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Articles avec #billet d'humeur tag

BLIZZARD, VOUS AVEZ DIT BLIZZARD ?

Publié le par Cositas de toros

 Par Gilbert LAMARQUE

 

               Richard Milian devait être invité le vendredi 9 février  au collège Pierre-Blanquie de Villeneuve de Marsan pour donner une conférence aux élèves de troisième dans le cadre d’un prochain voyage d’étude en Espagne, à Valence. (Voir le quotidien « Sud-Ouest » du mercredi 7 février).

Il devait intervenir pour leur exposer, sous l’angle économique, ce que représente l’élevage de toros bravos et comment fonctionne une école taurine comme la sienne, « Adour Aficion ».

Mais le blizzard des anti-corridas dont une enquêtrice de la Fondation Bardot et ancienne du CRAC (certainement inconsolable de la disparition de son gourou), a soufflé sur les réseaux sociaux et dénoncé cette intervention programmée.

Le rectorat a lui aussi été contacté, et des parents d’élèves se sont « soulevés » comme le ferait l’espèce ovine.

Bref, après réflexion (laquelle?), la principale du collège a décidé d’annuler cette visite « pour assurer la sérénité et la quiétude dans la bergerie, pardon, l’établissement. »

Ceci certainement pour ménager la chèvre et le chou, mais beaucoup plus la chèvre !

Madame la principale, personne frileuse, aurait dû se pencher sur un courrier récent du Ministère de l’Education daté du 31 juillet 2017.

« De l’école au lycée, le parcours d’éducation artistique et culturelle a pour ambition de favoriser l’égal accès à tous à l’art à travers l’acquisition d’une culture artistique personnelle... Dans ce cadre, la culture taurine pourra être abordée. »

La lettre du Ministère précise qu’elle peut faire l’objet « d’enseignements, de projets spécifiques, d’actions éducatives, dans une complémentarité entre les temps scolaires, périscolaires et extrascolaires. »

C’est l’UVTF (Union des Villes Taurines de France), par un communiqué qui a remis ce courrier en lumière.

Donc à l’avenir il sera interdit dans ce collège de traiter des œuvres de Picasso, Goya, des écrits d’Hemingway, Garcia Lorca, Neruda …

Et pourquoi ne pas interdire aussi la viande à la cantine !

Sachant qu’un certain Mathieu Guillon « El Monteño » est surveillant, ou si vous préférez, conseiller d’éducation dans cet établissement, souhaitons qu’un bûcher ne lui soit pas destiné par ces temps si froids !

La bulle « De Salute Gregis », traduite par : « Le Salut des Brebis » promulguée par le pape Pie V en 1567 interdisait formellement et pour toujours les courses de taureaux et décrétait la peine d’excommunication immédiate contre tout catholique qui les autorise et y participe.

En fait, les laïcs n’étaient pas concernés.

A Villeneuve de Marsan, les laïcs, brebis comprises, nous la jouent à la Pie V. Consternant.

 

                                                                                  Gilbert LAMARQUE

 

 

 

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NUMERO UNO

Publié le par Cositas de toros

Par Gilbert LAMARQUE   

 

                Classer les toreros, hisser un Numero Uno, c’est trop subjectif.

Je suis toujours plus partisan du toreo que d’un torero en particulier. Nous avons chacun notre sentiment sur la tauromachie et nous savons apprécier un torero sans qu’il ait le rang de figura.

Et après une faena éblouissante, chaque diestro est pour moi, le Numero Uno à cet instant : c’est sa gloire éphémère. Pourquoi vouloir hiérarchiser ?

Luis Miguel Dominguin s’étant proclamé à Madrid, Numero Uno, levant l’index après avoir coupé deux oreilles à un toro d’Antonio Perez, ne l’était pas plus qu’aujourd’hui Morante, José Tomas, Ponce, Castella ou Escribano, Rafaelillo, Juan Bautista, Perez Mota …

Et le résultat de l’escalafon en fin de temporada donne un classement sans beaucoup de rapport avec la réalité et encore moins avec les qualités avérées de chacun.

Nous sommes dans l’art tauromachique où nous apprécions selon nos sentiments, l’œuvre de l’artiste dans le ruedo qui fait surgir notre émotion, notre ressenti. Tout ceci est personnel. Il n’y a pas de suprématie. Un Numero Uno n’existera jamais à mes yeux ; tant pis pour cette manie de vouloir tout classer.

Un samedi 9 juillet à Teruel, le modeste torero Victor Barrio avait rendez-vous avec la fatalité, à 29 ans. Du vent, une muleta soulevée, une voltereta et soudain le drame

La corne de Lorenzo du fer de Los Maños, frappe au sol et tue. Avant lui, le petit  novillero péruvien Renato Mota et le matador mexicain El Pana fermaient les yeux à jamais.

A Pamplona, Javier Jimenez, un vendredi 8 juillet se relève d’une voltereta, trois vertèbres cervicales fracturées ( nous ne le saurons qu’après la course), il revient sur le sable pour tuer son adversaire, puis n’écoutant pas les médecins, le voici parti occire son second Cebada Gago. Pour la gloire ? Non, pour des queux de cerise, des nèfles. Le pundonor !

Et Ivan Fandiño dans une ultime chicuelina est projeté au sol, Provechito de Baltasar Iban l’a voulu ainsi en ce 17 juin. Cela fait déjà si longtemps !

 

Au mundillo durement touché, seul le silence s’invite.

 

Alors, le Numero Uno nous semble aujourd’hui plus que jamais bien futile.

 

                                                                         Gilbert LAMARQUE

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L’ART DE LA PIQUE (4)

Publié le par Cositas de toros

Par Patrick SOUX

 

 

CONCLUSION

 

 

Le tercio de pique, le premier tercio de la corrida est aux yeux des aficionados a los toros le tercio le plus important, l’essence même de la corrida.

Force est de constater que nous sommes de moins en moins nombreux à penser de la sorte et qu’un transfert s’est fait vers l’art de la gestuelle, vers la plastique, vers la faena de muleta qui aujourd’hui se doit d’être un long enchainement de derechazos, naturelles ou autres… reléguant au second plan tout ce qui est bravoure, force, agressivité et complexité du toro aussi bien que, se croiser, mettre la jambe, charger la suerte pour le torero.

Il n’en reste pas moins vrai que, si le tercio de varas était mené comme il se doit, il aurait toute sa place dans la corrida d’aujourd’hui. Les articles publiés précédemment vous l’on démontré très largement.

Nous nous devons de « remettre les choses en ordre ».

Dans le fascicule LA PIQUE, édité par l’association « Le Taurin », achevé d’imprimé sur les presses de l’imprimerie Copylux à ARLES-SUR-TECH  Août 1983, Henri CAPDEVILLE, alors Président de la Fédération des Sociétés Taurines de France écrivait dans un « pavé » intitulé, « Au 'Taurin' et à ses animateurs » :

« Si, comme il arrive trop souvent, le torero laisse s’endormir son adversaire sous la stupide mono-pique dont la plupart du temps il ne se réveillera pas, qu’il n’ait pas alors le front de venir prendre à témoin le public de sa bonne volonté face à un animal qui ne répond plus.

Pour redonner sa grandeur au premier tercio il faut évidemment que le toro puisse supporter un minimum de piques. Quand un toro, dès sa sortie du chiquero manifeste une faiblesse naturelle, comme autrefois il manifestait une sauvagerie naturelle, nous n’y pouvons malheureusement rien ou peu de chose. Tout au plus pouvons-nous bouder le spectacle. Mais quand un taureau est anéanti par les manœuvres frauduleuses d’une cuadrilla à la solde d’un matador peu scrupuleux, nous devons alors manifester avec force notre mécontentement.

La corrida ne retrouvera son lustre d’antan que lorsque le premier tercio aura retrouvé sa grandeur. »

Nous voyons donc que le problème du premier tiers n’est pas vraiment un problème nouveau, cependant Mr CAPDEVILLE ouvre une porte sur une des solutions, « il faut que le toro puisse supporter un minimum de piques ». Première amélioration : remettre de la caste, de la bravoure et du trapio dans le ruedo…

Ces dernières années, des efforts ont pourtant été fait visant à l'amélioration de ce tercio et ce, à deux niveaux. D’une part par l’allègement du poids des chevaux et d’autre part, par les nouvelles technologies qui ont permis d’alléger énormément le poids du peto. Un débat s’est installé : pour ou contre le changement de la forme du peto, certains voulant même revenir à un peto minimaliste afin de redonner toute la mobilité à la cavalerie. Il ne faudrait pas, pour une question d’amélioration du spectacle, remettre la vie des chevaux en danger.

L’autre amélioration à amener est bien évidemment sur le déroulement du tercio. Des efforts sont à faire notamment sur le nombre de piétons en piste, la seule présence du maestro en charge de la lidia et de son peon de brega serait favorable, le picador citant de face en croisant le terrain serait plus approprié, placer la puya avant la rencontre et, dans le morillo devrait être la règle et enfin, ouvrir la sortie au toro au lieu de la lui fermer en carioca, laisserait toutes les chances au toro de ne pas s’épuiser sous la poussée. Tous ces points mis bout à bout permettraient de produire  un tercio de varas plus authentique et surtout permettrait de mieux juger l’animal sur sa bravoure. Il faudrait également des présidences capables de juger du bien fondé d’une remise en place ou pas du toro pour une autre rencontre et non pas laisser le choix au Maestro, mais là est un autre débat que celui de la technicité de la présidence qui est pourtant technique non ?

Dans le même ouvrage cité précédemment, dans l’article « De bon usage du rêve » Miguel DARRIEUMERLOU écrivait :

« Et pourtant, l’épisode des piques est trop souvent ce que l’on connait, une suerte effectuée en dépit du bon sens. Mais justement, le terme de suerte est-il toujours approprié ? Car la suerte de picar, aujourd’hui, ne couvre plus que l’unique façon de piquer un toro, avec ou sans carioca, dans le morillo ou ailleurs… »

Ce problème non plus n’est pas nouveau.

Depuis quelques temps un patron de cuadra de caballos se porte en nouveau sauveur de ce tercio tombé en dérision. Essayons de décortiquer un peu l’alternative qu’il nous propose. Des chevaux plus légers et mieux dressés. C’est bien. Sauf que, avec ce type de cavalerie, lorsque vous « tombez » sur des toros qui allient trapio, caste et bravoure (certes, je vous accorde que c’est de plus en plus rare), que ce toro déboule de la porte du toril dans un ruedo de 40 ou 45m de diamètre, le choc est tellement violent que dans la plus part des cas, vous mettez la vie du picador en danger. L’autre risque réside dans le fait que ces chevaux, tellement bien dressés, ne trouvent pas sur leur dos des picadors qui soient de vrais cavaliers et certains autres qui sont de bons cavaliers ne soient pas forcement de bons picadors.

En tout état de cause, ces chevaux légers et bien dressés font le spectacle lors du tercio mais en y regardant un peu mieux, quel est le spectateur qui pourra être sûr que c’est le toro qui pousse et non pas le cheval qui dérobe. Dans la plupart des cas, c’est malheureusement le cheval qui dérobe et qui en reculant nous invente la carioca inversée.

Le remède n’est-il pas pire que le mal ?

Pour en terminer, et encore dans le même fascicule, dans un article intitulé  « Utopie et tercio de piques » Jacques DALQUIER nous propose une alternative qui à mes yeux est très intéressante :

« Pour redonner signification à ce tercio et au picador son rôle inaliénable de torero, hasardons-nous une solution qui peut apparaître aussi efficace…qu’utopique : rendre au picador son indépendance totale vis-à-vis du matador ; il sera responsable de la qualité de son actuacion conformément à l’éthique et aux canons de l’art taurin ; précisons que la cessation tercio serait assurée, comme à présent, (en théorie du moins) par la présidence technique. L’indépendance du picador serait d’ordre matériel : désormais, engagé directement par l’empressa, le picador ne serait plus l’exécutant servile des basses œuvres mais une sorte de soliste jouant sa partition dans l’harmonie générale de la lidia. »

Y porque no !!!

Il revient à ma mémoire certaines discussions lors de voyages au campo…

Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’au moins pour ce qui est des novilladas piquées, la plupart des novilleros n’ayant pas de cuadrilla fixe, il serait intéressant que certains organisateurs sortent de leur petit confort  et prennent le temps et le risque d’opter pour  cette proposition.

Certaines arènes de deuxième catégorie le font en corrida, alors...

Y porque no ???

Patrick SOUX

 

PS: Un de nos abonné nous ayant fait parvenir des remarques et des mises au point très intéressantes au sujet des parutions de cette série d'articles sur l'art de la pique, nous vous proposerons leur lecture dans une publication complémentaire à paraître le lundi 29 janvier.

A lire avec toute l'attention qu'elles méritent.

 

 

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REFLEXIONS DE RAFAEL GUERRA « GUERRITA » (1862-1941), DOMINGO ORTEGA (1908-1988) ET MARCEL GRAND « DON SEVERO » (1889-1958).

Publié le par Cositas de toros

 

Par Gilbert LAMARQUE

 

"Guerrita": "Il y a une chose que je ne pardonne pas aux toreros du jour, c’est qu’ils fassent rarement usage de la main gauche et qu’ils ne toréent plus en tenant la cape par une pointe. Les adolescents croient que la main gauche sert exclusivement à donner des passes naturelles, et ils sont dans l’erreur. On peut toréer très bien avec la main gauche et dominer beaucoup de taureaux sans employer la passe naturelle. Quant aux passes de cape à une main, elles sont pour beaucoup de taureaux le moyen le plus efficace pour les inciter à combattre, les entraîner et les changer de place avec aisance."

Rafael, d’une parfaite maîtrise à la muleta. A des aficionados qui lui demandent à quoi il attribue son succès : "Au fait que le taureau a des cornes. S’il n’avait pas de cornes, il y aurait des milliers de Guerrita."

Par la suite, on lui reprocha de choisir ses taureaux ; c’est à cet instant que fut instauré le tirage au sort exigé par Mazzantini et Reverte.

 

        Domingo Ortega : (Extraits d’une conférence prononcée à l’Ateneo de Madrid, le 29 mars 1950). "Vous, aficionados, pour peu que vous vous souveniez, vous avez vu plusieurs fois dans les corridas des faenas de vingt, trente, quarante passes, et le taureau devenir chaque fois plus entier, ou, pour le moins, rester tel qu’il était lorsqu’il commença le combat ; puis, au moment de la mise à mort, le torero "collé" aux barrières, piquer sur l’os, ou, s’il a beaucoup de chance, loger l’épée de travers dans le cou du taureau. Lorsque ceci se produit, il faut se mettre en garde et penser que quelque chose d’étrange est en train de se passer : comment est-il possible qu’avec cette quantité de passes qui furent apparemment belles pour la grande partie du public, ce taureau ne soit pas soumis ?

La réponse est très simple : ce qui s’est produit, c’est que le torero a donné des passes et que donner des passes n’est pas la même chose que toréer. Un torero peut avoir peur d’un taureau : c’est humain ; mais s’il lui a donné vingt ou trente passes, cela veut dire qu’il a oublié d’avoir peur, et dans ce cas, s’il n’a pas réduit, s’il n’a pas soumis le taureau, c’est parce qu’il n’a pas pratiqué le goût de bien faire, qui est un plaisir auquel les taureaux eux-mêmes s’abandonnent."

Pour Ortega, l’art des toreros d’aujourd’hui (1950) manque de solidité et de profondeur. Il en dénonce les hérésies : "… Regarder le public en toréant, avancer vers le taureau par des pas de côté, rester rigide en le laissant passer, ont été des inventions du toreo comique."

Puis, ayant démontré l’éternelle nécessité, pour dominer, de "charger la suerte", il ajoute : "… Certes, en s’en tenant au simple champ visuel, un torero peut ne pas se soumettre aux règles classiques s’il possède une grande personnalité qui peut être due à mille choses, par exemple à sa façon de marcher, de s’habiller, de se mouvoir, de rester calme, à beaucoup d’autres choses qu’il n’est pas utile d’énumérer et qui lui permettent d’enthousiasmer les spectateurs, entraînés par la force de sa personnalité, quoique son toreo et sa technique soient négatifs.

Aussi est-il indispensable de montrer aux nouvelles générations de toreros que les personnalités ne peuvent être copiées ; il faut les orienter vers les règles classiques pour éviter que ces adolescents, en suivant les voies ouvertes par ces toreros de grande personnalité, ne se trouvent – même les plus doués – au bout de cinq ou six ans d’alternative, c’est à dire à l’époque où les toreros parviennent à la maturité quand leur formation a été positive, dans le cas de n’avoir fait aucun progrès et d’être dominés par les taureaux."

Ceci, précise le grand torero, à condition que les taureaux soient de vrais toros adultes, car : "L’art du toreo repose sur le péril, si du moins le taureau donne à celui qui se trouve près de lui l’impression de ne pas constituer un grand danger, l’art de toréer cesse d’exister ; ce sera un autre art, mais la beauté, la grandeur du toreo résident en ce que le torero perçoit l’impression – bien que lui la surmonte – que ce n’est pas une plaisanterie, que le risque de blessure reste présent ; c’est alors que le torero vit et qu’il peut, pour autant, produire les moments les plus aigus de l’art."

Un ultime conseil d’Ortega : "Mais, fais bien attention : le toreo n’est pas une question de force, parce que celle-ci provoque la brusquerie, la rudesse, c’est à dire l’antithèse de la suavité, de la douceur qui sont ce qui plaît le plus aux taureaux. 

Et que pour que ceci soit possible, n’en doutez pas : il faut en revenir aux principes classiques."

Ortega qui fut le torero préféré des aficionados puristes qui appréciaient sa tauromachie pleine de dominio.

 

     Et le revistero, « Don Severo », chroniqueur à "La Petite Gironde " / « Sud-Ouest », à la même époque, répond à la question : "Où va la corrida ?"

"On ne risque guère en répondant : vers moins de rudesse dans le premier tiers (suerte de pique), plus de perfection, si possible, dans la réalisation du toreo avec le leurre (cape et muleta), et davantage encore de brio, d’élégance et d’esthétique dans toute la lidia du toro brave.

Tout tend vers cela, et seulement cela."

 

     La cape à une main, le « charger la suerte », la personnalité, le classicisme, le vrai toro adulte … ce sont des spécialistes qui nous en parlent … et c’était hier ou avant-hier !

La corrida ne pouvant rester seule statique dans ce monde en perpétuelle évolution, il y a tout lieu de croire qu’elle ira toujours en se peaufinant, en raison directe du goût et de la sensibilité des publics pas tous aficionados. De là, à la transformer en ballet classique !

                                                                                     Gilbert LAMARQUE

 

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DE LA DICTATURE DU PARAÎTRE A…

Publié le par Cositas de toros

Par Patrick SOUX

 

Il ne vous aura pas échappé que nous vivons dans une société où le paraître est quelque chose de primordial, d’indispensable, j’allais dire de vital, il faut paraître.

Paraître intelligent, paraître riche, paraître jeune et beau, paraître le meilleur en tout et en toute circonstance, et surtout, paraître meilleur que les autres pour paraître encore d’avantage. J’assimilerai cela à un nouvel état. Cette "mode" surfe sur la vague du manque flagrant de modestie dont font preuve ses adeptes dépourvus de ce qui faisait la force des générations précédentes : le bon sens.

Paraître plus intelligent : en cinquante ans le nombre de bacheliers a été multiplié par 8.5 avec un pourcentage de réussite de 86.8% ceci par le truchement de la diminution de l’exigence des contrôles diplômants. Nos enfants sont-ils plus intelligents que nos parents ? En tout état de cause nous avons plus de chômeurs, mais certes, plus diplômés.

Paraître plus riche : en facilitant l’accès du plus grand nombre aux produits  "de luxe", 93% des français mangent du foie gras et 80% boivent du champagne, ce n’est certes pas leur pouvoir d’achat qui a augmenté, mais la diminution de la qualité liée à l’industrialisation qui a permis d’en baisser le prix.

Paraître plus jeune : l’explosion des salles de sport et de moving (je crois que nous les appelons comme ça non ?) en est une preuve flagrante. Il est de bon ton de se montrer dans ces endroits où l’on transpire, même trois minutes et même si l’on n’y transpire pas !

Paraître meilleur que les autres : là, toute la panoplie de possibilités est utilisée pour y parvenir, tricher, mentir, embellir, bien emballer le paquet quitte à se faire contrôler ou arbitrer par ses amis : à charge de revanche bien sûr !

Euh… oui, mais la tauromachie me direz vous dans tout çà ? Et bien la tauromachie et tout son cortège "mundillesque" ne déroge malheureusement pas à la règle. A tous les niveaux on essaye de tirer la couverture à soi, chacun dans son domaine bien entendu. Le paraître est quelque chose d’omniprésent entrainant une dérive dangereusement artistique de ce qui ne devrait rester qu’un Combat.

     Depuis un quarteron de figuras qui imposent leurs exigences, en passant par :

     -Les éleveurs de toros qui se rendent complices au nom d’une notoriété accrue et d’une manne financière.

     -Les organisateurs qui pensent ne pas pouvoir se passer de ces figuras et de ces élevages pour monter leur feria ou leur spectacle annuel et qui réfléchissent en financiers plus qu’en aficionados.

     -Les présidences (choisies par les organisateurs !) jouant la plus part du temps le jeu de leurs amis qui les ont placés à cet endroit.

     -Les harmonies ou autres orphéons qui certes, sont aux ordres de la présidence (voir ci-dessus) mais qui ont la responsabilité de leur répertoire, répertoire qui dérive de plus en plus vers celui de "la Grande Musique" et qui s’asseyant sur leur modestie oublient qu’ils sont là pour accompagner et non pas pour prendre la vedette !!! Je comprends que l’on puisse être adepte de la "Grande Musique", mais pour cela, il existe des salles de concert.

     -Le public… On dit souvent que l’on a la chance que l’on mérite ou les amis que l’on mérite, le public n’aurait-il pas la corrida qu’il mérite ? Les manifestations d’enthousiasme collectif auxquelles nous sommes confrontés lors de spectacles qui ne sont rien de plus que ce devrait être "une corrida normale" tendent à le prouver. Au cours de ces "spectacles", l’aficionado, contrairement au public, ne se reconnait plus dans ces manifestations, il se sent perdu, incompris, voire rejeté. Le fossé se creuse à tel point que nous avons l’impression d’un autre monde se mettant en place. La phrase de Coluche trouve ici tout son sens:

« Quand on pense qu’il suffirait que personne ne l’achète pour que ça ne se vende pas » !!! A méditer.

Enfin, tout ceci mis bout à bout entraîne cette dérive artistico-artistique où tout le monde s’auto-congratule, s’auto-satisfait, où tout le monde est très heureux de paraître important, où tout le monde est content de sa réussite. Cette dictature du paraître pousse le milieu taurin à transformer le Toro qui devrait être un adversaire, en un animal collaborateur. Ce sont des faits auxquels nous assistons de plus en plus fréquemment dans nos arènes. Pour preuve, je m’appuierai sur une publication de Florent Moreau parue en mars 2014 sur son blog "al toro rey" avec pour titre, l’histoire des indultos en France. Depuis le premier datant du 11 novembre 1986 à Saint-Sever (Landes) sur un novillo de Marcel LINES par Juan VILLANUEVA lors d’une fiesta campera, jusqu’au dernier de 2013, le 20 octobre  à Manduel (Gard) sur un eral de GALLON par Frédéric LEAL  lors d’un festival, il y en a eu 46. Plus que le nombre scandaleusement élevé, c’est la répartition qui interpelle, 8 en NSP et 10 en festival ou fiesta campera !, cela se passe de commentaires mais reste tristement significatif quant à l’importance que l’on donne au premier tiers, leur noblesse phénoménale à la muleta leur aura permis de sauver leur vie. L’évolution du règlement taurin sur ces indultos a certes permis leur augmentation puisque avant, il n’était possible que dans une arène de première catégorie, lors d’une corrida concours. L’indulto est devenu une ligne valorisante sur un CV, une recherche de publicité tant pour le ganadero que pour l’organisateur. Nous pourrions également parler des vueltas al ruedo distribuées, et que dire de l’apparition et de l’utilisation de la puya de tienta y compris dans les corridas ou novilladas concours !!!

Chaque fois que le paraître arrive avec sa dictature, l’être se banalise avant de disparaître.

N’oublions pas dans toute cette histoire que la sauvagerie, la caste et la bravoure du Toro de combat, le vrai, sont les seuls remparts au maintien de notre tradition, c’est la seule chose qui puisse cautionner la mort du Toro. Avec un taureau collaborateur, le spectacle devient du "dressage", permettant un art taurin n’ayant plus rien  à voir avec la tauromachie et ne justifiant en aucun cas la mort de ce dernier à la fin du spectacle. On ne tue pas les chiens savants à la fin de leur numéro de cirque !!!

Quant à ces Messieurs qui gèrent, cautionnent et organisent ce genre de spectacles, il serait de bon ton qu’ils fassent leur, la pensée de Blaise PASCAL : « Si haut que soit placé ton trône, tu n’es jamais assis que sur ton séant », sans compter qu’avec l’évolution de la technologie, ce trône peut aussi avoir une version éjectable.

Pour conclure mon propos, il est, comme je disais en préambule, urgent que nous retrouvions le bon sens de nos ainés, au risque de voir disparaître la corrida.

 

Si beau soit le paquet cadeau que l’on vous offre, si beau soit le ruban qui le ceint, si la boîte n’est remplie que de fèces, ça restera toujours un cadeau "étronesque" !

Mais toujours et encore dans le paraître…

 

Patrick  SOUX

 

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