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POURQUOI Y A T'IL DES TAUREAUX SUR LES ROUTES D'ESPAGNE ?

Publié le par Cositas de toros

           

Mars 2015. © G. Lamarque

   

                1956, province de Cadiz en Andalousie.

 

Madrid. Puerta del Sol. © G. Lamarque

     

     Alors que la marque de vins espagnols Tío Pepe était déjà connue pour son emblème publicitaire représentant une bouteille avec une guitare – dont on trouve encore une enseigne Puerta del Sol à Madrid – voir photo –, les Bodegas Osborne font appel à une agence de publicité pour promouvoir leur brandy Veterano. Le dessinateur Manuel Prieto propose alors la silhouette d’un taureau de combat au port altier, symbole selon lui de la culture méditerranéenne et de la virilité, que cherchait à incarner la marque. D'abord réticents, les propriétaires d'Osborne finissent par accepter. La silhouette du taureau apparaît désormais sur les étiquettes du brandy et sur toute sa publicité. Le premier "taureau de la route" est installé en 1957, sur la N1 reliant Madrid à Burgos.

     Trois ans plus tard, l’Espagne compte plus de 500 toros de Osborne, certains atteignant 14 mètres de haut.

 

              La polémique pour le maintien des taureaux.

 

     En 1988 toutefois, le gouvernement interdit la publicité sur les routes, estimant qu’elle perturbe les automobilistes. Les Bodegas Osborne réussissent à garder leurs enseignes en enlevant leur logo et toute référence à leur brandy. La publicité reste efficace, vue la notoriété déjà acquise par la marque.

     Mais le répit sera de courte durée et en 1994, le gouvernement ordonne de retirer tous les taureaux des routes d’Espagne. Suite à l’émotion populaire et l’attachement des Espagnols pour ce qu’ils considèrent désormais comme un symbole national, le Tribunal Suprême tranche pour le maintien du Toro de Osborne indiquant qu’il « avait dépassé son sens publicitaire initial et s’était intégré dans le paysage comme un élément de décoration détaché du message promotionnel. »

     Il reste aujourd'hui 91 taureaux sur les routes espagnoles, principalement en Castille, en Andalousie et dans la communauté de Valence. La province la plus fournie est Cadix avec 10 exemplaires. Seules les communautés d’Ávila, Valladolid, Cantabrie, Gérone, Gipuzkoa, Vizcaya, Huelva, Murcie, Palencia, Castellón, Tarragone, Lérida, Barcelone et Teruel n’ont plus aucun taureau sur leurs routes.

     Une soixantaine de taureaux sont également présents à l’étranger, notamment au Mexique, au… Danemark ou encore… au Japon !

 

               Le taureau Osborne dans le monde.

 

     Les grands symboles traversent les frontières, et ce taureau n’allait pas en être exempté. Il y a des représentations de lui sur les routes du Mexique et une autre à Copenhague, dans le Superkilen Park.

 

Copenhague

     

     Enfin, il y a celui qui est placé dans la petite ville japonaise de Matsunoyama.

 

Matsunoyama

     Le Japon, connu pour ses contrastes marqués entre tradition et technologie, a voulu ajouter le symbole lors d’une exposition d’art mondiale, avec l’intention de le supprimer lorsqu'elle se terminera. Cependant, devant l’immense succès – jusqu'à 5 500 000 personnes – il a été considéré comme faisant partie de la collection permanente, et il y reste, jusqu'à ce que le vent ou les ans l’anéantissent finalement !

 

              Pois lourd de la culture populaire.

 

     Un tel symbole, si immense et médiatique, a été le produit de l’art espagnol au fil des années. Au-delà des souvenirs touristiques, de nombreux artistes ont utilisé le taureau comme un moyen de justifier leurs idées.

     L’artiste de Cáceres, Javier Figueredo a peint des taches blanches sur le taureau et y a placé des mamelles, pour protester contre le manque d’égalité entre les hommes et les femmes. Il a purgé deux jours d’assignation à résidence et le taureau a été nettoyé.

 

     Il met également en évidence l’utilisation que lui a donnée l’artiste urbain Sam3, en le peignant avec des scènes du célèbre Guernica en signe de protestation anti-corrida… Même l’immortel Salvador Dali l’a utilisé comme source d’inspiration pour certaines de ses œuvres.

 

     Les caves Osborne existent toujours. En plus de leurs vins et produits gastronomiques, elles commercialisent aussi depuis une dizaine d’années l’image du Toro de la carretera utilisée par des marques de mode, de montres, d’accessoires ou encore de casques de motos.

(Sources : Equinox Radio, la radio française de Barcelone et le quotidien La Razon).

 

              José Luis Osborne, un empire.

 

     Vins, liqueurs, jambons de bellota, restauration avec la chaîne Cinco Jotas – une adresse, calle Jorge Juan à Madrid non loin de la calle de Alcalá et le théâtre éponyme – … et des toros !

 

Mars 2015. © G. Lamarque

     La dehesa Puerto Acebuche se situe à Castillo de las Guardas tout près des Juan Pedro dont ils sont issus.

     C’est le grand-père José Luis Osborne Vázquez qui a créé la ganaderia en 1952 en achetant un lot de Pedro Domecq y Diez (Veragua-Parlade). Par la suite, José Luis Osborne Domecq, le fils, également ganadero reprend le flambeau jusqu'à son décès en mai 2005. C’est aujourd'hui Doña Rosario Osborne Domecq qui gère la ganaderia.

     Les affaires ont été séparées des toros et ceux-ci ont été transférés au Puerto Acebuche, il y a plus de vingt ans.

Mars 2015. G. Lamarque

 

Mars 2015. © G. Lamarque

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Le fils unique, Emilio González de San Román Osborne – air de famille avec son grand-père – photos – se consacre aux toros de la casa et c’est avant tout pour maintenir la tradition et la réputation de ce fer.

 

              Mars 2015.

Mars 2015. © G. Lamarque

   

Mars 2015. © G. Lamarque

 

Mars 2015. © G. Lamarque

      L’occasion m’avait été donnée de visiter cette finca en retrouvant Stéphane Fernandez Meca et la Commission taurine de Riscle qui avaient fait leur choix sur les novillos de ce fer historique pour leur novillada du 1er août 2015 dont voici la reseña que je fis pour la Gacetilla dans le n°113 du 10 août 2015 :

 

     « Et bien non, les pétards (vous voyez lesquels?) ne nous ont pas fait planer ! Personne ne prit vraiment son pied. Pourtant, le lot d’Osborne était superbement présenté, tous astifinos.

David de Miranda (oreille et deux oreilles), une pique. Brindis au public. Statuaires, bonnes séries des deux mains, torée de profil sur le pico. Entière décisive.

Robe superbe du 4 (berrendo en colorado, alunarado et autres caractéristiques qui dépassent mes compétences), une pique sérieuse et quite par tafalleras. Séries sur les deux rives, naturelles douces sans peser sur l’animal, superficiel. Musique ? ! … et les flonflons de la fête voisine. C’est propre, entière décisive. Tout ceci ne méritant pour ma part qu’un unique pavillon.

Louis Husson (silence et silence) : deux rencontres avec la cavalerie pour une pique. Banderilles applaudies d’El Santo. Brindis à tous et voltereta sans mal me sembla t’il. Des efforts, l'Osborne violent, ne collabore pas, trasteo non abouti. Pinchazo suivi de 2/3 de lame.

Le 5 colorado se blesse dès l’entame, mouchoir vert. Le bicho est "puntillé" aux barrières : instant particulièrement pénible. Le Turquay, sobrero, prend deux piques peu orthodoxes devant un Louis laxiste. Le Landais instrumenta une faena appliquée uniquement droitière, la mayo tourne par cette chaleur. Coups multiples de rapière, deux avis.

Joaquin Galdos (oreille et silence), une rencontre pour le castaño, brindis au public. Début arrodillado bousculé, s’ensuivent moult séries des deux mains sur un novillo qui me parut parfois absent. Passes à genoux (bis) comme au calvaire. Mete y saca puis entière.

Avec l'Osborne fermant la tarde, Joaquin exécute de bons capotazos. Par la suite, le novillo tapa fort le burladero. Il en résulta le piton droit cassé à la base mais restant en place. La faena qui en découla fut uniquement gauchère. Ce fut de peu d’intérêt sur ce bicho noble malgré tout. Mete y saca (bis), pinchazo, entière, un avis. »

 

     Osborne possède "peu" de bétail – cinq cents têtes malgré tout dont cent soixante vaches et onze sementales – et Emilio déclare de faire en sorte que les toros sortent bien. Manqué ! … les vins et autres produits maison sont meilleurs que les "produits" servis ce 1er août !

 

Mars 2015. © G. Lamarque

     La corrida d’Aignan en 2003 avait été d’un autre tonneau, S. Fernandez Meca avait coupé quatre oreilles, « une corrida qui était sortie extraordinaire. »

     Comme l’écrivit L.F. Céline dans D’un château l’autre (1957), « L’Histoire ne repasse pas les plats. »

 

Mars 2015. © G. Lamarque

     Les Osborne ont parcouru les arènes avec un franc succès pendant plusieurs décennies, se mettant en évidence à Madrid, Séville, Pampelune, Valence, Cordoue, Barcelone, Malaga, Arles, Béziers.

 

Mars 2015. © G. Lamarque

     Nous avons bien conscience que ceci ne relève aujourd'hui que du passé, la caste et la classe se sont évaporées, seule la noblesse se maintient : une page est, hélas, tournée.

     « Luego entraron en un bache grande. »

     Je lève tout de même mon verre de brandy – à consommer avec modération – au passé et aux souvenirs plus glorieux.

                                                                          Gilbert Lamarque

 

 

                                 IN MEMORIAM

 

     Une pensée pour Jean-Pierre Vidal, "le Poète", qui s’est éteint le 29 août des suites d’une longue maladie. De 1983 aux années 2000, ce Gardois tenait une bodega incontournable de la feria nîmoise au 8 de la rue Thoumayne entre les arènes et la Maison Carrée. La bodega du Poète eut son heure de gloire à l’époque où le maire Jean Bousquet souhaitait donner une autre dimension à la feria avec un petit côté people. Musique, sévillanes, champagne au programme et public composite du showbiz aux plus modestes, se pressait dans le local étroit de la bodega. Il avait créé le club taurin Emilio Muñoz au début des années 80.

Cet aficionado nous a quitté à 77 ans. Certains amis de la peña la Suerte du Houga doivent se souvenir d’instants mémorables dans cette bodega chaleureuse.

                                                                                                                  GL

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TRIBUNE

Publié le par Cositas de toros

 

                Après tant de corridas, il serait bon de gracier Jacques Durand

 

par Jean-Marcel Bouguerau, rédacteur en chef de Libération  de 1981 à 1987. (article faisant suite à celui de mercredi 26/08). 

 

 

13 août 2012

 

                 « Depuis le 1er juillet, les lecteurs de Libération sont privés de trois rubriques : les mots croisés, les échecs et une page que, depuis quelques années, ne connaissaient que les lecteurs du sud de la Loire, la page tauromachique, et avec elle la plume d’un écrivain, Jacques Durand, que tous les aficionados vénèrent autant que les connaisseurs de la petite reine vénéraient Antoine Blondin. Car c’est le talent du journaliste-écrivain de vous entraîner derrière les personnages des sportifs, des jockeys, des toreros et, à travers eux, dans leurs mythologies, leurs histoires. Lorsqu'en 1986, avec Gérard Dupuy, j’ai embauché Jacques à Libération, je ne lui ai donné qu’un conseil : « Il faut que la mercière de Roubaix comprenne la tauromachie. »

 

     Il a fait beaucoup mieux. Si la mercière lit Jacques Durand, elle y a trouvé, grâce à la sensualité imagée de son écriture foisonnante, baroque, pleine d’images surprenantes, quelque chose qui pourra la rapprocher des meilleures évocations de l’art tauromachique. Car Durand écrit de manière gourmande, avec un plaisir d’écriture qui transpire de chacun de ses papiers.

 

     Lorsqu'il parle du torero gitan Rafael de Paula, il raconte que, même lors de ses pires prestations, il avait « quelque chose » en plus qui faisait que ses admirateurs les lui pardonnaient, espérant qu’un jour il montrerait le meilleur. Ce qu’il fit, en signant, il y a trente ans, l’une des plus belles faenas du XXe siècle qui, comme le rapporte Jacques Durand, fut « déchirante, profonde, infinie et inénarrable ». Ou sur le stoïcisme des toreros. Exemple : José Tomás, l’un des plus grands, qui, le 9 avril 2000 à Saragosse : reçoit un grand coup de corne en haut de la cuisse droite. Diamètre de la blessure : 5 centimètres. Longueur totale des 3 trajectoires : 47 centimètres avec dissection du nerf sciatique. Tomás, comme si de rien n’était. Rien n’est. Il ne jette pas un œil à sa blessure, interdit à quiconque de la regarder, repart au combat sans boiter, renonce aux démonstrations de douleur, comme le lacédomien, la poitrine dévorée par le renard caché sous sa tunique, tue son toro, va à la barrière, se lave lentement les mains, reçoit une oreille, salue au centre de la piste et part à l’infirmerie. » Comme le joueur de flûte de Hamelin qui charmait les bêtes de son seul instrument, le torero crée de la beauté à partir de la charge brute d’un taureau sauvage et meurtrier. Il s’agit de dévier cette charge, de la domestiquer, de la ralentir jusqu'à ce que l’homme, le corps dans le berceau des cornes, lui impose son rythme. L’aficionado est celui qui peut attendre des heures ce moment magique.

 

    

     Les lecteurs de Libération vont donc être privés de trois rubriques dont l’une était, depuis plus d’un quart de siècle, l’un des marqueurs de l’originalité de ce journal. Imagine-t’on l’Équipe virer le hussard Blondin, l’Obs se séparant de Robert Scipion ou le Point de Georges Pérec et de leurs mots croisés ? Il est étrange, au moment où la presse pâtit de la concurrence d’Internet, que Libération se prive de ces rubriques, d’autant plus étrange, s’agissant des mots croisés, que celle-ci est l’une des dernières qui ne peut exister sans le papier ! Car on n’est pas obligé d’aimer la corrida pour goûter la prose de Durand comme on pouvait détester le tiercé et aimer Hatzfeld*, ne jamais regarder un match de tennis et adorer Daney*.

 

     Voici un ultime échantillon de cette prose unique : ce jour-là Jacques Durand rend compte du dernier livre d’un ancien torero, Alain Montcouquiol, le Fumeur de souvenirs (éditions Verdier), un titre qui, d’après Durand, « indique la liberté zigzagante du récit ». L’auteur comme les Indiens, communique par la fumée et d’ailleurs, joli signe, son premier habit de lumières, offert par le torero Chacarte, portait déjà la présence de cette nicotine mémorielle. Il était tabac et or. Sa mémoire Marlboro dépose donc, non sans mélancolie, ses fines cendres dans ces pages où il ressuscite ses fantômes. On ne s’en plaindra pas. On ne lui conseillera pas d’aller fumer dehors sur le trottoir. Avec ces cibiches du souvenir, son voyage par tafs. En vagabondant. On en grille une, par exemple, dans la canicule à Valdepeñas où une main, sortie par la vitre d’une voiture de torero filant vers les toros, semble, par jeu, toréer l’air torride.

 

     Un jeu ? Au même moment, au passage de la voiture, des femmes en noir se signent. La peur referme l’enfantillage. On en grille une autre au buffet de la gare de Floirac, attablé avec Manolo Chopera et Antonio Ordoñez, et une « phrase éblouissante » d'Ordoñez en fait rougeoyer une de Sartre, comme on allume une clope à une autre : « L’émotion est une intuition de l’absolu. » Comme Rafael de Paula, Jacques Durand avait « quelque chose » en plus dont on risque de nous priver. Il n’est pas trop tard pour revenir sur cette décision. Après tant de corridas et d’oreilles méritées, il serait judicieux de gracier Jacques Durand. »

 

     En vain.

 

* Jean Hatzfeld, journaliste et écrivain, prix Médicis en 2007, prix de Littérature sportive en 2011, a reçu de nombreuses autres distinctions, collabora à Libération, L’Équipe magazine, Autrement, Le Monde, Actuel

** Serge Daney, critique de cinéma et journaliste. Il fut rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, et travailla dix ans pour Libération.

                                                                                                                  

Gilbert Lamarque

 

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JACQUES GRIGNON-DUMOULIN, LE DERNIER CERCLE DES JOURNALISTES DISPARUS D’UNE ÉPOQUE RÉVOLUE… ET LES HÉRITIERS

Publié le par Cositas de toros

 

       Jacques Grignon-Dumoulin est mort le 13 novembre 2001 à l’âge de soixante-douze ans. André Fontaine écrivait dans Le Monde, le 16 novembre : « Jacques Grignon-Dumoulin avait la fougue et la silhouette trapue d’un bicho, d’un petit taureau, et une passion pour les corridas et le monde hispanique, dont il parlait et écrivait couramment la langue. »

 

    

      Ce "petit taureau" était né à Hanoï – quelle incongruité ! , – d’un père administrateur des services civils d’Indochine. Il était entré au service étranger du journal Le Monde en 1956 pour s’y occuper, précisément, des questions ibéro-américaines. Il vécut à ce poste les années chaudes de la chute du dictateur cubain Trujillo et de l’avènement de Fidel Castro.

     Il quitta en 1964 Le Monde pour l’ORTF, qui en fit quatre ans plus tard son directeur adjoint pour l’Amérique latine et bien plus tard, un grand reporter au service de la première chaîne de télévision.

      C’est à l’antenne de cette première chaîne que – certains d’entre nous s’en souviennent certainement, et nous avons eu l’occasion de revoir à maintes reprises, cet extrait du journal télévisé – Jacques Grignon-Dumoulin a poussé un coup de gueule mémorable "en direct et en stéréo" :

     « - Arrêtez le retour !

                 (Pas facile de garder son calme quand les conditions d’enregistrement ne sont pas toutes réunies et que les problèmes de son s’en mêlent).

        - Vous enregistrez ? Est ce que je peux enregistrer ?

        - Arrêtez le retour, bon Dieu !

                  (Quand ce ne sont pas les problèmes de son, c’est un désaccord avec son rédacteur en chef qui peut provoquer un problème).

        - Laisse-moi travailler ! 

        - On travaille à plusieurs.

        - Tu m’emmerdes ! Tu me fais chier ! 

...

     Gilles Bouleau disait de lui que c’était un homme délicieux et parfois un peu ronchon. On le surnommait Jacques Grognon-Dèslematin.

        Le petit taureau avait du caractère !

        Pourquoi donc un article en souvenir de ce Jacques grognon ?

     Tout simplement parce que cet homme, journaliste, publiait de temps en temps, des articles tauromachiques dans le journal qui l’employait, le quotidien Le Monde.

 

        Le 27 août 1957, il titrait :

 

                « Une saison tauromachique rassurante. » dont voici un extrait :

 

        « Déjà fortement avancée, la saison tauromachique 1957 restera sans aucun doute, par comparaison avec celles des années précédentes, une "temporada" heureuse, aussi bien pour les plus sévères connaisseurs que pour les simples "sympathisants", dont le flot grossissant voit les effets de rénovation poursuivis depuis la crise de 1953 par quelques grandes figures taurines et l’action de certains clubs (telle la fameuse Peña 7) n’ont pas été vains : un coup d’arrêt semble avoir été donné à la décadence progressive du spectacle tauromachique.

      Les règles traditionnelles et essentielles de la corrida restent, jusqu'à présent au moins, en grande partie sauvegardées. La course "moderne", quelque peu défigurée certes par rapport à l’ancienne, n’est pas encore devenue, comme le laissent entendre les éternels mécontents, un "inutile massacre", une "ignoble farce".

        À travers le drame des arènes, un mystère de très ancienne tradition populaire continue, malgré de graves manquements au rituel, à se dérouler chaque fois sous les yeux des spectateurs du vingtième siècle : un jeu de mort entre le courage, l’intelligence, l’adresse d’une part, et la force aveugle de l’autre, mystère auquel, il est vrai, le public est et a toujours été moins directement sensible qu’à la suavité d’une "véronique" savamment "distillée" ou à la lenteur déchirante d’une "naturelle" inspirée, toutes deux créations de l’artiste.

          

                 La bataille de San Isidro

 

      Préparée dès la fin de l’hiver par un important remaniement des dirigeants des associations et clubs taurins accompagné d’énergiques appels à l’application du règlement actuel, la saison tauromachique 1957 s’est tout de suite annoncée fertile en événements de toute sorte.

      Les premières courses passées, un conflit qui couvait depuis plus de deux ans a éclaté au grand jour. C’est à l’occasion de la fête madrilène de San Isidro, patron de la capitale, dont la célébration marque le véritable début de la "temporada" espagnole, que la sourde lutte entamée contre l’influence croissante et les prétentions du "trust" Camara – le tout-puissant "apoderado" (manager) – a dégénéré en bataille ouverte. »…

 

      Gregorio Sánchez était, cette année-là, en haut de l’escalafón avec 73 corridas.

 

     Autre pépite retrouvée dans les archives du journal en date du 21 août 1958 :

 

           « Roquefort-des-Landes et la "fiesta de los toros". », extrait :

 

       « C’est une sorte de pèlerinage aux sources de la tauromachie que de nombreux aficionados consacrent leur 15 août, malgré les "tentations" offertes par les grandes corridas de Bayonne et de Saint-Sébastien, en se rendant à Roquefort, petite bourgade enfouie au milieu de la forêt landaise. Non que ses traditions taurines y soient particulièrement anciennes – ses arènes de trois mille cinq cents places ont à peine six ans d’âge – ou que de grands maestros du "Ruedo" en aient jamais fait le théâtre de leurs prouesses. 

 

"La Monumental des Pins" inscrite aux Monuments historiques

 

      Ce qu’on sait voir en place de Roquefort, ce sont ces toros que les habitants et leur maire ont coutume de "s’offrir" une fois l’an et qu’ils choisissent régulièrement dans les élevages andalous réputés les plus "difficiles", souvent même mis à l’index chez les jeunes toreros "arrivés" comme chez les jeunes novilleros "d’avenir". C’est dire les difficultés rencontrées par le syndicat d’initiative pour décider des hommes à affronter des novillos-toros comme les Isaias et Tulio Vasquez (sic), élevage très "style 1900", à l’honneur à Roquefort depuis trois ans.Vendredi dernier cependant Miguelin, Soares et Luis Ortego (sic), riche de l’enthousiasme de ses dix-sept ans, se présentaient au paseo réglementaire devant des gradins combles, inondés de soleil.

     Quoique assez inégal, le lot des frères Vasquez (sic) était impressionnant : des "brutes" rustiques, âgées dans l’ensemble de près de quatre ans, faisant très largement le poids (263 kilos en canal en moyenne) et coiffées de larges pitons.

     Le physique des pensionnaires de Vasquez (sic) allait de pair avec leur "moral" ; pleins d’allant, puissants (quatre chutes des uhlans), durs de pattes et (arrivant à l’estocade la bouche cousue), ils furent dans l’ensemble d’une noblesse moyenne et accusèrent une caste plutôt relative. Devant de tels adversaires, les trois jeunes toreros n’étaient évidemment pas de taille… Miguelin ne "consentit" aucun de ses "bichos", dont le premier se prêtait pourtant à la lidia. Il s’en débarrassa au plus vite, du bout des doigts, de deux vilains coups de rapière de côté. Soares toréa honorablement de cape, traçant d’allègres "chicuelinas", et fut même excellent aux bâtonnets (dans une paire de banderilles au "sesgo por dentro"). Mais, hésitant et électrique avec la flanelle (muleta), il dut s’y prendre à de nombreuses reprises pour dépêcher – malproprement – ses novillos. Luis Ortego (sic) sauva heureusement l’après-midi devant son premier ennemi, qu’il accueillit par véroniques et toréa avec courage et décision de la droite et de la gauche. Sa franche entrée "a matar", pour une estocade tombée suivie d’un descabello, lui valut deux oreilles et les ovations d’un public touché par l’émouvant combat mené par ce frêle gamin. »…

 

     Le cartel de ce vendredi 15 août était donc : 6 novillos de Isaïas y Tulio Vázquez pour Miguel Mateo "Miguelin", Armando Soares et Luis Ortega. Ortega n’obtint qu’une oreille et le 3ème novillo fit la vuelta.

Le dimanche 12 août 1951, les arènes avaient été inaugurées lors d’une non piquée avec des erales de Mme veuve Lescot.

En 1959, le dimanche 9 août, défila un certain Paco Camino combattant des novillos de l’élevage de Juan Belmonte.

 

     Jacques Grignon-Dumoulin avait privilégié la placita en pins de Roquefort laissant à d’autres revisteros les plazas plus huppées.

 

     Il faisait partie de ce cercle très apprécié qui comptait dans ses rangs plusieurs illustres plumes.

 

   

       Jean Cau, écrivain et journaliste à l’Express, à France Observateur, à Paris Match, natif de Bram dans l’Aude – terre d’ovalie, patrie des Spanghero et d’Henri Rancoule où l’accent roule tel les cailloux dans le torrent – dont les périples de ferias espagnoles en ferias françaises lui inspirèrent, notamment, Les oreilles et la queue, Sévillanes ou bien La folie corrida.

 

    

      Jean Lacouture passionné de rugby et de tauromachie, aimait à rappeler que son père était chirurgien des arènes de Bordeaux et que, enfant, ses parents n’hésitaient pas à parler devant lui de leur "afición" pour la corrida. Peu de temps après la Libération, il publia dans les colonnes de Combat ses premières chroniques taurines. Par la suite, il en rédigera plusieurs pour le Nouvel Observateur. « La tauromachie, disait-il, c’est le double sentiment de la beauté et de l’angoisse. »

Nous lui devons Signes du taureau (1979), Corridas (1988).

 

    

      Puis Pierre Veilletet né à Momuy (Landes) à deux pas des Pyrénées-Atlantiques béarnaises, reçut en 1973, le prix Albert-Londres. Journaliste au quotidien Sud Ouest dont il fut le rédacteur en chef jusqu'en 2000, il participa en 1979 au lancement des Cahiers de la corrida. La tauromachie le passionnait, il est l’auteur de belles pages de chroniques pour le journal ainsi que Afición (2005), album réunissant des photographies réalisées sur plus de trente ans par Michel Dieuzaide, sur les grandes figures de la tauromachie et les plazas françaises et espagnoles. En 1986, était édité Le peuple du toro sous sa direction et celle de Véronique Flanet, « un grand dossier » qui réunissait de belles plumes ainsi que des photographes talentueux. Il nous a quitté en janvier 2013.

 

     Ces quatre figuras étaient avant tout des journalistes et reporters qui ajoutèrent à leur activité, le plaisir d’écrire sur cette passion commune, la tauromachie. Ils ont tous quitté aujourd'hui, la planète des toros.

 

     J’ajouterai à cette courte mais éclatante énumération trois contemporains :

 

 

    

      Jacques Durand, journaliste et écrivain, lui, se consacre pour la grande part à la tauromachie.

C’est Le matin de Paris qui imprima son premier article sur la corrida. Puis Serge July, directeur de la publication de Libération depuis 1974, le charge d’une page entière dans le journal. Jacques Durand en était le rédacteur et le reporter. Cette page ne changea pas durant toutes ces années : un article principal, une photo noir et blanc et une colonne d’actualités. C’est sous Nicolas Demorand codirecteur autocrate depuis le 1er mars 2011 qu’il en a été congédié le 1er juillet 2012 ; la direction du journal jugeant la chose taurine futile, d’un autre temps pouvant faire perdre des lecteurs. Il publie désormais la page hebdomadaire du jeudi aux éditions Atelier Baie, page appréciée des aficionados et autres littéraires. N’oublions pas qu’il a été aussi rédacteur en chef des émissions taurines de Canal + à l’époque dorée et il collabora également au magazine télévisé sur France 3 : Face au Toril. Jacques Durand possède la plus belle écriture des plumitifs taurins, franche et lumineuse. Il écrit sur la corrida de façon originale comme le fit avant lui Jean Lacouture. Au début des années quatre-vingt, la presse s’intéressait à la corrida comme à un sport avec un vocabulaire souvent impénétrable, de scores et de victoires. Ces deux journalistes amenèrent une langue qui fit briller l’objet tauromachique. Durand en est aujourd'hui le prolongateur et c’est un plaisir que de lire ses Chroniques de sable (2000), ou ses Chroniques taurines (2003) parmi environ les deux douzaines de ses ouvrages taurins.

 

    

      Le très éclectique bayonnais, Francis Marmande qui collabore au Monde depuis 1977, écrivain, critique littéraire, critique (Jazz Magazine, 1971 à 2000) et musicien de jazz, aficionado et revistero, donne régulièrement au journal des articles traitant de jazz, de littérature et… de tauromachie à l’occasion de grands événements. À lire aux éditions Verdier : Curro, Romero y Curro Romero (2001), À partir du lapin (2002) et Rocío (2003).

 

    

      Enfin, sur les pas de Pierre Veilletet, le Saint-Sevérin Yves Harté, cet autre landais, rédacteur en chef et directeur adjoint de l’information au quotidien régional Sud Ouest, qui reçut lui aussi en 1990, le prix Albert-Londres pour sa série de reportages sur la chute du mur de Berlin (mars 1989), imprégné depuis son enfance de la tradition taurine, écrivit pour le journal de nombreuses chroniques. Il faut lire La huitième couleur, « petit bijou serti de tendresse et de mélancolie ». De son Sud-Ouest natal, il en extrait un usage du monde, rêveur autant que précis, des taureaux et de la littérature.

 

     Combien sont-ils les quotidiens et les hebdomadaires aujourd'hui à nous proposer de telles chroniques ou la moindre reseña ? Sud Ouest, La Dépêche du Midi, Midi Libre, La Provence, L’Indépendant, tous des quotidiens régionaux...

 

     Jacques Grignon-Dumoulin est sorti de l’ombre le temps de cet article.

 

PS. Quelques textes de Pierre Veilletet et d’Yves Harté sont à déguster dans le livre de Marc Lavie, Un siècle de corridas aux éditions Sud Ouest.

La semaine prochaine, nous publierons la "Tribune" de Jean-Marcel Bouguereau, rédacteur en chef de Libération, de 1981 à 1987, datée du 13 août 2012 où il demande le retour de J. Durand à ce même journal.

                                                                                         

 Gilbert Lamarque

 

 

 

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LES FAMILLES DANS LE TOREO II

Publié le par Cositas de toros

LES DOMINGUÍN

 

    Dominguín est l’apodo de plusieurs matadors où nous trouvons entre autres, Domingo del Campo y Álvarez, Andrés del Campo, Félix González Marcos, Domingo González Mateos, Domingo González Lucas, José González Lucas et Luis Miguel González Lucas.

Les premiers, Domingo del Campo y Álvarez dit "Dominguín", né à Madrid en 1873 et tué à Barcelone dans l’arène en 1900, le 7 octobre ainsi que son frère Andrés, né en 1887 et tué en plaza de Madrid en 1913, et le troisième, Félix González Marcos "Domingo Chico" considéré comme "Dominguín IV" parce que son père était l’ami fidèle de D. González Mateos, né en 1908, (il ne dépassa pas le stade de novillero), ne font pas partie de la famille des "Dominguín" qui nous intéresse.

 

   

      Le fondateur de la dynastie est Domingo González Mateos "Dominguín", né le 4 août 1895 dans une famille de paysans à Quismondo (Tolède) à quelque 70 km de Madrid. Il quitte ce milieu très pauvre pour s’en aller travailler dans les tavernes et commence à participer à des capeas. Il multiplie les tientas et les novilladas pour recevoir, le 26 septembre 1917, l’alternative à Madrid des mains de "Joselito" (José Gómez Ortega) devant un toro de Contreras. Il torée des élevages difficiles comme Palha ou Miura et est souvent blessé. Il a trois fils et deux filles, et Madame lui demande de renoncer. C’est ce qu’il fait en 1926, achetant une ferme dans son village natal et gérant plusieurs arènes comme La Corogne ou la voisine Tolède.

Le voici devenu apoderado gérant la carrière du fantasque "Cagancho", puis celle de Domingo Ortega. Les affaires tournent bien et Domingo s’enrichit quand survient la Guerre civile. Il part avec toute la famille pour le Mexique où il est copropriétaire des arènes de El Toreo à Mexico, puis débarque au Portugal et retourne en Espagne en 1938. Dès son retour, il manage ses fils qu’il avait encouragés au toreo. Toujours apoderado, il défend les intérêts de Rafael Ortega, de son fils Luis Miguel et enfin son gendre, Antonio Ordoñez.

Empresa et surtout apoderado, le fondateur des "Dominguín" meurt à 63 ans, à Madrid, le 21 août 1958.

 

                                                              Los hermanos

 

 

A gauche Domingo González Lucas et Pepe Dominguín

                                                                                                                                                               Domingo  González Lucas, l’aîné des trois fils toréa peu. Il est né à Madrid, le 10 juin 1920 et très vite, doué du sens des affaires, il s’impose dans le milieu taurin et devient l’apoderado de son frère Luis Miguel (avec son père), d’Antonio "Bienvenida", d’Antonio Ordoñez, de Palomo Linares, de Curro Romero. Il géra également la plaza madrilène de Vista Alegre, alors propriété de Luis Miguel. Il était notoirement connu comme communiste ayant été membre du Parti communiste clandestin. Il avait pris l’alternative le 7 juin 1942 à Barcelone avec comme parrain "Cagancho".

Lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’un cancer, le même mal que son père, il se suicide le 12 avril 1975, à Guayaquil en Équateur.

 

    

      Le second fils, José González Lucas "Pepe Dominguín" voit le jour à Madrid, le 15 mars 1921. Il reste toujours dans l’ombre de Luis Miguel. Il avait pris l’alternative à Madrid des mains d’Antonio "Bienvenida", avec un toro de Buendía, le témoin est "Morenito de Talavera". Excellent banderillero, il abandonne les trastos en 1951 pour entrer dans les affaires familiales comme son frère Domingo. Journaliste, il écrit un livre de souvenirs sur sa famille, Mi Gente en 1979. Il meurt à Madrid le 6 juillet 2003.

 

   

     Le dernier et le plus populaire, considéré comme l’un des meilleurs des années 1945-1955, est né lui aussi à Madrid, le 9 novembre 1926. Luis Miguel González Lucas "Luis Miguel Dominguín" revêt son premier costume de lumières le 25  juin 1939 à Linares pour intégrer ensuite la partie sérieuse du spectacle comique de Llapisera. Il comptabilise 33 becerradas cette année-là. Après une alternative non valable à Bogotá en 1941, c’est le 2 août 1944 qu’il devient matador à La Corogne avec comme parrain Domingo Ortega, le toro de la cérémonie est de Samuel Hermanos. Il fait sa présentation en France, à Dax, le 31 août 1948 devant des toros de Domingo Ortega avec Pepe Luis Vázquez, le parrain, son frère Domingo, le témoin et "Parrita".

 

                                             Le coq de combat

 

     Torero orgueilleux, d’une grande maîtrise, froid, provocateur, il est aussi grand séducteur. Au nombre de ses conquêtes, il y a matière à faire un bel encierro : Ava Gardner, Maria Félix, Lana Turner, Rita Hayworth, Lauren Bacall, Yvonne de Carlo, Brigitte Bardot, Romy Schneider – là, avec certitude les mozos se seraient bien vite laissés débordés ! – … et en 1955, il épouse civilement à Las Vegas, l’ex Miss Italie 1947, l’actrice Lucia Bosé. La cérémonie religieuse se déroule dans sa finca La Paz, province de Cuenca.

De 1953 à 1956, il ne toréa pas en Espagne mais uniquement en Amérique du Sud. En janvier 1958, il devient ganadero, achetant une partie de l’élevage du duc de Tovar et marqua ses bêtes du chiffre un. En 1961, il décide de se retirer des ruedos. Il revient aux arènes en 1971 et participe à sa dernière corrida en France, à Dax, le 19 août 1973 avec Manzanares et Julio Robles, toros de Palha. Entre temps, il divorce en 1967 et épouse civilement en 1987, Rosario Primo de Rivera, la nièce du fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera, et petite-fille de Miguel Primo de Rivera qui fut le chef du gouvernement de 1923 à 1930. Nous voici bien loin du frère communiste !

Il sera premier de l’escalafón en 1946, 1948 avec 100 corridas et 1951 (98). À 24 ans, il était déjà au sommet et la saison suivante il voulut le prouver à Madrid : le 17 mai 1949, alternant avec "Parrita" et Manolo González devant des toros de Galache, il s’autoproclama "numéro un" en levant son index pour le signifier, à la sortie d’une passe circulaire.

En 1959, Antonio Ordoñez, son beau-frère, contestera sa suprématie, le tout immortalisé dans les pages de L’été dangereux d’Ernest Hemingway, coïncidant avec une ingénieuse et brève confrontation orchestrée habilement par le père Dominguín afin de promouvoir son filleul, ouvrage quelque peu romancé et chroniqué pour faire sensation.

 

Le 20 février 1990, par "Real decreto", il est autorisé à prendre son apodo "Dominguín" comme deuxième apellido.

Il décède dans sa propriété de Sotogrande à San Roque (Cadix), d’une insuffisance cardiaque, le 8 mai 1996.

 

                                              Phoebos "le brillant"

 

Grâce à lui, l’image du torero franchit les frontières des médias taurins et les propres limites de la Fiesta. Le benjamin des frères Dominguín devint un torero complet ayant une grande connaissance du bétail. Puissant et autoritaire, il portait un immense amour propre et un orgueil d’une grande agressivité. Certainement moins artiste que Manolete, Pepín Martín Vázquez, Manolo González, Carlos Arruza, Litri, Aparicio, Ordoñez, il gardait le pouvoir de rester grand parmi les grands. Piètre capeador, il fut l’un des plus grands muleteros de son siècle. C’est lui qui réussit les premières passes de muleta circulaires aujourd’hui si galvaudées.

 

Avec Picasso

     Le critique Don Ventura écrivit de lui que «  il ne se courba devant rien ni personne, mais son arrogance devant le public, découlant sans doute de son amour-propre, lui porta préjudice et lui retira la sympathie des gens. » Provoquer pour mieux retomber en quelque sorte. Après ses fracassantes aventures amoureuses, il vécut de grandes amitiés, Picasso, Dali, Rafael Alberti, Franco… le maintenant au firmament. Néstor Luján écrivit : « Sa condition de fils à papa si soigneusement peaufinée, sa vanité et son snobisme donnèrent une image pittoresque et inédite du torero qui a vécu une existence fastueuse, brillante et publicitaire en Espagne et à l’étranger. »

Il assit sa stature de torero puissant entre les autocraties des deux Manuel cordouans, Manolete et El Cordobès.

Il y aurait encore beaucoup à écrire sur le personnage et le torero, de nombreux ouvrages, articles et biographies lui sont consacrés.

 

   La descendance des cinq enfants de Domingo González Mateos "Dominguín"

 

- La fille de "Pochola" (fille aînée), Lydia épouse Angel Teruel.

- La fille de Domingo épouse Curro Vázquez.

- José eut un fils, José Manuel qui fut novillero peu de temps.

- Luis Miguel épouse Lucia Bosé, de ce foyer naîtront Miguel Bosé l’acteur en 1956, Lucia et Paola.

- La fille cadette "Carmina" épouse Antonio Ordoñez. Ils eurent deux filles. La première, Carmen épouse "Paquirri", père de Francisco Rivera Ordoñez (1974) et d’Antonio Cayetano Rivera Ordoñez "Cayetano" (1977). Quant à la seconde, Belen, elle épouse Juan Carlos Beca Belmonte, matador.

(Voilà pour la partie magazine ¡Hola!)

 

                                                                               Gilbert Lamarque

 

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LES FAMILLES DANS LE TOREO

Publié le par Cositas de toros

 

     Bien souvent, les toreros sont issus du monde de l’arène ou des corporations voisines.

Du XVIIe siècle, de Pepe Hillo au monde contemporain, de Diego Puerta, "Paquirri", les abattoirs jouèrent un rôle prépondérant. Nombreux sont ces toreros dont le père fut employé de l’abattoir ou le concierge des lieux.

D’autres, comme "Antoñete", étaient fils de concierge des arènes ou bien, fils de mayoral tel Marcial Lalanda.

Encore plus près du ruedo, carrément sur le sable, ils furent nombreux ceux dont le père était banderillero, subalterne ou même torero de peu de renom, ex-novillero, Paco Camino fils d’un humble novillero, par exemple.

Quelques exceptions dont Luis Miguel Domínguin et ses frères, et Antonio Ordoñez dont les pères furent plus que d’honnêtes matadors, Domingo Gonzalez Mateos pour le premier, Cayetano Ordoñez "Niño de la Palma" pour le second.

Plus près de nous encore, José Mari Manzanarez et son fils, hélas décevant. Les juniors Camino, Litri, Terruel, etc, restèrent bien en deçà des capacités et aptitudes de leur géniteur.

 

     Après avoir, il y a quelques temps, dépoussiéré la carrière des frères Julian et Isidro Marín Arnedo de Tudela, inconnus de la plupart d’entre nous, nous vous proposons à partir de ce jour, une virée dans les familles, voire dans les dynasties du toreo, pères, fils, frères, cousins, beaux-frères. Seul, le Saint-Esprit ne sera pas traité ici.

 

 

UNE FAMILLE AUX RACINES ANDALOUSES, LES "LITRI" DE HUELVA

 

     Cest depuis un village très proche de Huelva, Palos de la Frontera, que le 3 août 1492, Christophe Colomb s’embarqua lors de son premier voyage pour ce qu’il pensait être les Indes.

C’est de Huelva que se forma la dynastie des "Litri" pour appareiller à la conquête de l’Empire taurin.

 

     Tout débuta avec Miguel Báez "El Mequi", très modeste torero né à Huelva dans la première moitié du XIXe siècle, disparu en 1863. Il était le contemporain des figuras, Francisco Arjona Herrera "Cuchares", Manuel Domínguez "Desperdicios". On retiendra qu’il est le père de Miguel Báez Quintero considéré comme le vrai fondateur de la dynastie des "Litri".

 

 

Miguel Baez Quintero

 

     Né à Huelva en 1869, Miguel Báez Quintero était torero par tradition suivant les traces de son père mort quand il avait 6 ans.

Il existe une anecdote le concernant qui raconte qu’un jour, il n’avait pas 13 ans, marchant dans un champ près de Huelva, ramassant un peu de foin, un toro attaqua son chien. Miguel le défendit avec un sac mais il s’emmêla les « pinceaux », le cornu lui infligeant une cornada superficielle à la cuisse droite dont le garçon mit peu de temps pour guérir : le baptême du sang avant d’être torero !

En 1885, il était banderillero puis les années suivantes, il connut le succès. Huelva ne possédait pas d’arènes, alors en raison de ses succès, il est décidé de construire une arène en bois. Elle fut inaugurée en 1889. Il reçut l’alternative à Séville, le 30 septembre 1893 des mains de "Bonarillo", toros d’Antonio Halcón. Il confirmera à Madrid quelques jours plus tard avec "Guerrita" comme parrain, "Lagartijo" comme témoin, toros du duc de Veragua.

 

 

 

     Il créa une société, le 23 janvier 1902 afin d’édifier une arène en dur qui est rapidement terminée, le 5 septembre de la même année. Pour l’inauguration, il combat, aux côtés de "Machaquito" des toros de Saltillo.

La réussite se raréfiant, à l’occasion des fêtes de Huelva, le 6 septembre 1911, il torée pour la dernière fois, en compagnie du vizcayen Cástor Jaureguibietia Ibarra "Cocherito de Bilbao" et de Francisco Martín Gómez  "Martín Vázquez", du bétail des héritiers de Julio Laffite, défavorisé par un réel embonpoint, le privant des premières places.

Il s’intéresse ensuite à la politique. Après la mort de son fils Manolito à Málaga, il perdit son épouse, la mère de ce dernier, l’année suivante en 1927. Qu’à cela ne tienne, il se remarie le 23 janvier 1928 avec… la fiancée de son fils, Angeles Espuny Lozan ! De ce nouveau mariage, il eut trois enfants dont, le 5 octobre 1930, Miguel Báez Espuny.

Il meurt le 14 janvier 1932 à l’âge de 62 ans.

 

 

Manuel Baez Gomez

 

     Manuel Báez Gómez est né à Huelva le 2 août 1904 (d’autres sources donnant le 3 août 1905 et Don Ventura assure que dans l’acte de baptême, son nom et prénom étaient Miguel Gómez Fernández).Torero vaillant, il est gravement blessé à Málaga, le 11 février 1926 recevant une cornada à la jambe droite par le toro "Extremeño" de Guadalest. La gravité de la blessure, le 17 février, oblige à l’amputation, mais il meurt le lendemain des suites de la gangrène. Il toréait en ce jour funeste avec Marcial Lalanda et "Zurito".

 

La cogida fatidique

 

     Il avait pris l’alternative à Séville, le 28 septembre 1925, parrain "Chicuelo", témoin Pablo Lalanda, toros de Moreno Santamaría. Il confirme le 9 octobre devant le fer de Villamarta, parrain Marcial Lalanda, témoin Nicanor Villalta. La compétition avec "Niño de la Palma", le père d’Antonio Ordoñez, s’annonçait captivante.

 

 

Miguel Baez Espuny

 

     Miguel Báez Espuny, demi-frère du précédent, est né à Gandia (Valence), le 5 octobre 1930. Il n’aura pas connu son frère Manolito. Il débute comme novillero à Valverde del Camino (Huelva) en 1947. Il forme avec Julio Aparicio, une pareja de novilleros au succès grandiose. Il toréa 114 novilladas en 1949 et 87 en 1950 ! Cette ascension fulgurante l’amène à prendre l’alternative rapidement, le 12 octobre 1950  à Valence des mains de Joaquin Rodríguez "Cagancho", toros d’Antonio Urquijo, et confirme la même année devant des bichos de Fermín Bohórquez, adoubé par Pepe Luis Vázquez et Antonio Bienvenida.

Au cours de sa carrière, il annonce plusieurs fois sa retirada. Il réapparaît en 1987 pour donner l’alternative à son fils à Nîmes.

Remarqué pour son courage, ses cites à très longue distance et auteur de nombreux desplantes, il est considéré comme le premier matador "trémendiste".

 

 

Miguel Baez Spinola

 

     Miguel Báez Spinola, fils du précédent est né à Madrid le 8 septembre 1968. Il commença à toréer en compagnie de deux autres fils de matadors célèbres : Rafael Camino, fils de Paco et Julio Aparicio, fils de Julio…

 

 

     La pareja formée par "Litri" et Rafi Camino remporta un vif succès jusqu’à l’alternative prise le même jour à Nîmes. C’était le 6 septembre 1987 pour la Feria des Vendanges, lleno assuré. Parrain, bien sûr, Papa, témoins Paco Camino et Rafael qui prend donc l’alternative au toro suivant de Jandilla.

Il confirma à Madrid, le 16 mai 1991, parrain Manzanarez (le père), témoin José Ortega Cano, toros de Juan Andrés Garzón. Il se coupe la coleta en 1998.

 

     Toute la descendance d’"El Mequi" a porté l’apodo de "Litri".

 

     La ganaderia Los Guateles, située à Cáceres, avait été acheté en 1995 par M. Báez Espuny, "Litri SA". En juin 2005, il vendit la majeure partie du bétail à Manuel Bajo. Désillusionné, Fernando Domecq l’encourage à continuer. En 2012, il achète des vaches du fer de Juan Pedro Domecq. Le fils, M. Báez Spinola était le représentant de la ganaderia depuis Huelva. Mais en 2014, Alberto Baillères, le richissime mexicain rachète Los Guateles et toute la propriété et ses 1400 hectares pour une somme approchant les 11 millions d’euros. Selon El Mundo, les "Litri" accumulent une fortune de 43 millions d’euros dans les diverses entreprises familiales.

La famille continuera à être liée au monde de la ruralité, ayant acquis la finca El Parral de 800 hectares dans la province de Badajos.

Muleta posée, Miguel Báez Spinola se montre pas maladroit en affaires et très présent dans les magazines people.

 

                                                                           Gilbert Lamarque

 

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