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SAINT-SEVER, UN été 72

Publié le par Cositas de toros

     

 

 

     

            Dans les années soixante, les "Swinging sixties", adolescent, peu expérimenté, mon univers composé de maigres expériences, quand les voies de l’utopie paraissaient encore envisageables, jeune aficionado, néo saint-severin, je fréquentais alors les arènes de Morlanne, accompagné de mon père qui saupoudrait d’une voix chuchotée, les quelques règlements, véritables arcanes que seuls les initiés égrainaient de leur chapelet d’aficionado éclairé.

     L’été 72 avait mis ses habits d’automne, froid, pluvieux, peu ensoleillé, les vendanges furent des plus mauvaises. Les 25 et 26 juin le Cap de Gascogne préparait sa célébration des Fêtes de la Saint-Jean. Par son traditionnel feu de la Saint-Jean, nous allions célébrer le solstice d’été… avec quelques jours de retard mais dans la tradition chrétienne, la Saint-Jean-Baptiste.     

     C’était le temps des festivités du Cap de Gascogne, de sa novillada point d’orgue des réjouissances n’excluant point la traditionnelle "course des Cuisinières" du mardi, point final des fêtes où au  sortir de l’esplanade de Morlanne, nous claudiquions vers la ville, fiers d’avoir défié et affronté les crapuleuses vaches de la ganaderia voisine de Latapie qui connaissaient bien mieux que nous le grec et le latin. Nous entamions la "Cazérienne des canards boiteux", le torse conquérant, les membres tuméfiés, l’habit loqueteux. 68 avait lancé ses pavés un an auparavant, mouvement très parisien et des facultés de province. Ce pan de notre histoire resta pour nous une broutille mais un chapitre de l’histoire taurine viendra à notre rencontre lors de la novillada dans ces mêmes arènes de Morlanne, le feu de la Saint-Jean n’étant plus que cendre. Le "Siège de Saint-Sever", la rébellion des jeunes toreros français éclata, rapide et brutale, manifestation dans le ruedo réclamant le droit de toréer au même titre que leurs collègues espagnols. Les frères Montcouquiol plus unis que jamais torchonnèrent quelques coups de flanelle au second novillo de "El Mito" (le 4e), lequel remisa ses trastos. Simon Casas, Curro Caro, Marc Antoine Romero, accompagnés du très jeune et futur éleveur au caractère bien trempé Patrick Laugier, agitèrent le drapeau français, et furent aux prises des armées gasconnes, avec Frédéric Pascal et Chinito. Tout se passa si vite, la réaction des Landais fut rapide et brutale. Les uns par quelques coups de flanelle, les autres tendirent une banderole revendicatrice et quelques coups de baston, coups de poing et coups de pied au cul à mettre au débit des toreros. Ça tombe comme à Gravelotte, le Gascon à la main généreuse ! Les spadassins de la gendarmerie continrent l’émeute.

  Tout ce beau monde agité terminera sa course à la gendarmerie. Maître Jean-Marie Commenay, maire    truculent de la cité, avocat au barreau de Mont-de-Marsan, artiste de la plaidoirie, député des Landes durant une vingtaine d’années, prédécesseur d’Henri Emmanuelli, se rendit à la gendarmerie toute affaire cessante et "libéra" les insurgés. Ce 25 juin, il y  a un lustre ! ce fut un symbole, une action collective, … une espontaneada préparée.                                                                                              

Et le calme revint

   Si Mai 68 fut une broutille, une légère secousse sismique, ce 25 juin 1972 fut l’explosion d’un volcan en sommeil. La planète n’en fut guère secouée si ce n’est le mundillo. Et ce fut la première  et unique fois où l’on vit des guêpes faire du miel de leurs revendications ! Quand aujourd’hui les écoles taurines - interdites alors en France - et leur formatage fleurissent,  où  de jeunes apprentis se battent pour affirmer leur personnalité…

Qu’il est loin le temps des maletillas !

     Le rêve des bâtisseurs ne fut pas une utopie dans cette époque hallucinée. Vint le temps de Nimeño, Castella, Bautista. Ils ont défié l’interdit et, futurs matadors, banderilleros, ces guêpes ont jeté les bases de la tauromachie française. Aujourd’hui des arènes sont gérées par des empresas françaises. Un torero français est au cartel de Madrid, de Bilbao, franchissant le charco toréant au Mexique. Les excellentes biographies des pionniers fleurissent, telles les vies du landais Félix Robert ou du compatriote de Tartarin, Pouly III. Ils ouvrirent les voies vers Paris, Roubaix, Angers, Dijon, exemples de lieux improbables. Tels les Templiers du XIIe siècle, bâtisseurs, fortifiant les bourgs pour nous offrir la découverte des richesses médiévales.

Les vingt-sept guêpes ont gagné leur combat face aux vents contraires du moment. Puissent-ils résister aux assauts des géants voraces du mundillo. La société actuelle se modifiant rapidement, puissent Félix Robert et Pouly III dormir sur leurs deux oreilles d’un sommeil éternel !

     Me vient à l’esprit une sombre histoire, en 1992, deux toros espagnols furent lâchement exécutés au tournevis (!) par un commando venu du Sud-Est à la nuit tombée. Au cartel des fêtes 92 ne figurait aucun toreros français - le Landais est têtu ! Ce ne fut guère glorieux. Épisode dont la cité landaise se releva avec des maux de tête ; "la conquête des arènes" dix-huit ans avant avait laissé un léger parfum de révolution, cette affaire-là, un assassinat.

Présent

     Pour fêter ce cinquantenaire, la Commission taurine du Cap de Gascogne avait concocté deux corridas exceptionnelles aux arènes baptisées aujourd’hui Henri Capdeville autre personnalité rabelaisienne. Et le 25 et 26 juin, la Feria du Cap de Gascogne vit le jour, inédit ! Merci aux grands frères ! Une autre époque, de la pop au hip hop dirait le jeune public. Des mots, rien que des mots pour avoir la vie devant soi. Notre univers se construisit, le chemin tracé évitant le caillou dans la chaussure, d’autres âmes grises s’en chargeront. Les "boomers" que nous sommes croyaient-ils aux toreros français ? Toujours est-il qu’à cet instant nombre d’entre-nous ne donnèrent pas leur adhésion !

 

PS : Par une belle soirée de mai, la cabane tomba violemment sur le chien, Cositas frisa l'orphelinat. La promenade continue ainsi, endiablée, libre et exigeante. C'est une belle destination pour l'automne qui s'annonce.

Merci du fond du coeur à toutes celles et ceux qui s'inquiétèrent de mon silence. La balade continue, plus intense.

                                                               Gilbert Lamarque

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DIX APPRENTIS, UNE PÉPITE

Publié le par Cositas de toros

 

          BOUGUE 26e BOLSIN

 

 

Reportage photos : Frédéric Martinez

 

Manuel Román Alvarez, le matin...

            

... et l'après-midi

 

            Ils étaient dix, ce dimanche 8 mai, à se mesurer afin de remporter le prestigieux Bolsin de Bougue, Bolsin qui vivait sa 26e édition. En 1995, un certain Sébastien Castella, tout frêle, y participa sans triompher. Plus tard, d’autres noms s’illustrèrent ; au hasard, Alejandro Talavante en 2003 ou Marco Leal en 2005.

     Cette opportunité, les Espagnols font des pieds et des mains pour y être présents. Six représentaient leur pays aux côtés des quatre Français.

     Le tentadero matinal débutant à 9h40, véritable marathon, a donc vu dix vaches de Camino de Santiago "tientées" par chacun des aspirants : l’apprenti sort de premier sur une vache et de second sur une autre.

     Les vaches de Jean-Louis Darré eurent des comportements différents, certaines peu ou mal piquées par Alain Bonijol, lequel, homme orchestre, fournit les chevaux du paseo, les jeunes chevaux de pique, eux aussi à l’apprentissage, et le train d’arrastre !

    Les cornues se comportèrent favorablement pour la moitié d’entre-elles environ, pour permettre aux jeunes de s’exprimer. Le sort comme de coutume en favorisa certains.

 

     Pedro Montaldo Corella (ET Guadalaraja) eut quelques difficultés avec la première, compliquée. Ce fut mieux avec la seconde.

 

     Fabien Castellani ne fut guère aidé par les deux vaches qui recherchaient plutôt la querencia des tablas.

 

     Bien sûr, Guillermo San José (Fondation El Juli) éprouva les mêmes difficultés avec la précédente. Par contre, il put négocier quelques séries "templées", montrant, avec quelques bagages, sa qualité de lidiador.

     Rafael Ponce de Leon (CFT Nîmes) multiplia les passes mais ses deux faenas restèrent heurtées.

 

     Miriam Cabas (ET Campo de Gibraltar) "apodérée" en France par Serge Almeras, montra beaucoup de volonté, s’appliquant lors de la mise en suerte. Face à la cinquième qui laissait des possibilités, sa faena ne décolla pas véritablement.

     Lenny Martin (ET Béziers), plus brouillon, fut plutôt discret.

     Iker Fernández Aliagas (ET Salamanque), plus froid, plus technique aussi fut malchanceux avec la mansa septième.

     Vache dont hérita Juanito (ET Adour Aficion)… me décevant avec la huitième où le jeune béarnais, emprunté, resta très en-dessous.

 

     Tristan Barroso (ET Badajoz), attendu par son fan club, toréa la huitième aux planches et se montra dominateur avec la suivante, une beccera au sacré caractère.

 

     Manuel Román Alvarez, un petit bout venu de l’ET de Cordoue, prit très vite l’ascendant. Il s’imposa sur le champ (et sur le sable) avec un naturel, une allure torera et templada. La faena de la dixième fut un régal, nous mettant l’eau à la bouche. Olé chiquito ! Il était plus de 13h…

     Sont qualifiés pour l’après-midi : G. San José, T. Barroso et M. Román Alvarez.

      17h. Cinq erales de Camino de Santiago, bien présentés, le lot armé en pointes, nobles, le premier montrant une certaine faiblesse.

 

 

     G. San José devant un eral de peu de charge qui multipliait les hachazos ne put imposer sa faena qui se délita bien vite.

     Le martyre vint aux aciers où le gamin écouta les trois avis… la bête mal "puntillée" depuis le burladero, un moment pénible qui peut donner du grain à moudre à nos "contradicteurs"… 

     T. Barroso accueille son Camino par un bon capote. Quite classieux du petit Manuel auquel répond Tristan.

     Le cornu est un peu retord, de charges courtes et la faena s’en ressent, saccadée mais toutefois bien menée. Entière contraire et en arrière… deux oreilles (!)

   

      M. Román Alvarez, d’un calme olympien, éclabousse le sable de sa classe. Et c’est parti avec de superbes véroniques.

     Avec la flanelle, les séries de muletazos s’enchaînent avec naturel, temple, élégance. Un travail riche, pas un mot, pas un cri, tout au poignet, superbe ! Il termine par des naturelles de face. Un pinchazo, une épée au 3/4 efficace. Deux mouchoirs apparaissent au palco, normal après les largesses au précédent.

     Tristan et Manuel face à face pour la grande finale avec un très bon bétail.

 

     Tristan livre une copie se montrant un peu distant, jouant avec le pico et force le trait. De bons derechazos s’enchaînent, le sitio pas véritablement trouvé, naturelles avant les bernadinas finales. Lame en place, entière positive. Deux oreilles, encore !

 

Le 5

     Le petit cordouan nous régale à la cape, véroniques et la demie, jambes ployées. Un bon Camino, le plus complet, un bon torero.

     Toujours pas un cri, calme, serein et la faena qui s’envole, templada, main basse, la graine de torero relâché, pas un geste de mauvais goût. Une demie basse au second envoi et les deux oreilles malgré ce, dans la logique de la présidence.

 

Non, Jean-Louis, tête haute !

     Les deux a hombros, Jean-Louis Darré saluera à l’issue de la tarde.

     Manuel Román Alvarez vainqueur de ce 26e Bolsin, à l’applaudimètre aussi lors de la remise des récompenses. Il truste tous les prix partageant seulement celui de l’ACOSO avec Tristan. Le troisième de l’étape recevra une muleta.

     Beau succès pour cette journée ensoleillée de printemps, journée aussi de printemps taurin avec ces jeunes pousses et cette révélation, cette découverte, cette pépite, Manuel Román Alvarez, 16 ans. Retenez son nom. Vous pourrez l’accompagner dans sa conquête du Sud-Ouest à Mont-de-Marsan, Dax, Bayonne et Plaisance-du-Gers… sachant que le second, Tristan, sera aussi à n’en pas douter, bien présent dans les plazas de notre région. Un beau duel à venir.

     Après Lagartijo, Guerrita, Machaquito, Manolete et El Cordobés, Manuel Román Alvarez, le futur sixième calife de Cordoue ?

                                                    Gilbert Lamarque

 

 

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TOROS

Publié le par Cositas de toros

 

 

 

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AIRE, CINQUANTENAIRE DES ARÈNES

Publié le par Cositas de toros

 

 

Bonjour,

     la Junta des Peñas et Toros Aire vous communiquent l'affiche et les informations sur les réservations pour la journée taurine exceptionnelle du Samedi 18 Juin à l'occasion du Cinquantenaire des Arènes d'Aire sur l'Adour.

 

Au programme :

- 2 corridas à 11h et 18 h 

- des Toros ( Los Maños et Valdefresno ) et des toreros de Madrid … et Dorian Canton le triomphateur de 2021

- des prix attractifs avec un pack 2 corridas avec remise individuelle de 10% et de 20% pour les groupes de plus de 10 personnes

- un espace de restauration et d'animation.

(communiqué)

 


 

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MÉDIOCRE...

Publié le par Cositas de toros

 

                … autant s’embarquer sur le Titanic !

 

           1er mai, XXXIVe fête des Arsouillos, novillada.

 

Reportage photos : Laurent Bernède

 

            Hoyo, hoyo, braves gens, passez votre chemin ; au fond du trou la gitane !

 

Isaac Fonseca, une prière, en vain...

     Exceptionnellement, les absents ont eu raison. Nous attendions le TGV Hoyo de la Gitana, ce fut un tortillard !

     La locomotive, "Cabrero", le 4e, le plus lourd, prit trois piques, plus violent que brave ; les cinq wagons, "Distinguido", le 1er, d’armure courtoise, léger et faiblot ; "Guarimbero", le 2e, un clone du précédent ; "Parajito II", 3e, un peu plus remplumé ; le 5e, "Guarrero", le beau gosse, faible lui aussi et "Hospiciano", le wagon de queue, pas de force, pas de fond… rien.

 

"Guarrero", le beau gosse à son entrée...

   

... plus tard, renversant !

     

     Dur d’enflammer la tarde avec de telles allumettes !

Les trois garçons volontaires.

 

     José Rojo, lie de vin, torée le premier de la voix, tue mal.

Au quatrième, une série de derechazos puis de bonnes naturelles sur une corne gauche plus collaboratrice. Il termine mal mais a sorti le public de sa torpeur. Vuelta et arrastre applaudi, le seul.

 

     Manuel Diosleguarde, vert bouteille, est élégant, toréant finement mais ici, il fallait "rentrer dedans", avancer la jambe, provoquer la charge… Bref, il échoue aux aciers avec "Guarimbero".

     Avec son second, on retiendra quelques naturelles bien dessinées, une belle épée décisive, oreille.

 

     Isaac Fonseca, bleu lavande délavée, manquait de matériaux pour embraser les arènes. Que faire avec de tels pétards mouillés ? "Parajito II", les ailes brisées, s’affale dès les premiers muletazos après avoir effectué deux visites de courtoisie à "Daïda", le cheval de la cuadra Bonijol. Échec aux aciers.

     Avec le dernier, "Hospiciano", negro entrepelado bragado meano corrido axiblanco coletero – ça en jette sur le CV ! – , Isaac allume une mèche avec une série de cambiadas puis s’arrime provoquant des charges parcimonieuses, mais le cocktail est douceâtre, le public restant sur sa soif. Pétition après une entière muy delantera (pescuecera?). Oreille.

 

     « Où sont les femmes ? » chantait Patrick Juvet. Mais où étaient donc, la caste, la bravoure, la force ? Le cartel était des plus attractifs, immense déception. Le public avait boudé les arènes Maurice-Lauche, une demi-arène en comptant les bandas. Même le paso-doble "Iván Fandiño" joué après la mort du 3e novillo en hommage au torero d’Orduña, m’a semblé long.

     Pas de prix au meilleur tercio de varas, bien sûr, et merci aux bandas pour avoir répandu un peu d’alegría sur les tendidos. Les organisateurs pas récompensés de leur beau cartel.

 

     Le Mexicain, le bon élève de l’école taurine de Colmenar Viejo, faisait sa seconde apparition en France et dans le Sud-Ouest après Garlin. Cela aurait été un joli tremplin que cette novillada aturine de Hoyo de la Gitana pour la suite de sa temporada qui passera, toujours en ce joli mois de mai, par Valence, Séville et Madrid. Isaac y rencontrera un tout autre public pour de sérieuses confrontations avant le sacre au cœur de l’été dacquois. En ce jour du 11 août, il sera promu docteur en tauromachie des mains de José María Manzanares. Le bouillant petit aztèque, issu d’un milieu modeste, est à l’opposé de son indolent futur parrain, une plastique plus ingrate mais un toreo plus de proximité que celui saupoudré par le fils de . , consommateur d’une muleta démesurée.

 

     Le vainqueur du Bolsín de Bougue en 2017, Manuel Diosleguarde, a débuté en piquée en juin 2018 à Ledesma et cela semble une éternité, effet pandémie sans doute. À quand l’alternative pour le Salmantino débordant de classe ?

 

     José Rojo, fortement secoué par son second Sánchez Herrero, le 3 avril à Las Ventas, a débuté avec chevaux en septembre 2017. Excellent lidiador, lui aussi est aux portes de la consécration. Il sera à Vic pour défier les novillos de Raso de Portillo, ses compagnons du jour ayant décliné l’invitation.

                                                             Gilbert Lamarque

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