Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

histoire

Le jour où...

Publié le par Cositas de toros

                … JUAN BELMONTE S’EST SUICIDÉ.

 

 

            Le 8 avril 1962, vers les 16 heures, le torero Juan Belmonte, "El Pasmo de Triana", propriétaire et éleveur, mourut dans sa propriété de Gómez Cardeña à Utrera (Séville). Le célèbre diestro, protagoniste avec Joselito, de l’Âge d’Or de la tauromachie, véritable pilier de son évolution, s’est donné la mort "de un tiro" dans son bureau. La cause du décès n’a pas été explicitement révélée par les médias de l’époque, où pourtant quelques allusions voilées ont été faites.

Le quotidien ABC raconte que le torero était parti pour sa ferme le dimanche matin avec un mécanicien et deux femmes de service. Il portait un costume court et avait sellé son jaca* "Maravilla". Balade à la campagne, déjeuner, un peu de repos et il remonte sur "Maravilla"… Il prend la garrocha et le res est relâché : acoso y derribo. On rentre. Il se sent fatigué, voire malade, cet état dure depuis quelques temps. Il réintègre son bureau, commande un whisky et un stylo (!) et… l’arme fatale retentit. C’est feu le maestro Juan Belmonte !

La nouvelle de sa mort choqua l’Espagne, la presse internationale a également fait écho à l’évènement et les funérailles à Séville furent très suivies, multitudinarias comme on le dit de l’autre côté des Pyrénées.

Certains amis toreros du matador de Triana ont également émis quelques propos dans la presse. Vicente Pastor a rappelé la rapide ascension dans l’arène de Belmonte, « Nous avons vu que tout allait changer s’il avait de la chance. Il l’avait et tout a changé ». Manuel Mejías Bienvenida a assuré : « L’une des pièces les plus importantes de l’histoire de la tauromachie vient de disparaître », et Antonio Márquez l’a défini : « Il avait la vérité révélatrice de son intelligence et de son énorme personnalité ».

La personnalité d’un torero qui a changé le cours de la tauromachie, et qui a succombé à sa solitude angoissée, six jours avant son soixante-dixième anniversaire. Il était dit que "El Pasmo de Triana" s’effondra secoué par une grande déception : la très belle colombienne Amina Assis, une torera à cheval, de 50 ans sa cadette, ne succomba pas à son charme altéré !

Plaza de Manizales

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

         

      Belmonte, pas avantagé par dame nature, petit, à moitié bègue, légèrement bossu, cagneux et prognathe, de constitution chétive, n’en n’inventa pas moins "son" style avec une technique originale qui bouleversera la tauromachie, étant le premier à pénétrer dans ce qu’on appelait "le terrain du toro". Plus fort, le Juan sur ce terrain que sur celui, ô combien dangereux de l’Amour !

 

 

*Jaca. Type de cheval de petite taille, mot espagnol pour poney.

                                                                  Gilbert Lamarque

 

Voir les commentaires

N'en jetez plus !

Publié le par Cositas de toros

               Parmi les nombreux après-midi de triomphe, Paco Camino en a écrit un en lettres pourpre et or. C’était à Madrid, à Las Ventas, le 4 juin 1970, un jeudi. 

     Calculez : 51 comme le Pastis, mais déjà 51 ans, hélas. Paco Camino qui a marqué ma jeunesse d’aficionado naissant, 51 ans ne peuvent faire que du mal… bref, passons promptement. Ce 4 juin, jour de sainte Clotilde, l’épouse de Clovis, ce jour bienvenu car Clotilde est issue du germanique hlod, gloire et hild, combat : et quel jour de gloire pour un combattant !

     Ce 4 juin, était donnée une corrida caritative et notre torero de Camas se coltina sept toros et remplit son cabas de huit oreilles ! Un véritable triomphe qui vous marque une carrière, toute figura que vous êtes. Car Paco, dans cette seconde moitié de XXe siècle, était au firmament, un haut perché dans l’escalafón.

     « L’écho romantique de Paco Camino. », voila comment était titrée la chronique dans ABC, signée Antonio Díaz Cañabate. Lequel Antonio accusant souvent le diestro sévillan d’adocenamiento, de vulgarité, s’est offert sans rémission pour cette tarde magique.

 

   

      Camino n’a pas été présent cette année-là à Séville et il n’y a pas eu d’accord pour la San Isidro. Mais, bien que Cañabate l’ait défini au début de sa reseña comme « un homme d’aujourd’hui, qui n’a probablement aucune idée de ce qu’était le romantisme. », il reconnaît le geste. « Il propose de tuer la Corrida de Beneficiencia. De l’argent ? L’inquiétude romantique prévaut. Pas d’argent. Gratuit. Taureaux ? Des ganaderias de plus grande ascendance, ceux de plus grande ancienneté. Combattez six taureaux à Madrid. C’est un geste d’hier, du temps où les toreros étaient romantiques. Combattez six taureaux, pas pour le public, pour vous, pour votre satisfaction de torero. »

     La Feria de San Isidro venait de s’achever sur les triomphes retentissants des principales vedettes. El Cordobés a coupé huit oreilles en deux après-midi, El Viti cinq, Diego Puerta, Gregorio Sánchez, Palomo Linares sont sortis eux aussi a hombros… Donc, on attendait le geste de Paco.

     Ce 4 juin, le général de Gaulle arrive en Espagne pour passer avec tante Yvonne quelques vacances. Mais Charles se fout des toros et l’intérêt des Espagnols se porte sur Madrid et plus précisément sur le sable de Las Ventas. Tout est donc en ordre, chacun est prêt. Quiconque peut y assister mais c’est aussi retransmis sur le petit écran, encore bien petit à cette époque. Plus un billet. Une grande ovation accueille le torero, vêtu de pourpre et d’or, c’est la grande clameur romantique.

 

   

      Il coupe une oreille au premier Juan Pedro Domecq – ne comparons pas les Domecq cru 70 avec les piquettes actuelles –, les deux au deuxième d’Urquijo, nada devant le troisième, un Miura – ah, tiens un Miura ! – deux autres trophées au quatrième, un sobrero de Juan Pedro, avec le Buendia suivant rien, mais deux oreilles au sixième d’Arranz et le Buendía de regaló offrit un dernier pavillon. Huit oreilles pour une tarde inoubliable.

 

© ABC

     « Après-midi de sérénité, traduite en régularité » bien que le revistero souligne deux moments forts, l’estocade au premier et la faena au sixième, les deux moments « qui ont atteint l’extraordinaire » écrit-il, « la pureté et la beauté de l’art de la tauromachie. » Il est conquis l’Antonio.

     Et il résume : « La chose la plus marquante de la corrida était que Paco Camino a combattu chacun des sept toros selon leur condition. Et ça, pour moi, et je pense pour tout le monde, c’est la tauromachie. Ni l’épanouissement intempestif, ni le classicisme sec, ni le faux spectaculaire, ni la concession à un public non taurin, ni, encore moins, les passes mécaniques et routinières. A chaque toro, sa lidia. »

     Et à la fin de sa chronique, la reconnaissance, l’importance d’une tarde unique. « Il y avait un torero dans le ruedo. Il n’en fallait pas plus. Pour cette raison, ceux d’entre-nous qui ont rêvé d’une fête authentique ont longtemps soupiré. Paco Camino nous a fait soupirer profondément. Nous avons été si à l’aise. L’écho romantique de Paco Camino a résonné dans toute l’Espagne taurine. En avant avec les lumières du véritable art de la tauromachie ! » Et c’est Cañabate qui l’écrit !

     Paco Camino, "el niño sabio", reçut la médaille des Beaux-Arts, trente-cinq ans après son historique tarde madrilène.

 

     18h, 24 juillet 2021, le Plumaçon, Mont-de-Marsan.

Que diront les Cañabate d’aujourd’hui à la sortie de l’encerrona d’Antonio Ferrera après le combat des six tontons d’Adolphe ? S’ils sont du cru Madeleine 2017, aïe ! et d’un âge avancé, ouille !

 

                                                                Gilbert Lamarque

Voir les commentaires

Années 80, les étés de Las Ventas

Publié le par Cositas de toros

        Les étés madrilènes à Las Ventas étaient synonymes de corridas difficiles, opportunités pour les toreros défavorisés, pour ceux cherchant à percer, à favoriser la chance. Dans les premières années de fonctionnement des arènes, sans la Feria de la San Isidro, les principaux personnages, figuras, s’alignaient tout au long de la temporada, mais à partir des années 50, il y a eu trois décennies d’exode des toreros de renom pendant les mois de chaleur.

 

Manolete, Corrida de la Prensa, 6 juillet 1944

   

      Dans les années 1940, Domingo Ortega, Manolete, Marcial Lalanda, Pepe Luis Vázquez, Luis Miguel Dominguín ou Villalta étaient souvent présents au mois de juillet, notamment pour la Corrida de la Prensa*, annoncée dans les derniers jours de juin ou les premiers de juillet. C’est précisément cette célébration qui a été la seule à avoir conservé des cartels plus attrayants durant le désert de ces trois décennies, mettant en vedette des toreros tels qu’Antonio Bienvenida,, Gregorio Sánchez, Litri, Aparicio, Diego Puerta, El Viti ou Andrés Vázquez.

 

   

      Dans les années 1980, un air nouveau a soufflé sur Las Ventas. Après l’embellie que fut la gestion de Martín Berrocal et Canorea, la plaza tombe dans les mains de Manolo Chopera. L’illusion tomba aussi, à peine quatre mille abonnés contre dix-huit mille à la fin de la décennie !

     Et parmi les nouveautés introduites par Chopera, il y avait ce créneau important entre la San Isidro terminée et l’exil estival d’août. Le panorama changea donc en 1983. À la traditionnelle Corrida de la Prensa, une concours, Ortega Cano et Curro Durán se sont "envoyés" dans un mano a mano précédant le 10 juillet, la puerta grande de Julio Robles lors d’un après-midi avec Antoñete et Manzanares. Une semaine plus tard brillait un autre trio solide composé d’Antoñete – le torero de Madrid – Ángel Teruel et el Niño de la Capea avec des toros d’Osborne.

 

Antonio Chenel "Antoñete"

   

      En 1984, les cartels proposés ont très vite été bien accueillis par le public. Le 1er juillet, défilèrent des toros d’Atanasio Fernández pour Curro Vázquez, Julio Robles et Roberto Domínguez, et le 8, Curro Romero et Rafael de Paula accompagné du rejoneador Álvaro Domecq avec un encierro de Montalvo. La temporada suivante, on put voir Dámaso González, Curro Vázquez et Ortega Cano lors de la Corrida de la Presse, et Curro Romero, Julio Robles – sortant a hombros – et Pepe Luis Vázquez, le 7 juillet avec des toros d’Aldeanueva.

     En 1987, un autre mois de juillet avec des cartels conséquents. Mike Litri et Rafi Camino en mano a mano devant des novillos d’El Torreón, le 5. Et la Corrida del Arte – soi-disant – avec Antoñete, Curro Romero et Rafael de Paula, le 12. Les toros étaient du marquis de Albayda, et deux rentrèrent vivants, l’un affecté à Romero, l’autre à Paula lors d’une tarde de grande intensité !

     Antoñete, Curro Romero et Manili, ont combattu le 3 juillet 1988 des reses de Torrestrella avec l’excitation encore présente du grand après-midi que el Niño de la Capea donna quelques jours auparavant lorsqu’il triompha pleinement devant les Victorino, en solitaire. Le 10 juillet, Paula, Robles et Ortega Cano sont passés… sans laisser de trace.

     Les années 80, une décennie avec un mois de juillet riche d’affiches fortes qui s’estompèrent progressivement au cours des temporadas suivantes jusqu’à atteindre à nouveau la traversée du désert que Las Ventas est redevenue pendant les mois d’été.

 

* La Corrida de la Prensa. L’une des plus anciennes traditions de l’Association de la presse de Madrid est l’organisation de cette corrida, dont la première a eu lieu le 12 juin 1900 – cinq ans seulement après la fondation de l’Association – dans les vieilles arènes de la Puerta de Alcala. Sauf à trois reprises (1930, 1937 et 1993), la Corrida de la Prensa ne fut pas au rendez-vous. Depuis 1995, elle a lieu fin mai dans le cadre du programme de la San Isidro bien qu’en dehors de l’abonnement.

 

                                                                          Gilbert Lamarque

Voir les commentaires

La clé des champs...

Publié le par Cositas de toros

       … passe par la ville.

 

        Diego Mazquiarán "Fortuna" était connu déjà depuis plusieurs années ayant acquis une certaine notoriété comme novillero. D. Mazquiarán Torrontegui est né en Vizcaye, à Sestao en 1895 et dès l’âge de quinze ans, il débute comme espontaneo lors des corridas à Bilbao… terminant l’après-midi en prison. Après 1933, il fut admis dans diverses cliniques spécialisées en raison de problèmes de santé mentale dont il mourra à Lima, le 2 juin 1940.

 

 

     On avait craint pour sa santé après avoir été encorné en 1915 puis acclamé pour son excellent travail en 1924, mais son "œuvre" la plus célèbre, Fortuna ne l’a pas signée dans le ruedo, mais sur la Gran Vía de Madrid devant les passants effrayés.

C’était le 23 janvier 1928 par une froide matinée comme Madrid nous en offre l’hiver. Un toro bravo s’échappa alors qu’il était mené par une vache le long de la route d’Estrémadure vers l’abattoir. Selon les chroniques, il était « noir, grand et le frontal développé », il causa la panique du pont Segovia à la Gran Vía.

Bien que le vacher ait essayé par tous les moyens d’arrêter l’animal, il n’a pu l’empêcher de parcourir la pente de San Vicente pour déboucher sur la Plaza de España où quelques espontaneos essayèrent de le gérer tandis que la foule s’enfuyait précipitamment.

De la Plaza de España, il passa à celle de El Conde de Toreno et de là, à la rue de Leganitos où Juana López, une femme de 63 ans, ne trouvant pas d’abris, fut blessée gravement ayant été soulevée plusieurs fois par le toro. En tentant d’arracher cette femme aux cornes, l’infirmier Anastasio Martín a également été blessé et un autre passant, Andrés Domínguez, 67 ans, a dû être évacué par les services d’urgence avec pronostic réservé.

Panique au marché.

     Après ces volteretas, la bête qui appartenait à l’éleveur Luis Hernández, continua à travers la Corredera Alta de San Pablo et entra dans le marché de San Ildefonso, au moment de la grande affluence, bien sûr. Tous se planquèrent derrière les étals, le cornu renversant quelques étals, brisa quelques supports d’auvents, goûta quelques bananes et apprécia l’excellence des choux et autres légumes… Rassasié, les emplettes terminées, il contempla calmement la foule effrayée.

 

 

     Puis il repartit dans la rue Corredera, et de là, il emprunta la Gran Vía où les scènes de terreur se répétèrent. Les passants disparurent dans les rues adjacentes et les plus courageux, quand ils se trouvèrent à proximité, changèrent d’avis et confièrent leur salut à leurs jambes !

 

 

     Heureusement, le populaire torero Diego Mazquiarán qui accompagnait sa femme chez sa belle-famille – il faut toujours accompagner sa femme chez les beaux-parents – passait par la Gran Vía. Le diestro ôta son manteau – comment fait-on en plein été ? –, et essaya de l’intéresser. Depuis le casino militaire, on lui envoya un sabre mais il fut d’aucune utilité. Alors Fortuna envoya un garçon en voiture, chez lui, au 40 rue Valverde, pour lui rapporter son épée. Durant les minutes suivantes, il continua à combattre au milieu des ovations d’une foule grandissante, les balcons alentour bien garnis. La scène se déroulait devant le n°13 de la rue, et les forces de sécurité, à pied, à cheval, appelées en renfort, n’ont pas pu contenir l’avalanche de curieux. Une ovation annonça l’arrivée de l’arpète avec l’épée. Fortuna procéda selon les règles classiques, dixit la chronique. Après avoir effectué une faena "de abrigo" – une faena au manteau –, il entra a matar, croisant les bras et sans dévier, donna une demie plutôt acceptable, recevant les applaudissements chaleureux du public.

 

 

     Le diestro effectua deux ou trois autres passes avant de s’élancer une nouvelle fois avec la rapière. Le toro roula sur le pavé. La foule agita les mouchoirs demandant l’oreille, tandis que Fortuna saluait, ému. Plusieurs hommes le portèrent sur les épaules dans un café de la rue Alcalá pour célébrer son actuación.

 

Fortuna marqué d'une croix

 

     La vache accompagnatrice qui s’était fait "la belle", elle aussi, avait été bien vite immobilisée, une corde nouée autour son cou.

Quelques jours plus tard, à la demande des commerçants de la Gran Vía et des témoins, Fortuna reçut la Croix de la Charité des mains de Nicanor Villalta durant la corrida de l’Association de la presse…

… Quarante cinq ans plus tard, la scène se répéta sur la Plaza de España. Le matador, Luis Segura tua un toro qui s’était échappé lorsqu’il a été transporté par camion vers Vista Alegre… même si, à cette occasion, l’apparition immédiate du torero, équipé d’une muleta et d’une épée, éveilla les soupçons.

 

     Diego Mazquiarán, un jour de grand froid vers les 11h, inaugura la temporada 1928 sur la Gran Vía de Madrid !

                                                            Gilbert Lamarque

Voir les commentaires

Une histoire des toreros navarrais

Publié le par Cositas de toros

 

            Depuis la fin du XIVe siècle, on note des spectacles tauromachiques dans la capitale, Pampelune, et l’une des origines du toro de combat se retrouve précisément sur les rives de l’Ebre avec les toros élevés en Aragon, en Navarre et dans La Rioja. D’où les milliers de festivités populaires qui ont lieu chaque année dans ces trois communautés.

     L’histoire des premiers toreros navarrais remontent au XIVe siècle. Le pionnier se nomme Esquiroz, célèbre pour ses agissements de bandit. Il se cachait dans les Bardenas Reales suite à un meurtre (± 1315). A la fin de ce même siècle, un garçon d’Estella nommé Juan Santander est reconnu pour son intrépidité. Ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’émergent des jeunes qui se distinguent par leur compétence auprès des toros. Ces toreros annoncés et ayant un contrat sont nombreux. Pedro Pérez de Castro qui torée de 1635 à 1638 ; Juan de Labayen de Estella ; José de Burdeos né à Sangüesa ; Manuel de Berroeta qui torée à pied et à cheval : Antonio Bautista, Sebastián de la Cruz et Julio García ; Baltasar de Prado, Antonio Quintana et José de Urrea ; Mateo, Jacinto González et Bernabé Vicente qui ont toréé à Madrid pour les fêtes de 1659.

     Dans la seconde moitié du siècle, les plus célèbres furent, Juan Pérez Carretero, Domingo Barrera et Francisco Milagro, tous trois de Tudela. Ce dernier fut le plus fameux de son époque dès 1650.                                                                                          En ces temps, à Tudela, les toros étaient un spectacle coutumier. Nous savons, grâce aux livres de comptes municipaux qu’il était organisé chaque année les festivités de la San Pedro, San Francisco Javier, la Inmaculada, San Marcos, el Corpus, el dia de la Octava* et la fête de San Fermín.

     Mais, c’est au XVIIIe siècle que les Navarrais entrent dans l’histoire de la tauromachie navarraise avec, sans aucun doute, El Licenciado de Falces, de son vrai nom Bernardo Alcalde y Merino né à Falces le 24 mai 1709 (peut-être), et les frères Apiñani de Calahorra, El Tuertillo (ou El Navarrillo) et Juan (Juanito) lequel fut immortalisé par Francisco de Goya ainsi que El Licenciado de Falces dans deux gravures de sa tauromachie universelle.

 

 

 

 

 

     Le premier sautant le toro "a la garrocha", le second s’enroulant avec la cape. Les frères Apiñani formaient une fameuse paire car on trouve mention de leurs exploits dans les archives de Pampelune, Saragosse et Madrid ! Au cours de ces années, José Legurregui "El Pamplonés" s’est distingué également combattant lors de l’inauguration des arènes madrilènes de la Puerta de Alcalá en 1749. On mentionne aussi son contemporain Joaquin Lapuya natif de Peralta.

     Au XVIIIe siècle, dans le Sud de l’Espagne, brillait la famille Romero, de Ronda, et le petit-fils du créateur de la dynastie allait asseoir, avec Costillares, une nouvelle façon de combattre les toros bravos. Ceci eut pour conséquence la disparition du toreo navarrais. Ce toreo s’appuyait sur des qualités physiques des hommes, la force, l’agilité : correr (courir), regatear (feindre), recortar (couper la course du toro), quebrar (embarquer l’animal sur le côté), saltar (sauter). Tout cela, loin des parar (arrêter), templar (calmer, adoucir) et mandar (envoyer, faire sortir) de l’école andalouse. Aujourd’hui on y ajoute recoger (reprendre le toro pour enchaîner).

     A la suite de cette tauromachie réglementée, peu de toreros en Navarre ont atteint l’alternative.

 

      Le premier doctorant se nomme Saturio Torón lors des Sanfermines mais nous sommes déjà en 1931 ! Il reçoit les trastos des mains de Marcial Lalanda. Il confirme à Madrid mais piètre matador, il abandonne l’habit de lumières avant de disparaître tragiquement. Il débuta comme boxeur dans la catégorie mi-lourd. Après son aventure de torero sans grandes possibilités mais à la volonté de fer, il se tournera vers le journalisme et trouve la mort en 1936 sous l’uniforme de capitaine de l’armée républicaine (voir Cositas du 21/12/2020, Guerre civile, franquisme et tauromachie III).

 

     Julian Marín a été le diestro le plus connu et le plus populaire que la Navarre ait produit (voir Cositas du 13/05/20, Un encierro tragique à Pamplona et celui du 20/05/20, De l’aîné au cadet, la fratrie de Tudela). Né à Tudela, il prend l’alternative le 7 juillet 1943 à Pampelune avec un cartel de luxe : Pepe Bienvenida et Manolete. Il combat jusqu’au milieu des années 50 et a toujours fait preuve d’un courage et d’une fierté sans compromis. Il a donné l’alternative à Pampelune à son frère cadet Isidro lors de la Feria 1951, mais le plus jeune de la famille a laissé moins de souvenirs aux aficionados de l’époque.

     A titre d’anecdote, les alternatives de Javier Sarasa et de Lalo Moreno. Le premier, un amateur practico, le second le neveu du ganadero César Moreno.   

Javier Sarasa

   

Lalo Moreno, doblador

                                                                                       

      Javier Sarasa Moneo devenu podologue est décédé à Tudela le 15 octobre 2008 à 77 ans. Né dans cette ville, ce fou de toreo ne manquait aucune occasion pour saisir les opportunités offertes dans la région. Ses études l’ont amené à suspendre ses aventures taurines mais quelques années plus tard, bien préparé, il décide à 41ans de prendre l’alternative à Pampelune, le 3 juin 1973, parrain Paco Ceballos, témoin Bartolomé Sánchez Simón, toro de la cérémonie de César Moreno. Après avoir reçu l’oreille du toro du doctorat, il se coupe la coleta comme il l’avait prévu. Il ne porta plus l’habit de lumières, mais il se produisit dans de nombreux festivals.                                     

    Lalo Moreno Arocena coupe les deux oreilles à "Hebreo"… et son frère Javier, avant sa sortie en triomphe, lui coupe la coleta. À partir de 1987, il est doblador** à Pampelune durant 18 ans. Né le 12 juillet 1956 à Pampelune, il fait son apprentissage dans l’élevage de son oncle César Moreno et ses débuts avec picadors à Sangüesa. L’alternative eut lieu à Tafalla, parrainée par El Niño de la Capea en présence de Pepín Jiménez, toros d’Antonio Pérez Angoso.

 

     Victoriano de la Serna Ernst né à Pampelune le 1er mai 1939 est le fils de Victoriano de la Serna Gil, figure incontournable des années 30, le diestro de Ségovie, torero et chirurgien pendant la Guerre civile. Il est le deuxième des trois toreros de la dynastie. Alternatives : le père en 1931, lui le fils en 1960 et le petit-fils, autre Victor en 2002. Il y eut aussi des novilleros dans la famille avec ses oncles Pablo, Ramón et Rafael. Quant à son frère José Ignacio, il fut le banderillero, entre autres, de José Fuentes. De quoi parlait-on lors des réunions Familiales ? Il décide de prendre l’alternative à Aranjuez, le 5 septembre 1960. Son parrain est le matador vénézuélien Curro Girón et le témoin Paco Camino. Le toro du doctorat, "Diamante" appartenait à Antonio Pérez de San Fernando (Salamanque). Il offrit solennellement ce toro à son père et connut un après-midi triomphal. Le 15 du même mois, dans le mouvement, il confirme à Madrid devant les toros de Samuel Flores avec Luis Miguel Dominguín et Victoriano Valencia. Il arrête en 1965, reprend en 1968 à Calatayud et raccroche définitivement en 1978. Il décède à Séville le 10 décembre 2016.

 

     Puis vint Sergio Sánchez Chivite né le 12 février à Cintruénigo, ville jumelée avec Mugron. Il entre en 1984 à l’école de tauromachie de Madrid. C’est à Pampelune, le 7 juillet 1990 qu’il prend l’alternative avec Julio Robles comme parrain et Ortega Cano, témoin, toros du marquis de Domecq. Celui de la cérémonie le blesse pendant le tercio de banderilles. Opéré à l’infirmerie,… adieu l’alternative… qu’il prendra le 14 juillet pour sa deuxième présentation contractée pour la Feria. Ce jour-là, le doctorat lui est accordé par José Luis Palomar en présence d’El Fundi et de Pablo Hermoso de Mendoza, toros du comte de la Corte. Le lendemain, tant que c’est chaud, il file à Madrid confirmer l’alternative. Il combat des toros de Moreno de Silva en présence de Raúl Aranda et Juan Antonio Carretero. Il se retire le 29 septembre 1999 à Corella après avoir effectué 141 paseos en corrida. Lui aussi est doblador à Pampelune. 

 

    Javier Martínez "Paquiro" né dans la capitale navarraise le 10 juillet 1972, a intégré l’école de tauromachie de Navarre à 12 ans. Il fait ses débuts avec chevaux, le 18 mars 1990 à Arnedo où il devient, l’année suivante, lauréat du "Zapato de oro". L’alternative s’effectue à Pampelune, le 7 juillet 1992 des mains d’El Niño de la Capea en présence de Miguel Báez Litri avec des toros d’Ortega Sánchez. Le 23 septembre 1997, la police découvre son corps sans vie dans son appartement de Pampelune. Il s’est suicidé, il avait 25 ans. Il venait, cette année-là, de débuter une carrière de banderillero pour le compte de l’Aragonais Paulita, alors encore novillero.

 

Alternative d'Edu Gracia

     Le 11 octobre 1973, Eduardo Apostúa Gracia vint au monde à Pampelune et prend le nom d’Edu Gracia, élève de l’école de tauromachie de Navarre. Première bête tuée à Corella, le 28 mai 1989, et première novillada piquée à Arnedo, le 21 mars 1993. Sa carrière de novillero est interrompue à de nombreuses fois pour blessures. L’une d’elles le contraint à reporter son alternative annoncée pour la Feria de Tudela en 1996. Il peut accéder an doctorat l’année suivant, le 15 août 1997 à Tafalla, parrainé par Juan Mora en présence de Manolo Sánchez, toros de Flores Albarrán. En 1998, il change l’or pour l’argent et devient banderillero.

 

     À la même époque, apparaît Francisco Marco. F. Marco Oyarzábal est né à Estella le 16 avril 1978. Son penchant tauromachique lui est venu par son père, Felix Marco "Marquito" qui avait été torero au milieu des années 1960. Le fils fut aussi un élève de l’école navarraise. Il débute à Pampelune avec chevaux le 6 juillet 1996. C’est à Santander, le 26 juillet 1999, qu’il prend l’alternative avec des toros de Sánchez Arjona. Le parrain est Curro Romero en présence de José Tomás : quel standing ! Il ne confirme que le 18 juin 2006 à Madrid en présence de Frascuelo et Oscar Higares, toros d’El Serrano.

 

Alternative de Pablo Simón

     Quelques années plus tard, émergent Pablo Simón "Chiquilin", Javier Antón puis Javier Marín.                                                                                                              Pablo Simón del Rincón est enfant de Tafalla où il est né le 21 août 1981 dans une famille très taurine avec un grand-père qui fut torero dans les années 1950 sous le nom de Cayo Rincón "Chicuelin". Le petit-fils suivra les cours de l’école de tauromachie de Navarre. Sa première sortie avec le castoreño a lieu à Tafalla le 20 août 2002 et c’est dans cette même ville qu’il prend l’alternative, le 20 août 2006 devant des toros portugais de Santa María avec Antonio Ferrera et le "pays", Francisco Marco. Il coupera l’oreille du toro d’alternative et les oreilles et la queue du sixième ! Depuis 2010, lui aussi a échangé l’or contre l’argent, devenant banderillero.

 

     C’est à Murchante, tout près de Tudela, que naquit Javier Antón Aguado le 14 septembre 1984. Il hérite de la passion paternelle. Son père, Vicente Antón, picador natif d’Ablatas (jumelé avec Geaune, Landes), plus connu sous le nom de "Chamaco" de Ablitas, a créé un élevage de bravos, Mis Canasreras avec du bétail de Santafé Martón. Il fait ses débuts avec picadors à Saragosse devant un encierro de Prieto de la Cal. Le 8 septembre 2013, il prend l’alternative en plaza de Cintruénigo, parrain Ángel Teruel et témoin le rejoneador sévillan Luis Valdenebro. La ganaderia est Los Recitales et le nouveau matador coupe les deux oreilles de son second toro.

 

     Javier Igea Sáiz Marín est né le 15 novembre 1992 à Cintruénigo. Il prend l’alternative dans les arènes de Tudela le 29 juillet 2017 avec Francisco Rivera "Paquirri" et Juan Bautista. Les toros de la cérémonie sont de Valdefresno (oreille et deux oreilles). Il avait débuté avec picadors à Tudela le 25 juillet 2013 avec Javier Jiménez et Jesús Duque, bétail de Manuel Ángel Millares.

 

     Mais c’est à cheval que nous trouvons le meilleur torero en la personne de Pablo Hermoso de Mendoza qui a écrit de nombreuses pages en or dans l’histoire de la tauromachie depuis son alternative à Tafalla en 1989, lui l’enfant d’Estella. Son fils Guillermo ne souhaite que le remplacer avantageusement après avoir obtenu son doctorat à Séville lors de la temporada 2019.

    Rajoutons à ces références, et la boucle sera bouclée, le cavalier Roberto Armendáriz né à Noáin le 15 juillet 1985 qui a pris l’alternative à la Feria de la San Mateo de Logroño des mains de son idole, Pablo Hermoso de Mendoza.

 

*El dia de la Octava. La nuit du 24 décembre, on célèbre Noël, puis suivent huit jours appelés Octave de Noël commençant le 25 et se terminant le 1er janvier. On fête le huitième jour après la naissance. Dans le calendrier liturgique existe aussi l’Octave de Pâques. Jésus ressuscite « le jour après le septième jour de la semaine ». (Ancien Testament).

**Doblador : il est apparu dans les années 1930 à Pampelune pour donner plus de sécurité durant le parcours de l’encierro. Très souvent des anciens toreros.

                                                                 Gilbert Lamarque

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>