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POURQUOI LA MUSIQUE NE JOUE PAS A LAS VENTAS ?

Publié le par Cositas de toros

     Tout ceci s’est passé le 24 mai 1939 dans le silence et dans la honte. C’était lors de la corrida de la Victoire.

La guerre civile avait pris fin dans un pays où tout le monde se réveillait vaincu, pays inondé de morts et de peur.

     

      L’affiche – évoquée dans la première partie de Guerre civile, franquisme et tauromachie – était composée du rejoneador Antonio Cañero et des épées Marcial Lalanda, Vicente Barrera, José Amorós, Domingo Ortega, Pepe Bienvenida et Luis Gómez "El Estudiante".

C’est Antonio Cañero qui codifia la tauromachie à cheval pour une véritable renaissance. Il eut aussi l’idée de se passer de novillero pour la mise à mort du toro, mettant pied à terre et affrontant directement la bête. Il mit également au pont, le costume adopté aujourd’hui par les rejoneadores.

Marcial Lalanda

     Lors de la faena de Lalanda au premier toro de l’après-midi, le public a demandé la musique pour accompagner le travail du droitier de Ribas de Jarama. Les musiciens exécutèrent le paso doble en son honneur.

 

Domingo Ortega

     L’affaire ne serait pas allée plus loin sans le fait que lors de la faena de Domingo Ortega avec le quatrième toro, aucune note ne retentit. Les partisans du Toledano étaient furieux et une invraisemblable échauffourée éclata.

Depuis, Las Ventas n’accorde aucune note lors du déroulement du dernier tiers.

 

Antonio Bienvenida

     En 1966, le 16 octobre, après vint-sept ans, la musique rejoua  le jour des adieux d'Antonio Bienvenida le jour de ses adieux en tant que matador. L’évènement se produisit durant le combat du sixième toro de María Montalvo. Antonio "brinda" son dernier toro à son frère Pepe et, avec la permission du président, la banda de música lança les notes joyeuses d’El Gato Montes.

Depuis, "punto y bola" !

PS. Une erreur dans les dates de parution nous emmène à vous proposer cet article un mardi. Les deux parties qui suivront seront consacrées à la suite de Guerre civile, franquisme et tauromachie comme il était prévu !

                                                                                        Gilbert Lamarque

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GUERRE CIVILE, FRANQUISME ET TAUROMACHIE I

Publié le par Cositas de toros

       

Armoiries de la Phalange de 1945 à 1977

      Le Franquisme, régime dictatorial du général Franco, s’étend de 1939 à 1975. Trente-six ans sous le glaive du dictateur, c’est extrêmement long. Ces années laisseront à jamais aux citoyens espagnols, les séquelles d’un traumatisme profond. Beaucoup d’entre-eux s’éloigneront de la politique pour vivre en essayant d’oublier la dure réalité, souhaitant se consacrer à leur bien-être fragile. Le régime garde sous contrôle tous les aspects de la vie des Espagnols laissant ceux-ci dans un espace restreint et tentant au maximum de les mobiliser politiquement en développant quelques divertissements.

   « Bien qu’il en coûta de l’admettre, tant aux phalangistes de conviction qu’à la hiérarchie du catholicisme comme à ses intellectuels, l’encadrement de la population ne pouvait passer exclusivement par l’adhésion enthousiaste.

Aussi le régime laissa-t’il se développer toute une culture du divertissement, surtout lorsqu’il apparut, vers la fin des années 1940, que celle-ci œuvrait mieux à sa pérennisation que les exaltations guerrières ou religieuse et pour autant, bien entendu, qu’il fût fait silence sur toute une série de questions. » Alexandre Fernandez, Les Espagnols de la guerre civile à l’Europe. 2008.

C’est dans ce contexte que la tauromachie devient un enjeu du pouvoir en même temps qu’une pratique permettant aux foules de se distraire.

Mais avant de développer cette période, revenons quelques instants en arrière, aux années 1930 à 1939.

 

        La guerre civile : les prémices et le conflit

 

     En avril 1931, le succès des républicains espagnols aux élections municipales amène le roi Alphonse XIII à abdiquer puis à s’exiler. La Seconde République est proclamée le 14 avril. Un gouvernement de coalition socialiste et libéral est formé sous la présidence de Niceto Alcala Zamora.

 

Manuel Azaña

     Le 16 février 1936, le Front populaire l’emporte avec une large majorité à la Chambre des députés, les Cortes ; le 11 mai, Manuel Azaña devient président de la République et Santiago Casares Quiroga, chef du gouvernement. En juillet, des violences politiques éclatent, des assassinats sont perpétrés comme celui du chef de l’opposition nationaliste, José Calvo Sotelo, personnalité de l’extrême droite. Le 17 juillet, l’armée du Maroc se soulève, l’ordre de rébellion est transmis dans toutes les garnisons espagnoles. Les milices des partis de gauche s’opposent les armes à la main… le conflit ne cessera que le 1er avril 1939.

     Durant les années de la République, le monde taurin se structure et les organisations républicaines organisent des corridas pour venir en aide aux chômeurs, aux déshérités. En 1934, le gouvernement supprime l’interdiction faite aux femmes de toréer, au nom de la libération de la femme. Mais durant la guerre, compte tenu des évènements, l’activité tauromachique sera fortement réduite surtout dans la zone républicaine et de nombreux éleveurs en seront victimes, voyant leurs cheptels se réduire voire disparaître.

     Avant le déclenchement des hostilités, le milieu ganadero était en ébullition. C’était la discorde au sein des éleveurs. La Unión de Criadores de Toros de Lidia créée en 1905, dictait sa loi et cela a fini par lasser nombre d’adhérents. Le torero-ganadero Juan Belmonte García fonda la Asociación de Criadores de reses bravas en 1930. En 1934, la situation se complique avec la création de la Sociedad de Ganaderos de toros de lidia après de nouvelles scissions. Elle est aussi appelée "groupe de Murube" du nom de son instigateur. Ce chaos entre les ganaderos mais aussi entre les empressas et les criadores se prolongera jusqu’à la fin de la guerre.

     À cette date, le quart des élevages est anéanti (30 sur 120). Cependant Franco maintiendra cette activité, veillant aux élevages de la Basse-Andalousie où il planifiera les abattages destinés à la nourriture de son armée, préservant de la sorte le cheptel reproducteur. Le régime se servira de la corrida et on attribuera un caractère national et patriotique aux toros. Le franquisme n’est certainement pas à l’origine de cette croyance mais il va l’accentuer et le populariser. Nous le verrons, la Fiesta nacional sera un élément indiscutable de l’identité espagnole.

     Depuis longtemps les progressistes considèrent la corrida comme une manifestation de l’Espagne décadente. Un décret du gouvernement républicain sera pris à Valence le 10 juillet 1937, interdisant les corridas, décret qui ne sera guère appliqué. Cette décision incitera des toreros comme Marcial Lalanda et Manolete à rallier le camp des partisans de la corrida.

 

Juan Belmonte Campoy

     Durant le conflit, des corridas de bienfaisance sont organisées au profit des œuvres militaires franquistes. Le 12 février 1939, une corrida est organisée aux arènes de San Fernando à Cadix en faveur des Jeunesses Féminines de la Phalange. Les toreros Juan Belmonte Campoy – ne pas confondre avec Juan Belmonte García –, Pepe Bienvenida et Pepe Luis Vázquez sont au cartel.

     Beaucoup de toreros seront opportunistes se divisant selon la zone politique dans laquelle ils se trouvent. La minorité qui participera aux combats le fera plutôt par obligation, rarement par conviction. Certains dans la zone républicaine rejoindront les nationaux. Quelques uns, contrat en poche pour toréer en France, en profitent pour s’y réfugier ou s’enfuir en Amérique latine.

 

Domingo Ortega

     Le cas de Domingo Ortega est le plus connu. Le 29 août 1936, il torée à Valence pour les milices populaires. Il "brinde" un toro au comité exécutif de la République. Il sort des arènes a hombros porté par des miliciens. Grâce à ce triomphe, il obtient un sauf-conduit qui lui permet de venir en France… et de revenir en Espagne mais dans le camp nationaliste… le 24 mai 1939, il participera à la "corrida de la Victoire" en hommage à la "Glorieuse Armée".

 

Photo Martin Santos Yubero

     Ceci se déroulant à Las Ventas, présidé par Franco. Les toros sont de Coquilla et les acteurs sont : Antonio Cañero à cheval, Marcial Lalanda, Vicente Barrera, Pepe Amorós, Domingo Ortega, Pepe Bienvenida et Luis Gómez "El Estudiante". La devise "¡Arriba España!" orne les muletas de Lalanda, d’Ortega et de Pepe Bienvenida. Retentissent l’hymne national et celui de la Phalange. Marcial Lalanda avant la Guerre civile s’était opposé aux autorités républicaines comme président de l’Association des Matadors. Réfugié en France et notamment dans le Sud-Ouest, il avait pris parti des insurgés.

     Certains toreros combattront pour la République : Luis Mera, Luis Ruiz "Lagartija", José Sánchez "Madriles", Adolfo Guerra…

La 96e brigade mixte de l’armée populaire républicaine s’était constituée en juin 1937 à Murcie à partir du bataillon de Francisco Galán et de "milices taurines". Composée de plusieurs corps – infanterie, cavalerie, artillerie – elle comprend 3 700 soldats et 150 officiers. Beaucoup de ses cadres sont des toreros. Cette brigade interviendra sur le front de Teruel entre juin 1937 et la fin de la guerre.

Dans la zone nationaliste, quelques toreros ont connu aussi de tragiques destinées.

José García Carranza né à La Algaba (Séville) en 1902. Algabeño hijo était considéré comme l’un des meilleurs matadors de son époque. Il est à Séville lorsque la guerre éclate et se range dans le corps nationaliste. Agent de liaison du général Gonzalo Queipo de Llano, il est tué au combat le 30 décembre 1936.

Victoriano Roger Valencia II

     Victoriano Roger "Valencia II" appartient à la Phalange, il sera exécuté par une brigade populaire.

     Après 1939, pour des raisons politiques, quelques toreros seront victimes de la répression franquiste.

 

 

     Le torero Luis Prados Fernández "Litri II", chef de brigade et le novillero Juan "Fortuna Chico" Mazquiarán seront chacun condamnés à trente ans de prison, commués en vingt ans ; ils seront remis en liberté surveillée en 1943. Le capitaine et novillero Manuel Vilches "Parrita" évitera la répression. À la fin de la guerre, il disparaît, est condamné par contumace mais vit anonymement à Algeciras en 1941.

 

 

     Le commissaire de guerre, Silvino Zafón "El Niño de la Estrella" reprend en 1939 sa carrière de torero à Barcelone. Soupçonné de collaborer avec des antifranquistes à Castellon, il est arrêté en 1945, puis relâché, il émigrera en France. Dernier torero à prendre l’alternative en terre républicaine à Barcelone, en pleine guerre, le 16 mai 1937. Il décédera le 14 mars 1963 à Orange dans un accident au guidon d’une mobylette. Il repose en Arles. Son nom est reproduit sur l’étiquette d’un anis bien connu en Aragon (voir photo).

     Durant les premiers mois de l’année 1936, le nombre de corridas diminua sensiblement. Le chômage, la misère marquaient la situation sociale et économique du pays. Quant aux jeunes, profondément politisés à gauche et à droite, pris dans un militantisme actif, ils étaient déjà bien occupés. Par ailleurs, une partie du public subissait l’influence de la campagne d’extrême gauche tendant à obtenir la suppression des spectacles taurins « dénigrant l’Espagne aux yeux des étrangers ».

 

Marcial Lalanda

      Il y aura également cette opposition d’intérêts professionnels menée par Marcial Lalanda, qui aura pour conséquence d’éloigner durant quelques temps les toreros mexicains des arènes européennes, le fameux "pleito".

     La temporada 1936 compta 76 corridas jusqu’au déclenchement du conflit. À Madrid, le dernier paseo du temps de la paix eut lieu le 5 juillet avec Chicuelo, Maravilla et Valencia II, les toros de l’élevage de López Cobo. Le 12 juillet à El Ferrol – cité natale de Franco – les frères Bienvenida estoquaient un encierro de la Viuda de Félix Gómez… les ruedos furent délaissés car les chefs nationalistes décrétèrent la suspension de tous spectacles taurins et autres dans la zone qu’ils contrôlaient. Côté républicain, l’interdiction interviendra plus tard, le 4 juillet 1937, lorsque le gouvernement se sera replié de Madrid à Valence. Donc, eurent lieu dans cette zone dans la deuxième partie de 1936, 20 corridas et 17 festivals. Dans le secteur franquiste, on organisa 11 festivals compte tenu de leur caractère de bienfaisance. Tous ces spectacles se déroulent dans un climat particulier, dans un but patriotique, les toreros y participant la plupart du temps bénévolement. À Barcelone, le 16 août 1936, les toreros défilèrent coiffés du calot de milicien portant l’étoile rouge à 5 boucles et ils saluèrent le poing levé au son de l’Internationale. Le même jour à Madrid, les hommes en piste avancèrent de même, au son de l’Internationale et de Bandera Roja.

     Dans la zone franquiste, le premier festival se déroule à Huelva, le 11 octobre. On y chante l’hymne Cara al sol et les toreros qui défilent en saluant à la romaine, sont accueillis au cri de "¡Arriba España!" se substituant au traditionnel "¡Viva España!" Le dernier jour de l’année 1936 fut marqué par un article virulent de l’organe anarchiste Solidaridad Obrera qui réclamait encore l’abolition de la corrida, au prétexte que tous les toreros – du moins les "grands" – étaient d’horribles fascistes ! 1937 verra les quatre dernières corridas se dérouler du côté républicain, une à Valence, trois à Barcelone dont la dernière, le 12 septembre et la Fiesta brava disparut totalement de l’Espagne républicaine.

     Dans les élevages du Centre, il n’y avait plus de bétail disponible, les toreros eux, avaient émigré en grande partie dans le camp nationaliste. Seuls quelques matadors épousèrent la cause républicaine : Félix Almagro, Enrique Torres, Florentino Ballesteros… et les plazas furent utilisées dans chacune des zones comme camps de prisonniers ou de casernements.

Puis dans les régions contrôlées par le Movimiento – mouvement national franquiste – les spectacles taurins reprennent. Seront organisés au cours de la temporada, 56 corridas et 8 festivals. En face, les soldats républicains sont frustrés.

Durant cette année, de nombreux matadors ont pris le chemin de l’Amérique : Manolo Martínez, Cagancho, Victoriano de la Serna, Carnicerito de Málaga, Domingo Ortega, Jaime Noain,… ils vont rechercher l’intérêt économique qu’ils ne trouvent plus en Espagne.

     En 1938, la saison débute à Talavera de la Reina, le 6 février avec une corrida de Sánchez pour Marcial Lalanda, Manolo Bienvenuda et Cayetano Palomino. Le total des corridas de cette temporada s’élève à 73.

     Dernière année de guerre, 1939 et avant la reddition de Madrid le 29 mars marquant la fin des hostilités, deux corridas se sont déroulées, le 8 janvier à Málaga et le 8 février à Castellon.

 

 

     Une fois les armes déposées, Barcelone va renouer avec la tauromachie, le 2 avril dans la plaza Las Arenas : Marcial Lalanda, Pepe Bienvenida, Victoriano de la Serna avec des toros de Sánchez Fabrés. Puis à Madrid, la "corrida de la Victoire" (voir plus haut). La recette fut excellente, les acteurs tous bénévoles. Les fonds recueillis ne furent pas versés à une œuvre charitable, non, la totalité fut remise au seul généralissime Franco !

La temporada s’effectue normalement et on compte 124 corridas, 146 novilladas et 43 festivals. Beaucoup de ces spectacles sont à caractère charitable. Malgré le prix des places prohibitif, frappé de nombreuses taxes, les Espagnols répondent présent, la corrida servant d’exutoire. Cette année-là, Manolete prit l’alternative le 2 juillet à Séville.

     Ces années auront donc vu l’extermination d’une grande partie de l’élevage de bravos. Outre les vengeances, la haine, l’anarchie régnantes, se rajoutaient le problème alimentaire et la pénurie de viande. On a estimé à 12 000, le nombre de bestiaux abattus durant le conflit. Huit ganaderias ont été totalement exterminées, d’autres ganaderos récupérèrent quelques bêtes échappées du massacre.

Paradoxe, la Fiesta brava va connaître une grande popularité malgré la décadence inévitable due à la diminution marquée du cheptel.

(2e partie, mercredi prochain)

                                                                Gilbert Lamarque

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AVANT-HIER, HIER, AUJOURD'HUI ET PEUT-ÊTRE DEMAIN

Publié le par Cositas de toros

    En Espagne, "avant-hier", c’était la révolution créée dans le toreo par Juan Belmonte qui paraissait détruire tout ce qui constituait les règles fondamentales du toreo. Elle était basée sur les qualités morales du toro qui permettait ou non, ce "nouveau toreo". Et cela consistait à ce que pris dans le leurre, manié au rythme de la charge, l’animal ne voyait que la flanelle et ne pouvait suivre d’autre chemin que celui qui lui était indiqué.

Belmonte (à droite) et Joselito

      Belmonte, pour l’appliquer, se trouva aux prises avec d’énormes difficultés ; puis, aux côtés de son jeune confrère José Gómez Ortega Gallito, Joselito – dont nous honorons, cette année, la mémoire cent ans après sa disparition –, ayant appris à dominer, il toréa "à sa manière" quand les toros le permettaient ou quand il avait pu les réduire.

       Le bétail n’était déjà plus celui du début du siècle (XXe) ; la région de Salamanque faisait à la corrida un apport massif mais la zootechnie n’avait pas encore réalisé les progrès qui permirent la création du toro "presque régulièrement facile".

Aussi, la période qui fut celle des belles années tauromachiques, "l’Âge d’or" du toreo, celle de l’après-guerre de 1918 jusqu’à la Guerre civile espagnole de 1936, permit de voir une majorité de toros de poids et de respect, "toréés" par une majorité de toreros qui savaient dominer, réduire et profiter de toutes les qualités morales de leurs adversaires. Ils avaient pour nom : Chicuelo, Granero, Marquez, Lalanda, Barrera, Armillita, Manolo Bienvenida, Domingo Ortega. Joselito avait quitté la planète en 1920, Belmonte débutant dans les années 1910, déserta les ruedos en 1936.

Mais pour certains aficionados, cette période fut celle de la monotonie, monotonie que l’on peut appeler "régularité taurine". Ces toreros étaient de qualité relativement égale, ils avaient simplement un genre de toreo différent, soit artistique, soit dominateur dont la confrontation maintenait élevé le niveau de l’afición.

Les toros étaient braves, souvent nobles et leur présentation entretenait l’émotion qui est à la base de la corrida.

Bien sûr, tout n’était pas parfait et la critique s’en donnait à cœur joie. Dans les années 1920, étaient apparus la nouvelle pique, la raie blanche, le caparaçon, la sortie des picadors après la suerte, la suppression des banderilles de feu… la révolution !

De 1936 à 1945, les évènements, les conflits privèrent l’aficionado de son spectacle favori. Lorsqu’il revint aux arènes, la corrida lui avait réservé de grandes surprises.

     Ici, nous pénétrons dans le monde d’"hier".

L’aficionado se trouvait devant un toreo différent, moderne qu’avait créé Manolete. La révolution n’était qu’une nouveauté, un toreo fait de quiétude, statisme et une certaine froideur.

Pour révolutionner un art, vous en conviendrez, il faut, après avoir ébranlé les fondations, faire tomber l’édifice qui reposait dessus et reconstruire sur les ruines. Manolete avait seulement ébranlé l’édifice et ce toreo nouveau comportant une part d’habileté et de facilité, était favorisé par la diminution sans cesse croissante de la taille, du poids, de l’âge et de l’armure de l’animal.

La Guerre civile venait de s’achever et les ganaderias qui survécurent au conflit, n’avaient qu’un maigre choix à offrir. Et les novillos furent vendus comme toros, le guarismo n’était même pas encore en gestation.

Cette marque visible sur l’épaule droite du toro correspond au dernier chiffre de l’"année de l’éleveur" – año ganadero – du 1er juillet de l’année en cours au 30 juin de la suivante. C’est à partir de 1969 que l’on marqua de leur année de naissance les jeunes becerros et becceras. Donc, c’est à partir de 1973 qu’apparut le guarismo "9" des premiers toros de quatre ans.

Imaginez toutes les tricheries auparavant ! Le toro, comme la star défraîchie, cachait son âge à ses fans, mais ici, l’animal se vieillissait !

       … Et malgré tout, Manolete mourut dans l’arène, victime de la seule suerte qui n’avait pas évolué, celle du "moment de vérité" !

Les vieux aficionados, un moment intéressé, se reprirent mais à quoi bon s’indigner et protester, l’évolution se poursuivit et ceux qui auraient pu la ramener à de plus justes proportions ne faisaient rien pour cela. On s’éloignait de plus en plus de l’art orthodoxe de Joselito, de l’art "dissident" de Belmonte et du combat qui leur imposait des qualités exceptionnelles où l’intelligence était opposée à la brutalité.

      Quittons le monde d’"hier".

"Aujourd’hui", nous trouvons encore quelques toreros largos et dominateurs. Par contre à propos des toritos, le campo en vomit des torrents, androïdes producteurs d’oreillettes et d’indultos.

Nous n’allons pas y revenir, sujet sans cesse rabâché. Contentons-nous d’avaler nos rations de guimauve.

     Qu’en sera t’il de "demain" ?

Nous souhaitons vraiment avec force et obstination, un retour aux normes décentes de l’art tauromachique. Les peones courant le toro à une seule main ; les picadors bons cavaliers et vertueux ; le torero redevenu maestro dans sa lidia sérieuse, dominant, exécutant La faena juste, liée, efficace, de longueur soutenable devant un adversaire puissant et pegajoso par excès de bravoure.

Une faena de torero à un toro de combat.

En fait, nous demandons peu, seulement le retour aux sources.

Mais cette requête ressemble plus à une lettre au Père Noël… Noël n’a jamais été si proche !

                                                                               Gilbert Lamarque

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A PROPOS DE LA PIQUE

Publié le par Cositas de toros

      Dernière info 

        Le 27 octobre à Carcassonne, l’UVTF a élu son nouveau bureau et la ville d’Istres est désignée pour la présidence des trois ans à venir. Elle a voté entre autres, la modification de l’article 62 du règlement taurin municipal. La pique dite "Bonijol" sera la seule à être utilisée dans les arènes appartenant à l’UVTF, dans l’intérêt du spectacle et après validation par la FSTF.

 

Puya utilisée de 1917à1962, de Belmonte au Cordobès

 

En France et en Espagne, sont utilisées trois types de piques.

 

Espagnole

- "Espagnole" définie par le Ministère de l’Intérieur espagnol en 1996.

 

Andalouse

- "Andalouse", même modèle que l’"espagnole" mais de cotes réduites adoptée par l’Andalousie en mars 2006 puis par le Pays Basque et la Castille-et-Leon. Cette pique, plus courte de 1cm avec un diamètre de 2,5cm est employée aujourd'hui à Bilbao. Elle provoque des blessures moins profondes de l'ordre de 13%. Encore un sujet de discorde, certains s'insurgent... leurs aïeuls s'opposaient déjà à la religion du caparaçon !

 

Bonijol ou française

- "Française" ou "Bonijol", pyramide en acier sur corps monobloc alu qui supprime le bourrelet présent dans les précédents modèles. Elle est utilisée depuis 2011 par les arènes qui le souhaitent en accord avec l’UVTF.

Pas vraiment une révolution car à part Parentis et Céret qui utilisent l’"espagnole", toutes les arènes de l’Hexagone où officie la cuadra Bonijol, utilisent la "française". L’avantage, c’est l’harmonisation de la pique, pique qui nous fait souvent débattre.

Quant à Philippe Heyral, il fournit, lui aussi, ses propres piques. Pas de photo, mais on imagine qu’elle est aux dimensions de la pique espagnole.

Pour ceux parmi vous qui souhaitent pousser plus loin la pique, rendez-vous sur le site de la FSTF, taper "pique" dans la recherche.

                                                                                               Gilbert Lamarque

 

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LE PUBLIC ET L'HOMME AU CASTOREÑO

Publié le par Cositas de toros

 

         « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ! »

Non, il n’est pas question que je suive à la lettre ce vers de Nicolas Boileau. Je ne tiens pas à briller – encore faudrait-il que je le puisse ! – sur un sujet que j’aurai travaillé, retravaillé inlassablement, à savoir, le public de corrida, déjà traité auparavant dans l’article La lâcheté du torero. En ces temps troubles où l’actualité taurine est réduite quasiment au néant, il faut bien trouver un sujet de discussion et non pas de chamaillerie. Et bien, va pour le public de corrida ! Promis nous passerons à autre chose prochainement. À ce sujet, venez-nous en aide et proposez-nous des sujets à débattre car à ce rythme, allons nous arriver à Noël ?!

La suerte des piques a subi au cours des ans de nombreuses et sérieuses modifications : ordre de sorties des picadors, caractéristiques de la pique, caparaçon, cercle blanc délimitant la surface d’action, etc. Et même dans les "fioritures", car l’ensemble du costume a reçu quelques changements dans le détail.

Hier
Aujourd'hui

 

          Le castoreño est moins large et la veste plus riche en broderie, voici les picadors affublés aujourd’hui de la cravate des toreros. Mais le plus grand changement "vestimentaire" réside dans l’armature métallique qui protège la jambe droite. La gregoriana d’autrefois – du nom du rejoneador Gregorio Gallo, qui en eut l’idée au XVIIe siècle –, était une sorte de haute guêtre de fer protégeant seulement la cheville et le tibia, et recouverte de peau de daim. De la peau de daim aujourd’hui et tous les groupuscules défendant la cause animale nous tombent sur le râble !

     

 

 

 

 

 

 

         Et puis au XIXe siècle pour parachever la protection, on la hausse encore et on y ajoute une autre protection métallique qu’une articulation joint à la gregoriana, à la hauteur du genou. Cette nouvelle défense prend alors le nom de mona ou plus souvent de hierros. Enfin tout ceci n’est pas le sujet de l’article, disons que c’est son introduction ; bien des choses sont encore à dire sur ce chapitre.

 

        Concentrons-nous sur les résidents du ruedo.

L’action individuelle des picadors a donné lieu, encore et toujours à d’interminables polémiques ; elle a motivé de nombreuses chroniques ; elle a aussi fait l’objet de discussions dont l’ampleur égalait l’inutilité et nous avons vu fleurir autour de nous de nombreux copains !

Il est plus sage d’examiner avec modération le comportement actuel des piqueros car si leur action est souvent pénible et déplaisante, ce désagrément est un mal nécessaire pour le déroulement normal du spectacle taurin.

C’est pendant cette suerte et seulement à ce moment-là que l’on juge les qualités de combativité et de bravoure du toro. Dès le début de la lidia, elle permet au torero d’apprécier le tempérament et le caractère du bicho.

Cette suerte de piques, convenons en, est le seul moment de la corrida où la sauvagerie de la bête se heurte à la brutalité raisonnée de l’homme. Elle rend possible la suite du combat par la diminution des forces et de la puissance du cornu, diminution qui permet l’exécution de toutes les suertes suivantes.

           Une partie du public est assez brutale et souvent profane. Il succède aux revisteros de la fin du XIXe siècle qui ont insisté sur les méfaits des hommes au castoreño. Combien de fois a t’il été dit que les picadors étaient des bouchers et des assassins ? Alors comment la foule réagirait-elle autrement que par des huées, des sifflets et des vociférations ? José Redondo "El Chiclanero" disait : « Le picador sera toujours la victime dans le noble art du toreo. » Cela se vérifie encore aujourd’hui. Guerre implacable car elle est celle de toutes les temporadas et de toutes les corridas. Guerre féroce car les hostilités démarrent dès l’entrée des chevaux dans la piste. Guerre injuste car elle fausse le résultat de la lidia.

Dès qu’un toro faiblit des pattes antérieures, même si cette pseudo-faiblesse a pour cause le choc impétueux contre le groupe équestre, les tendidos vocifèrent contre la présidence qui n’a pas ordonné immédiatement le changement de suerte. Et voila que le palco secoué par la violence des cris et sifflets, accède rapidement à l’injonction.

Pour cette grande partie du public et pour le président – souvent –, les coups de pointe, les picotazos donnés au hasard ou au passage des toros qui fuient ou qui sortent seuls de la suerte, les déchirures de la peau qui se produisent accidentellement et qui sont, c’est vrai, pas très belles à voir, comptent malheureusement comme de véritables puyazos.

Dans d’autres cas, les toreros en ne voulant pas attirer sur eux-mêmes une partie de l'ire populaire – légitime à leur égard –, désireux de donner des gages à ce cher public et manquant de clairvoyance, se tournent vers la présidence et, avec une déférence affectée, montera en main, ou simple moulinet du poignet sans un regard vers le palco, cavalièrement, ils demandent, eux aussi, la fin de la suerte et l’obtiennent généralement. La présidence aux ordres.

On l’a bien compris, la réduction abusive de la suerte de piques lui ôte son caractère et tout son effet. Il est vrai que de nos jours avec le toro "moderne", certains peuvent passer directement aux banderilles !

Mais il arrive aussi que ce toro insuffisamment châtié soit brave ; sa faiblesse n’est qu’apparente ; il a gardé ses forces intactes ou il les récupère rapidement au cours de la lidia. Alors, pour essayer d’atténuer ce retour de puissance, les peones abusent de capotazos et de recortes ; le toro apprend rapidement ce qu’il n’aurait jamais dû savoir ; il devient avisé et difficile. Mais qui dans le public, au final, s’en rend compte ?

Guerre absurde et injuste car la foule qui est à la base de la faute maintient ses exigences et n’admet pas que le torero abrège son travail. Par son intransigeance, elle s’est privée de l’émotion inhérente au premier tercio et elle a perdu la vision du travail que le torero aurait pu exécuter.

Par une suerte brillante ou facile, le matador saura tout faire oublier et se fera même applaudir. Qu’en est-il du picador ? Lui, il n’aura pas l’occasion de se rattraper ; à lui les sifflets.

Tout ceci ne veut pas dire que les señors au castoreño sont sans reproches.

       Il serait mal venu de notre part de nier qu’une bonne majorité ne se préoccupe guère des préceptes de l’art de la pique. Ils oublient que châtier le toro dans la forme réglementaire est leur mission : en les "citant" dans le tiers du ruedo délimité par le cercle blanc, et sur leur droite ; en ne fermant pas la sortie naturelle de la suerte – la droite – par l’exécution de la fameuse carioca ; en obligeant le toro à humilier sans lui apprendre inutilement à taper contre le caparaçon… Quant à ce cercle blanc, las rayas, il est très souvent inutile et pas toujours utilisé à bon escient, on en conviendra.

Au contraire, le mauvais picador "cite" en faisant faire un quart de tour à sa monture ; il administre la pique le plus en arrière possible en s’efforçant de la faire rentrer au-delà du butoir ; il vrille, il ferme la sortie naturelle… Il veille à ce que l’adversaire soit "bien" piqué. Il sait que l’occasion de placer une seconde, voire une troisième pique ne se représentera pas. Mais, est-il le seul coupable de tous ces excès ?

Soyons clairs : le picador n’est qu’un comparse. Si la suerte, la plus ancienne du toreo, est actuellement en franche décadence, en perdition, la faute en est à l’intransigeance et la partialité du public, aux faiblesses et (ou) incompétences des présidences, pourquoi pas à la pique elle-même et à son montage et, allons y, au manque complet d’afición de trop nombreux toreros.

Aujourd’hui les outils du châtiment sont les mêmes, plus rudes diront certains, non, diront les autres - voir la pique andalouse - alors que sortent des toros qui n’ont pour la plupart, plus la prestance et la puissance de vrais toros de combat. La pique doit rester un instrument de châtiment et non une arme meurtrière, du moins dans son maniement.

Les rayas, en réalité, ne servent quasiment à rien et n’empêchent pas grand-chose, car dans la pratique, si le picador ne prévoit pas une chute éventuelle, il ne se gêne pas pour aller jusqu’à la raie blanche et même au-delà et si le toro est brave et puissant, il met son cheval contre la barrière et profite de cet appui. Le public prend cette délimitation très au sérieux et, dès qu’un demi-sabot franchit la frontière, c’est la huée. Sont à noter également, la mobilité ou non du canasson, le peu de technique cavalière, la mauvaise utilisation du cheval. Demandez à Philippe Heyral !

 

 

     

            Quelques rares picadors savent donner le change, responsables, honnêtes et bons cavaliers. Concernant la pique, en corrida-concours, elle sert davantage à mettre en valeur les qualités du toro alors qu'en corrida, cette même pique est administrée pour diminuer le toro et mettre en valeur le troisième tiers, donc le torero. Et lors de cette corrida-concours, nous pouvons observer les qualités et le travail du cheval, vrai acteur du tercio. Le toro est mis en valeur en absorbant en souplesse, sa charge.

Il y a un règlement en France comme en Espagne mais les présidences ne l’appliquent pas. Voit on aujourd’hui un toro "banderillé" en noir ? Quelle gueule ferait le ganadero qui verrait l’un de ses "bravos" recevoir cette punition infamante pour leur devise ?

Par exemple, l’article 62 du règlement est-il suivi, appliqué ? (voir annexe en fin d’article).

Une application sévère de ce règlement ne résoudrait pas tous les maux dont soufre la suerte de varas mais au moins, elle représenterait un progrès sensible dans un état de choses qui ne cesse d’aller en décadence. N’entendons nous pas parler de suppression de la pique, des banderilles… et de la mise à mort ?

Combien d’amendes frappent les infractions au règlement ?

Qui doit-être réformé, amélioré, la suerte des piques ou le toro ? Les deux mon adjudant. De l’œuf ou de la poule…

C’est tout comme bannir toute trace de violence dans la symbolique révolutionnaire, préférant le drapeau à la pique – celle-ci avec une tête au bout – et la couronne de laurier au bonnet phrygien. On fait dans l’aimable, le doux, le soft ; pas trop de pique, pas trop de toro non plus.

Faire une petite révolution, voila.

Annexe

Voici l’article 62 dans son intégralité.

« Les piques seront présentés par l’organisateur au délégué de la Commission Taurine Extra Municipale avant l’apartado, dans une boîte scellée que celui-ci ouvrira.

       Elles ne serviront que pour une course et porteront, sur la partie entourée de corde, le sceau préalablement posé par les organisateurs compétents à savoir la "Associacion de Matadores Españoles de Toros y Novillos y de Rejoneadores", la "Union Nacional de Picadores y Banderilleros" et la "Union de Criadores de Toros de Lidia".

Les piques, leur hampe, ainsi que leur façon de les monter devront correspondre, tant pour les corridas de toros que pour les novilladas avec picadors, aux normes et règles fixées par le Règlement des Spectacles Taurins Espagnol. Elles devront être montées la face plane vers le haut, sur une hampe convexe.

Une fois achevé l’examen des piques et des caparaçons, ces matériels seront mis en sécurité par le délégué de la CTEM qui ne les remettra à leurs utilisateurs que peu avant le début de la course.

Le délégué de la CTEM veillera à ce que le montage des piques soit effectué correctement. »

« Or – écrit Marc Roumengou – depuis 1992, il n’y a plus aucune vérification préalable des piques par qui que ce soit, et le scellé de la boîte ainsi que le sceau apposé sur le pseudo butoir ne sont que des faux, placés par le fabriquant de piques qui affûte celles-ci après chaque utilisation et en creuse les faces en contravention formelle avec ce qui est prévu dans leur définition officielle. » M. Roumengou, Piques, chevaux, picadors, puyazos. 5 janvier 2013.

Voilà qui a le mérite d’être clair !

Et de toutes façons, dans la majorité des cas, pensez-vous que les délégués soient compétents, donc écoutés sinon respectés ?

Picador sentado. Andrès Parladé. Musée de Séville

        En conclusion, nous l'avons déjà dit, le public a sa part de responsabilité dans le déroulement de cette suerte tant décriée, mais la présidence, le maestro et le piquero tout autant.

                                                                                        Gilbert Lamarque

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