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Articles avec #billet d'humeur tag

LE PUBLIC ET L'HOMME AU CASTOREÑO

Publié le par Cositas de toros

 

         « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ! »

Non, il n’est pas question que je suive à la lettre ce vers de Nicolas Boileau. Je ne tiens pas à briller – encore faudrait-il que je le puisse ! – sur un sujet que j’aurai travaillé, retravaillé inlassablement, à savoir, le public de corrida, déjà traité auparavant dans l’article La lâcheté du torero. En ces temps troubles où l’actualité taurine est réduite quasiment au néant, il faut bien trouver un sujet de discussion et non pas de chamaillerie. Et bien, va pour le public de corrida ! Promis nous passerons à autre chose prochainement. À ce sujet, venez-nous en aide et proposez-nous des sujets à débattre car à ce rythme, allons nous arriver à Noël ?!

La suerte des piques a subi au cours des ans de nombreuses et sérieuses modifications : ordre de sorties des picadors, caractéristiques de la pique, caparaçon, cercle blanc délimitant la surface d’action, etc. Et même dans les "fioritures", car l’ensemble du costume a reçu quelques changements dans le détail.

Hier
Aujourd'hui

 

          Le castoreño est moins large et la veste plus riche en broderie, voici les picadors affublés aujourd’hui de la cravate des toreros. Mais le plus grand changement "vestimentaire" réside dans l’armature métallique qui protège la jambe droite. La gregoriana d’autrefois – du nom du rejoneador Gregorio Gallo, qui en eut l’idée au XVIIe siècle –, était une sorte de haute guêtre de fer protégeant seulement la cheville et le tibia, et recouverte de peau de daim. De la peau de daim aujourd’hui et tous les groupuscules défendant la cause animale nous tombent sur le râble !

     

 

 

 

 

 

 

         Et puis au XIXe siècle pour parachever la protection, on la hausse encore et on y ajoute une autre protection métallique qu’une articulation joint à la gregoriana, à la hauteur du genou. Cette nouvelle défense prend alors le nom de mona ou plus souvent de hierros. Enfin tout ceci n’est pas le sujet de l’article, disons que c’est son introduction ; bien des choses sont encore à dire sur ce chapitre.

 

        Concentrons-nous sur les résidents du ruedo.

L’action individuelle des picadors a donné lieu, encore et toujours à d’interminables polémiques ; elle a motivé de nombreuses chroniques ; elle a aussi fait l’objet de discussions dont l’ampleur égalait l’inutilité et nous avons vu fleurir autour de nous de nombreux copains !

Il est plus sage d’examiner avec modération le comportement actuel des piqueros car si leur action est souvent pénible et déplaisante, ce désagrément est un mal nécessaire pour le déroulement normal du spectacle taurin.

C’est pendant cette suerte et seulement à ce moment-là que l’on juge les qualités de combativité et de bravoure du toro. Dès le début de la lidia, elle permet au torero d’apprécier le tempérament et le caractère du bicho.

Cette suerte de piques, convenons en, est le seul moment de la corrida où la sauvagerie de la bête se heurte à la brutalité raisonnée de l’homme. Elle rend possible la suite du combat par la diminution des forces et de la puissance du cornu, diminution qui permet l’exécution de toutes les suertes suivantes.

           Une partie du public est assez brutale et souvent profane. Il succède aux revisteros de la fin du XIXe siècle qui ont insisté sur les méfaits des hommes au castoreño. Combien de fois a t’il été dit que les picadors étaient des bouchers et des assassins ? Alors comment la foule réagirait-elle autrement que par des huées, des sifflets et des vociférations ? José Redondo "El Chiclanero" disait : « Le picador sera toujours la victime dans le noble art du toreo. » Cela se vérifie encore aujourd’hui. Guerre implacable car elle est celle de toutes les temporadas et de toutes les corridas. Guerre féroce car les hostilités démarrent dès l’entrée des chevaux dans la piste. Guerre injuste car elle fausse le résultat de la lidia.

Dès qu’un toro faiblit des pattes antérieures, même si cette pseudo-faiblesse a pour cause le choc impétueux contre le groupe équestre, les tendidos vocifèrent contre la présidence qui n’a pas ordonné immédiatement le changement de suerte. Et voila que le palco secoué par la violence des cris et sifflets, accède rapidement à l’injonction.

Pour cette grande partie du public et pour le président – souvent –, les coups de pointe, les picotazos donnés au hasard ou au passage des toros qui fuient ou qui sortent seuls de la suerte, les déchirures de la peau qui se produisent accidentellement et qui sont, c’est vrai, pas très belles à voir, comptent malheureusement comme de véritables puyazos.

Dans d’autres cas, les toreros en ne voulant pas attirer sur eux-mêmes une partie de l'ire populaire – légitime à leur égard –, désireux de donner des gages à ce cher public et manquant de clairvoyance, se tournent vers la présidence et, avec une déférence affectée, montera en main, ou simple moulinet du poignet sans un regard vers le palco, cavalièrement, ils demandent, eux aussi, la fin de la suerte et l’obtiennent généralement. La présidence aux ordres.

On l’a bien compris, la réduction abusive de la suerte de piques lui ôte son caractère et tout son effet. Il est vrai que de nos jours avec le toro "moderne", certains peuvent passer directement aux banderilles !

Mais il arrive aussi que ce toro insuffisamment châtié soit brave ; sa faiblesse n’est qu’apparente ; il a gardé ses forces intactes ou il les récupère rapidement au cours de la lidia. Alors, pour essayer d’atténuer ce retour de puissance, les peones abusent de capotazos et de recortes ; le toro apprend rapidement ce qu’il n’aurait jamais dû savoir ; il devient avisé et difficile. Mais qui dans le public, au final, s’en rend compte ?

Guerre absurde et injuste car la foule qui est à la base de la faute maintient ses exigences et n’admet pas que le torero abrège son travail. Par son intransigeance, elle s’est privée de l’émotion inhérente au premier tercio et elle a perdu la vision du travail que le torero aurait pu exécuter.

Par une suerte brillante ou facile, le matador saura tout faire oublier et se fera même applaudir. Qu’en est-il du picador ? Lui, il n’aura pas l’occasion de se rattraper ; à lui les sifflets.

Tout ceci ne veut pas dire que les señors au castoreño sont sans reproches.

       Il serait mal venu de notre part de nier qu’une bonne majorité ne se préoccupe guère des préceptes de l’art de la pique. Ils oublient que châtier le toro dans la forme réglementaire est leur mission : en les "citant" dans le tiers du ruedo délimité par le cercle blanc, et sur leur droite ; en ne fermant pas la sortie naturelle de la suerte – la droite – par l’exécution de la fameuse carioca ; en obligeant le toro à humilier sans lui apprendre inutilement à taper contre le caparaçon… Quant à ce cercle blanc, las rayas, il est très souvent inutile et pas toujours utilisé à bon escient, on en conviendra.

Au contraire, le mauvais picador "cite" en faisant faire un quart de tour à sa monture ; il administre la pique le plus en arrière possible en s’efforçant de la faire rentrer au-delà du butoir ; il vrille, il ferme la sortie naturelle… Il veille à ce que l’adversaire soit "bien" piqué. Il sait que l’occasion de placer une seconde, voire une troisième pique ne se représentera pas. Mais, est-il le seul coupable de tous ces excès ?

Soyons clairs : le picador n’est qu’un comparse. Si la suerte, la plus ancienne du toreo, est actuellement en franche décadence, en perdition, la faute en est à l’intransigeance et la partialité du public, aux faiblesses et (ou) incompétences des présidences, pourquoi pas à la pique elle-même et à son montage et, allons y, au manque complet d’afición de trop nombreux toreros.

Aujourd’hui les outils du châtiment sont les mêmes, plus rudes diront certains, non, diront les autres - voir la pique andalouse - alors que sortent des toros qui n’ont pour la plupart, plus la prestance et la puissance de vrais toros de combat. La pique doit rester un instrument de châtiment et non une arme meurtrière, du moins dans son maniement.

Les rayas, en réalité, ne servent quasiment à rien et n’empêchent pas grand-chose, car dans la pratique, si le picador ne prévoit pas une chute éventuelle, il ne se gêne pas pour aller jusqu’à la raie blanche et même au-delà et si le toro est brave et puissant, il met son cheval contre la barrière et profite de cet appui. Le public prend cette délimitation très au sérieux et, dès qu’un demi-sabot franchit la frontière, c’est la huée. Sont à noter également, la mobilité ou non du canasson, le peu de technique cavalière, la mauvaise utilisation du cheval. Demandez à Philippe Heyral !

 

 

     

            Quelques rares picadors savent donner le change, responsables, honnêtes et bons cavaliers. Concernant la pique, en corrida-concours, elle sert davantage à mettre en valeur les qualités du toro alors qu'en corrida, cette même pique est administrée pour diminuer le toro et mettre en valeur le troisième tiers, donc le torero. Et lors de cette corrida-concours, nous pouvons observer les qualités et le travail du cheval, vrai acteur du tercio. Le toro est mis en valeur en absorbant en souplesse, sa charge.

Il y a un règlement en France comme en Espagne mais les présidences ne l’appliquent pas. Voit on aujourd’hui un toro "banderillé" en noir ? Quelle gueule ferait le ganadero qui verrait l’un de ses "bravos" recevoir cette punition infamante pour leur devise ?

Par exemple, l’article 62 du règlement est-il suivi, appliqué ? (voir annexe en fin d’article).

Une application sévère de ce règlement ne résoudrait pas tous les maux dont soufre la suerte de varas mais au moins, elle représenterait un progrès sensible dans un état de choses qui ne cesse d’aller en décadence. N’entendons nous pas parler de suppression de la pique, des banderilles… et de la mise à mort ?

Combien d’amendes frappent les infractions au règlement ?

Qui doit-être réformé, amélioré, la suerte des piques ou le toro ? Les deux mon adjudant. De l’œuf ou de la poule…

C’est tout comme bannir toute trace de violence dans la symbolique révolutionnaire, préférant le drapeau à la pique – celle-ci avec une tête au bout – et la couronne de laurier au bonnet phrygien. On fait dans l’aimable, le doux, le soft ; pas trop de pique, pas trop de toro non plus.

Faire une petite révolution, voila.

Annexe

Voici l’article 62 dans son intégralité.

« Les piques seront présentés par l’organisateur au délégué de la Commission Taurine Extra Municipale avant l’apartado, dans une boîte scellée que celui-ci ouvrira.

       Elles ne serviront que pour une course et porteront, sur la partie entourée de corde, le sceau préalablement posé par les organisateurs compétents à savoir la "Associacion de Matadores Españoles de Toros y Novillos y de Rejoneadores", la "Union Nacional de Picadores y Banderilleros" et la "Union de Criadores de Toros de Lidia".

Les piques, leur hampe, ainsi que leur façon de les monter devront correspondre, tant pour les corridas de toros que pour les novilladas avec picadors, aux normes et règles fixées par le Règlement des Spectacles Taurins Espagnol. Elles devront être montées la face plane vers le haut, sur une hampe convexe.

Une fois achevé l’examen des piques et des caparaçons, ces matériels seront mis en sécurité par le délégué de la CTEM qui ne les remettra à leurs utilisateurs que peu avant le début de la course.

Le délégué de la CTEM veillera à ce que le montage des piques soit effectué correctement. »

« Or – écrit Marc Roumengou – depuis 1992, il n’y a plus aucune vérification préalable des piques par qui que ce soit, et le scellé de la boîte ainsi que le sceau apposé sur le pseudo butoir ne sont que des faux, placés par le fabriquant de piques qui affûte celles-ci après chaque utilisation et en creuse les faces en contravention formelle avec ce qui est prévu dans leur définition officielle. » M. Roumengou, Piques, chevaux, picadors, puyazos. 5 janvier 2013.

Voilà qui a le mérite d’être clair !

Et de toutes façons, dans la majorité des cas, pensez-vous que les délégués soient compétents, donc écoutés sinon respectés ?

Picador sentado. Andrès Parladé. Musée de Séville

        En conclusion, nous l'avons déjà dit, le public a sa part de responsabilité dans le déroulement de cette suerte tant décriée, mais la présidence, le maestro et le piquero tout autant.

                                                                                        Gilbert Lamarque

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VERITES, MENSONGES ET DUPERIES. Partie II

Publié le par Cositas de toros

       C’est ici, avec le culte de Mithra que l’on a voulu voir avec parfois insistance, une sorte d’embryon de la corrida et donc, les lettres de noblesse de l’art tauromachique.

Il est fréquent de confondre le taureau et le Dieu. Non, le dieu Mithra n’a jamais été un dieu à figure de taureau et le sacrifice de ce dernier n’est pas non plus une immolation par substitution de l’animal au dieu comme cela s’est souvent pratiqué, y compris dans le symbolisme de l’agneau mystique des chrétiens. « Il n’est trace nulle part d’une interprétation de ce genre, pas un texte ne l’autorise. » A. Gasquet, Essai sur le culte et les mystères de Mithra.

Mais qu’est-ce que ce culte de Mithra qui ne paraît pas correspondre à l’un des dieux de la mythologie classique des Romains tels Jupiter, Junon, Vénus…, ou appartenir à la religion de l’État personnifié par l’Empereur qu’Auguste introduisit dans l’Empire ?

C’est qu’au début de notre ère, les Romains adoptèrent un certain nombre de cultes orientaux. Cybèle, Isis, Serapis, Mithra, avaient de nombreux disciples à Rome, à la veille du triomphe du Christianisme.

Sans nous étendre sur cette religion, tenons seulement pour acquis que l’une de ses cérémonies était constituée par le taurobole, c’est-à-dire l’immolation d’un taureau par un sacrificateur qui incarnait la personne du jeune dieu solaire Mithra tel que les bas-reliefs nous le représentent le plus souvent : coiffé du bonnet phrygien, le manteau flottant au vent, l’épée en main et donnant l’estocade à l’animal dans une grotte décorée des signes du zodiaque.

Ainsi donc, dans le Mithriacisme, le rôle actif et souverain est dévolu au prêtre ou au dieu seul, le taureau faisant seulement figure de victime propitiatoire, chargé de souillures et des péchés des hommes, offerte en holocauste pour le rachat des fidèles et dont le sang, conformément à une doctrine solidement établie dans la majorité des religions antiques, devait, par son aspersion ou lustration, laver toute faute et tout crime.

Le poète ibérique Prudence a décrit la cérémonie assez répugnante de ce baptême sanglant qui se recevait dans une fosse à claire-voie, une pluie de sang ruisselant de l’animal égorgé sur le catéchumène qui était ainsi renouvelé et rétabli dans sa pureté primitive, au moins pendant cinq lustres.

C’est ainsi que parmi les nombreuses inscriptions tauroboliques trouvées dans le sanctuaire de Cybèle, au Vatican, Agorius Praetextatus et sa femme déclarent avoir reçu le bénéfice de l’oblation taurobolique.

Précisons que le taurobole, comme le fameux "consolamentum" des Cathares était un évènement assez exceptionnel et que le culte de Mithra comportait d’autres mystères, épreuves ou sacrements telle la purification par l’eau lustrale, qu’enfin le sacrifice de taureau était souvent remplacé par celui d’un bélier.

Tel est schématisé et réduit à ses éléments les plus simples le rôle du taureau dans le culte de Mithra. Il faut surtout en retenir que l’animal n’était nullement assimilé au dieu, qu’il ne faisait l’objet d’aucun culte ou adoration et qu’il n’était, au fond, qu’un des figurants de la liturgie.

 

Mithra sacrifiant le taureau. Bas-relief, marbre. Musée du Capitole, Rome. Vers 100-200 ap. J.-C.

      Mais il est déjà bien beau que le geste du matador entrant a matar, se retrouve dans l’acte d’un dieu tel, ou a peu près, que nous le restitue l’admirable bas-relief du Musée du Capitole à Rome. Et, qui sait, si sur les gradins de l’arène, le public moderne n’éprouve pas, quand la bête s’écroule, l’obscur sentiment que vient de s’accomplir un rite millénaire ? Peut-être se glisse, alors insidieusement, en chaque spectateur, l’allégresse de l’homme initié, lavé de ses souillures ? Peut-être que la mort du taureau libère en chacun de nous d’obsédants refoulements et nous délivre, un moment, du poids d’un complexe atavique de culpabilité ?

Là, nous passons du sable du ruedo aux sables mouvants de la psychanalyse !

 

Lisez Le Taureau. Une histoire culturelle aux éditions du Seuil, un livre luxueux à la belle iconographie (19,90 euros). Notre animal vedette en pleine lumière dans ces sombres moments.

 

                                                                        FIN

 

                                          ¡ Quédate en tu casa !

 

                                                                                  Gilbert Lamarque

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VERITES, MENSONGES ET DUPERIES. Partie I

Publié le par Cositas de toros

 

      La lecture de certains livres a, parfois, de quoi vous laisser rêveurs, et dans celle du dernier ouvrage de Michel Pastoureau, Le Taureau. Une histoire culturelle, de quoi perturber l’aficionado.

Le taureau, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait l’objet depuis déjà longtemps d’extravagantes explications historico-doctrinales. De la Préhistoire à nos jours, des cavernes du Magdalénien à la corrida contemporaine, certains ont bâti peu à peu tout un système, une mise en scène qui tendent à représenter le taureau comme à l’origine de tous les cultes.

 

            Cnossos, Scène de voltige avec un taureau, Peinture murale, -1800 ou -1700 av.J-C.

      On l’affirme avoir été adoré à Cnossos en Crète, plusieurs millénaires avant notre ère, on parle des mystères de Cybèle, du taureau Apis des Égyptiens, des taureaux ailés chaldéo-Assyriens, du culte de Mithra, on transforme en taureau le bœuf de saint Mathieu l’évangéliste, on évoque celui qui, dans les pâturages en bord de Garonne, fut l’instrument du martyre de saint Sernin, sans oublier, bien entendu, l’enlèvement d’Europe et les signes du zodiaque.

Tout cela présente, à première vue, une construction séduisante, mais, il faut bien dire que ce corps de doctrine est parfois marqué de la plus douce des fantaisies et certains en ont fait leur commerce – je sens le vent du boulet effleurer ma crinière, aujourd’hui moins abondante ! – J’ai bien voulu, au fil de mes lectures sur le sujet et ceci me réconfortant, croire en cette aimable musique, mais l’âge de la maturité atteint – je n’ai pas dit plénitude –, me fit comprendre que tout n’était pas si simple, si évident.

Dans l’intérêt même, et le sérieux de la tauromachie, qui n’est pas un art frivole, on en conviendra, il est de notre devoir de donner quelques précisions en une matière aussi obscure que délicate, vu les années qui nous séparent.

Cette lecture de l’ouvrage de Michel Pastoureau m’en apporte encore la preuve aujourd’hui. Beaucoup de non spécialistes ont écrit sur le sujet. Ici nous abordons les chevauchées du taureau européen avec un historien reconnu des animaux avec les publications sur l’ours, le loup, les bestiaires du Moyen Âge. Nous apprenons que cet archiviste paléographe n’est pas un partisan de la corrida mais pouvons-nous être suspicieux sur ses compétences ?

Le voici qui s’insurge : « La bibliographie sur le sujet est immense mais encombrée de mauvais livres, simplistes ou mal informés, parfois de mauvaise fois, voire tout simplement malhonnêtes. », poursuivant, « Les travaux les plus sérieux sont récents et vont tous dans le même sens : il n’existe absolument aucun lien ni aucune continuité entre les rituels tauromachiques de l’Antiquité et la corrida moderne telle qu’elle définit ses règles dans l’Espagne de la fin du XVIIIe siècle. » La liste des critiques formulées par les adversaires est longue tout comme celle énoncée par ses soutiens dont l’auteur balaie « les arguments dérisoires, sinon fallacieux... »

Ni les Slaves, ni les Germains, ni les Celtes, ni les Hébreux, pour ne parler que d’eux seuls, n’ont voué un culte au taureau, encore moins les Grecs malgré la civilisation mycénienne et les Romains malgré Mithra. Les cultes taurins dont nous sommes à peu près certains se rencontrent surtout dans les civilisations agricoles sémitiques et sont généralement associés à un culte de divinité tel celui de Cybèle, la grande déesse de Phrygie, Déesse mère ou du Dieu Teshub chez les Hitites, le Roi des dieux. Si l’Indra, le roi des dieux dans la mythologie védique de l’Inde ancienne, le Mardouk de Babylone, l’Apis égyptien ou le Bacchus des mystères sont figurés par un taureau, il faut les considérer comme symbolisant la force génératrice, le signe équinoxial incarné qui marque le réveil de la nature plutôt que comme des divinités intrinsèques.

Pour la Crète, l’abondante iconographie des courses "libres" que nous donnent les vases des époques minoennes retrouvés dans les fouilles, ne nous autorise pas à en déduire l’existence d’un culte taurin caractérisé avec sacrifice sanglant. En tant que symboles religieux, le serpent, le poulpe ont, dans cette civilisation, une importance bien plus grande que le taureau dont il est très hasardeux d’affirmer, en l’état des connaissances présentes, qu’il faisait l’objet d’un culte ou était le centre d’un ensemble religieux.

 

                                  Les taureaux gardiens de la porte. Musée du Louvre

Les divinités assyro-chaldéennes sont bien connues. La plupart des dieux y sont des représentations astrales ou météorologiques, les fameux taureaux ailés (voir Cositas du 15 janvier 2019 : Apotropaïque) dont l’utilisation est parfois purement décorative, sont considérés comme incarnant des esprits bienfaisants. Ces génies protecteurs appelés Lamassu, dont la tête humaine souligne le caractère de génies secondaires. Ici encore on ne saurait décemment parler de culte du taureau sans forcer la réalité des choses.

Pour l’Égypte, la question est beaucoup plus complexe. Il est fréquent de voir des représentations des rois des dynasties archaïques (environ 3 300 ans avant J.-C., une queue de taureau pendre derrière le pagne du roi. Ramsès II a le titre de "Taureau puissant". Ce sont certainement là, des survivances totémiques exactement comme celle qui fait appeler "Lion", le Négus d’Abyssinie ou décerner le titre de "Buffle" ou de "Corbeau" à tel chef Sioux ou Dakota.

 

                                                               Apis

    Reste, c’est vrai, les trois taureaux égyptiens bien connus Boukhis, Mnévis et Apis ou Hâpi, surtout ce dernier qui, à Memphis, avait encore sous l’Empire romain une importance extraordinaire. Incontestablement le taureau Apis était l’objet d’un véritable culte, la mort de l’un de ces taureaux était un deuil public. Mais dire que vraiment il était Dieu, qu’il était la base et le moteur d’une religion, ce serait, je crois, aller au-delà de la vérité en dépit du texte des hymnes ou chants qui le célébraient comme tel. Ce que nous savons des grands dieux égyptiens et de l’ensemble de cette religion multiforme nous permet de le penser.

Nous verrons par la suite arrivant à Mithra, après avoir sauté quelques siècles et civilisations, que le taureau et son culte ont été magnifiés par l’imagination de l’homme.

 

Fin de la 1ère partie.

                                                                                 Gilbert Lamarque

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LA LÂCHETE DU TORERO

Publié le par Cositas de toros

 

Fernando Botero. La cornada, 1988, huile sur toile

   

       Je vais enfoncer une porte déjà ouverte et tant pis pour les courants d’air !

Nous entendons de la part de personnes adultes et responsables que tel torero n’a pas fait le boulot, qu’il est lâche, couard…

George Sand disait un jour à Gustave Flaubert : « Ce que j’ai de meilleur en moi c’est les autres. »

Tous les artistes et surtout les toreros pourraient reprendre ce mot pour leur propre compte : ce qu’ils ont de meilleur en eux, c’est le public, … à condition cependant que le public soit bon. Et pour que le public soit bon, il ne suffit pas qu’il connaisse la tauromachie, il faut encore qu’il sache émettre à propos son opinion, qu’il manifeste à bon escient. C’est ce manque de discernement qui fait que le bât blesse. Vous rajoutez à cela un manque total d’humanité et nous entrons dans la brutalité. Si nous faisons abstraction de cette partie des spectateurs – la plus nombreuse – qu’une expérience trop faible rend incapable d’apprécier une course, nous trouvons que sur cent connaisseurs, il y a une vingtaine de dilettantes – un peu capricieux – soixante-quinze exaltés et cinq bons aficionados.

De ces derniers, nous ne trouvons rien à redire, si ce n’est pour souhaiter qu’ils deviennent promptement légion avant que le rideau ne retombe.

Puis côté ombre, le plus souvent en barrera, sombrero sévillan, lunettes noires, le pur havane entre leurs dents blanches – ça sent la caricature –, voici les dilettantes.

La corrida peut commencer, les plus beaux coups d’épée peuvent succéder aux plus belles passes de capes, pas un muscle de leur figure ne tressaillira, pas un battement de mains ne viendra exprimer leur enthousiasme. Il y a aussi quelques échantillons de ce calibre dans le callejón. Sont-ils insensibles à la beauté du spectacle ? Non, mais vous n’avez pas saisi, ils sont délicatement épicuriens, ils jouissent de l’intérieur : applaudir, manifester sa joie sont des efforts qui diminueraient leur plaisir. Et puis, s’ils encouragent l’art par leur présence, il est inutile de l’encourager aussi par leurs approbations : trop est trop. Et surtout, ne pas faire comme tout le monde…

Les toreros ont besoin d’être stimulés ; ils se mettent plus que les autres artistes au diapason du public, et si nous vibrons, leur ardeur ne faiblira pas.

Mais ce genre de spectateurs est peu nombreux : la proportion de vingt pour cent est exagérée…

Aux antipodes, voici les exaltés, parfois enragés, souvent survoltés.

Ceux-là sont ennuyeux, bien plus, ils sont dangereux. Ils ignorent toute mesure dans leurs enthousiasmes ou leurs colères nombreuses. Souvent par le passé, leurs exigences ont provoqué des drames.

J’ai retrouvé quelques situations dans les feuilles du passé.

Il y eut un certain Manfredi obligeant Curro-Guillén à tuer a recibir un toro de sentido et voyant ce malheureux diestro tomber mort devant lui. Également, Fabrilo tué par la cruelle stupidité des aficionados de Valencia. L’histoire en connut d’autres.

Des colères, des exigences abusives comme tout ce qui est exagéré.

Pour quarante ou cinquante euros, on n’achète pas le droit d’envoyer un homme à la mort.

J’ai le souvenir encore récent du dimanche 14 juillet 2019 à Céret, donc après le temps des cerises.

Céret, l’ADAC que j’apprécie ainsi que les amis catalans.

Sous un temps chaud et un vent sec ou un temps sec et un vent chaud, sortirent six Saltillo en moyenne de 532 kg et 5 ans et 7 mois, puissants et de caste pas toujours bonne.

 

Photo Opinionytoros

        Ce fut le calvaire pour Fernando Robleño, lui qui fut des années durant l’enfant chéri du ruedo cérétan. En 2012, dans la cité, on tourna un film franco-belge intitulé Paradis perdu, sept ans plus tard, le madrilène le perdit aussi. Il sécha devant du vrai toro qui nous ont ramenés fissa aux fondamentaux. Si il y eut un public aficionado qui sut reconnaître les bonnes phases de piques, de la lidia, etc, il y eut aussi un public de sauvages irrespectueux, vulgaires à l’encontre notamment de l’infortuné Robleño. Il est vrai que le chef de lidia fut transparent, sur le retrait, mais encore a-t’il eu le courage de venir dans ce fief du toro-toro. Combien sont-ils à accepter de tels défis ? A t’on le droit de traiter un torero de la sorte ?

Ceci ne faisant qu’un abcès de plus rongeant la Fiesta, nous n’avons que faire de tels abrutis affligeant le monde taurin et la corrida vacillante.

 

Cogida mortelle de Curro Guillén par J. Atienza

        Francisco Herrera Rodríguez "Curro-Guillén" né à Utrera (Séville) en 1783, trouva la mort à Ronda le 21 mai 1820 affrontant, aux côtés d’un autre sévillan, Leoncillo, des toros de Cabrera. La rivalité exacerbée chez certains spectateurs qui se comportaient plus en supporters qu’en aficionados, fit qu’ils furent accueillis au paseo par des marques d’hostilité. Selon certains, alors que Curro-Guillén se préparait à l’estocade, un certain Manfredi – a t’il existé ? – l’interpella. Curro-Guillén estoquant précipitamment le Cabrera, celui-ci lui planta la corne dans la cuisse droite, le précipita contre la barrière et le reprit alors sur la corne gauche. Ainsi mourut à l’infirmerie Curro-Guillén quelques minutes plus tard.

 

Fabrilo

        Julio Aparici Pascual "Fabrilo" né à Ruzafa (Valence) en 1866, est blessé par le toro "Lengüeto" de José Manuel de la Cámara dans la plaza de Valence, le 27 mai 1897. Les conditions atmosphériques étaient mauvaises mais le public insista pour qu’il pose les bâtonnets. La protestation monta et le malheureux torero s’exécuta. À la seconde tentative, il est accroché par la corne gauche à l’aine, le soulevant. Trois jours plus tard, le 30 mai une péritonite s’étant déclarée, il mourut dans de terribles souffrances.

Héros mais victimes.

 

Humeur vagabonde.

      Comme vous le savez, la Feria du Rhôny de Vergèze est rayée des futurs programmes tauromachiques sur décision de la nouvelle maire de la cité.

A ce sujet, l'inévitable et nécessaire André Viard a adressé un message : "On pourra toujours regretter que la ville de Vergèze n'ait jamais voulu adhérer à l'UVTF malgré diverses sollicitations. Peut-être aurait-il été moins facile pour la nouvelle municipalité de prendre cette décision..."

"Moins facile..." ?! Pour aboutir au même résultat. Si l'UVTF était performante, cela se saurait, non ?

Tout est si élémentaire mon cher Superdédé. N'a t'il pas, il y a quelques années (2016), conclue définitivement que la corrida remontait à 23 000 ans. Voir Tauromachies universelles (UVTF-ONCT), page 11. "Villars - 23 000 ans, la première tauromachie". [...] Pour la première fois dans l'histoire de l'Humanité, une peinture représente un homme et un animal en interaction, et cette scène est une "tauromachie". La première d'une longue série."

Raisonnement simpliste. Quand les aspirations voudraient être réalité ! Tauromachies universelles n'en reste pas moins un précieux ouvrage et une belle exposition à but éducatif, alors justement pourquoi ces supercheries ?

Vous comprendrez pourquoi j'aborde ce sujet. Rendez-vous mercredi prochain.

                                                                         Gilbert Lamarque

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MODERNITE

Publié le par Cositas de toros

 

       La corrida "moderne" implique la faena "moderne" dépourvue du ligazón.

 

     Luis Miguel Dominguín déclarait : «… Ensuite, lier. Si un toro admet cinq, six, sept passes, quelles qu’elles soient, elles doivent être liées. Là où la passe s’achève, il faut reprendre le toro et le conduire jusqu’à la terminaison de la suivante et enchaîner la troisième. Une passe ici, une autre plus loin, aussi bonnes soient-elles ne font pas se lever les gens, et pourtant les gens vont à la plaza avec l’espoir de se lever pour applaudir. Telle est mon opinion, sans prétendre détenir la vérité. »

 

     Aujourd’hui, c’est l’excès de derechazos, de demi-passes, de molinetes, du clinquant inefficace car au bout du compte, le toro n’est pas toréé et encore moins dominé : une faena faite de bribes, de fragments.

     À ce toro non dominé, le torero s’expose à l’ultime difficulté : à l’instant de la mise à mort, la bête bouge et l’homme éprouve quelques problèmes pour cadrer le toro et porter l’estocade. Le toro "moderne", ni original, ni avant-gardiste mais futuriste, hélas, manquant de bravoure et accusant de la faiblesse ne permet pas au diestro, les sempiternelles séries de derechazos en ligne ou en rond qui sont, actuellement, la base de la faena "moderne". C’est monotone, pauvre, improductif.

 

 

     Comme l’écrivait El Tío Pepe (Jean-Pierre Darracq) dans Genèse de la corrida moderne : « … En effet, c’est en début de faena, lorsque le toro, reposé du tercio de piques, ayant couru aux banderilles, a retrouvé la vigueur de l’élan qu’il convient de l’attaquer à gauche, aussitôt après un aller-retour par le haut, ou encore suite à une trinchera et une passe de la firma. Certes, les naturelles à toro vif seront davantage périlleuses que celles de fin de faena, mais le risque sera compensé par l’efficacité, autrement dit la domination. "Joselito", Marcial Lalanda attaquaient ainsi ; et surtout, un fois le combat engagé, ils ne donnaient plus à l’adversaire le temps de respirer. Faenas courtes ou moyennes, conduites sans répit, où la main droite au moment de l’estocade, portée sans entracte, car le matador tenait en main l’épée qui tue. Entre ce procédé énergique, viril, où la notion de lutte à mort conservait tout son sens, et le préfabriqué actuel – ces lignes ont été écrites en 1989 et 1990, ndlr –, la différence est si sensible que si j’en avais le pouvoir j’opterais sans hésiter pour un retour à la période 1929-1939. (On notera que, comme par hasard, le néfaste "Manolete" a pris l’alternative en 1939, et la Fiesta n’en a jamais guéri.) »

 

     Et ça, c’est envoyé !

 

   

     En 1975, El Tío Pepe s’entretenait avec le maestro Luis Fuentes Bejarano à Séville. Celui-ci attachait la plus grande importance à l’unicité de la faena de muleta : « … au bout de quelques années je suis arrivé à la conclusion qu’il n’existe qu’une seule règle immuable : lier la faena. Pour moi, cela signifie être toujours au même endroit, à la même place ( en el mismo sitio). Quand on donne une passe, peu importe comment, l’important c’est surtout de ne pas faire ces ridicules petits sauts en arrière afin de se replacer de nouveau devant le toro. Le torero doit se placer toujours sur son terrain propre, sans permettre au toro de le lui manger (sic). Une passe peut être aussi bonne qu’on voudra, mais si, pour engendrer la suivante, il faut céder du terrain au profit d’un autre terrain qui n’est plus le tien la passe est mauvaise. L’important, c’est que le torero reste toujours à sa place, sans autre correctif que la nécessité indispensable de tourner sur ses pieds afin d’être prêt à enchaîner la passe suivante. »

 

     Il faut tenir compte de ce que tous les toros ne se prêtent pas à une faena liée et templada. Liée, peut-être, mais liée et templada à la fois, voila un autre problème quand le toro devant vous lance des derrotes ou serre sur un côté, ou alors qui avance au pas, qui s’arrête à la moitié du voyage… Souvent, certains toros ont été mal piqués et si souvent trop en arrière !

 

     El Tío Pepe rajoutait ceci : « Une faena liée, commencée et terminée dans le même terrain, ou dans un terrain très proche, est une faena plutôt courte, car une faena courte est une faena qui va a más ; au contraire, plus la faena s’allonge, moins elle est liée, et, fatalement, elle va a menos. Trop de toreros cèdent à cette exigence stupide des publics qui réclament davantage de passes, et cette concession démagogique est préjudiciable à l’unicité de la faena : la faena perd valeur et intérêt. »

 

     Il est bien évident que les toros que l’on "consomme" aujourd’hui, sont en grande partie responsables du confus et du désordre des faenas. Quelle faena devant un toro immobilisé, asphyxié, étouffé par sa graisse, tombant au sol, dont le torero provoque la "charge" par un coup d’épée sur le mufle ?

     Toréer, c’est lié des passes. Le ligazón est la condition de l’efficacité. Et comme l’écrivait encore le "Tío" : « C’est ce que l’on devrait enseigner dans les écoles de tauromachie, plutôt que de fignoler les derechazos. »

 

     Et toc, deuxième envoi !

 

          « Je vous préviens, cher Myrmidon,

           Qu’à la fin de l’envoi, je touche ! »

                 Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

 

     Le "Tío", en plein dans le mille !

                                                                       Gilbert Lamarque

 

 RECTIFICATIF

 

20/09/2020. Photo Armelle Douet

Précisions de la part d'Hugo Boudé.

 

      "... Je m'entraîne chez Denis Labarthe qui m'a pris sous son aile à Soustons, les week-end et non à Lachepaillet. Dans les arènes de Bayonne, c'est en semaine, et je m'y entraîne avec Alexis Ducasse et Lionel Lohiague. Mais celui dont on peut dire qu'il est mon "mentor" est bien Denis Labarthe. A très bientôt. Abrazos." 

 

20/09/2020. Photo Armelle Douet
20/09/2020. Photo Armelle Douet

 

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