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MAGESCQ. Dimanche 17 février 2019

Publié le par Cositas de toros

MAGESCQ. Dimanche 17 février 2019

   C’est parti ! Ouverture de la temporada française sous un soleil gaillard.

    Les arènes couvertes,… hélas.

 

    En matinée, en guise d’amuse-gueules, le miraculé Thomas Joubert (Bayonne, septembre 2018) avait la charge d’une tienta de 3 vaches d’Alma Serena, accompagné par les élèves de l’École Adour Aficion.

Près de 400 personnes présentes pour voir ces jeunes pousses que sont Guillaume, Adrien, Tristan, Andoni et Jean le plus aguerri, défier et surtout se mesurer à ce bétail brave ne rechignant pas à aller  plein gaz à la pique de Laurent Langlois. Certes, ces vaches montrèrent quelques faiblesses mais n’oublions pas que nous ne sommes pas encore sortis de l’hiver.

Bravoure, noblesse, faiblesse, ce cocktail permit toutefois à Thomas de lidier profitablement ainsi qu’aux élèves, heureux de l’aubaine.

 

 

    Après-midi, 16h30. Devant un public abondant – tous n’avaient pas pris la route des plages – l’arène frisant le lleno, 6 Alma Serena bien présentés, costauds (trop?), aux comportements variés, nous firent comprendre que ce n’est juste que la reprise de la saison. Les automatismes sont à retrouver, les hésitations se multiplièrent, le rectangle de Magescq fit que tout ne tourna pas rond lors de ce premier atelier d’une longue temporada.

 

    Pas de temps mort,

                                                           Solalito

reçoit le premier au capote. Cet eral a du gaz, le jeune maestro banderille a mas, mais trop de coups de cape sont donnés par les péones. Brindis à sa peña Los del Sol et à son jeune président. Solal Calmet alterne les beaux gestes bien léchés et des passes plus heurtées. Le cornu plus âpre de la corne gauche, rugueux, finira par lorgner les bordures. Entière contraire et tombe le premier pavillon millésime 2019.

 

 

                                                    Yon Lamothe

brinde au public un colorado brocho aux coups de tête désordonnés. Après un bon tercio de bâtonnets, le bicho noble reste sur la défensive demandant de nombreuses sollicitations. Yon ne s’accorde pas vraiment et transmet peu. Oreille après une rapière tombée et de côté.

 

 

                                                   Guillermo García

a lui aussi beaucoup à apprendre mais il possède une belle plastique et égrène de beaux gestes. L’Alma Serena est plus lourd, freiné par sa faiblesse. Il est difficile de maintenir cet opposant au centre. Le Madrilène nous livre une belle série de naturelles avant d’être victime d’une voltereta sans conséquences. La faena est trop longue. Échec à la mort, un avis, salut.

 

    Le quatrième de la coursette fut selon moi, le dernier de la classe. Solal banderille de nouveau avec plus ou moins de bonheur. Le bicho se dégonfle vite regardant vers les burladeros à défaut de callejon. Guère de transmission malgré les efforts du torero. Nouvelle entière contraire, salut.

    

    Du mieux avec le cinquième noble qui montre de l’entrain, démarrant avant le toque. Beaucoup, beaucoup trop de passes, mais quelques bons muletazos avant que l’Alma Serena n’abdique, se réfugiant dans les bordures. Yon rencontre des difficultés pour placer le cornu avant une entière au 2e essai. Vuelta qui ne s’impose pas, certes la dernière avant Mugron où le Tarusate passera dans la division supérieure.

 

    Guillermo García hérite en conclusion d’un autre eral plein d’aspérités qui plonge goulument  dans le tissu, se retournant vivement. Le jeune espagnol manque d’autorité montrant malgré tout son courage et sa volonté. Il termine par deux bons muletazos. Échec aux aciers, deux avis, silence.

 

    Bref, je n’ai pas retrouvé lors de cette tarde, les qualités démontrées auparavant par les origines des pupilles des Bats Brothers.

    Soulignons un train d'arrastre sortant vraiment de l'ordinaire, atypique.

 

    Le prix "Bernard Ménard" du C.T. de Magescq au meilleur novillero est attribué à Solalito.

    Le prix de l’ACOSO ( organisateurs du Sud-Ouest) est partagé entre Solalito et Yon Lamothe.

 

                                                                                          Gilbert LAMARQUE

MAGESCQ. Dimanche 17 février 2019
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LE TAUREAU DANS TOUS SES ÉTATS BESTIAIRE MÉDIÉVAL

Publié le par Cositas de toros

Deuxième partie.

 

Egyptiens fêtant le dieu Apis. Vincent de Beauvais, Miroir historial. 1463. BnF

   

     Image vivante du dieu égyptien Ptah vénéré à Memphis, le taureau fût plus tard associé à Osiris. Figuré dans la division zodiacale où se trouve l’équinoxe du printemps, ce signe est le symbole du soleil qui, à cette époque de l’année, féconde la nature. Aussi attribuait-on la fécondité au taureau Apis et le pouvoir d’en communiquer la faculté aux femmes. Quand un taureau Apis mourait, les prêtres lui cherchaient un successeur. Il devait être né d’une vache fécondée par un rayon du soleil, ce que déterminaient certaines taches noire dans le pelage qui se devait par ailleurs d’être blanc. Une magnifique étable, tournée du côté du soleil levant, était alors construite au lieu même où l’on avait trouvé le nouveau dieu. Là, pendant quatre mois, il était abreuvé de lait. Une procession de prêtres le conduisait ensuite au bord du Nil et l’embarquait sur un vaisseau richement décoré pour l’amener à Nicopolis. Pendant quarante jours, les femmes venaient adorer le nouveau dieu. Il partait ensuite pour Memphis où un temple magnifique lui servait d’étable.

 

Adoration des idoles. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

    Le taureau est présent à des degrés divers dans nombre de religions, les cultes d’Apis et de Mithra notamment. Divinité d’origine perse, Mithra est le dieu Sauveur, le Vainqueur invincible que les armées romaines ont célébré dans l’empire jusqu’à l’avènement du christianisme. Mithra est né d’un rocher, après le solstice d’hiver, un 25 décembre, quand le soleil renaît et que les jours recommencent à grandir. C’est sur l’ordre du Soleil que Mithra égorge le taureau impérieux après l’avoir dompté. De son sang versé et de sa moelle naîtront végétaux et animaux. Ce culte marque l’alternance cyclique de la mort et de la résurrection ainsi que l’unité permanente du principe de vie. Le christianisme pour s’imposer devra lutter contre ces cultes païens et éliminera progressivement le taureau du bestiaire médiéval pour lui préférer le bœuf docile de la crèche.

 

Moïse et le taureau du sacrifice. Guiard des Moulins, Bible historiale. XVe siècle. BnF

 

    Yahvé parla à Moïse et dit : "Si quelqu’un pèche par inadvertance contre l’un des commandements de Yahvé et commet une de ces actions défendues, si c’est le prêtre consacré par l’onction qui pèche et rend ainsi le peuple coupable, il offrira à Yahvé pour le péché qu’il a commis un taureau, pièce de gros bétail sans défaut, à titre de sacrifice pour le péché. Il amènera ce taureau devant Yahvé à l’entrée de la Tente du Rendez-vous, lui posera la main sur la tête et l’immolera devant Yahvé.

 

Loi mosaïque. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

Puis le prêtre consacré par l’onction, prendra un peu de sang de ce taureau et le portera dans la Tente du Rendez-vous. Il trempera son doigt dans le sang et en fera sept aspersions devant le rideau du sanctuaire. Le prêtre déposera un peu de sang sur les cornes de l’autel des parfums qui fument devant Yahvé, et il versera tout le sang du Taureau à la base de l’autel des holocaustes qui se trouve à l’entrée de la Tente du Rendez-vous[…] " Lévitique. Chap 1 et 4.

 

Vision d'Ezechiel : le char de Dieu. Guiard des Moulins, Bible historiale. Début du XVe siècle. BnF

 

    Le prophète Ezéchiel eut la vision : quatre êtres qui paraissaient avoir une forme humaine. Chacun avait quatre visages, chacun avait quatre ailes. Droites étaient leurs jambes dont les sabots semblables à des sabots de taureau, étincelaient comme du bronze poli. Ils avaient tous quatre un visage humain par devant, tous quatre une face de lion à droite, tous quatre une face de taureau à gauche, et tous quatre une face d’aigle. A terre, à côté de chacun des quatre êtres, une roue et dominant la scène l’image du Seigneur.

 

Symbole des évangélistes. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

    L’attribution de quatre symboles différents aux quatre évangélistes a sa source dans la vision d’Ezéchiel (paragraphe précédent) et dans la vision de l’Apocalypse. L’aigle est associé à Jean, l’homme à Matthieu, le lion à Marc et le jeune taureau préfigure Luc.

Au XIIe siècle, les clercs et les lettrés enseignèrent aux infidèles les significations qu’ils attribuaient aux trois animaux : de Jésus on disait qu’il fut homme en naissant, veau (jeune taureau) en mourant, aigle en montant au ciel. De même chaque chrétien se devait d’être à la fois homme, veau, lion et aigle : homme parce qu’il est doué de raison, veau parce qu’il faut pouvoir se sacrifier pour Dieu, lion parce que le juste doit éprouver le courage de ne rien redouter, aigle pour contempler les choses célestes et éternelles…

 

Saint Luc écrivant. Vies des saints. XIVe siècle. Enluminure par le maître de Fauvel. BnF

 

    Le bœuf (veau) est l’un des trois animaux évangélistes qui accompagnent Luc, Marc et Jean. Les enlumineurs du Moyen Âge aimaient peindre Luc, leur saint patron et le représentaient avec son animal évangélique. Le bœuf de saint Luc n’a pas toujours été un bœuf. Les irlandais du haut Moyen Âge lui préféraient un veau, symbole d’innocence, et les Carolingiens, un taureau, symbole de puissance, mais au poil blanc, symbole de pureté. Au temps des carolingiens, le bœuf est l’émanation même de Dieu qui souffle à saint Luc la parole divine.

 

SaintLuc écrivant. Guiard des Moulins, Bible historiale. XVe siècle. BnF

 

    Il apparaît souvent ailé et nimbé comme ci-dessus.

 

Saint Luc

 

    Peu à peu le bœuf se transforme en compagnon du saint lui tenant son livre, lui servant de lutrin et même parfois de repose pied comme sur cette statuette de bois.

 

Le taureau zodiacal. Evrard de Conty, Echecs amoureux. Vers 1496/1498. BnF

 

    Deuxième signe du Zodiaque, le Taureau (21 avril-20 mai) se situe entre l’équinoxe du printemps et le solstice d’été. Symbole d’une grande puissance de travail, il figure aussi tous les instincts, principalement celui de la conversation, de la sensualité et d’une propension exagérée pour les plaisirs. Ce signe est en effet gouverné par Vénus, selon le langage astrologique. C'est-à-dire que la constellation du Taureau se trouve en parfait harmonie avec cette bachique à la gloire de Vénus. C’est un chant de plénitude lunaire dans l’exaltation de la mère-nature.

 

Allégorie : Triomphe de la Mort. Pétrarque, Trionfi. XV-XVIe siècle. BnF

 

    Dans le bestiaire de la mort, le bœuf joue un rôle important : il sert de monture au XVe siècle, à l’allégorie de la mort. Depuis le XIIe siècle et jusqu’alors, elle était montée sur un cheval et, armée d’un arc et d’une flèche, pourchassait les vivants. Elle allait au galop et ne se presse plus, adoptant le pas lourd et sage d’un animal de labours, qui symbolise bien la fatalité d’un évènement inéluctable. Le symbole s’appuie sur des éléments de réalités. Novembre est à la fois le mois des morts et celui où le boucher médiéval tuait le bœuf. Pour des raisons d’hygiène, en milieu urbain, on pratiquait la vente et le sacrifice des bœufs dans les cimetières à l’écart des villes.

 

Nativité. Pierre Lombard, Sentences. XIIe siècle. BM de Troyes

 

    Bien avant la naissance du Christ, Isaïe pouvait écrire : "Le bœuf reconnaît son bouvier et l’âne la crèche de son maître, Israel ne connaît rien, mon peuple ne comprend rien." Rien d’étonnant à ce que le bœuf et l’âne se soient penchés sur la couche de l’enfant Jésus. Pas un mot pourtant à ce sujet dans les évangiles sauf dans les évangiles apocryphes. Cette légende de la crèche envahit toutefois l’iconographie médiévale.

 

Détail. Sentences, un traité de théologie. Il s'agit de l'un des liens les plus importants du Moyen Age.

 

    Nous, vulgaires et méprisables, nous avons transformé la crèche en arène, l’âne en cheval et le bœuf en taureau furieux. Et ce, pour le plus grand ravissement des uns et le plus grand courroux des autres.

Que les foudres de l’Éternel ne s’abattent point sur nos humbles esprits !

Deo gratias.

 

 

Gilbert LAMARQUE

   

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LE TAUREAU DANS TOUS SES ÉTATS - BESTIAIRE MÉDIÉVAL

Publié le par Cositas de toros

Première partie.

 

Manuscrit du Roman de Renart. BnF.

 

    La lecture de l’ouvrage de Michel Pastoureau : Le Loup – une histoire culturellle. Éd. Du Seuil, particulièrement jouissive, m’a donné l’idée de divaguer dans les manuscrits et enluminures. Au chapitre 5 intitulé : Ysengrin : un loup pour rire ?, l’auteur nous conduit au cœur du Roman de Renart, souvenez-vous des aventures d’un goupil rusé et querelleur nommé Renart ! les plus anciens écrits sont datés de 1174-1205 formant un noyau cohérent ; les autres plus disparates, ont été composés dans la première partie du XIIIe siècle. C’est donc un "roman" à plusieurs mains dans lequel nous voyons s’affronter Renart et le loup Ysengrin, les deux héros principaux : Renart représentant le petit peuple (un "gilet-jaune" moyenâgeux), Ysengrin, la bourgeoisie lourde et patentée.

Mais pourquoi aborder le roman de Renart ? Révisons nos classiques… Cette œuvre n’est pas un roman, mais un recueil en langue romane, donc en français. C'est un ensemble de récits animaliers, véritable satire avant la lettre. Il existe dans cette longue liste de "personnages" avec Renart, le renard alias Goupil, Ysengrin, le loup éternel ennemi, Noble le lion, Tibert le chat, Baudoin l’âne, Chanteclerc le coq, Blanche l’hermine… un taureau nommé Bruyant. Celui-ci agrémente discrètement les pages de cet ensemble tout comme le taureau dans le bestiaire médiéval où il est beaucoup plus présent.

 

Siège de Maupertuis. Le roman de Renart. BnF.

 

    J’ai donc extrait le document ci-dessus d’un manuscrit provenant de la Bibliothèque nationale de France. Cette enluminure, en haut à gauche, met en scène le roi Noble le lion armé d’un coutelas, Bruyant le taureau et Tardif le limaçon portent l’enseigne à la poursuite de Renart qui s’est réfugié dans son château de Maupertuis.

                

                     « Le Roi demanda qu’on lui présentât les ôtages et ne voulut pas faire grace d’un seul. Ysengrin livra pour les siens Brun l’ours, Tybert le chat, Chanteclerc le coq et sire Couard le lièvre. Renart choisit de son côté ceux dont l’expérience étoit le mieux connue : Bruyant le taureau, Baucent le sanglier, Espinart le hérisson et son cousin Grimbert le blaireau. La bataille fut remise à quinze jours ; Grimbert se portant garant que damp Renart se présenteroit à la place et à l’heure dites, pour abattre l’orgueil d’Yssengrin. "Allons, dit le Roi, ne ranimez pas les querelles ; mais que chacun de vous retourne paisiblement à son hôtel."

    Renart n’étoit pas assurément de la force d’Ysengrin ; mais il possédoit mieux tous les secrets de l’escrime, et cela l’avoit décidé à accepter la lutte. S’il est moins vigoureux, il sera plus adroit ; il saura tirer partie de l’entre-deux, il se repliera pour découvrir son adversaire au moment favorable ; il connoit à fond le jambet, les tours françois, anglois et bretons, la revenue, les coups secs et inattendus. Pour Ysengrin, il ne croit pas avoir besoin de préparation ; fort de son bon droit et de la faiblesse de Renart, il va tranquillement dormir a son hôtel, en maudissant les ajournemens qui retardent l’appaisement de sa vengeance.

… » (sic)

 

La cour du roi Noble. Le roman de Renart. BnF. Bruyant est au fond à droite.

 

     Partant de cette lecture, j’ai souhaité pousser plus loin la corne en introduisant ci-dessous le bestiaire médiéval en privilégiant le Taureau. Car dans ce bestiaire nous trouvons le lion, l’ours, la colombe, le cerf, le renard, l’agneau, la licorne, le dragon et autres animaux fantastiques et bien sûr, le taureau.

Toutes les iconographies suivantes sont issues de manuscrits du Moyen Âge, généralement du XVe siècle nous contant l’histoire du Taureau dans la mythologie, l’antiquité et les religions.

Vous trouverez les différentes illustrations issues des manuscrits abrités par la BnF à l’exception d’une seule provenant de la Bibliothèque municipale de Troyes et datée du XIIe siècle.

 

Janus labourant. Saint Augustin, la Cité de Dieu-entre1469 et 1473. BnF

 

    Au Moyen Âge, les bovins sont surtout élevés comme instruments de travail. Le bœuf joue en effet un rôle majeur dans les labours et le transport. Plus lents que les chevaux, les bœufs sont capables de traîner des charges plus lourdes. Le bœuf est donc le symbole de richesse et de force. Il est aussi chargé d’une puissante symbolique christologique : créature douce et paisible, dotée de patience et de bonté, il creuse comme le Christ des sillons fertiles et se sacrifie pour le service des hommes.

 

Marchand de viande de boeuf. Allemagne, Rhénanie. XVe siècle. BnF

 

    On a longtemps imaginé que le Moyen Âge se nourrissait d’herbes et de racines et était privé de viande à l’exception de la charcuterie. Il n’en n’est rien. En dehors des périodes de crises, les derniers siècles du Moyen Âge atteignent des consommations de viande et le bœuf est la viande la plus consommée.

Par rapport au veau, le bœuf est une viande de peu de noblesse, aussi est elle peu représentée dans les livres de cuisine aristocratiques. Elle fait partie des "grosses viandes" en général bouillies.

 

Pasiphaé et le taureau de Crète. Ovide, Métamorphoses. Livre XV. XVe siècle. BnF

 

    Dans la tradition grecque, le taureau blanc est l’animal divin par excellence. C’est sous cette forme que Zeus avait enlevé la jeune Europe pour la conduire en Crète où ils s’unirent et eurent trois fils. L’un d’eux, Minos, disputant la royauté à ses frères, demande à Poséidon de lui assurer son soutien en faisant surgir sur les flots un taureau qu’il lui sacrifiera en retour.

Avec une robe blanche éclatante, l’animal est d’une telle beauté que Minos rechigne à tenir sa promesse et en immole un autre. En châtiment, Poséidon rend le taureau furieux et inspire à la reine Pasiphaé un amour monstrueux pour l’animal dont naîtra le terrible Minotaure… Emporté sur le continent par Héraclès, le taureau de Crète sera maîtrisé à Marathon par Thésée (une des premières faenas…), héros athénien qui vaincra aussi le fils, cette créature hybride recluse dans le labyrinthe.

L’enlumineur a-t-il eu méconnaissance du mythe pour représenter un taureau noir ? Ou bien est-ce un choix délibéré marquant une condamnation implicite de l’acte contre nature ?

 

Jason et les taureaux monstrueux. Ovide, Métamorphoses. Livre XV. XVe siècle. BnF

 

    Selon le mythe grec, Jason, pour recouvrer le pouvoir, devait rapporter la Toison d’Or en son royaume. Avec ses compagnons les Argonautes, ils arrivent en Colchide où Jason doit imposer le joug aux taureaux d’Héphaïstos, le dieu du feu. Réputés indomptables, ces deux bêtes monstrueuses portent  des sabots d’airain et soufflent le feu par les naseaux. Cette condition signifiait que le héros devait dompter ses passions avant de conquérir la Toison d’Or, symbole de la perfection. Prise d’une passion pour lui, Médée, la fille du roi, viendra à son secours contre la promesse de l’épouser.

 

Pèlerins au Val d'Enfer. Jean de Mandeville, Livre des Merveilles. XVe siècle. BnF

 

    Pendant plusieurs siècles, la religion s’opposa au culte de Mithra, d’autant que c’était aussi une religion monothéiste, croyant en une résurrection. Quand le christianisme l’emporta au IVe siècle, il chercha à éliminer le culte de Mithra et notamment le symbole du taureau tué par Mithra dont le sang avait fécondé la nature et l’avait fait revivre. Le taureau est alors diabolisé ; son sang devient vénéneux, il devient un des attributs de Satan et la tête, les pieds, la queue et surtout les cornes du taureau sont associés au diable. L’Église combattit les symboles cornus qui restèrent cependant associés à une force magique dans les champs de bataille et dans les tournois.

 

    A suivre…

 

                                                                                        Gilbert LAMARQUE

 

 

 

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POURQUOI ?

Publié le par Cositas de toros

POURQUOI ?

       Autrefois, la blessure par coup de corne entraînait inévitablement après une période de repos, une convalescence suivie d’une réadaptation qui pouvait se prolonger lorsque le torero avait repris le chemin du ruedo. Ses moyens physiques étant quelque peu diminués lui permirent de bénéficier au cours de l’histoire taurine, de facilités, de faveurs, qui, par la suite, sont devenues la norme pour tous les toreros.

 

    Pourquoi le burladero ?

 

 

     Cet abris de planches, placé en avant de la barrière, de la talanquère comme disent les coursayres, et formant chicane par où se glisse le piéton à la fin (ou pas) d’une suerte, est né d’une doléance exprimée par des maestros relevant de blessure et qui de ce fait, ne pouvaient sauter aisément l’obstacle de la barrière.

Dans un premier temps, on plaçait les burladeros lorsque figurait au cartel, un torero convalescent et on l’annonçait sur les affiches. Puis, cet abris protecteur étant fort utile voire commode, il fut mis en place de plus en plus fréquemment et vint le jour où sa présence dans l’arène fut incontournable, donc permanente.

 

    Pourquoi l’épée factice ?

 

    Même participation… l’épée factice ou ayuda fut utilisée au départ avec une autorisation de la présidence par un matador qui, en période de remise en forme, de convalescence, après une quelconque blessure, ne pouvait utiliser lors de la faena de muleta, l’épée d’acier trop lourde.

La tolérance ici aussi, est devenue la règle. Le mérite de l’utilisation de l’épée de muerte n’en n’est que plus grand, et remarquons qu’à cet instant, le toro n’est pas abandonné à lui-même en fin de faena, situation contraire à ce que nous vivons aujourd’hui au changement des épées. Le diestro lampe sa gorgée d’eau dans sa timbale argentée, s’essuie le visage, prend quelques conseils pendant que parfois, un péon vole une passe de cape à ce toro, soulevant force sifflets et l’état moral et physique se modifient durant ces précieuses secondes, éternelles !

 

 

    Sinon peu de modifications ont été apportées par l’expérience acquise au fil du temps. J’en veux pour preuve, l’équipement du torero, son habit de lumières. Un détail cependant : autrefois il utilisait une large ceinture en tissu qu’il enroulait en plusieurs fois autour de sa taille comme les écarteurs landais la porte toujours. Elle était destinée à protéger le bas ventre de la corne !…

 

     Le peto du cheval a été revu, le poids pachydermique du canasson itou, et le cavalier a, dans l’ensemble profité d’un régime amaigrissant. La forme de la pique a vu quelques modifications.

 

 

Que l’on protège la monture et son cavalier, soit, mais arrêtons de tricher avec les varas ! Mais cela est une autre polémique déjà débattue.

 

     Face au danger de la cornada et aux suites généralement terribles, l’homme a fait preuve de recours et d’intelligence ; et même si quelquefois il a modifié en sa faveur le règlement, on ne peut guère lui jeter la pierre. Au contraire, nous ne pouvons que nous en féliciter !

 

N.B.

 

    L’épée ou estoque mesure environ 90cm, légèrement courbée sur les 20 derniers cm, généralement fabriquée en acier de Tolède. Son prix est de l’ordre de 500 € environ.

 

                                                                                       Gilbert LAMARQUE

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LES CHARTREUX

Publié le par Cositas de toros

           Non, pas les minous…

 

   … mais ces religieux de l’ordre monastique contemplatif fondé par saint Bruno en 1804 à Saint-Pierre-de-Chartreux en Isère !

 

                                                           Emblème (le fer… )

 

                                                               Monastère de la Cartuja de Jerez                                                                                                                             

      Ces chartreux qui se livraient à l’agriculture, sélectionnèrent divers animaux utiles, cherchèrent à améliorer leur race et obtinrent à partir d’une jument de souche orientale, les fameux chevaux cartujanos ou jerezanos, lignée maintenue jusqu’ici grâce aux efforts de la famille Domecq.

Dès 1476 probablement, les frères Chartreux de Jerez constituent une ganaderia avec du bétail bravo andalou, d’origines diverses y compris les plus prestigieuses, qu’ils obtiennent grâce au prélèvement de la dîme sur les grands propriétaires terriens. Si l’on se réfère à un document de 1623 conservé dans les Archives de la Municipalité de Jerez, les religieux demandaient l’augmentation de leur cheptel bovin au roi. Il est curieux de noter que dans ce texte, il est fait mention non seulement de bétail destiné à être couru et mis à mort, mais également destiné à la reproduction !

Les taureaux ont de tout temps vécu dans la marisma, le delta du Guadalquivir, comme en Camargue, le delta du Rhône.

 

    Un fait dit bien la grande réputation de ces toros. Dès le XVe siècle, ceux-ci sont réquisitionnés par les autorités pour donner des fêtes. Les moines ganaderos s’en plaignent en 1614 auprès du roi Felipe III, grand amateur de fêtes taurines et créateur de la Plaza Mayor de Madrid : on leur prend les meilleurs mâles, et encore à un prix inférieur à leur vraie valeur ; il s’en suit pour eux un double préjudice.

Leur renom est tel, que ces toros fournissent des encierros à Séville, Cadix, El Puerto de Santa Maria.

Une anecdote pittoresque est à mettre au compte des Frères Chartreux : le 20 décembre 1637 un cornu poussé par quelque foi dévote entra dans l’église de San Dionésio de Jerez au moment des vêpres et fit chuter au sol la vasque de marbre utilisée pour les baptêmes ; ce bicho destiné aux réjouissances publiques, sema l’effroi parmi les dévots venus prier ! Le supérieur du couvent paya la casse en kilos de viandes…

     Au début du XVIIIe siècle, les Dominicains de la Cartuja Santo Domingo de Jerez cédèrent la moitié du bétail à ceux du couvent (cartuja) de Séville (devise blanche et Jaune) : ce qui vient confirmer son crédit.

 

                                                             Cartuja de Séville du XIIIe siècle

     Ces taureaux sont réputés solides et rugueux : « grands, forts, bien armés, de pelages variés mais broncos et avisés ».

 

    Les Chartreux de Jerez présentèrent leurs toros à Madrid le 4 mai 1792, la devise était de couleur verte. En 1798, ils fournirent 10 toros de six ans à la Maestranza de Séville.

En 1803, les couleurs de la devise étaient modifiées. Elle devint noire.

La ganaderia fut dispersée lorsqu’en 1835 parut le Décret de Mendizabal, décret qui ordonnait l’expulsion des religieux.

 

    D’autres ordres religieux se livrèrent à l’élevage bravo : le Couvent de San Isidor de Séville (devise noire et blanche), le Couvent de San Augustin de Séville (devise rouge et noire), les Pères de la Compagnie de Jésus, le Monastère de San Jeronimo de Séville.

… Dominicains de Jerez et Séville, Chartreux de Jerez se trouvèrent à la tête d’importants troupeaux et furent à l’origine de nombreux élevages… même si le Pape avait interdit la corrida !

    Ainsi au cours de ce XVIIIe siècle, quelques élevages, quatre surtout ont marqué très fortement la génétique taurine : Cabrera, Gallardo, Vasquez et Vistahermosa.

                             Toro réalisé à partir d'un dessin du XVIe siècle. Il est du type Cabrera

 

    - En 1740, Luis Antonio Cabrera de Utrera forme son élevage à partir du bétail acheté aux Chartreux de Jerez, aux pères Augustins de la Santissima Trinidad de Carmona et autres communautés religieuses. Cette race se retrouve aujourd’hui chez Miura.

 

    - Le curé de Rota, Bernaldo de Quiros, en 1760, croise des vaches andalouses (cartujanas) avec des sementales de Navarre. En 1792, les frères Gallardo du Puerto de Santa Maria récupèrent le troupeau. Cet élevage, après apport de sang Vasquez, Jijon et Cabrera, est à l’origine de Pablo Romero, aujourd'hui Partido de Resina. 

 

   - En 1755, Gregorio Vásquez d’Utrera fonde sa souche importante (vazqueña) de taureaux braves à l’aide d’animaux de provenance monastique. Le fils Vicente José rajouta des vaches de la ganaderia de Bécquer, de Cabrera et de Raso de Portillo. Ce cheptel passa dans les mains des ducs de Veragua, dont le blason est maintenant le fer de Juan Perdo Domecq.

   

   

    - Enfin, en 1775, Pedro Luis de Ulloa, Conde de Vistahermosa, lui aussi d’Utrera, forme son élevage à partir de celui des frères Rivas qui avaient fondé le leur en 1733 avec des achats provenant de diverses congrégations religieuses. Puis l’élevage fut vendu en 1825 en cinq lots. Deux de ces lots, celui de Juan Dominguez Ortiz dit « El Barbero de Utrera » et celui de Salvador Varea prospérèrent parfaitement : ils sont à l’origine de 95% des élevages actuels !

 

    Frères Chartreux, Dominicains et autres Augustins, soyez bénis !

 

                                                                                         Gilbert LAMARQUE

 

 

 

 

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