, si immense et médiatique, a été le produit de l’art espagnol au fil des années. Au-delà des souvenirs touristiques, de nombreux artistes ont utilisé le taureau comme un moyen de justifier leurs idées.

     L’artiste de Cáceres, Javier Figueredo a peint des taches blanches sur le taureau et y a placé des mamelles, pour protester contre le manque d’égalité entre les hommes et les femmes. Il a purgé deux jours d’assignation à résidence et le taureau a été nettoyé.

 

     Il met également en évidence l’utilisation que lui a donnée l’artiste urbain Sam3, en le peignant avec des scènes du célèbre Guernica en signe de protestation anti-corrida… Même l’immortel Salvador Dali l’a utilisé comme source d’inspiration pour certaines de ses œuvres.

 

     Les caves Osborne existent toujours. En plus de leurs vins et produits gastronomiques, elles commercialisent aussi depuis une dizaine d’années l’image du Toro de la carretera utilisée par des marques de mode, de montres, d’accessoires ou encore de casques de motos.

(Sources : Equinox Radio, la radio française de Barcelone et le quotidien La Razon).

 

              José Luis Osborne, un empire.

 

     Vins, liqueurs, jambons de bellota, restauration avec la chaîne Cinco Jotas – une adresse, calle Jorge Juan à Madrid non loin de la calle de Alcalá et le théâtre éponyme – … et des toros !

 

Mars 2015. © G. Lamarque

     La dehesa Puerto Acebuche se situe à Castillo de las Guardas tout près des Juan Pedro dont ils sont issus.

     C’est le grand-père José Luis Osborne Vázquez qui a créé la ganaderia en 1952 en achetant un lot de Pedro Domecq y Diez (Veragua-Parlade). Par la suite, José Luis Osborne Domecq, le fils, également ganadero reprend le flambeau jusqu'à son décès en mai 2005. C’est aujourd'hui Doña Rosario Osborne Domecq qui gère la ganaderia.

     Les affaires ont été séparées des toros et ceux-ci ont été transférés au Puerto Acebuche, il y a plus de vingt ans.

Mars 2015. G. Lamarque

 

Mars 2015. © G. Lamarque

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Le fils unique, Emilio González de San Román Osborne – air de famille avec son grand-père – photos – se consacre aux toros de la casa et c’est avant tout pour maintenir la tradition et la réputation de ce fer.

 

              Mars 2015.

Mars 2015. © G. Lamarque

   

Mars 2015. © G. Lamarque

 

Mars 2015. © G. Lamarque

      L’occasion m’avait été donnée de visiter cette finca en retrouvant Stéphane Fernandez Meca et la Commission taurine de Riscle qui avaient fait leur choix sur les novillos de ce fer historique pour leur novillada du 1er août 2015 dont voici la reseña que je fis pour la Gacetilla dans le n°113 du 10 août 2015 :

 

     « Et bien non, les pétards (vous voyez lesquels?) ne nous ont pas fait planer ! Personne ne prit vraiment son pied. Pourtant, le lot d’Osborne était superbement présenté, tous astifinos.

David de Miranda (oreille et deux oreilles), une pique. Brindis au public. Statuaires, bonnes séries des deux mains, torée de profil sur le pico. Entière décisive.

Robe superbe du 4 (berrendo en colorado, alunarado et autres caractéristiques qui dépassent mes compétences), une pique sérieuse et quite par tafalleras. Séries sur les deux rives, naturelles douces sans peser sur l’animal, superficiel. Musique ? ! … et les flonflons de la fête voisine. C’est propre, entière décisive. Tout ceci ne méritant pour ma part qu’un unique pavillon.

Louis Husson (silence et silence) : deux rencontres avec la cavalerie pour une pique. Banderilles applaudies d’El Santo. Brindis à tous et voltereta sans mal me sembla t’il. Des efforts, l'Osborne violent, ne collabore pas, trasteo non abouti. Pinchazo suivi de 2/3 de lame.

Le 5 colorado se blesse dès l’entame, mouchoir vert. Le bicho est "puntillé" aux barrières : instant particulièrement pénible. Le Turquay, sobrero, prend deux piques peu orthodoxes devant un Louis laxiste. Le Landais instrumenta une faena appliquée uniquement droitière, la mayo tourne par cette chaleur. Coups multiples de rapière, deux avis.

Joaquin Galdos (oreille et silence), une rencontre pour le castaño, brindis au public. Début arrodillado bousculé, s’ensuivent moult séries des deux mains sur un novillo qui me parut parfois absent. Passes à genoux (bis) comme au calvaire. Mete y saca puis entière.

Avec l'Osborne fermant la tarde, Joaquin exécute de bons capotazos. Par la suite, le novillo tapa fort le burladero. Il en résulta le piton droit cassé à la base mais restant en place. La faena qui en découla fut uniquement gauchère. Ce fut de peu d’intérêt sur ce bicho noble malgré tout. Mete y saca (bis), pinchazo, entière, un avis. »

 

     Osborne possède "peu" de bétail – cinq cents têtes malgré tout dont cent soixante vaches et onze sementales – et Emilio déclare de faire en sorte que les toros sortent bien. Manqué ! … les vins et autres produits maison sont meilleurs que les "produits" servis ce 1er août !

 

Mars 2015. © G. Lamarque

     La corrida d’Aignan en 2003 avait été d’un autre tonneau, S. Fernandez Meca avait coupé quatre oreilles, « une corrida qui était sortie extraordinaire. »

     Comme l’écrivit L.F. Céline dans D’un château l’autre (1957), « L’Histoire ne repasse pas les plats. »

 

Mars 2015. © G. Lamarque

     Les Osborne ont parcouru les arènes avec un franc succès pendant plusieurs décennies, se mettant en évidence à Madrid, Séville, Pampelune, Valence, Cordoue, Barcelone, Malaga, Arles, Béziers.

 

Mars 2015. © G. Lamarque

     Nous avons bien conscience que ceci ne relève aujourd'hui que du passé, la caste et la classe se sont évaporées, seule la noblesse se maintient : une page est, hélas, tournée.

     « Luego entraron en un bache grande. »

     Je lève tout de même mon verre de brandy – à consommer avec modération – au passé et aux souvenirs plus glorieux.

                                                                          Gilbert Lamarque

 

 

                                 IN MEMORIAM

 

     Une pensée pour Jean-Pierre Vidal, "le Poète", qui s’est éteint le 29 août des suites d’une longue maladie. De 1983 aux années 2000, ce Gardois tenait une bodega incontournable de la feria nîmoise au 8 de la rue Thoumayne entre les arènes et la Maison Carrée. La bodega du Poète eut son heure de gloire à l’époque où le maire Jean Bousquet souhaitait donner une autre dimension à la feria avec un petit côté people. Musique, sévillanes, champagne au programme et public composite du showbiz aux plus modestes, se pressait dans le local étroit de la bodega. Il avait créé le club taurin Emilio Muñoz au début des années 80.

Cet aficionado nous a quitté à 77 ans. Certains amis de la peña la Suerte du Houga doivent se souvenir d’instants mémorables dans cette bodega chaleureuse.

                                                                                                                  GL

Voir les commentaires

1 2 > >>