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VICISSITUDES "TAUROMACHIQUES" : LES MOJIGANGAS

Publié le par Cositas de toros

    A côté des despeños, dont il fut question dans la dernière chronique, où le taureau joue le souffre-douleur, naquit un autre genre de spectacle où ce triste rôle est échu aux hommes : les mojigangas. Ce sont des courses bouffonnes où l’acteur emploie tout son "art" à recevoir des coups de la façon la plus grotesque.

    L’origine des mojigangas remonte au XIe siècle. A cette époque l’on avait coutume, dans un grand nombre de villes, de lâcher sur place, les jours de fêtes, un… cochon. Deux hommes, les yeux bandés et armés d’un bâton, devaient lui courir après et le frapper pour avoir le prix.

    Plus tard, on remplaça le cochon par une petite génisse portant une clochette et une bourse. La clochette servait à guider les joueurs et la bourse contenait une récompense pour celui qui réussissait à arrêter la génisse comme font aujourd’hui encore au Portugal, les forcadoslos mozos de forcado.

    L’on s’ingénia ensuite à varier cet amusement et l’on combattit successivement des loups, des renards, des chiens furieux, voire même des sangliers (le cochon était retourné à l’état sauvage !). Ce n’était pas assez : la curiosité malsaine de quelques brutes s’éleva au niveau de la cruauté inspirée des joutes romaines. Néron avait inventé l’ "homme flambeau", ils inventèrent le singe "feu d’artifice". Voici comment ils procédaient. L’on amenait dans l’arène un certain nombre de quadrumanes et on les attachait avec des chaînes en différents points du redondel. Puis on lâchait un taureau. Pour éviter son atteinte, les singes exécutaient d’affolantes cabrioles et bonds qui mettaient les spectateurs en joie. Quelques uns de ces singes étaient habillés avec des "vêtements explosifs", c’est à dire que dans la doublure de ces vêtements, l’on mettait de la poudre à canon. Au moment propice, quand le taureau abordait le singe, un employé mettait le feu aux vêtements de ce dernier, lequel partait en fusée au mufle du cornu, on s’en doute, ahuri.

    Un heureux dérivatif à ces "amusements" stupides et pitoyables fut apporté vers la fin du 18e siècle par une pléiade de toreros singulièrement héroïques. Ces hommes inventèrent un toreo spécial qui leur permettait d’épancher leur fantaisie débordante et de mettre en relief leur invraisemblable témérité.

Mais ce fut peu d’art et beaucoup de brutalité !

    Voici un passage emprunté à l’hispanisant Georges Desdevises du Dézert (1854-1942) dans "L’Espagne de l’Ancien Régime" où est décrit le travail de ces diestros :

    "Un indien, le fameux Ramon de la Rosa, posait les banderilles et tuait le taureau sans descendre de cheval ; il attendait le taureau à la porte du toril, sautait sur son dos, jouait de la guitare et forçait la bête à marcher en mesure ; il se plaçait sur une table en face du taureau, les pieds enchaînés, et sautait par dessus l’animal quand il venait pour se jeter sur lui…"

    J’aurais été, pour ma part, curieux de voir le taureau "marcher en mesure" !

    Mariano Ceballos, autre indien, faisait mieux encore. Monté sur un taureau qu’il éperonnait et guidait ainsi qu’un cheval, il posait des banderilles à un autre taureau.

 

                                                       

Mariano Ceballos, dit l'Indien, tue le taureau de dessus son cheval. Eau-forte n°23 de la Tauromaquia de Francisco de Goya. Musée du Prado

 

    Ces intermèdes "comiques", voire bouffons ne sont que de douces mojigangas !

    Les mojigangas proprement dites, oubliées fort heureusement, étaient d’une toute autre sauvagerie. Peut-être les aborderons-nous prochainement.

Mais ici, point de tauromachie, sinon une barbarie bien délibérée par la perversion des hommes.

Aujourd’hui nos corridas sont plaisantes et gracieuses en comparaison !

 

    Définition du Cossío : "Mojigangas : representación pantomímica y ridícula que se hacía en las novilladas y terminaba con la salida del novillo, que solía poner en dispersión la cuadrilla que la representaba.

Le mojiganguero : el diestro que toma parte en mojigangas. Respectivament se aplica al toreo de poco fundamento y chabacano*".

*chabacano : de mauvais goût.

                       

                                                   

 

    Pedro Calderón de la Barca (1600-1681), l’auteur de La vie est un songe, drame métaphysique écrit en 1634, fut l’auteur de mojigangas. Ici se traduisant par : farces en vers.

 

                                                

 

    Et pour conclure, c’est aussi en Amérique Latine, au Mexique notamment, à San Pancho ou San Miguel de Allende, par exemple, une farce représentée par des défilés conjuguant musique, danses, déguisements, masques et géants typiques (Les gigantes que nous croisons en Espagne).

Cette farce consiste en un texte bref en vers, de caractère comico-burlesque et musical lors du Carnaval mais aussi durant le Carême, la Nativité, etc.

                                                                                        

                                                                                             Gilbert LAMARQUE

 

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LES BAINS FORCÉS

Publié le par Cositas de toros

Aigues Mortes, son blason

Aigues Mortes, son blason

                                   

Aigues-Mortes, tours et remparts

 

    Certains connaissent la tradition de l’engasado à Aigues-Mortes qui maintient ce passage du canal du Bourdigou par les taureaux, évènement regroupant encore quelques aficionados.

Cette tradition semble perdurer. En effet, le mardi 09 octobre 2018, juments et poulains puis taureaux des manades Aubanel, Devaux, Lafon/Iris et Le Levant ont traversé le canal du Bourdigou, canal qui rejoint le Petit Rhône.

 

                                           

L'engasado

 

     Qui n’a pas assisté à l’engasado – la gase ou le passage du gué – ne vibre pas de la même manière aux coutumes de la fête votive près du pont du Bourdigou.

Or ce franchissement d’un bras d’eau a donné lieu en Espagne à une forme semblable qui s’apparentait à une attraction que l’on nommait le despeño (de despeñar : jeter, pousser, précipiter) et qui est relaté dans le tome 1 du Cossío. Voici l’exposé de cette suerte.

On construisait une rampe de bois qui se terminait par un plan incliné sur la rivière. Les toros étaient amenés vers ce lieu, sautaient à l’eau où les attendaient, montés sur des barques, des lidiadores qui les provoquaient jusqu’à ce que les cornus aient regagné l’autre rive où quelques uns les recevaient prenant un malin plaisir à les toréer de cape.

A l’époque des Bourbons d’Autriche, ce jeu était à la mode et nous avons une narration de l’un de ces despeños qui se déroula à Zamora en Castille-et-Léon en 1602 en honneur de Philippe III et de Marguerite d’Autriche.

 

                                                       

Philippe III (1578-1621)

 

    "Pour ce 23 janvier, fête de San Ildefonso, on donna une corrida de 18 toros. A cette occasion, le toril était disposé de telle sorte qu’il faisait face à la rivière, un couloir de planches menant le bicho en droite ligne vers l’eau. Là, sur le Duero, évoluait toute une flottille montée par des toreros avertis".

 

                                                   

Francisco Gomez de Sandoval y Rojas, duc de Lerma (1552-1625)

 

    En 1616, c’est à Lerma que se déroule cette "tarde aquatique" à l’occasion de la translation à l’église collégiale du Saint Sacrement. Le duc de Lerma avait bien fait les choses et Lope de Vega y puise le sujet d’une comédie intitulée "La burgalesa de Lerma" (La bourgeoise de Lerma).

 

 

                                                        

Félix Lope de Vega y Carpio (1562-1635)

 

    Voici ce qu’écrivit Lope : "Depuis la galerie, il y a une rampe couverte qu’empruntent les toros qui vont à la rivière couverte de cygnes blancs qui sont voués au sacrifice. Plus d’un ne put échapper au massacre et le Roi les vit mourir à coups de cornes"… Quelle cruauté ! et alliée à la perversité, elles étaient aussi parfois affaire des grands d’Espagne.

En 1660, à l’occasion du retour de Philippe IV de France où il avait assisté au mariage de l’Infante Marie-Thérèse à Saint-Jean-de-Luz, il fut donné un franchissement de rivière et dans les commentaires de l’époque, il est précisé que les personnes à bord des "vaisseaux" maniaient la garrocha pour mieux inciter les taureaux à nager !

A Madrid, on essaya de faire à l’identique dans le Manzanares, mais un seul toro accepta de prendre un bain et l’irascible s’enfuit sous le nez de tous.

Le dernier despeño eut lieu le 09 mai 1690, semble t’il, à l’occasion des épousailles de Marie-Anne de Neubourg et de Charles II et la suerte dura jusqu’à la nuit ! Mais cette union resta stérile…

 

                                                            

Bous a la mar à Dénia

   

    Le despeño a disparu, reste le bous a la mar, dans la Communauté valencienne à Dénia par exemple, en juillet où on assiste au bain du taureau qui après quelques luttes, retrouve la terre ferme, revient dans l’arène, puis, acclamé, il reprendra le chemin de l’élevage.

Engasado, despeño, ces traditions taurines ont existé des deux côtés des Pyrénées. A l’abrivado répond l’encierro, à l’engasado, le despeño.

Traditions taurines nées à l’occasion de péripéties survenues au cours des travaux des manadiers d’une part, des ganaderos d’autre part.

                                                                                  

 

                                                                                    Gilbert LAMARQUE

 

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CES FIGURAS Souvent décriées

Publié le par Cositas de toros

    L’actualité madrilène et le renouvellement du Bombo pour la San Isidro méritent bien ces quelques lignes.

 

    Le Bombo, comme chacun sait, est le fruit de la réflexion de l’empresa et producteur Simon Casas (cocorico) aux commandes de la plus grande arène du monde : La Monumental. Il s’agit en fait de mettre les noms de toreros dans un chapeau, mettre le nom de ganaderias dans un autre et « savamment » orchestrer le tirage au sort. La légitimité de ce tirage au sort est bien entendu conditionnée par les noms qui sont dans les chapeaux et notamment celui des ganaderias. Cette  façon originale de monter les cartels avait vu le jour pour la feria d’automne madrilène 2018, elle est donc reconduite pour la San Isidro 2019.

L’avantage de cette méthode est qu’elle apporte plus de diversité et d’originalité dans les carteles mais aussi beaucoup plus d’intérêt pour les aficionados, le risque étant bien sûr que les vedettes de l’escalafón ne le boudent.

 

    Or, par un communiqué du 11 février 2019, la gran figura del toreo qu’est Sébastien Castella (re-cocorico) a, par communiqué de presse, annoncé sa participation au Bombo Isidril Le défi est lancé et, comme l’on pouvait s’y attendre les choses n’ont pas trainé. Très vite, d’autres figuras ont suivi. A ce jour, le Bombo est complet et le tirage au sort effectué, le résultat est consultable sur tout site taurin. Certains sont donc prêts à faire LE GESTE et c’est tout à leur honneur, car Madrid est Madrid et la présentation des taureaux sera n’en doutons pas dans la lignée madrilène.

 

   

    Il est un fait que ces figuras n’ont plus rien à prouver (ils ne sont pas tous nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, ne sont pas tous fils de… ou ne sont pas tous des Mozart de la tauromachie), et que dans ce cadre, ils ont plus de coups à prendre que de lauriers à récolter. Combien de personnes ayant commencé en bas de l’échelle et terminant leur carrière dans le fauteuil du PDG seraient prêtes à remettre leur bleu de chauffe et retourner, pour quelques jours, au rang de balayeur ?

Ces figuras sont souvent décriées (y compris par votre serviteur) dans des comptes rendus de prestations données il est vrai trop souvent avec des oppositions « choisies », par eux, leur permettant de maintenir leur train de sénateur, prenant en passant la monnaie adéquate. Faut-il leur en vouloir ? Tant qu’il y aura des organisateurs pour les inclure dans ces conditions et des aficionados prêts à payer pour aller les voir ils n’ont pas de raisons objectives pour cesser. Cependant, dans ce cas précis, ils ont accepté de remettre leur bleu de travail et pour le moins, cette décision mérite tout notre respect.

Ils ont bien entendu toute l’expérience, le professionnalisme, la connaissance du taureau et des terrains pour mener à bien ce défi qu’ils se sont lancé. Il n’empêche que le risque est toujours présent et que l’effort se doit d’être salué.

 

    Ces figuras souvent décriées, ont gardé au plus profond de leur être le gusanillo et le pundonor qui font d’eux… des figuras.

    Suerte à eux

 

Patrick SOUX

     

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MAGESCQ. Dimanche 17 février 2019

Publié le par Cositas de toros

MAGESCQ. Dimanche 17 février 2019

   C’est parti ! Ouverture de la temporada française sous un soleil gaillard.

    Les arènes couvertes,… hélas.

 

    En matinée, en guise d’amuse-gueules, le miraculé Thomas Joubert (Bayonne, septembre 2018) avait la charge d’une tienta de 3 vaches d’Alma Serena, accompagné par les élèves de l’École Adour Aficion.

Près de 400 personnes présentes pour voir ces jeunes pousses que sont Guillaume, Adrien, Tristan, Andoni et Jean le plus aguerri, défier et surtout se mesurer à ce bétail brave ne rechignant pas à aller  plein gaz à la pique de Laurent Langlois. Certes, ces vaches montrèrent quelques faiblesses mais n’oublions pas que nous ne sommes pas encore sortis de l’hiver.

Bravoure, noblesse, faiblesse, ce cocktail permit toutefois à Thomas de lidier profitablement ainsi qu’aux élèves, heureux de l’aubaine.

 

 

    Après-midi, 16h30. Devant un public abondant – tous n’avaient pas pris la route des plages – l’arène frisant le lleno, 6 Alma Serena bien présentés, costauds (trop?), aux comportements variés, nous firent comprendre que ce n’est juste que la reprise de la saison. Les automatismes sont à retrouver, les hésitations se multiplièrent, le rectangle de Magescq fit que tout ne tourna pas rond lors de ce premier atelier d’une longue temporada.

 

    Pas de temps mort,

                                                           Solalito

reçoit le premier au capote. Cet eral a du gaz, le jeune maestro banderille a mas, mais trop de coups de cape sont donnés par les péones. Brindis à sa peña Los del Sol et à son jeune président. Solal Calmet alterne les beaux gestes bien léchés et des passes plus heurtées. Le cornu plus âpre de la corne gauche, rugueux, finira par lorgner les bordures. Entière contraire et tombe le premier pavillon millésime 2019.

 

 

                                                    Yon Lamothe

brinde au public un colorado brocho aux coups de tête désordonnés. Après un bon tercio de bâtonnets, le bicho noble reste sur la défensive demandant de nombreuses sollicitations. Yon ne s’accorde pas vraiment et transmet peu. Oreille après une rapière tombée et de côté.

 

 

                                                   Guillermo García

a lui aussi beaucoup à apprendre mais il possède une belle plastique et égrène de beaux gestes. L’Alma Serena est plus lourd, freiné par sa faiblesse. Il est difficile de maintenir cet opposant au centre. Le Madrilène nous livre une belle série de naturelles avant d’être victime d’une voltereta sans conséquences. La faena est trop longue. Échec à la mort, un avis, salut.

 

    Le quatrième de la coursette fut selon moi, le dernier de la classe. Solal banderille de nouveau avec plus ou moins de bonheur. Le bicho se dégonfle vite regardant vers les burladeros à défaut de callejon. Guère de transmission malgré les efforts du torero. Nouvelle entière contraire, salut.

    

    Du mieux avec le cinquième noble qui montre de l’entrain, démarrant avant le toque. Beaucoup, beaucoup trop de passes, mais quelques bons muletazos avant que l’Alma Serena n’abdique, se réfugiant dans les bordures. Yon rencontre des difficultés pour placer le cornu avant une entière au 2e essai. Vuelta qui ne s’impose pas, certes la dernière avant Mugron où le Tarusate passera dans la division supérieure.

 

    Guillermo García hérite en conclusion d’un autre eral plein d’aspérités qui plonge goulument  dans le tissu, se retournant vivement. Le jeune espagnol manque d’autorité montrant malgré tout son courage et sa volonté. Il termine par deux bons muletazos. Échec aux aciers, deux avis, silence.

 

    Bref, je n’ai pas retrouvé lors de cette tarde, les qualités démontrées auparavant par les origines des pupilles des Bats Brothers.

    Soulignons un train d'arrastre sortant vraiment de l'ordinaire, atypique.

 

    Le prix "Bernard Ménard" du C.T. de Magescq au meilleur novillero est attribué à Solalito.

    Le prix de l’ACOSO ( organisateurs du Sud-Ouest) est partagé entre Solalito et Yon Lamothe.

 

                                                                                          Gilbert LAMARQUE

MAGESCQ. Dimanche 17 février 2019
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LE TAUREAU DANS TOUS SES ÉTATS BESTIAIRE MÉDIÉVAL

Publié le par Cositas de toros

Deuxième partie.

 

Egyptiens fêtant le dieu Apis. Vincent de Beauvais, Miroir historial. 1463. BnF

   

     Image vivante du dieu égyptien Ptah vénéré à Memphis, le taureau fût plus tard associé à Osiris. Figuré dans la division zodiacale où se trouve l’équinoxe du printemps, ce signe est le symbole du soleil qui, à cette époque de l’année, féconde la nature. Aussi attribuait-on la fécondité au taureau Apis et le pouvoir d’en communiquer la faculté aux femmes. Quand un taureau Apis mourait, les prêtres lui cherchaient un successeur. Il devait être né d’une vache fécondée par un rayon du soleil, ce que déterminaient certaines taches noire dans le pelage qui se devait par ailleurs d’être blanc. Une magnifique étable, tournée du côté du soleil levant, était alors construite au lieu même où l’on avait trouvé le nouveau dieu. Là, pendant quatre mois, il était abreuvé de lait. Une procession de prêtres le conduisait ensuite au bord du Nil et l’embarquait sur un vaisseau richement décoré pour l’amener à Nicopolis. Pendant quarante jours, les femmes venaient adorer le nouveau dieu. Il partait ensuite pour Memphis où un temple magnifique lui servait d’étable.

 

Adoration des idoles. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

    Le taureau est présent à des degrés divers dans nombre de religions, les cultes d’Apis et de Mithra notamment. Divinité d’origine perse, Mithra est le dieu Sauveur, le Vainqueur invincible que les armées romaines ont célébré dans l’empire jusqu’à l’avènement du christianisme. Mithra est né d’un rocher, après le solstice d’hiver, un 25 décembre, quand le soleil renaît et que les jours recommencent à grandir. C’est sur l’ordre du Soleil que Mithra égorge le taureau impérieux après l’avoir dompté. De son sang versé et de sa moelle naîtront végétaux et animaux. Ce culte marque l’alternance cyclique de la mort et de la résurrection ainsi que l’unité permanente du principe de vie. Le christianisme pour s’imposer devra lutter contre ces cultes païens et éliminera progressivement le taureau du bestiaire médiéval pour lui préférer le bœuf docile de la crèche.

 

Moïse et le taureau du sacrifice. Guiard des Moulins, Bible historiale. XVe siècle. BnF

 

    Yahvé parla à Moïse et dit : "Si quelqu’un pèche par inadvertance contre l’un des commandements de Yahvé et commet une de ces actions défendues, si c’est le prêtre consacré par l’onction qui pèche et rend ainsi le peuple coupable, il offrira à Yahvé pour le péché qu’il a commis un taureau, pièce de gros bétail sans défaut, à titre de sacrifice pour le péché. Il amènera ce taureau devant Yahvé à l’entrée de la Tente du Rendez-vous, lui posera la main sur la tête et l’immolera devant Yahvé.

 

Loi mosaïque. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

Puis le prêtre consacré par l’onction, prendra un peu de sang de ce taureau et le portera dans la Tente du Rendez-vous. Il trempera son doigt dans le sang et en fera sept aspersions devant le rideau du sanctuaire. Le prêtre déposera un peu de sang sur les cornes de l’autel des parfums qui fument devant Yahvé, et il versera tout le sang du Taureau à la base de l’autel des holocaustes qui se trouve à l’entrée de la Tente du Rendez-vous[…] " Lévitique. Chap 1 et 4.

 

Vision d'Ezechiel : le char de Dieu. Guiard des Moulins, Bible historiale. Début du XVe siècle. BnF

 

    Le prophète Ezéchiel eut la vision : quatre êtres qui paraissaient avoir une forme humaine. Chacun avait quatre visages, chacun avait quatre ailes. Droites étaient leurs jambes dont les sabots semblables à des sabots de taureau, étincelaient comme du bronze poli. Ils avaient tous quatre un visage humain par devant, tous quatre une face de lion à droite, tous quatre une face de taureau à gauche, et tous quatre une face d’aigle. A terre, à côté de chacun des quatre êtres, une roue et dominant la scène l’image du Seigneur.

 

Symbole des évangélistes. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

    L’attribution de quatre symboles différents aux quatre évangélistes a sa source dans la vision d’Ezéchiel (paragraphe précédent) et dans la vision de l’Apocalypse. L’aigle est associé à Jean, l’homme à Matthieu, le lion à Marc et le jeune taureau préfigure Luc.

Au XIIe siècle, les clercs et les lettrés enseignèrent aux infidèles les significations qu’ils attribuaient aux trois animaux : de Jésus on disait qu’il fut homme en naissant, veau (jeune taureau) en mourant, aigle en montant au ciel. De même chaque chrétien se devait d’être à la fois homme, veau, lion et aigle : homme parce qu’il est doué de raison, veau parce qu’il faut pouvoir se sacrifier pour Dieu, lion parce que le juste doit éprouver le courage de ne rien redouter, aigle pour contempler les choses célestes et éternelles…

 

Saint Luc écrivant. Vies des saints. XIVe siècle. Enluminure par le maître de Fauvel. BnF

 

    Le bœuf (veau) est l’un des trois animaux évangélistes qui accompagnent Luc, Marc et Jean. Les enlumineurs du Moyen Âge aimaient peindre Luc, leur saint patron et le représentaient avec son animal évangélique. Le bœuf de saint Luc n’a pas toujours été un bœuf. Les irlandais du haut Moyen Âge lui préféraient un veau, symbole d’innocence, et les Carolingiens, un taureau, symbole de puissance, mais au poil blanc, symbole de pureté. Au temps des carolingiens, le bœuf est l’émanation même de Dieu qui souffle à saint Luc la parole divine.

 

SaintLuc écrivant. Guiard des Moulins, Bible historiale. XVe siècle. BnF

 

    Il apparaît souvent ailé et nimbé comme ci-dessus.

 

Saint Luc

 

    Peu à peu le bœuf se transforme en compagnon du saint lui tenant son livre, lui servant de lutrin et même parfois de repose pied comme sur cette statuette de bois.

 

Le taureau zodiacal. Evrard de Conty, Echecs amoureux. Vers 1496/1498. BnF

 

    Deuxième signe du Zodiaque, le Taureau (21 avril-20 mai) se situe entre l’équinoxe du printemps et le solstice d’été. Symbole d’une grande puissance de travail, il figure aussi tous les instincts, principalement celui de la conversation, de la sensualité et d’une propension exagérée pour les plaisirs. Ce signe est en effet gouverné par Vénus, selon le langage astrologique. C'est-à-dire que la constellation du Taureau se trouve en parfait harmonie avec cette bachique à la gloire de Vénus. C’est un chant de plénitude lunaire dans l’exaltation de la mère-nature.

 

Allégorie : Triomphe de la Mort. Pétrarque, Trionfi. XV-XVIe siècle. BnF

 

    Dans le bestiaire de la mort, le bœuf joue un rôle important : il sert de monture au XVe siècle, à l’allégorie de la mort. Depuis le XIIe siècle et jusqu’alors, elle était montée sur un cheval et, armée d’un arc et d’une flèche, pourchassait les vivants. Elle allait au galop et ne se presse plus, adoptant le pas lourd et sage d’un animal de labours, qui symbolise bien la fatalité d’un évènement inéluctable. Le symbole s’appuie sur des éléments de réalités. Novembre est à la fois le mois des morts et celui où le boucher médiéval tuait le bœuf. Pour des raisons d’hygiène, en milieu urbain, on pratiquait la vente et le sacrifice des bœufs dans les cimetières à l’écart des villes.

 

Nativité. Pierre Lombard, Sentences. XIIe siècle. BM de Troyes

 

    Bien avant la naissance du Christ, Isaïe pouvait écrire : "Le bœuf reconnaît son bouvier et l’âne la crèche de son maître, Israel ne connaît rien, mon peuple ne comprend rien." Rien d’étonnant à ce que le bœuf et l’âne se soient penchés sur la couche de l’enfant Jésus. Pas un mot pourtant à ce sujet dans les évangiles sauf dans les évangiles apocryphes. Cette légende de la crèche envahit toutefois l’iconographie médiévale.

 

Détail. Sentences, un traité de théologie. Il s'agit de l'un des liens les plus importants du Moyen Age.

 

    Nous, vulgaires et méprisables, nous avons transformé la crèche en arène, l’âne en cheval et le bœuf en taureau furieux. Et ce, pour le plus grand ravissement des uns et le plus grand courroux des autres.

Que les foudres de l’Éternel ne s’abattent point sur nos humbles esprits !

Deo gratias.

 

 

Gilbert LAMARQUE

   

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