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histoire

VICISSITUDES "TAUROMACHIQUES" : LES MOJIGANGAS

Publié le par Cositas de toros

    A côté des despeños, dont il fut question dans la dernière chronique, où le taureau joue le souffre-douleur, naquit un autre genre de spectacle où ce triste rôle est échu aux hommes : les mojigangas. Ce sont des courses bouffonnes où l’acteur emploie tout son "art" à recevoir des coups de la façon la plus grotesque.

    L’origine des mojigangas remonte au XIe siècle. A cette époque l’on avait coutume, dans un grand nombre de villes, de lâcher sur place, les jours de fêtes, un… cochon. Deux hommes, les yeux bandés et armés d’un bâton, devaient lui courir après et le frapper pour avoir le prix.

    Plus tard, on remplaça le cochon par une petite génisse portant une clochette et une bourse. La clochette servait à guider les joueurs et la bourse contenait une récompense pour celui qui réussissait à arrêter la génisse comme font aujourd’hui encore au Portugal, les forcadoslos mozos de forcado.

    L’on s’ingénia ensuite à varier cet amusement et l’on combattit successivement des loups, des renards, des chiens furieux, voire même des sangliers (le cochon était retourné à l’état sauvage !). Ce n’était pas assez : la curiosité malsaine de quelques brutes s’éleva au niveau de la cruauté inspirée des joutes romaines. Néron avait inventé l’ "homme flambeau", ils inventèrent le singe "feu d’artifice". Voici comment ils procédaient. L’on amenait dans l’arène un certain nombre de quadrumanes et on les attachait avec des chaînes en différents points du redondel. Puis on lâchait un taureau. Pour éviter son atteinte, les singes exécutaient d’affolantes cabrioles et bonds qui mettaient les spectateurs en joie. Quelques uns de ces singes étaient habillés avec des "vêtements explosifs", c’est à dire que dans la doublure de ces vêtements, l’on mettait de la poudre à canon. Au moment propice, quand le taureau abordait le singe, un employé mettait le feu aux vêtements de ce dernier, lequel partait en fusée au mufle du cornu, on s’en doute, ahuri.

    Un heureux dérivatif à ces "amusements" stupides et pitoyables fut apporté vers la fin du 18e siècle par une pléiade de toreros singulièrement héroïques. Ces hommes inventèrent un toreo spécial qui leur permettait d’épancher leur fantaisie débordante et de mettre en relief leur invraisemblable témérité.

Mais ce fut peu d’art et beaucoup de brutalité !

    Voici un passage emprunté à l’hispanisant Georges Desdevises du Dézert (1854-1942) dans "L’Espagne de l’Ancien Régime" où est décrit le travail de ces diestros :

    "Un indien, le fameux Ramon de la Rosa, posait les banderilles et tuait le taureau sans descendre de cheval ; il attendait le taureau à la porte du toril, sautait sur son dos, jouait de la guitare et forçait la bête à marcher en mesure ; il se plaçait sur une table en face du taureau, les pieds enchaînés, et sautait par dessus l’animal quand il venait pour se jeter sur lui…"

    J’aurais été, pour ma part, curieux de voir le taureau "marcher en mesure" !

    Mariano Ceballos, autre indien, faisait mieux encore. Monté sur un taureau qu’il éperonnait et guidait ainsi qu’un cheval, il posait des banderilles à un autre taureau.

 

                                                       

Mariano Ceballos, dit l'Indien, tue le taureau de dessus son cheval. Eau-forte n°23 de la Tauromaquia de Francisco de Goya. Musée du Prado

 

    Ces intermèdes "comiques", voire bouffons ne sont que de douces mojigangas !

    Les mojigangas proprement dites, oubliées fort heureusement, étaient d’une toute autre sauvagerie. Peut-être les aborderons-nous prochainement.

Mais ici, point de tauromachie, sinon une barbarie bien délibérée par la perversion des hommes.

Aujourd’hui nos corridas sont plaisantes et gracieuses en comparaison !

 

    Définition du Cossío : "Mojigangas : representación pantomímica y ridícula que se hacía en las novilladas y terminaba con la salida del novillo, que solía poner en dispersión la cuadrilla que la representaba.

Le mojiganguero : el diestro que toma parte en mojigangas. Respectivament se aplica al toreo de poco fundamento y chabacano*".

*chabacano : de mauvais goût.

                       

                                                   

 

    Pedro Calderón de la Barca (1600-1681), l’auteur de La vie est un songe, drame métaphysique écrit en 1634, fut l’auteur de mojigangas. Ici se traduisant par : farces en vers.

 

                                                

 

    Et pour conclure, c’est aussi en Amérique Latine, au Mexique notamment, à San Pancho ou San Miguel de Allende, par exemple, une farce représentée par des défilés conjuguant musique, danses, déguisements, masques et géants typiques (Les gigantes que nous croisons en Espagne).

Cette farce consiste en un texte bref en vers, de caractère comico-burlesque et musical lors du Carnaval mais aussi durant le Carême, la Nativité, etc.

                                                                                        

                                                                                             Gilbert LAMARQUE

 

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LES BAINS FORCÉS

Publié le par Cositas de toros

Aigues Mortes, son blason

Aigues Mortes, son blason

                                   

Aigues-Mortes, tours et remparts

 

    Certains connaissent la tradition de l’engasado à Aigues-Mortes qui maintient ce passage du canal du Bourdigou par les taureaux, évènement regroupant encore quelques aficionados.

Cette tradition semble perdurer. En effet, le mardi 09 octobre 2018, juments et poulains puis taureaux des manades Aubanel, Devaux, Lafon/Iris et Le Levant ont traversé le canal du Bourdigou, canal qui rejoint le Petit Rhône.

 

                                           

L'engasado

 

     Qui n’a pas assisté à l’engasado – la gase ou le passage du gué – ne vibre pas de la même manière aux coutumes de la fête votive près du pont du Bourdigou.

Or ce franchissement d’un bras d’eau a donné lieu en Espagne à une forme semblable qui s’apparentait à une attraction que l’on nommait le despeño (de despeñar : jeter, pousser, précipiter) et qui est relaté dans le tome 1 du Cossío. Voici l’exposé de cette suerte.

On construisait une rampe de bois qui se terminait par un plan incliné sur la rivière. Les toros étaient amenés vers ce lieu, sautaient à l’eau où les attendaient, montés sur des barques, des lidiadores qui les provoquaient jusqu’à ce que les cornus aient regagné l’autre rive où quelques uns les recevaient prenant un malin plaisir à les toréer de cape.

A l’époque des Bourbons d’Autriche, ce jeu était à la mode et nous avons une narration de l’un de ces despeños qui se déroula à Zamora en Castille-et-Léon en 1602 en honneur de Philippe III et de Marguerite d’Autriche.

 

                                                       

Philippe III (1578-1621)

 

    "Pour ce 23 janvier, fête de San Ildefonso, on donna une corrida de 18 toros. A cette occasion, le toril était disposé de telle sorte qu’il faisait face à la rivière, un couloir de planches menant le bicho en droite ligne vers l’eau. Là, sur le Duero, évoluait toute une flottille montée par des toreros avertis".

 

                                                   

Francisco Gomez de Sandoval y Rojas, duc de Lerma (1552-1625)

 

    En 1616, c’est à Lerma que se déroule cette "tarde aquatique" à l’occasion de la translation à l’église collégiale du Saint Sacrement. Le duc de Lerma avait bien fait les choses et Lope de Vega y puise le sujet d’une comédie intitulée "La burgalesa de Lerma" (La bourgeoise de Lerma).

 

 

                                                        

Félix Lope de Vega y Carpio (1562-1635)

 

    Voici ce qu’écrivit Lope : "Depuis la galerie, il y a une rampe couverte qu’empruntent les toros qui vont à la rivière couverte de cygnes blancs qui sont voués au sacrifice. Plus d’un ne put échapper au massacre et le Roi les vit mourir à coups de cornes"… Quelle cruauté ! et alliée à la perversité, elles étaient aussi parfois affaire des grands d’Espagne.

En 1660, à l’occasion du retour de Philippe IV de France où il avait assisté au mariage de l’Infante Marie-Thérèse à Saint-Jean-de-Luz, il fut donné un franchissement de rivière et dans les commentaires de l’époque, il est précisé que les personnes à bord des "vaisseaux" maniaient la garrocha pour mieux inciter les taureaux à nager !

A Madrid, on essaya de faire à l’identique dans le Manzanares, mais un seul toro accepta de prendre un bain et l’irascible s’enfuit sous le nez de tous.

Le dernier despeño eut lieu le 09 mai 1690, semble t’il, à l’occasion des épousailles de Marie-Anne de Neubourg et de Charles II et la suerte dura jusqu’à la nuit ! Mais cette union resta stérile…

 

                                                            

Bous a la mar à Dénia

   

    Le despeño a disparu, reste le bous a la mar, dans la Communauté valencienne à Dénia par exemple, en juillet où on assiste au bain du taureau qui après quelques luttes, retrouve la terre ferme, revient dans l’arène, puis, acclamé, il reprendra le chemin de l’élevage.

Engasado, despeño, ces traditions taurines ont existé des deux côtés des Pyrénées. A l’abrivado répond l’encierro, à l’engasado, le despeño.

Traditions taurines nées à l’occasion de péripéties survenues au cours des travaux des manadiers d’une part, des ganaderos d’autre part.

                                                                                  

 

                                                                                    Gilbert LAMARQUE

 

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LE TAUREAU DANS TOUS SES ÉTATS BESTIAIRE MÉDIÉVAL

Publié le par Cositas de toros

Deuxième partie.

 

Egyptiens fêtant le dieu Apis. Vincent de Beauvais, Miroir historial. 1463. BnF

   

     Image vivante du dieu égyptien Ptah vénéré à Memphis, le taureau fût plus tard associé à Osiris. Figuré dans la division zodiacale où se trouve l’équinoxe du printemps, ce signe est le symbole du soleil qui, à cette époque de l’année, féconde la nature. Aussi attribuait-on la fécondité au taureau Apis et le pouvoir d’en communiquer la faculté aux femmes. Quand un taureau Apis mourait, les prêtres lui cherchaient un successeur. Il devait être né d’une vache fécondée par un rayon du soleil, ce que déterminaient certaines taches noire dans le pelage qui se devait par ailleurs d’être blanc. Une magnifique étable, tournée du côté du soleil levant, était alors construite au lieu même où l’on avait trouvé le nouveau dieu. Là, pendant quatre mois, il était abreuvé de lait. Une procession de prêtres le conduisait ensuite au bord du Nil et l’embarquait sur un vaisseau richement décoré pour l’amener à Nicopolis. Pendant quarante jours, les femmes venaient adorer le nouveau dieu. Il partait ensuite pour Memphis où un temple magnifique lui servait d’étable.

 

Adoration des idoles. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

    Le taureau est présent à des degrés divers dans nombre de religions, les cultes d’Apis et de Mithra notamment. Divinité d’origine perse, Mithra est le dieu Sauveur, le Vainqueur invincible que les armées romaines ont célébré dans l’empire jusqu’à l’avènement du christianisme. Mithra est né d’un rocher, après le solstice d’hiver, un 25 décembre, quand le soleil renaît et que les jours recommencent à grandir. C’est sur l’ordre du Soleil que Mithra égorge le taureau impérieux après l’avoir dompté. De son sang versé et de sa moelle naîtront végétaux et animaux. Ce culte marque l’alternance cyclique de la mort et de la résurrection ainsi que l’unité permanente du principe de vie. Le christianisme pour s’imposer devra lutter contre ces cultes païens et éliminera progressivement le taureau du bestiaire médiéval pour lui préférer le bœuf docile de la crèche.

 

Moïse et le taureau du sacrifice. Guiard des Moulins, Bible historiale. XVe siècle. BnF

 

    Yahvé parla à Moïse et dit : "Si quelqu’un pèche par inadvertance contre l’un des commandements de Yahvé et commet une de ces actions défendues, si c’est le prêtre consacré par l’onction qui pèche et rend ainsi le peuple coupable, il offrira à Yahvé pour le péché qu’il a commis un taureau, pièce de gros bétail sans défaut, à titre de sacrifice pour le péché. Il amènera ce taureau devant Yahvé à l’entrée de la Tente du Rendez-vous, lui posera la main sur la tête et l’immolera devant Yahvé.

 

Loi mosaïque. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

Puis le prêtre consacré par l’onction, prendra un peu de sang de ce taureau et le portera dans la Tente du Rendez-vous. Il trempera son doigt dans le sang et en fera sept aspersions devant le rideau du sanctuaire. Le prêtre déposera un peu de sang sur les cornes de l’autel des parfums qui fument devant Yahvé, et il versera tout le sang du Taureau à la base de l’autel des holocaustes qui se trouve à l’entrée de la Tente du Rendez-vous[…] " Lévitique. Chap 1 et 4.

 

Vision d'Ezechiel : le char de Dieu. Guiard des Moulins, Bible historiale. Début du XVe siècle. BnF

 

    Le prophète Ezéchiel eut la vision : quatre êtres qui paraissaient avoir une forme humaine. Chacun avait quatre visages, chacun avait quatre ailes. Droites étaient leurs jambes dont les sabots semblables à des sabots de taureau, étincelaient comme du bronze poli. Ils avaient tous quatre un visage humain par devant, tous quatre une face de lion à droite, tous quatre une face de taureau à gauche, et tous quatre une face d’aigle. A terre, à côté de chacun des quatre êtres, une roue et dominant la scène l’image du Seigneur.

 

Symbole des évangélistes. Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe siècle. BnF

 

    L’attribution de quatre symboles différents aux quatre évangélistes a sa source dans la vision d’Ezéchiel (paragraphe précédent) et dans la vision de l’Apocalypse. L’aigle est associé à Jean, l’homme à Matthieu, le lion à Marc et le jeune taureau préfigure Luc.

Au XIIe siècle, les clercs et les lettrés enseignèrent aux infidèles les significations qu’ils attribuaient aux trois animaux : de Jésus on disait qu’il fut homme en naissant, veau (jeune taureau) en mourant, aigle en montant au ciel. De même chaque chrétien se devait d’être à la fois homme, veau, lion et aigle : homme parce qu’il est doué de raison, veau parce qu’il faut pouvoir se sacrifier pour Dieu, lion parce que le juste doit éprouver le courage de ne rien redouter, aigle pour contempler les choses célestes et éternelles…

 

Saint Luc écrivant. Vies des saints. XIVe siècle. Enluminure par le maître de Fauvel. BnF

 

    Le bœuf (veau) est l’un des trois animaux évangélistes qui accompagnent Luc, Marc et Jean. Les enlumineurs du Moyen Âge aimaient peindre Luc, leur saint patron et le représentaient avec son animal évangélique. Le bœuf de saint Luc n’a pas toujours été un bœuf. Les irlandais du haut Moyen Âge lui préféraient un veau, symbole d’innocence, et les Carolingiens, un taureau, symbole de puissance, mais au poil blanc, symbole de pureté. Au temps des carolingiens, le bœuf est l’émanation même de Dieu qui souffle à saint Luc la parole divine.

 

SaintLuc écrivant. Guiard des Moulins, Bible historiale. XVe siècle. BnF

 

    Il apparaît souvent ailé et nimbé comme ci-dessus.

 

Saint Luc

 

    Peu à peu le bœuf se transforme en compagnon du saint lui tenant son livre, lui servant de lutrin et même parfois de repose pied comme sur cette statuette de bois.

 

Le taureau zodiacal. Evrard de Conty, Echecs amoureux. Vers 1496/1498. BnF

 

    Deuxième signe du Zodiaque, le Taureau (21 avril-20 mai) se situe entre l’équinoxe du printemps et le solstice d’été. Symbole d’une grande puissance de travail, il figure aussi tous les instincts, principalement celui de la conversation, de la sensualité et d’une propension exagérée pour les plaisirs. Ce signe est en effet gouverné par Vénus, selon le langage astrologique. C'est-à-dire que la constellation du Taureau se trouve en parfait harmonie avec cette bachique à la gloire de Vénus. C’est un chant de plénitude lunaire dans l’exaltation de la mère-nature.

 

Allégorie : Triomphe de la Mort. Pétrarque, Trionfi. XV-XVIe siècle. BnF

 

    Dans le bestiaire de la mort, le bœuf joue un rôle important : il sert de monture au XVe siècle, à l’allégorie de la mort. Depuis le XIIe siècle et jusqu’alors, elle était montée sur un cheval et, armée d’un arc et d’une flèche, pourchassait les vivants. Elle allait au galop et ne se presse plus, adoptant le pas lourd et sage d’un animal de labours, qui symbolise bien la fatalité d’un évènement inéluctable. Le symbole s’appuie sur des éléments de réalités. Novembre est à la fois le mois des morts et celui où le boucher médiéval tuait le bœuf. Pour des raisons d’hygiène, en milieu urbain, on pratiquait la vente et le sacrifice des bœufs dans les cimetières à l’écart des villes.

 

Nativité. Pierre Lombard, Sentences. XIIe siècle. BM de Troyes

 

    Bien avant la naissance du Christ, Isaïe pouvait écrire : "Le bœuf reconnaît son bouvier et l’âne la crèche de son maître, Israel ne connaît rien, mon peuple ne comprend rien." Rien d’étonnant à ce que le bœuf et l’âne se soient penchés sur la couche de l’enfant Jésus. Pas un mot pourtant à ce sujet dans les évangiles sauf dans les évangiles apocryphes. Cette légende de la crèche envahit toutefois l’iconographie médiévale.

 

Détail. Sentences, un traité de théologie. Il s'agit de l'un des liens les plus importants du Moyen Age.

 

    Nous, vulgaires et méprisables, nous avons transformé la crèche en arène, l’âne en cheval et le bœuf en taureau furieux. Et ce, pour le plus grand ravissement des uns et le plus grand courroux des autres.

Que les foudres de l’Éternel ne s’abattent point sur nos humbles esprits !

Deo gratias.

 

 

Gilbert LAMARQUE

   

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LE TAUREAU DANS TOUS SES ÉTATS - BESTIAIRE MÉDIÉVAL

Publié le par Cositas de toros

Première partie.

 

Manuscrit du Roman de Renart. BnF.

 

    La lecture de l’ouvrage de Michel Pastoureau : Le Loup – une histoire culturellle. Éd. Du Seuil, particulièrement jouissive, m’a donné l’idée de divaguer dans les manuscrits et enluminures. Au chapitre 5 intitulé : Ysengrin : un loup pour rire ?, l’auteur nous conduit au cœur du Roman de Renart, souvenez-vous des aventures d’un goupil rusé et querelleur nommé Renart ! les plus anciens écrits sont datés de 1174-1205 formant un noyau cohérent ; les autres plus disparates, ont été composés dans la première partie du XIIIe siècle. C’est donc un "roman" à plusieurs mains dans lequel nous voyons s’affronter Renart et le loup Ysengrin, les deux héros principaux : Renart représentant le petit peuple (un "gilet-jaune" moyenâgeux), Ysengrin, la bourgeoisie lourde et patentée.

Mais pourquoi aborder le roman de Renart ? Révisons nos classiques… Cette œuvre n’est pas un roman, mais un recueil en langue romane, donc en français. C'est un ensemble de récits animaliers, véritable satire avant la lettre. Il existe dans cette longue liste de "personnages" avec Renart, le renard alias Goupil, Ysengrin, le loup éternel ennemi, Noble le lion, Tibert le chat, Baudoin l’âne, Chanteclerc le coq, Blanche l’hermine… un taureau nommé Bruyant. Celui-ci agrémente discrètement les pages de cet ensemble tout comme le taureau dans le bestiaire médiéval où il est beaucoup plus présent.

 

Siège de Maupertuis. Le roman de Renart. BnF.

 

    J’ai donc extrait le document ci-dessus d’un manuscrit provenant de la Bibliothèque nationale de France. Cette enluminure, en haut à gauche, met en scène le roi Noble le lion armé d’un coutelas, Bruyant le taureau et Tardif le limaçon portent l’enseigne à la poursuite de Renart qui s’est réfugié dans son château de Maupertuis.

                

                     « Le Roi demanda qu’on lui présentât les ôtages et ne voulut pas faire grace d’un seul. Ysengrin livra pour les siens Brun l’ours, Tybert le chat, Chanteclerc le coq et sire Couard le lièvre. Renart choisit de son côté ceux dont l’expérience étoit le mieux connue : Bruyant le taureau, Baucent le sanglier, Espinart le hérisson et son cousin Grimbert le blaireau. La bataille fut remise à quinze jours ; Grimbert se portant garant que damp Renart se présenteroit à la place et à l’heure dites, pour abattre l’orgueil d’Yssengrin. "Allons, dit le Roi, ne ranimez pas les querelles ; mais que chacun de vous retourne paisiblement à son hôtel."

    Renart n’étoit pas assurément de la force d’Ysengrin ; mais il possédoit mieux tous les secrets de l’escrime, et cela l’avoit décidé à accepter la lutte. S’il est moins vigoureux, il sera plus adroit ; il saura tirer partie de l’entre-deux, il se repliera pour découvrir son adversaire au moment favorable ; il connoit à fond le jambet, les tours françois, anglois et bretons, la revenue, les coups secs et inattendus. Pour Ysengrin, il ne croit pas avoir besoin de préparation ; fort de son bon droit et de la faiblesse de Renart, il va tranquillement dormir a son hôtel, en maudissant les ajournemens qui retardent l’appaisement de sa vengeance.

… » (sic)

 

La cour du roi Noble. Le roman de Renart. BnF. Bruyant est au fond à droite.

 

     Partant de cette lecture, j’ai souhaité pousser plus loin la corne en introduisant ci-dessous le bestiaire médiéval en privilégiant le Taureau. Car dans ce bestiaire nous trouvons le lion, l’ours, la colombe, le cerf, le renard, l’agneau, la licorne, le dragon et autres animaux fantastiques et bien sûr, le taureau.

Toutes les iconographies suivantes sont issues de manuscrits du Moyen Âge, généralement du XVe siècle nous contant l’histoire du Taureau dans la mythologie, l’antiquité et les religions.

Vous trouverez les différentes illustrations issues des manuscrits abrités par la BnF à l’exception d’une seule provenant de la Bibliothèque municipale de Troyes et datée du XIIe siècle.

 

Janus labourant. Saint Augustin, la Cité de Dieu-entre1469 et 1473. BnF

 

    Au Moyen Âge, les bovins sont surtout élevés comme instruments de travail. Le bœuf joue en effet un rôle majeur dans les labours et le transport. Plus lents que les chevaux, les bœufs sont capables de traîner des charges plus lourdes. Le bœuf est donc le symbole de richesse et de force. Il est aussi chargé d’une puissante symbolique christologique : créature douce et paisible, dotée de patience et de bonté, il creuse comme le Christ des sillons fertiles et se sacrifie pour le service des hommes.

 

Marchand de viande de boeuf. Allemagne, Rhénanie. XVe siècle. BnF

 

    On a longtemps imaginé que le Moyen Âge se nourrissait d’herbes et de racines et était privé de viande à l’exception de la charcuterie. Il n’en n’est rien. En dehors des périodes de crises, les derniers siècles du Moyen Âge atteignent des consommations de viande et le bœuf est la viande la plus consommée.

Par rapport au veau, le bœuf est une viande de peu de noblesse, aussi est elle peu représentée dans les livres de cuisine aristocratiques. Elle fait partie des "grosses viandes" en général bouillies.

 

Pasiphaé et le taureau de Crète. Ovide, Métamorphoses. Livre XV. XVe siècle. BnF

 

    Dans la tradition grecque, le taureau blanc est l’animal divin par excellence. C’est sous cette forme que Zeus avait enlevé la jeune Europe pour la conduire en Crète où ils s’unirent et eurent trois fils. L’un d’eux, Minos, disputant la royauté à ses frères, demande à Poséidon de lui assurer son soutien en faisant surgir sur les flots un taureau qu’il lui sacrifiera en retour.

Avec une robe blanche éclatante, l’animal est d’une telle beauté que Minos rechigne à tenir sa promesse et en immole un autre. En châtiment, Poséidon rend le taureau furieux et inspire à la reine Pasiphaé un amour monstrueux pour l’animal dont naîtra le terrible Minotaure… Emporté sur le continent par Héraclès, le taureau de Crète sera maîtrisé à Marathon par Thésée (une des premières faenas…), héros athénien qui vaincra aussi le fils, cette créature hybride recluse dans le labyrinthe.

L’enlumineur a-t-il eu méconnaissance du mythe pour représenter un taureau noir ? Ou bien est-ce un choix délibéré marquant une condamnation implicite de l’acte contre nature ?

 

Jason et les taureaux monstrueux. Ovide, Métamorphoses. Livre XV. XVe siècle. BnF

 

    Selon le mythe grec, Jason, pour recouvrer le pouvoir, devait rapporter la Toison d’Or en son royaume. Avec ses compagnons les Argonautes, ils arrivent en Colchide où Jason doit imposer le joug aux taureaux d’Héphaïstos, le dieu du feu. Réputés indomptables, ces deux bêtes monstrueuses portent  des sabots d’airain et soufflent le feu par les naseaux. Cette condition signifiait que le héros devait dompter ses passions avant de conquérir la Toison d’Or, symbole de la perfection. Prise d’une passion pour lui, Médée, la fille du roi, viendra à son secours contre la promesse de l’épouser.

 

Pèlerins au Val d'Enfer. Jean de Mandeville, Livre des Merveilles. XVe siècle. BnF

 

    Pendant plusieurs siècles, la religion s’opposa au culte de Mithra, d’autant que c’était aussi une religion monothéiste, croyant en une résurrection. Quand le christianisme l’emporta au IVe siècle, il chercha à éliminer le culte de Mithra et notamment le symbole du taureau tué par Mithra dont le sang avait fécondé la nature et l’avait fait revivre. Le taureau est alors diabolisé ; son sang devient vénéneux, il devient un des attributs de Satan et la tête, les pieds, la queue et surtout les cornes du taureau sont associés au diable. L’Église combattit les symboles cornus qui restèrent cependant associés à une force magique dans les champs de bataille et dans les tournois.

 

    A suivre…

 

                                                                                        Gilbert LAMARQUE

 

 

 

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POURQUOI ?

Publié le par Cositas de toros

POURQUOI ?

       Autrefois, la blessure par coup de corne entraînait inévitablement après une période de repos, une convalescence suivie d’une réadaptation qui pouvait se prolonger lorsque le torero avait repris le chemin du ruedo. Ses moyens physiques étant quelque peu diminués lui permirent de bénéficier au cours de l’histoire taurine, de facilités, de faveurs, qui, par la suite, sont devenues la norme pour tous les toreros.

 

    Pourquoi le burladero ?

 

 

     Cet abris de planches, placé en avant de la barrière, de la talanquère comme disent les coursayres, et formant chicane par où se glisse le piéton à la fin (ou pas) d’une suerte, est né d’une doléance exprimée par des maestros relevant de blessure et qui de ce fait, ne pouvaient sauter aisément l’obstacle de la barrière.

Dans un premier temps, on plaçait les burladeros lorsque figurait au cartel, un torero convalescent et on l’annonçait sur les affiches. Puis, cet abris protecteur étant fort utile voire commode, il fut mis en place de plus en plus fréquemment et vint le jour où sa présence dans l’arène fut incontournable, donc permanente.

 

    Pourquoi l’épée factice ?

 

    Même participation… l’épée factice ou ayuda fut utilisée au départ avec une autorisation de la présidence par un matador qui, en période de remise en forme, de convalescence, après une quelconque blessure, ne pouvait utiliser lors de la faena de muleta, l’épée d’acier trop lourde.

La tolérance ici aussi, est devenue la règle. Le mérite de l’utilisation de l’épée de muerte n’en n’est que plus grand, et remarquons qu’à cet instant, le toro n’est pas abandonné à lui-même en fin de faena, situation contraire à ce que nous vivons aujourd’hui au changement des épées. Le diestro lampe sa gorgée d’eau dans sa timbale argentée, s’essuie le visage, prend quelques conseils pendant que parfois, un péon vole une passe de cape à ce toro, soulevant force sifflets et l’état moral et physique se modifient durant ces précieuses secondes, éternelles !

 

 

    Sinon peu de modifications ont été apportées par l’expérience acquise au fil du temps. J’en veux pour preuve, l’équipement du torero, son habit de lumières. Un détail cependant : autrefois il utilisait une large ceinture en tissu qu’il enroulait en plusieurs fois autour de sa taille comme les écarteurs landais la porte toujours. Elle était destinée à protéger le bas ventre de la corne !…

 

     Le peto du cheval a été revu, le poids pachydermique du canasson itou, et le cavalier a, dans l’ensemble profité d’un régime amaigrissant. La forme de la pique a vu quelques modifications.

 

 

Que l’on protège la monture et son cavalier, soit, mais arrêtons de tricher avec les varas ! Mais cela est une autre polémique déjà débattue.

 

     Face au danger de la cornada et aux suites généralement terribles, l’homme a fait preuve de recours et d’intelligence ; et même si quelquefois il a modifié en sa faveur le règlement, on ne peut guère lui jeter la pierre. Au contraire, nous ne pouvons que nous en féliciter !

 

N.B.

 

    L’épée ou estoque mesure environ 90cm, légèrement courbée sur les 20 derniers cm, généralement fabriquée en acier de Tolède. Son prix est de l’ordre de 500 € environ.

 

                                                                                       Gilbert LAMARQUE

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