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billet d'humeur

VERITES, MENSONGES ET DUPERIES. Partie I

Publié le par Cositas de toros

 

      La lecture de certains livres a, parfois, de quoi vous laisser rêveurs, et dans celle du dernier ouvrage de Michel Pastoureau, Le Taureau. Une histoire culturelle, de quoi perturber l’aficionado.

Le taureau, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait l’objet depuis déjà longtemps d’extravagantes explications historico-doctrinales. De la Préhistoire à nos jours, des cavernes du Magdalénien à la corrida contemporaine, certains ont bâti peu à peu tout un système, une mise en scène qui tendent à représenter le taureau comme à l’origine de tous les cultes.

 

            Cnossos, Scène de voltige avec un taureau, Peinture murale, -1800 ou -1700 av.J-C.

      On l’affirme avoir été adoré à Cnossos en Crète, plusieurs millénaires avant notre ère, on parle des mystères de Cybèle, du taureau Apis des Égyptiens, des taureaux ailés chaldéo-Assyriens, du culte de Mithra, on transforme en taureau le bœuf de saint Mathieu l’évangéliste, on évoque celui qui, dans les pâturages en bord de Garonne, fut l’instrument du martyre de saint Sernin, sans oublier, bien entendu, l’enlèvement d’Europe et les signes du zodiaque.

Tout cela présente, à première vue, une construction séduisante, mais, il faut bien dire que ce corps de doctrine est parfois marqué de la plus douce des fantaisies et certains en ont fait leur commerce – je sens le vent du boulet effleurer ma crinière, aujourd’hui moins abondante ! – J’ai bien voulu, au fil de mes lectures sur le sujet et ceci me réconfortant, croire en cette aimable musique, mais l’âge de la maturité atteint – je n’ai pas dit plénitude –, me fit comprendre que tout n’était pas si simple, si évident.

Dans l’intérêt même, et le sérieux de la tauromachie, qui n’est pas un art frivole, on en conviendra, il est de notre devoir de donner quelques précisions en une matière aussi obscure que délicate, vu les années qui nous séparent.

Cette lecture de l’ouvrage de Michel Pastoureau m’en apporte encore la preuve aujourd’hui. Beaucoup de non spécialistes ont écrit sur le sujet. Ici nous abordons les chevauchées du taureau européen avec un historien reconnu des animaux avec les publications sur l’ours, le loup, les bestiaires du Moyen Âge. Nous apprenons que cet archiviste paléographe n’est pas un partisan de la corrida mais pouvons-nous être suspicieux sur ses compétences ?

Le voici qui s’insurge : « La bibliographie sur le sujet est immense mais encombrée de mauvais livres, simplistes ou mal informés, parfois de mauvaise fois, voire tout simplement malhonnêtes. », poursuivant, « Les travaux les plus sérieux sont récents et vont tous dans le même sens : il n’existe absolument aucun lien ni aucune continuité entre les rituels tauromachiques de l’Antiquité et la corrida moderne telle qu’elle définit ses règles dans l’Espagne de la fin du XVIIIe siècle. » La liste des critiques formulées par les adversaires est longue tout comme celle énoncée par ses soutiens dont l’auteur balaie « les arguments dérisoires, sinon fallacieux... »

Ni les Slaves, ni les Germains, ni les Celtes, ni les Hébreux, pour ne parler que d’eux seuls, n’ont voué un culte au taureau, encore moins les Grecs malgré la civilisation mycénienne et les Romains malgré Mithra. Les cultes taurins dont nous sommes à peu près certains se rencontrent surtout dans les civilisations agricoles sémitiques et sont généralement associés à un culte de divinité tel celui de Cybèle, la grande déesse de Phrygie, Déesse mère ou du Dieu Teshub chez les Hitites, le Roi des dieux. Si l’Indra, le roi des dieux dans la mythologie védique de l’Inde ancienne, le Mardouk de Babylone, l’Apis égyptien ou le Bacchus des mystères sont figurés par un taureau, il faut les considérer comme symbolisant la force génératrice, le signe équinoxial incarné qui marque le réveil de la nature plutôt que comme des divinités intrinsèques.

Pour la Crète, l’abondante iconographie des courses "libres" que nous donnent les vases des époques minoennes retrouvés dans les fouilles, ne nous autorise pas à en déduire l’existence d’un culte taurin caractérisé avec sacrifice sanglant. En tant que symboles religieux, le serpent, le poulpe ont, dans cette civilisation, une importance bien plus grande que le taureau dont il est très hasardeux d’affirmer, en l’état des connaissances présentes, qu’il faisait l’objet d’un culte ou était le centre d’un ensemble religieux.

 

                                  Les taureaux gardiens de la porte. Musée du Louvre

Les divinités assyro-chaldéennes sont bien connues. La plupart des dieux y sont des représentations astrales ou météorologiques, les fameux taureaux ailés (voir Cositas du 15 janvier 2019 : Apotropaïque) dont l’utilisation est parfois purement décorative, sont considérés comme incarnant des esprits bienfaisants. Ces génies protecteurs appelés Lamassu, dont la tête humaine souligne le caractère de génies secondaires. Ici encore on ne saurait décemment parler de culte du taureau sans forcer la réalité des choses.

Pour l’Égypte, la question est beaucoup plus complexe. Il est fréquent de voir des représentations des rois des dynasties archaïques (environ 3 300 ans avant J.-C., une queue de taureau pendre derrière le pagne du roi. Ramsès II a le titre de "Taureau puissant". Ce sont certainement là, des survivances totémiques exactement comme celle qui fait appeler "Lion", le Négus d’Abyssinie ou décerner le titre de "Buffle" ou de "Corbeau" à tel chef Sioux ou Dakota.

 

                                                               Apis

    Reste, c’est vrai, les trois taureaux égyptiens bien connus Boukhis, Mnévis et Apis ou Hâpi, surtout ce dernier qui, à Memphis, avait encore sous l’Empire romain une importance extraordinaire. Incontestablement le taureau Apis était l’objet d’un véritable culte, la mort de l’un de ces taureaux était un deuil public. Mais dire que vraiment il était Dieu, qu’il était la base et le moteur d’une religion, ce serait, je crois, aller au-delà de la vérité en dépit du texte des hymnes ou chants qui le célébraient comme tel. Ce que nous savons des grands dieux égyptiens et de l’ensemble de cette religion multiforme nous permet de le penser.

Nous verrons par la suite arrivant à Mithra, après avoir sauté quelques siècles et civilisations, que le taureau et son culte ont été magnifiés par l’imagination de l’homme.

 

Fin de la 1ère partie.

                                                                                 Gilbert Lamarque

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LA LÂCHETE DU TORERO

Publié le par Cositas de toros

 

Fernando Botero. La cornada, 1988, huile sur toile

   

       Je vais enfoncer une porte déjà ouverte et tant pis pour les courants d’air !

Nous entendons de la part de personnes adultes et responsables que tel torero n’a pas fait le boulot, qu’il est lâche, couard…

George Sand disait un jour à Gustave Flaubert : « Ce que j’ai de meilleur en moi c’est les autres. »

Tous les artistes et surtout les toreros pourraient reprendre ce mot pour leur propre compte : ce qu’ils ont de meilleur en eux, c’est le public, … à condition cependant que le public soit bon. Et pour que le public soit bon, il ne suffit pas qu’il connaisse la tauromachie, il faut encore qu’il sache émettre à propos son opinion, qu’il manifeste à bon escient. C’est ce manque de discernement qui fait que le bât blesse. Vous rajoutez à cela un manque total d’humanité et nous entrons dans la brutalité. Si nous faisons abstraction de cette partie des spectateurs – la plus nombreuse – qu’une expérience trop faible rend incapable d’apprécier une course, nous trouvons que sur cent connaisseurs, il y a une vingtaine de dilettantes – un peu capricieux – soixante-quinze exaltés et cinq bons aficionados.

De ces derniers, nous ne trouvons rien à redire, si ce n’est pour souhaiter qu’ils deviennent promptement légion avant que le rideau ne retombe.

Puis côté ombre, le plus souvent en barrera, sombrero sévillan, lunettes noires, le pur havane entre leurs dents blanches – ça sent la caricature –, voici les dilettantes.

La corrida peut commencer, les plus beaux coups d’épée peuvent succéder aux plus belles passes de capes, pas un muscle de leur figure ne tressaillira, pas un battement de mains ne viendra exprimer leur enthousiasme. Il y a aussi quelques échantillons de ce calibre dans le callejón. Sont-ils insensibles à la beauté du spectacle ? Non, mais vous n’avez pas saisi, ils sont délicatement épicuriens, ils jouissent de l’intérieur : applaudir, manifester sa joie sont des efforts qui diminueraient leur plaisir. Et puis, s’ils encouragent l’art par leur présence, il est inutile de l’encourager aussi par leurs approbations : trop est trop. Et surtout, ne pas faire comme tout le monde…

Les toreros ont besoin d’être stimulés ; ils se mettent plus que les autres artistes au diapason du public, et si nous vibrons, leur ardeur ne faiblira pas.

Mais ce genre de spectateurs est peu nombreux : la proportion de vingt pour cent est exagérée…

Aux antipodes, voici les exaltés, parfois enragés, souvent survoltés.

Ceux-là sont ennuyeux, bien plus, ils sont dangereux. Ils ignorent toute mesure dans leurs enthousiasmes ou leurs colères nombreuses. Souvent par le passé, leurs exigences ont provoqué des drames.

J’ai retrouvé quelques situations dans les feuilles du passé.

Il y eut un certain Manfredi obligeant Curro-Guillén à tuer a recibir un toro de sentido et voyant ce malheureux diestro tomber mort devant lui. Également, Fabrilo tué par la cruelle stupidité des aficionados de Valencia. L’histoire en connut d’autres.

Des colères, des exigences abusives comme tout ce qui est exagéré.

Pour quarante ou cinquante euros, on n’achète pas le droit d’envoyer un homme à la mort.

J’ai le souvenir encore récent du dimanche 14 juillet 2019 à Céret, donc après le temps des cerises.

Céret, l’ADAC que j’apprécie ainsi que les amis catalans.

Sous un temps chaud et un vent sec ou un temps sec et un vent chaud, sortirent six Saltillo en moyenne de 532 kg et 5 ans et 7 mois, puissants et de caste pas toujours bonne.

 

Photo Opinionytoros

        Ce fut le calvaire pour Fernando Robleño, lui qui fut des années durant l’enfant chéri du ruedo cérétan. En 2012, dans la cité, on tourna un film franco-belge intitulé Paradis perdu, sept ans plus tard, le madrilène le perdit aussi. Il sécha devant du vrai toro qui nous ont ramenés fissa aux fondamentaux. Si il y eut un public aficionado qui sut reconnaître les bonnes phases de piques, de la lidia, etc, il y eut aussi un public de sauvages irrespectueux, vulgaires à l’encontre notamment de l’infortuné Robleño. Il est vrai que le chef de lidia fut transparent, sur le retrait, mais encore a-t’il eu le courage de venir dans ce fief du toro-toro. Combien sont-ils à accepter de tels défis ? A t’on le droit de traiter un torero de la sorte ?

Ceci ne faisant qu’un abcès de plus rongeant la Fiesta, nous n’avons que faire de tels abrutis affligeant le monde taurin et la corrida vacillante.

 

Cogida mortelle de Curro Guillén par J. Atienza

        Francisco Herrera Rodríguez "Curro-Guillén" né à Utrera (Séville) en 1783, trouva la mort à Ronda le 21 mai 1820 affrontant, aux côtés d’un autre sévillan, Leoncillo, des toros de Cabrera. La rivalité exacerbée chez certains spectateurs qui se comportaient plus en supporters qu’en aficionados, fit qu’ils furent accueillis au paseo par des marques d’hostilité. Selon certains, alors que Curro-Guillén se préparait à l’estocade, un certain Manfredi – a t’il existé ? – l’interpella. Curro-Guillén estoquant précipitamment le Cabrera, celui-ci lui planta la corne dans la cuisse droite, le précipita contre la barrière et le reprit alors sur la corne gauche. Ainsi mourut à l’infirmerie Curro-Guillén quelques minutes plus tard.

 

Fabrilo

        Julio Aparici Pascual "Fabrilo" né à Ruzafa (Valence) en 1866, est blessé par le toro "Lengüeto" de José Manuel de la Cámara dans la plaza de Valence, le 27 mai 1897. Les conditions atmosphériques étaient mauvaises mais le public insista pour qu’il pose les bâtonnets. La protestation monta et le malheureux torero s’exécuta. À la seconde tentative, il est accroché par la corne gauche à l’aine, le soulevant. Trois jours plus tard, le 30 mai une péritonite s’étant déclarée, il mourut dans de terribles souffrances.

Héros mais victimes.

 

Humeur vagabonde.

      Comme vous le savez, la Feria du Rhôny de Vergèze est rayée des futurs programmes tauromachiques sur décision de la nouvelle maire de la cité.

A ce sujet, l'inévitable et nécessaire André Viard a adressé un message : "On pourra toujours regretter que la ville de Vergèze n'ait jamais voulu adhérer à l'UVTF malgré diverses sollicitations. Peut-être aurait-il été moins facile pour la nouvelle municipalité de prendre cette décision..."

"Moins facile..." ?! Pour aboutir au même résultat. Si l'UVTF était performante, cela se saurait, non ?

Tout est si élémentaire mon cher Superdédé. N'a t'il pas, il y a quelques années (2016), conclue définitivement que la corrida remontait à 23 000 ans. Voir Tauromachies universelles (UVTF-ONCT), page 11. "Villars - 23 000 ans, la première tauromachie". [...] Pour la première fois dans l'histoire de l'Humanité, une peinture représente un homme et un animal en interaction, et cette scène est une "tauromachie". La première d'une longue série."

Raisonnement simpliste. Quand les aspirations voudraient être réalité ! Tauromachies universelles n'en reste pas moins un précieux ouvrage et une belle exposition à but éducatif, alors justement pourquoi ces supercheries ?

Vous comprendrez pourquoi j'aborde ce sujet. Rendez-vous mercredi prochain.

                                                                         Gilbert Lamarque

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MODERNITE

Publié le par Cositas de toros

 

       La corrida "moderne" implique la faena "moderne" dépourvue du ligazón.

 

     Luis Miguel Dominguín déclarait : «… Ensuite, lier. Si un toro admet cinq, six, sept passes, quelles qu’elles soient, elles doivent être liées. Là où la passe s’achève, il faut reprendre le toro et le conduire jusqu’à la terminaison de la suivante et enchaîner la troisième. Une passe ici, une autre plus loin, aussi bonnes soient-elles ne font pas se lever les gens, et pourtant les gens vont à la plaza avec l’espoir de se lever pour applaudir. Telle est mon opinion, sans prétendre détenir la vérité. »

 

     Aujourd’hui, c’est l’excès de derechazos, de demi-passes, de molinetes, du clinquant inefficace car au bout du compte, le toro n’est pas toréé et encore moins dominé : une faena faite de bribes, de fragments.

     À ce toro non dominé, le torero s’expose à l’ultime difficulté : à l’instant de la mise à mort, la bête bouge et l’homme éprouve quelques problèmes pour cadrer le toro et porter l’estocade. Le toro "moderne", ni original, ni avant-gardiste mais futuriste, hélas, manquant de bravoure et accusant de la faiblesse ne permet pas au diestro, les sempiternelles séries de derechazos en ligne ou en rond qui sont, actuellement, la base de la faena "moderne". C’est monotone, pauvre, improductif.

 

 

     Comme l’écrivait El Tío Pepe (Jean-Pierre Darracq) dans Genèse de la corrida moderne : « … En effet, c’est en début de faena, lorsque le toro, reposé du tercio de piques, ayant couru aux banderilles, a retrouvé la vigueur de l’élan qu’il convient de l’attaquer à gauche, aussitôt après un aller-retour par le haut, ou encore suite à une trinchera et une passe de la firma. Certes, les naturelles à toro vif seront davantage périlleuses que celles de fin de faena, mais le risque sera compensé par l’efficacité, autrement dit la domination. "Joselito", Marcial Lalanda attaquaient ainsi ; et surtout, un fois le combat engagé, ils ne donnaient plus à l’adversaire le temps de respirer. Faenas courtes ou moyennes, conduites sans répit, où la main droite au moment de l’estocade, portée sans entracte, car le matador tenait en main l’épée qui tue. Entre ce procédé énergique, viril, où la notion de lutte à mort conservait tout son sens, et le préfabriqué actuel – ces lignes ont été écrites en 1989 et 1990, ndlr –, la différence est si sensible que si j’en avais le pouvoir j’opterais sans hésiter pour un retour à la période 1929-1939. (On notera que, comme par hasard, le néfaste "Manolete" a pris l’alternative en 1939, et la Fiesta n’en a jamais guéri.) »

 

     Et ça, c’est envoyé !

 

   

     En 1975, El Tío Pepe s’entretenait avec le maestro Luis Fuentes Bejarano à Séville. Celui-ci attachait la plus grande importance à l’unicité de la faena de muleta : « … au bout de quelques années je suis arrivé à la conclusion qu’il n’existe qu’une seule règle immuable : lier la faena. Pour moi, cela signifie être toujours au même endroit, à la même place ( en el mismo sitio). Quand on donne une passe, peu importe comment, l’important c’est surtout de ne pas faire ces ridicules petits sauts en arrière afin de se replacer de nouveau devant le toro. Le torero doit se placer toujours sur son terrain propre, sans permettre au toro de le lui manger (sic). Une passe peut être aussi bonne qu’on voudra, mais si, pour engendrer la suivante, il faut céder du terrain au profit d’un autre terrain qui n’est plus le tien la passe est mauvaise. L’important, c’est que le torero reste toujours à sa place, sans autre correctif que la nécessité indispensable de tourner sur ses pieds afin d’être prêt à enchaîner la passe suivante. »

 

     Il faut tenir compte de ce que tous les toros ne se prêtent pas à une faena liée et templada. Liée, peut-être, mais liée et templada à la fois, voila un autre problème quand le toro devant vous lance des derrotes ou serre sur un côté, ou alors qui avance au pas, qui s’arrête à la moitié du voyage… Souvent, certains toros ont été mal piqués et si souvent trop en arrière !

 

     El Tío Pepe rajoutait ceci : « Une faena liée, commencée et terminée dans le même terrain, ou dans un terrain très proche, est une faena plutôt courte, car une faena courte est une faena qui va a más ; au contraire, plus la faena s’allonge, moins elle est liée, et, fatalement, elle va a menos. Trop de toreros cèdent à cette exigence stupide des publics qui réclament davantage de passes, et cette concession démagogique est préjudiciable à l’unicité de la faena : la faena perd valeur et intérêt. »

 

     Il est bien évident que les toros que l’on "consomme" aujourd’hui, sont en grande partie responsables du confus et du désordre des faenas. Quelle faena devant un toro immobilisé, asphyxié, étouffé par sa graisse, tombant au sol, dont le torero provoque la "charge" par un coup d’épée sur le mufle ?

     Toréer, c’est lié des passes. Le ligazón est la condition de l’efficacité. Et comme l’écrivait encore le "Tío" : « C’est ce que l’on devrait enseigner dans les écoles de tauromachie, plutôt que de fignoler les derechazos. »

 

     Et toc, deuxième envoi !

 

          « Je vous préviens, cher Myrmidon,

           Qu’à la fin de l’envoi, je touche ! »

                 Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

 

     Le "Tío", en plein dans le mille !

                                                                       Gilbert Lamarque

 

 RECTIFICATIF

 

20/09/2020. Photo Armelle Douet

Précisions de la part d'Hugo Boudé.

 

      "... Je m'entraîne chez Denis Labarthe qui m'a pris sous son aile à Soustons, les week-end et non à Lachepaillet. Dans les arènes de Bayonne, c'est en semaine, et je m'y entraîne avec Alexis Ducasse et Lionel Lohiague. Mais celui dont on peut dire qu'il est mon "mentor" est bien Denis Labarthe. A très bientôt. Abrazos." 

 

20/09/2020. Photo Armelle Douet
20/09/2020. Photo Armelle Douet

 

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PAR LES MAUVAIS TEMPS QUI COURENT

Publié le par Cositas de toros

    La novillada est le parent pauvre de la Fiesta brava aujourd’hui dans ce contexte de pandémie encore plus qu’hier, novillada dont le but consiste à élever un jeune inconnu vers la lumière et à bâtir sa renommée.

 

     Fleurissent actuellement sur un champ de ruines, quelques corridas en plazas de troisième catégorie avec quelques illustres abonnés, il y a encore peu de temps, aux arènes de première combattant sans gloire en costume défraîchi et lustré. Suivez mon regard.

Ceci se passant principalement en Espagne où se multiplient les indultos. Attention, danger ! L’indulto se vulgarise, bientôt, la fin du tercio de varas… Tout ceci apportant sa ration d’insipidité à un "spectacle" moribond. Le drame se transformera en une fade opérette où se mettront en évidence musiciens cravatés, sopranos et ténors, ouvrant l’accès à la "modernité". Adieu, paso-dobles taurins : Nerva, Agüero, Ole Chamaco, Fiesta en la caleta…

 

          Les "choses" changent.

 

     Dans la plaza de troisième catégorie de Villanueva del Arzobispo, "Muralista", toro de Victorino Martín a été "indulté", déclenchant la polémique, les opinions étant divisées comme toujours, certains considérant qu’une vuelta al ruedo était méritée mais suffisante. Par contre, le ganadero s’est montré satisfait de cet indulto. Il y a quelques temps, Victorino hijo refusait la grâce d’un de ses toros à Logroño (2018), toro bien supérieur à "Muralista".

     Voici quelques indultos sous le Covid-19 : Astorga, le 24 août, le sixième d’El Pilar ; le troisième Jandilla à Mérida le 28 août ; le 4 septembre à Valdepeñas (Ciudad Real), le sixième Conde de Mayalde ; le 6, à Andújar (Jaén), le cinquième JPD est gracié généreusement car « noble mais peu brave. » … la série n’est point close, l’"indultite" aigüe matraque.

Plus aucun critère, plus aucune exigence de la part des présidences et du public. À la trappe les fondamentaux !

 

     Autre plaie, c’est la Communauté de Madrid qui, imposant de nouvelles normes sanitaires drastiques, entraîne l’annulation d’Aranjuez, San Sebastián de los Reyes, Navas del Rey… Incompréhensible ! Car la présidente de la Communauté madrilène, Isabel Díaz Ayuso représente un parti, el Partido Popular, favorable à la tauromachie. Les normes passent à l’échelon supérieur. Pourquoi et surtout qui tire les ficelles ?

     Mais n’éludons pas le fait que les Espagnols subissent une deuxième vague du type Belharra, bien connue des surfeurs.

 

     Autre sujet inquiétant pour en revenir à la novillada – deux à ce jour se sont déroulées en France, à Beaucaire (celle de Garlin, annulée – voir plus bas) et ce week-end, une mixte à Arles devant un public clairsemé ; très peu en Espagne – le nombre succinct de piquées ne favorise pas l’éclosion des futurs matadors. Je prends pour exemple, Francisco Montero révélé la saison dernière en France, qui a montré ses limites à Añover de Tajo (Tolède) où la novillada a été diffusée par Castilla-La-Mancha TV. Pour nous qui l’avons vue, l’Andalou (3 novilladas en 2020, en tête de l’escalafón !...) n’a proposé que son courage et sa volonté. Il a besoin de toréer, et son succès 2019 ainsi que sa douzaine d’actuaciones ne suffisent pas. Ce serait une erreur que de vouloir passer à l’échelon supérieur malgré ses 27 ans. Francisco Montero, torero d’un autre temps – s’est-il trompé d’époque ?– a l’avantage de nous offrir une torería fraîche, pleine d’alegria, rassurante ainsi qu’une personnalité atypique, loin de tous ces jeunes dégurgitant les leçons apprises et traînant leur monotonie n’ayant qu’une seule ambition majeure, ressembler à leurs idoles : Morante, Manzanares ou le Juli… Bon sang, mais qu’ils ne soient que le miroir – même terne – d’eux-mêmes !

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Francisco Montero, St-Sever 11/11/2019 Photo P. Soux

             

     Aujourd'hui, certains novilleros prennent l’alternative avec moins d’une vingtaine  de courses dans leur bagage.

El Cordobés, alternative Cordoue 25/05/1963

     Un torero qui ressemblait quelque peu à Montero au tout début de sa carrière fulgurante, le populaire et parfois controversé Manuel Benítez Perez "El Cordobés", effectua 67 novilladas en 1961 et 102 en 1962 alors que plus près de nous, El Juli toréa 56 novilladas en 1998, 82 l’année suivante.

    Dans sa courte et méritoire carrière, Cristina Sánchez participa à plus d’une centaine de prestations en piquées. Il y avait dans ces années-là, me direz-vous, un nombre plus élevé de spectacles, certes, mais aussi beaucoup plus de novilleros, plus de 300.

 

     Enfin, ce qui est terrible c’est que nous devons continuer à vivre avec un virus omniprésent, dans l’attente d’un traitement ou d’un vaccin et, à être ballottés par les décisions fluctuantes et inconséquentes de nos gouvernants. Mais soyons honnêtes, en dehors des succès au campo des journées organisées par nos ganaderos du Sud-Ouest et du Sud-Est, que nous propose-t’on ? Une Feria du Riz en Arles alors que les Bouches-du-Rhône ont vu la progression galopante du coronavirus, avec au programme le dimanche, une corrida mixte avec Diego Ventura et Antonio Ferrera ! Quant aux alentours, cela ressemble quasiment au désert, tout du moins à la garrigue. Vont s’égrener corridas, novilladas, festivals avec Nîmes, Dax, Saint-Martin-de-Crau, Saint-Sever, Istres, Béziers, Samadet et Lunel… et la saison sera terminée sachant que cet hiver le Mexique n’organisera aucun spectacle ! Concernant Saint-Martin-de-Crau, la feria aura t'elle lieu ? Car le préfet vient d'interdire les rassemblements de plus de 10 personnes ! Et la journée caritative d'Istres, le 18 octobre, avec le solo de Juan Leal ? Tout devient aléatoire. 

Tournons-nous vite vers 2021 si le virus nous épargne.

 

     Dans ce milieu taurin individualiste, que retenir ? L’absence de solidarité et parfois des coups bas. L’exemple de Dax qui, subitement programme une novillada et une corrida de Pedraza de Yeltes alors que Garlin avait annoncé depuis des mois, une novillada du même fer ! Mais le club taurin béarnais était-il dans l’obligation d’annuler ? La question peut se poser ; éternelle histoire entre le pot de fer et le pot de terre.

En marge du mundillo, on assiste à des rencontres de rugby qui se déroulent devant 5 000, 6 000, 8 000 spectateurs selon le bon vouloir des préfets et des sous-préfets. Comme l’avait déclaré en 1968 un locataire de l’Élysée, c’est la chienlit ! Certainement irresponsable et tout aussi injuste : le personnel soignant appréciera.

Pendant ce temps, la novillada décline et les jeunes toreros en herbe voient leur trajectoire détournée, leurs projets avortés, au mieux reportés dans un avenir trouble et approximatif.

Nous sommes loin du plan jeunes !

Il ne fait pas bon être jeune par ces temps mauvais.

 

                                                                                         Gilbert Lamarque

 

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COSA NOSTRA

Publié le par Cositas de toros

 

     En moins d’un mois, un projet de référendum d’initiative partagée (RIP) sur la condition animale a rassemblé une centaine de signatures de parlementaires et trois quarts des Français s’y disent favorables.

     Le sentiment d’injustice envers les animaux qui ne rassemblait, il y a encore quelques années qu’une minorité, est devenu collectif et consensuel.

     Beaucoup de politiques s’y précipitent quitte à tourner casaque par la suite. Déjà, des députés signataires du RIP ont reçu des mails glacials de la Société de Vénerie. Certains ont illico retiré leur signature, d’autres sont dans l’embarras, quelques uns se posent en bons "normands". Joël Giraud a apporté sa signature à ce RIP… juste avant sa nomination comme secrétaire d’État chargé de la Ruralité ! Aie, ça pique !

     Voici les mesures du projet :

- Interdiction des expériences scientifiques sur les animaux lorsqu’il existe une méthode de recherche alternative.

- Interdiction de l’élevage en cage d’ici à 2025 et accès au plein air obligatoire pour tous les animaux d’élevage d’ici à 2040.

- Interdiction des élevages d’animaux à fourrure.

- Interdiction de la chasse à courre et des chasses dites "traditionnelles" à la glu, au déterrage…

- Interdiction des spectacles avec des animaux sauvages dans les cirques et delphinarium – les zoos ne sont pas concernés.

Et les "cirques" où se donne en spectacle l’assassinat de taureaux, tuerie "traditionnelle" ?

     La bataille politique se profile autour de ce projet pour la cause animale et certainement nous serons témoins de désistements, de reculades comme pour le glyphosate.

     Dernier son de la cloche fêlée : le gouvernement a décidé d’autoriser à nouveau les fameux néonicotinoïdes, aussi appelés "insecticides tueurs d’abeilles". Officiellement, c’est provisoire et ça ne concerne que les cultures de betteraves. Mais c’est aussi une pilule difficile à avaler pour Barbara Pompili, la nouvelle ministre de la Transition écologique, obligée d’apprendre à rétropédaler – le rétropédalage étant le sport majeur de ce gouvernement – avec une spécialité, le virage à 180°.

      L’éternel problème des dérogations qui font que les interdits ne le sont jamais ou pas totalement.

      La grande inconnue reste le positionnement à venir de notre girouette de Président. Lui qui s’est toujours montré accommodant avec les chasseurs, soutenant les pratiques "traditionnelles" de chasse que le projet de loi prétend abolir, pourra-t’il prendre le risque de désavouer une cause intensément populaire ?

      Les textes de loi qui suivront, donneront de la place aux négociations, comme toujours !

 

            La bataille va commencer.

 

      Certains haineux envers la corrida ne pourront s’empêcher de faire un rapprochement.

      Les chasses sont régies par des lois, la tauromachie aussi mais cela ne les rend pas plus solides pour autant.

      Cela sera suivant les intérêts des pleutres politiques comptant inlassablement le nombre de voix supposées à leur réélection !

       N’oublions pas que dans notre doux pays bien policé, le Groupe d’études sur la protection des animaux a élaboré une proposition de loi, enregistrée le 13 juillet 2010, « visant à punir les sévices graves envers les animaux domestiques, apprivoisés ou tenus en captivité, sans exception. » Cette proposition fait suite à l’échec de deux précédentes tentatives, en 2004 et en 2007. Le nouveau texte prévoit de supprimer l’exception dont bénéficient aujourd’hui la corrida et les combats de coq dans certaines régions, au nom d’une "tradition locale ininterrompue". Toutefois, par décision du Conseil constitutionnel, le 21 septembre 2012, cette exception contenue dans la première phrase du septième alinéa de l’article 521-1 du code pénal, a été déclarée conforme à la Constitution.

     Jusqu’à cette date, la notion de "tradition ininterrompue" déterminée par cette jurisprudence était loin d’être claire. La question donc, a été éclaircie par la décision du Conseil constitutionnel. Jusque-là, seuls les tribunaux tranchaient au cas par cas, comme le montrent les arrêts de la Cour d’appel de Toulouse et de la Cour de cassation, ainsi que la jurisprudence de Rieumes, qui avaient débouté les associations anti-corrida de leurs plaintes, respectivement en 2003, 2006 et 2007.

     L’inscription par le ministère de la Culture de la tauromachie, en janvier 2011 à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France ont provoqué des réactions procédurales de la part d’associations anti-taurines. Cependant, le ministère décide en mai 2011 de supprimer toute mention de l’inscription sur ses sites officiels « en raison de l’émoi suscité par cette inscription. » !!

 

     Alors, qu’en sera-t’il de "ce qui est à nous", la Cosa Nostra ?

 

        L’actualité me fait rebondir dans cet article par la nouvelle révélation honteuse des conditions de vie – et de mort – de canards reproducteurs dans une exploitation agricole liée à la filière avicole et du foie gras, à Lichos en Soule dans les Pyrénées-Atlantiques.

     Les images diffusées par l’association L214 sont insoutenables. Des cas comme celui-ci sont indéfendables. L’homme ici, est un sacré con qui doit se détester ainsi que la planète entière et le "métier" qu’il dégrade furieusement.

      L’imbécile ouvre de nouveau la boîte à Pandore aux "vertueux" opposants au foie gras !

      Si ces images sont avérées, cette situation insoutenable est inacceptable. Elles ne reflètent en rien le fonctionnement normal d'un couvoir aujourd'hui. Les contrôles des services de l'état permettront d'objectiver la situation.

      Le montage est-il faux ? Si oui, c'est malhonnête et scandaleux.

      Mais ce jeudi 20 août dans la soirée, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a confirmé certains points d'insalubrité dénoncés par les activistes du bien-être animal. Assez pour fermer une partie de l'exploitation et évacuer 200 palmipèdes.

Aujourd'hui vendredi 21, l'élevage fait l'objet d'une double enquête judiciaire et sanitaire.

     La préfecture a prononcé une interdiction totale et immédiate de l'exploitation.

Attendons la suite.

Une mort programmée et digne
Une mort misérable

                                                                                    Gilbert Lamarque

 

    

 

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