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REFLEXIONS DE RAFAEL GUERRA « GUERRITA » (1862-1941), DOMINGO ORTEGA (1908-1988) ET MARCEL GRAND « DON SEVERO » (1889-1958).

Publié le par Cositas de toros

 

Par Gilbert LAMARQUE

 

"Guerrita": "Il y a une chose que je ne pardonne pas aux toreros du jour, c’est qu’ils fassent rarement usage de la main gauche et qu’ils ne toréent plus en tenant la cape par une pointe. Les adolescents croient que la main gauche sert exclusivement à donner des passes naturelles, et ils sont dans l’erreur. On peut toréer très bien avec la main gauche et dominer beaucoup de taureaux sans employer la passe naturelle. Quant aux passes de cape à une main, elles sont pour beaucoup de taureaux le moyen le plus efficace pour les inciter à combattre, les entraîner et les changer de place avec aisance."

Rafael, d’une parfaite maîtrise à la muleta. A des aficionados qui lui demandent à quoi il attribue son succès : "Au fait que le taureau a des cornes. S’il n’avait pas de cornes, il y aurait des milliers de Guerrita."

Par la suite, on lui reprocha de choisir ses taureaux ; c’est à cet instant que fut instauré le tirage au sort exigé par Mazzantini et Reverte.

 

        Domingo Ortega : (Extraits d’une conférence prononcée à l’Ateneo de Madrid, le 29 mars 1950). "Vous, aficionados, pour peu que vous vous souveniez, vous avez vu plusieurs fois dans les corridas des faenas de vingt, trente, quarante passes, et le taureau devenir chaque fois plus entier, ou, pour le moins, rester tel qu’il était lorsqu’il commença le combat ; puis, au moment de la mise à mort, le torero "collé" aux barrières, piquer sur l’os, ou, s’il a beaucoup de chance, loger l’épée de travers dans le cou du taureau. Lorsque ceci se produit, il faut se mettre en garde et penser que quelque chose d’étrange est en train de se passer : comment est-il possible qu’avec cette quantité de passes qui furent apparemment belles pour la grande partie du public, ce taureau ne soit pas soumis ?

La réponse est très simple : ce qui s’est produit, c’est que le torero a donné des passes et que donner des passes n’est pas la même chose que toréer. Un torero peut avoir peur d’un taureau : c’est humain ; mais s’il lui a donné vingt ou trente passes, cela veut dire qu’il a oublié d’avoir peur, et dans ce cas, s’il n’a pas réduit, s’il n’a pas soumis le taureau, c’est parce qu’il n’a pas pratiqué le goût de bien faire, qui est un plaisir auquel les taureaux eux-mêmes s’abandonnent."

Pour Ortega, l’art des toreros d’aujourd’hui (1950) manque de solidité et de profondeur. Il en dénonce les hérésies : "… Regarder le public en toréant, avancer vers le taureau par des pas de côté, rester rigide en le laissant passer, ont été des inventions du toreo comique."

Puis, ayant démontré l’éternelle nécessité, pour dominer, de "charger la suerte", il ajoute : "… Certes, en s’en tenant au simple champ visuel, un torero peut ne pas se soumettre aux règles classiques s’il possède une grande personnalité qui peut être due à mille choses, par exemple à sa façon de marcher, de s’habiller, de se mouvoir, de rester calme, à beaucoup d’autres choses qu’il n’est pas utile d’énumérer et qui lui permettent d’enthousiasmer les spectateurs, entraînés par la force de sa personnalité, quoique son toreo et sa technique soient négatifs.

Aussi est-il indispensable de montrer aux nouvelles générations de toreros que les personnalités ne peuvent être copiées ; il faut les orienter vers les règles classiques pour éviter que ces adolescents, en suivant les voies ouvertes par ces toreros de grande personnalité, ne se trouvent – même les plus doués – au bout de cinq ou six ans d’alternative, c’est à dire à l’époque où les toreros parviennent à la maturité quand leur formation a été positive, dans le cas de n’avoir fait aucun progrès et d’être dominés par les taureaux."

Ceci, précise le grand torero, à condition que les taureaux soient de vrais toros adultes, car : "L’art du toreo repose sur le péril, si du moins le taureau donne à celui qui se trouve près de lui l’impression de ne pas constituer un grand danger, l’art de toréer cesse d’exister ; ce sera un autre art, mais la beauté, la grandeur du toreo résident en ce que le torero perçoit l’impression – bien que lui la surmonte – que ce n’est pas une plaisanterie, que le risque de blessure reste présent ; c’est alors que le torero vit et qu’il peut, pour autant, produire les moments les plus aigus de l’art."

Un ultime conseil d’Ortega : "Mais, fais bien attention : le toreo n’est pas une question de force, parce que celle-ci provoque la brusquerie, la rudesse, c’est à dire l’antithèse de la suavité, de la douceur qui sont ce qui plaît le plus aux taureaux. 

Et que pour que ceci soit possible, n’en doutez pas : il faut en revenir aux principes classiques."

Ortega qui fut le torero préféré des aficionados puristes qui appréciaient sa tauromachie pleine de dominio.

 

     Et le revistero, « Don Severo », chroniqueur à "La Petite Gironde " / « Sud-Ouest », à la même époque, répond à la question : "Où va la corrida ?"

"On ne risque guère en répondant : vers moins de rudesse dans le premier tiers (suerte de pique), plus de perfection, si possible, dans la réalisation du toreo avec le leurre (cape et muleta), et davantage encore de brio, d’élégance et d’esthétique dans toute la lidia du toro brave.

Tout tend vers cela, et seulement cela."

 

     La cape à une main, le « charger la suerte », la personnalité, le classicisme, le vrai toro adulte … ce sont des spécialistes qui nous en parlent … et c’était hier ou avant-hier !

La corrida ne pouvant rester seule statique dans ce monde en perpétuelle évolution, il y a tout lieu de croire qu’elle ira toujours en se peaufinant, en raison directe du goût et de la sensibilité des publics pas tous aficionados. De là, à la transformer en ballet classique !

                                                                                     Gilbert LAMARQUE

 

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LA MORT DU TAUREAU DE COMBAT DANS L’ARENE

Publié le par Cositas de toros

Aujourd’hui,une publication du Docteur Sophie MALAKIAN-VERNEUIL, parue dans une tribune du Midi-Libre le 09 août 2015.

Sophie MALAKIAN-VERNEUIL est vétérinaire, spécialisée dans la dentisterie équine et dans l’ostéopathie cognitive, elle a vécu dix-huit ans en Guadeloupe où elle a pratiqué la médecine et la chirurgie des animaux de compagnie, ainsi que des animaux de rente.

Revenue en France métropolitaine depuis quelques années, elle exerce dans l’Oise. « Mon expérience de vétérinaire m’a permis d’en apprendre beaucoup sur les animaux et leurs comportements. Ma passion pour les animaux depuis mon plus jeune âge m’a donné une vision non anthropomorphique de l’animal et sa psychologie, et une vision pragmatique de sa place dans notre société, ce qui ne m’a pas empêché de garder un grand amour et un grand respect pour la cause animale dont je reste une fervente et sincère défenseur ». Dans une tribune, Sophie MALAKIAN-VERNEUIL livre une lecture personnelle et originale de l’art tauromachique et de son principal acteur, le taureau de combat.

 

                                                                                                    Patrick SOUX

 

Arène

Il est entré. Noir. Lourd. Dangereux. Rapide. La force faite animal. Il court sans savoir vers quoi, vers qui. Un mouvement, dans le coin de son œil, lui indique que le danger vient de là, et il charge, brave, fait face. Une masse de muscles, des cornes, la bête est dangereuse. Cette force et cette agressivité en font un minotaure dont on pourrait croire un instant qu’il est invincible. Il s’arrête et tente de comprendre de quel danger il s’agit. Où ? Quoi ?

Dans son lexique des dangers, rien ne ressemble à ça. Mais dans sa bravoure, son instinct sait déjà qu’il va devoir combattre un ennemi inconnu jusque là. Une sorte d’animal très coloré, dont les ailes roses et jaunes virevoltent et l’agacent.  C’est sûr, c’est là qu’il faut frapper. Il baisse la tête, s’élance, les cornes prêtes à broyer du rose. Arrivé de l’autre côté, il sait qu’il a réussi, il l’a encorné ce volatile, il a senti son odeur, fait voler ses ailes. Il se retourne pour contempler sa proie. Que diable ! Pas de traces de sang, pas de signaux de détresse, pas de cri de souffrance ni d’agonie.

"Cet animal est vraiment surprenant ! "

Ne se laissant pas décourager par l’étrangeté de ce combat, la bête s’élance à nouveau, plus vite, plus déterminé à en finir avec cette chimère. Et encore, et encore. Chaque fois c’est le même scénario. Le taureau se rapproche, commence à connaître cette odeur. Un mélange de sueur animale et d’autre chose, inconnu ; mais au fil de ce corps à corps, il finit par reconnaître cette odeur là, celle qui le galvanise. L’odeur de la peur, l’odeur de la proie qui sent le danger. Plus rien n’existe autour, il n’entend plus rien du bruit de la foule qui réclame le sang, acclame la bravoure et se délecte de la violence. Plus rien d’autre que cette odeur, cet adversaire se résume à cette émotion, car c’est la seule chose qui lui soit familière ici: la peur.

Les charges se transforment en combat rapproché, mélange de sueur et de tissus qui le frôlent et volent, mais jamais rien au bout des cornes. La bête s’épuise à chercher la chair, mais à chaque fois elle ne trouve que du tissu. Dans ce monde inconnu, une seule certitude, une seule option : combattre, jusqu’à la mort.

Il est né avec cette connaissance. Il porte en lui toute la bravoure et la force de l’Andalousie, il est né pour combattre. Ses cornes pointues le prouvent, ses muscles saillants, le prouvent. Son ardeur au combat, fait partie de son existence. Il ne peut en être autrement. Ça fait maintenant de longues minutes que dure ce combat, les forces de l’animal commencent à baisser, et toujours pas une goutte de sang en face. La bête s’est arrêtée, essoufflée, elle sait que sa force ne suffira pas. Elle regarde encore cet adversaire qu’elle ne comprend pas. Il lui tourne le dos et s’en va en marchant, lentement, fièrement.

L’odeur familière a disparu, faisant place à une nouvelle odeur, inconnue : celle de la vanité. Et voilà qu’il revient, il lui fait face. Il a troqué ses ailes contre deux cornes pointues et orange qu’il brandit vers l’animal, signe que le combat doit reprendre. "Cette fois-ci je vais l’écrabouiller" se dit la bête en chargeant à nouveau l’homme. Mais au bout de sa course folle, il n’y plus de doute, l’adversaire est plus fort, toujours aussi impassible. La morsure des pointes plantées dans sa chair, en atteste. C’est le premier sang versé, avec son cortège d’adrénaline, qui lui donne la place de proie et non plus de prédateur.

Encore la poussière, encore la sueur, encore le sang rouge comme le tissu et la chaleur écrasante du soleil qui hier encore caressait son cuir. Soudain, dans cet enfer, un éclair de lumière. Dans une dernière tentative d’encorner son adversaire, la bête aperçu cet éclair du coin de l’œil, et c’est la fin.

Au fond de ses entrailles, l’éclair est venu se planter, le mal est rentré dans sa chair, et la déchiquète de l’intérieur. Son cœur qui bat la chamade vient s’y déchirer à chaque battement, à chaque mouvement. Un genou dans le sable, puis deux. La tête se repose enfin. Pendant que lentement l’esprit vaillant quitte ce monde, on découpe une oreille de cette carcasse, qui, il y a quelques minutes encore, était une bête pleine de vigueur et de force. Le public applaudit le courage du toréador, et célèbre la vaillance de ce taureau qui a combattu jusqu’au bout. Il quitte cette terre sous les applaudissements d’une foule venue observer cette brutale nature, et ce courage qu’elle n’a pas. L’existence de ce taureau qui prend fin sous nos yeux, nous donne une leçon. L’arène s’est transformée en théâtre de la vie. Ceux qui refusent de la voir ainsi, useront leur salive dans un inutile plaidoyer contre ce qu’ils nomment « la cruauté humaine », croyant défendre une cause qu’ils ne comprennent pas, une nature dont ils ignorent tout.

Dans ce monde où s’affrontent les idées, où les écolos combattent les aficionados, où ceux qui se prennent pour les défenseurs de la cause animale s’élèvent avec force contre ces pratiques et cette tradition, on oublie de regarder l’animal pour ce qu’il est.

Ces amoureux de la nature, ne regardent pas la nature elle-même, mais l’image qu’ils veulent en voir. Ils ne regardent pas l’animal, mais un prolongement d’eux même, imaginant que respecter un animal, c’est le traiter comme un être humain. Ils s’imaginent dans l’arène, comme au temps des gladiateurs, avec leur vision d’un monde sans violence, désarmés face à un adversaire redoutable. Le combat entre le taureau et le torero, ne se résume pas à une comparaison entre les armes, il ne se résume pas non plus à la justice, ou à la violence de la situation, ni même à l’utilité des traditions de notre monde. La sauvagerie est animale, le combat côtoie partout la vie animale.

La nature originale n’existe plus, elle se transforme à chaque instant, elle est la vie qui évolue. Dans ce monde où tout fini par être façonné par l’homme à son image, le mot "nature" devient un prétexte pour se donner bonne conscience. Nous avons perdu le sens de notre vie, trop occupés à chercher le confort, la reconnaissance, et l’immortalité. Le taureau de combat lui, est la nature à l’état brut. Il est programmé pour vivre, se reproduire, combattre, et mourir. C’est sa nature à lui, et sa vie y est conforme.

Combattre dans une arène  n’est certes pas "naturel", mais pour le taureau, cette mort là, aura plus de sens, que celle d’un taureau exécuté dans un abattoir ; même si la morale se satisfait d’avantage du côté aseptisé de la mort des animaux dans ces temples de la consommation alimentaire.

Aujourd’hui on mange de la viande comme n’importe quel autre aliment, pour son goût, pour ses qualités nutritives, pour ses habitudes. Mais il est fini le temps où l’on avalait l’animal chassé puis tué. Le temps où la viande n’était pas un aliment, mais un moyen de survie, un moyen de continuer à vivre.

Aujourd’hui on élève puis on abat, puis on déguste. Aucune mort n’a de sens. Nous sommes programmés pour manger de la viande mais nous nous sommes détournés de l’activité majeure de nos ancêtres : la survie. Nos prédateurs sont d’une nature différente. La société, ses stress, la course à l’argent comme seul garant de notre survie, ont fait de nous des êtres à contre courant de notre nature. Nous trouvons sans cesse des artefacts nous permettant de compenser les incohérences de nos vies. La notre telle qu’on se la représente, n’est plus de ce monde ci.

Combien de temps reste-t-il encore à ces taureaux de combat, témoins d’un temps où un morceau de viande voulait dire un morceau d’animal que l’on a tué, un temps où cela se calculait en temps de survie avant la prochaine chasse infructueuse. Messieurs les avocats de la défense des droits de l’animal, vous vous trompez de cause, d’accusés, et de procès.

Comment dénoncer l’existence des corridas, et accepter celle des abattoirs ? Votre quête a perdu tout sens, elle repose sur un point de vue intellectuel qui ignore la trivialité de votre propre existence. Tel un dictateur qui sait qu’il ne pourra convaincre la majorité et impose sa vision du monde par la force. S’il était en votre pouvoir d’imposer la végétarisme au monde entier, vous le feriez sans doute, ignorant que vous signeriez la disparition de toutes les espèces animales que l’homme consomme.

Pour que les taureaux de combat vivent, il faut tuer des taureaux de combat dans les arènes. Ainsi va la logique du monde. La mort de quelques centaines de taureaux courageux choisis pour affronter les toreros, assure la survie de milliers d’autre, élevés sur les terres et sous le soleil de l’Andalousie, et d’ailleurs. N’en déplaise aux militants de la cause animale, l’homme d’aujourd’hui est garant de la survie des animaux. La nature ne peut plus se suffire à elle-même, et ignorer le monde dans lequel elle vit. L’adaptation à l’environnement a depuis toujours fait évoluer les espèces. L’homme a toujours été un prédateur, et il l’est toujours. Il y a de nombreuses façons de tuer les animaux. Dans un abattoir, dans une arène, dans la forêt…et dans les tribunaux ! Car finalement, les plus grands assassins d’animaux ne seraient-ils pas ceux qui veulent empêcher qu’on les tue ?

Certains refusent de voir la partie de l’homme qui le pousse à chasser, à combattre et à tuer et prétendent que notre cerveau reptilien, siège de nos émotions primitives, n’a pas le droit de s’exprimer, alors qu’il conditionne notre survie.

Souhaitons que ce monde de traditions trouve sa place dans nos sociétés en pleine évolution, à l’image de notre indispensable cerveau reptilien qui coexiste avec le cerveau limbique et le cortex. Le combat de l’homme contre l’animal, est vieux comme l’humanité. Au même titre que le combat entre animaux dans la chaine alimentaire. Ce combat donne un sens à la vie des animaux dans leur environnement. L’homme, en tant qu’animal, n’échappe pas aux lois qui régissent ce règne, malgré ses capacités intellectuelles et émotionnelles. Empêchez le d’exprimer son animalité de prédateur, et vous en ferez un psychopathe qui s’en prendra à ses congénères à la place. Si l’on désire voir l’animal par sa nature, il faut également accepter de regarder l’homme sous ce côté là. Sur le sable de l’arène, ce sont donnés rendez-vous la nature et la civilisation, la trivialité et le raffinement, le passé et l’avenir.

La mort du taureau est finalement un hymne à la vie dans toutes ses contradictions.

 

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RETOUR AUX SOURCES

Publié le par Cositas de toros

En faisant des recherches bibliographiques pour argumenter un futur article à paraître sur ce blog, j’ai retrouvé un article fort intéressant que j'ai décidé de soumettre à votre réflexion.

Petite "piqûre de rappel", s'il en est besoin.

Il s'agit d'un article paru dans la revue TOROS N° 1221 du 26 février 1984.

ET PARLONS DU TORO

Le toro idéal...

 

     Un vétérinaire espagnol, le Docteur Pablo Paños Marti, vient de publier une étude sur le toro de lidia. Il énumère en particulier les 30 conditions qui font, d'après lui, le toro de bandera. Inutile de préciser, après lecture, qu'il y a peu de chance pour que vous n'en rencontriez jamais un, sinon au paradis des toros de lidia. Cette énumération a toutefois l'avantage de relever, pour les jeunes aficionados (et rappeler aux anciens), quelques règles concernant le toro et en particulier certaines des ses réactions qui échappent parfois à notre analyse.

 

A la sortie du toril :

          1. Le toro sortira avec alegria, sans réserve;

          2. Il ne passera pas la tête sur la barrière (barbeando);

          3. Il frappera dans les planches lorsqu'il sera appelé par les subalternes.

 

Devant le cheval :

           4. Il partira de loin, avec fijeza (en se concentrant sur l'objectif);

          5. A la rencontre avec la cavalerie, il baissera la tête, la mettant sous le cheval avec l'intention de le lever;

         6. Il ne ralentira pas sa charge en sentant le châtiment et, au contraire, il l'augmentera avec un regain d'énergie;

        7. Dans cet assaut, viendra un moment où il poussera avec les reins, son arrière-train se soulevant même dans un suprême effort pour vaincre;

          8. Il ne refusera en aucun cas le combat, sortant seul de la suerte;

        9. Il ne donnera pas de coups de tête dans le caparaçon faisant "sonner les étriers" en cherchant à faire sauter la pique;

         10. Il ira plusieurs fois au cheval, chaque fois qu'il sera mis en suerte et, dans cet ordre d'idée, il faudra tenir compte du nombre de fois qu'il ira au châtiment;

         11. Il accourra au cheval à "contre querencia", c'est à dire dans le terrain le plus éloigné de la porte du toril.

 

Au second tiers :

          12. Il ne se plaindra pas des banderilles, cherchant à les faire sauter;

          13. Il poursuivra le banderillero à la sortie de la paire.

 

Au dernier tiers :

          14. Il ne cherchera pas la querencia des planches, ni ne fuira le combat dans les medios;

 

Au long de la lidia :

          15. Il ne grattera pas le sol du ruedo;

          16. Il ne beuglera pas;

          17. Il ne ruera pas;

          18. Il gardera la bouche fermée, de la sortie des chiqueros jusqu'à l'arrastre.

 

La charge :

         19. Il chargera d'abord la tête haute pour, ensuite, la baisser au moment de prendre les leurres;

          20. Il chargera droit, sans couper le terrain, venant de loin;

          21. Il chargera avec temple, c'est à dire de manière cadencée, rythmée;

          22. Il le fera de plus avec promptitude et alegria, répondant avec rapidité au cite du torero;

          23. Il mettra de la noblesse à suivre les leurres avec fixité et clarté, sans faire d'écarts;

        24. Si les leurres sont maniés de manière correcte, il ne donnera pas de derotes (coup de tête à droite ou à gauche);

          25. Il chargera de manière répétitive, renouvelant l'attaque, "mangeant" les leurres;

          26. Il chargera en fin en maintenant ces caractéristiques tout au long de sa lidia, quoiqu'en tempérant son allure suivant le tiers, l'alegria ne pouvant être identique devant le cheval et au dernier tiers par perte de force, mais proportionnellement.

 

Le type zootechnique :

        27. Son physique sera harmonieux, réunissant les conditions de ce qu'on appelle "complexion athlétique", en incluant ce qui est relatif au pouvoir et à la force du toro;

          28. Il sera bien armé, avec des cornes correctement développées;

          29. Sa lignée sera toute d'une bravoure optimale, et sera notée au tentadero;

         30. Et finalement, il se maintiendra dans les caractéristiques distinctes de la caste à laquelle il correspond.

 

     Inutile de répéter que cette énumération reprend toutes les caractéristiques distinctives de la caste du toro de combat et que le trentième commandement n'est qu'un rappel de la définition de cette fameuse caste dans son acceptation de "race".

 

...

 

     Ainsi était décrit le toro idéal en 1984.

 

Nous savons tous que l'appréciation que nous portons sur "les choses" en général, et plus particulièrement sur les toros, est fondée sur une somme de valeurs qui nous sont très personnelles. Cependant, la prochaine fois que vous aurez la sensation de pouvoir sortir "le bleu" ou "l'orange", repensez simplement à ces trente commandements.

 

Patrick SOUX

 

 

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DE LA DICTATURE DU PARAÎTRE A…

Publié le par Cositas de toros

Par Patrick SOUX

 

Il ne vous aura pas échappé que nous vivons dans une société où le paraître est quelque chose de primordial, d’indispensable, j’allais dire de vital, il faut paraître.

Paraître intelligent, paraître riche, paraître jeune et beau, paraître le meilleur en tout et en toute circonstance, et surtout, paraître meilleur que les autres pour paraître encore d’avantage. J’assimilerai cela à un nouvel état. Cette "mode" surfe sur la vague du manque flagrant de modestie dont font preuve ses adeptes dépourvus de ce qui faisait la force des générations précédentes : le bon sens.

Paraître plus intelligent : en cinquante ans le nombre de bacheliers a été multiplié par 8.5 avec un pourcentage de réussite de 86.8% ceci par le truchement de la diminution de l’exigence des contrôles diplômants. Nos enfants sont-ils plus intelligents que nos parents ? En tout état de cause nous avons plus de chômeurs, mais certes, plus diplômés.

Paraître plus riche : en facilitant l’accès du plus grand nombre aux produits  "de luxe", 93% des français mangent du foie gras et 80% boivent du champagne, ce n’est certes pas leur pouvoir d’achat qui a augmenté, mais la diminution de la qualité liée à l’industrialisation qui a permis d’en baisser le prix.

Paraître plus jeune : l’explosion des salles de sport et de moving (je crois que nous les appelons comme ça non ?) en est une preuve flagrante. Il est de bon ton de se montrer dans ces endroits où l’on transpire, même trois minutes et même si l’on n’y transpire pas !

Paraître meilleur que les autres : là, toute la panoplie de possibilités est utilisée pour y parvenir, tricher, mentir, embellir, bien emballer le paquet quitte à se faire contrôler ou arbitrer par ses amis : à charge de revanche bien sûr !

Euh… oui, mais la tauromachie me direz vous dans tout çà ? Et bien la tauromachie et tout son cortège "mundillesque" ne déroge malheureusement pas à la règle. A tous les niveaux on essaye de tirer la couverture à soi, chacun dans son domaine bien entendu. Le paraître est quelque chose d’omniprésent entrainant une dérive dangereusement artistique de ce qui ne devrait rester qu’un Combat.

     Depuis un quarteron de figuras qui imposent leurs exigences, en passant par :

     -Les éleveurs de toros qui se rendent complices au nom d’une notoriété accrue et d’une manne financière.

     -Les organisateurs qui pensent ne pas pouvoir se passer de ces figuras et de ces élevages pour monter leur feria ou leur spectacle annuel et qui réfléchissent en financiers plus qu’en aficionados.

     -Les présidences (choisies par les organisateurs !) jouant la plus part du temps le jeu de leurs amis qui les ont placés à cet endroit.

     -Les harmonies ou autres orphéons qui certes, sont aux ordres de la présidence (voir ci-dessus) mais qui ont la responsabilité de leur répertoire, répertoire qui dérive de plus en plus vers celui de "la Grande Musique" et qui s’asseyant sur leur modestie oublient qu’ils sont là pour accompagner et non pas pour prendre la vedette !!! Je comprends que l’on puisse être adepte de la "Grande Musique", mais pour cela, il existe des salles de concert.

     -Le public… On dit souvent que l’on a la chance que l’on mérite ou les amis que l’on mérite, le public n’aurait-il pas la corrida qu’il mérite ? Les manifestations d’enthousiasme collectif auxquelles nous sommes confrontés lors de spectacles qui ne sont rien de plus que ce devrait être "une corrida normale" tendent à le prouver. Au cours de ces "spectacles", l’aficionado, contrairement au public, ne se reconnait plus dans ces manifestations, il se sent perdu, incompris, voire rejeté. Le fossé se creuse à tel point que nous avons l’impression d’un autre monde se mettant en place. La phrase de Coluche trouve ici tout son sens:

« Quand on pense qu’il suffirait que personne ne l’achète pour que ça ne se vende pas » !!! A méditer.

Enfin, tout ceci mis bout à bout entraîne cette dérive artistico-artistique où tout le monde s’auto-congratule, s’auto-satisfait, où tout le monde est très heureux de paraître important, où tout le monde est content de sa réussite. Cette dictature du paraître pousse le milieu taurin à transformer le Toro qui devrait être un adversaire, en un animal collaborateur. Ce sont des faits auxquels nous assistons de plus en plus fréquemment dans nos arènes. Pour preuve, je m’appuierai sur une publication de Florent Moreau parue en mars 2014 sur son blog "al toro rey" avec pour titre, l’histoire des indultos en France. Depuis le premier datant du 11 novembre 1986 à Saint-Sever (Landes) sur un novillo de Marcel LINES par Juan VILLANUEVA lors d’une fiesta campera, jusqu’au dernier de 2013, le 20 octobre  à Manduel (Gard) sur un eral de GALLON par Frédéric LEAL  lors d’un festival, il y en a eu 46. Plus que le nombre scandaleusement élevé, c’est la répartition qui interpelle, 8 en NSP et 10 en festival ou fiesta campera !, cela se passe de commentaires mais reste tristement significatif quant à l’importance que l’on donne au premier tiers, leur noblesse phénoménale à la muleta leur aura permis de sauver leur vie. L’évolution du règlement taurin sur ces indultos a certes permis leur augmentation puisque avant, il n’était possible que dans une arène de première catégorie, lors d’une corrida concours. L’indulto est devenu une ligne valorisante sur un CV, une recherche de publicité tant pour le ganadero que pour l’organisateur. Nous pourrions également parler des vueltas al ruedo distribuées, et que dire de l’apparition et de l’utilisation de la puya de tienta y compris dans les corridas ou novilladas concours !!!

Chaque fois que le paraître arrive avec sa dictature, l’être se banalise avant de disparaître.

N’oublions pas dans toute cette histoire que la sauvagerie, la caste et la bravoure du Toro de combat, le vrai, sont les seuls remparts au maintien de notre tradition, c’est la seule chose qui puisse cautionner la mort du Toro. Avec un taureau collaborateur, le spectacle devient du "dressage", permettant un art taurin n’ayant plus rien  à voir avec la tauromachie et ne justifiant en aucun cas la mort de ce dernier à la fin du spectacle. On ne tue pas les chiens savants à la fin de leur numéro de cirque !!!

Quant à ces Messieurs qui gèrent, cautionnent et organisent ce genre de spectacles, il serait de bon ton qu’ils fassent leur, la pensée de Blaise PASCAL : « Si haut que soit placé ton trône, tu n’es jamais assis que sur ton séant », sans compter qu’avec l’évolution de la technologie, ce trône peut aussi avoir une version éjectable.

Pour conclure mon propos, il est, comme je disais en préambule, urgent que nous retrouvions le bon sens de nos ainés, au risque de voir disparaître la corrida.

 

Si beau soit le paquet cadeau que l’on vous offre, si beau soit le ruban qui le ceint, si la boîte n’est remplie que de fèces, ça restera toujours un cadeau "étronesque" !

Mais toujours et encore dans le paraître…

 

Patrick  SOUX

 

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RION. DIMANCHE 19 NOVEMBRE. 11H

Publié le par Cositas de toros

XVIIe Fiesta campera dans les arènes André Taris proposée par la peña rionnaise Toro Blanco avec l’aide pour l’organisation de la peña Creo Que Si de TARTAS.

       RION. DIMANCHE 19 NOVEMBRE. 11H

 

 

Quasi lleno, le callejon aussi. C’était la fête.

Cartel de luxe en cette matinée, Juan BAUTISTA le fidèle, RAFAELILLO le bullidor, Emilio de JUSTO le valeureux ainsi que les plus jeunes, Cristobal REYES le jerezano et Yon LAMOTHE le tarusate.

Ils affrontent 5 toros et novillos arlésiens des frères JALABERT avec picador, 5 negros nobles mais souvent juste de force.

Fiesta campera, donc ni paseo, ni présidence et les trophées sont anecdotiques.

RAFAELILLO débute véroniques « maison » à genoux, puis muleta main basse, relâchée devant la noblesse du bicho. Il domine rapidement par de belles séries, puis le toro commence à s’éteindre. Extinction par une lame entière et un poil trasera. 2 oreilles.

Juan BAUTISTA hérite d’un cornu qui se colle et fait sonner les étriers, se dévoilant faible (du fait, peut-être, de sa rencontre violente avec le burladero). J.B. le torée à mi hauteur avec la technique que nous lui connaissons et se succèdent les naturelles, quelques derechazos, le tout templé avec classe. La faena se maintient dans la qualité et la sobriété et se conclue par une entière légèrement contraire et un descabello d’école. 2 oreilles.

Emilio de JUSTO applaudi à la cape doit instrumenter avec un bicho (le plus lourd) qui s’avère tardo. Brindis à J.B. De beaux gestes malgré tout lors d’une faena qui se complique mais bien terminée avant une épée moyenne. 1 oreille.

Cristobal REYES débute lui aussi par des véroniques à genoux. Une pique sérieuse puis 3 paires de banderilles plus ou moins contestables. Brindis à ses trois aînés. Le garçon est volontaire mais le danger sur la corne droite est omniprésent. Cristobal ne se croise pas et est averti, le toro prenant la direction des opérations et le jeune novillero goûta plusieurs fois le sable du ruedo. Tout ceci s’acheva dans la difficulté et une oreille tomba récompensant le courage après deux rencontres à l’estoc.

Yon LAMOTHE, novillero en non piquée doit affronter un Jalabert pas suffisamment piqué qui s’intéresse aux planches (des charpentiers dans sa famille?). Yon partage les bâtonnets avec El MONTEÑO, instant sympa. Le tarusate démarre bien main droite mais perd vite du terrain, trop précipité. Il coupe l’oreille après avoir subit une voltereta spectaculaire. Mais une bonne leçon pour la prochaine temporada.

 

Au début du spectacle qui commença avec plusieurs minutes de retard, une minute d’applaudissements vibra en souvenir d’Yvan FANDIÑO, présent l’année passée et de Jean-Louis COUDANNE, personnalité rionnaise, récemment disparu et membre de la peña locale.

Après la présentation des toreros, s’ensuivit les remises traditionnelles de cadeaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

Juan BAUTISTA recevant de Mr le maire de Rion, la médaille d’honneur de la ville, la première à être offerte, pour ses 14 participations sur 17 manifestations ! Cela s’appelle de la fidélité.

        

Le lendemain, lundi, le quotidien Sud-Ouest nous gratifia d’un article : « Coup de force des anticorrida aux arènes de Rion-des-Landes :

que s’est-il passé ? » accompagné de 3 photos et concluant… « Une enquête est en cours, afin de déterminer les rôles de chacun et savoir comment le commando a pu pénétrer dans l’arène. »…

 

Et bien, comme chacun de nous, en achetant un billet puis passant le cordon de sécurité et la fouille, sans matraque, couteau, hache, bazooka cachés dans les poches !Il y a plus d’intérêt à tartiner des lignes sur ces énergumènes que de les reléguer à la rubrique « des chiens écrasés ». Pôoovre presse racoleuse : «  coup de force », « commando » …

 

Non la guerre de Rion n’a pas eu lieu !

                                                                        

 

Gilbert LAMARQUE

 

PS:  Le diaporama en dessous et, pour le plein écran, cliquez sur le sabot gauche du toro.

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