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histoire

LE CHEVAL DE CORRIDA - 3

Publié le par Cositas de toros

    

    Nous n’avons pas connu l’Âge de glace et le temps des dinosaures, par contre nous vivons  depuis peu, l’Âge du gel – hydroalcoolique – malgré sa pénurie, et la disparition en politique, des dinosaures troqués par une vague de morveux nés mal entendants et mal voyants, nébuleux et paradoxaux qui ne valent guère mieux.

Il est difficile dans cette période angoissante, d’entrevoir un horizon heureux.

« La France a peur » disait Roger Gicquel. Contre la menace invisible mais bien réelle, n’en déplaise à quelques illuminés, il reste le confinement. Assignés à résidence, ayons une pensée pour les autres, assignés à s’exposer.

              

 

                          LE CHEVAL DE CORRIDA

 

3e partie : le picador dans l’arène, en tienta, les cuadras de caballos.

 

     L’acoso y derribo, vu au chapitre précédent, pourrait être qualifié de pratique intermédiaire entre la tauromachie d’origine chevaleresque et le travail du picador indispensable à la corrida à pied, populaire.

Les premières affiches annonçant les corridas à pied mentionnaient le nom des picadors (varilargueros) au même titre que celui des matadors porteurs des capes destinées à protéger le cavalier avec autant d’efficacité que d’élégance et à placer le taureau pour l’estocade.

Que dire des chevaux utilisés ? D’abord, que, contrairement aux destriers de l’Ancien Régime, ils n’appartenaient pas au picador mais à l’organisateur de la corrida qui devait acheter auprès d’un adjudicateur entre vingt et quarante (trois ou quatre par picador) pour une course de six à huit taureaux. Ensuite, ils ne faisaient pas l’objet de spécificités très rigoureuses. Que s’était-il passé pour que le cheval de corrida se trouve à ce point discrédité depuis que les Bourbons avaient contraint les nobles et leurs chevaux à quitter le devant de la scène ? Tout porte à croire que le retrait des hauts personnages convaincus de la pureté de leur sang et de celui de leur monture avait entraîné chez le cheval, la perte de son statut de héros respectable. Il redevenait le vilain de l’affaire, condamné à l’éventration en tant qu’outil jetable réduit à une simple fonction utilitaire. Le détenteur du marché de la fourniture des chevaux s’engageait d’ailleurs dans le contrat, à évacuer leur dépouille vers les lieux d’enterrement ou d’incinération, même s’il « se voyait autorisé à négocier les peaux et les crins des chevaux tués... »

Après que les aristocrates toreros avaient abandonné le rôle principal de la corrida officielle à des hommes du peuple attirés par le professionnalisme, le cheval est resté dans l’arène à travers la figure du picador. Aujourd’hui, celui-ci fait partie de la cuadrilla de subalternes aux ordres du matador. Sa fonction consiste à enfoncer la pointe métallique en de ça du morillo du taureau pour tester sa bravoure, le fatiguer, et le contraindre à baisser la tête, a humillar.

Dans ce contexte, le cheval permet au plus grand nombre d’évaluer la bravoure, la "race", le caractère spontané de l’animal voulu comme sauvage.

 

Tienta chez Casanueva. 15 juillet 2019. Picador Laurent Langlois.

   

     Qu’on le reconnaisse ou non, son rôle se révélera donc fondamental au cours de la tienta, cette partie entièrement dévolue au processus de sélection. Ici, le picador et le torero invités par l’éleveur se substituent matériellement à ce dernier afin d’assurer le succès d’une opération fondée sur la croyance que les qualités psychiques des animaux se transmettent à travers la sélection. La tienta est dédiée à l’ensemble des vaches de un à deux ans, ainsi qu’aux erales présélectionnés  en tant qu’étalons potentiels ; ils sont tous soumis dans un premier temps au test de la pique. Quelques éleveurs "romantiques" ont tendance à se contenter de cette épreuve qui ne blesse que légèrement l’animal, mais permet de jauger la part de "sauvage" recherchée. Souvent, même s’ils ne l’avouent pas, ils se désintéressent assez vite du travail à la cape du torero ; c’est pourtant ce dernier épisode qui est censé mettre en valeur les qualités du bicho pour les séquences plutôt ancrés dans le "culturel", dans l’artistique contemporains et favorables au succès public du torero.

Les veaux et les génisses qui ont failli au test lors de cette phase initiale, n’iront pas plus loin, stoppés par l’impératif « puerta » du ganadero, « puerta » direction l’abattoir. Par contre, les bêtes conservées jusque là après l’épreuve du cheval seront "toréées" à la cape, dans l’espoir d’une vie consacrée à la reproduction.

Ce cheval de picador contrairement à son semblable utilisé dans le campo et souvent, aujourd’hui remplacé par le cheval-vapeur, continue d’imposer sa robuste présence, mais plus athlétique, sportif et affiné.

 

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Le cheval-vapeur

 

      Ce cheval de corrida, actuellement est beaucoup plus choyé que ne l’était son aïeul avant que ne naisse le caparaçon. Il est le maître-étalon de la bravoure, l’outil indispensable à l’amélioration, donc à l’avenir de la ganaderia.

Quelques cuadras de caballos :

- Alain Bonijol qui a bousculé le concept de cheval de picador en présentant des jeunes chevaux légers et plus mobiles pouvant apporter une revalorisation du tercio de piques. Ces chevaux font l’apprentissage de leur métier et ils sont donc particulièrement aptes à affronter les toros, quelle que soit leur puissance.

- La Cuadra de Caballos de Picar de Antonio Peña Cruz.

- La Cuadrilla d’El Puyero de José García qui officie à Las Ventas, qui remplaça à Vic, celle d’Alain Bonijol lors de la dernière temporada.

- Philippe Heyral, descendant d’une dynastie d’empresas de caballos à Nîmes, considère qu’un cheval de picador doit-être conduit au mors (importance de la "bouche") et non à l’étrier gauche.

 

Philippe Heyral

     Son grand-père Jacques a inventé le peto en 1929, qui, à l’époque protégeait l’avant du cheval car on crai  gnait la blessure mortelle de face, droit au coeur. A cette époque, on attendait et recevait le toro de face… a caballo levantado, de frente ou en rectitud. Le toro et le picador restent sur la même ligne, l’un en face de l’autre. Mais cette façon de piquer est en réalité rarement usitée depuis Guerrita, qui transposa dans l’arène la façon de piquer en usage dans les tientas, c’est-à-dire de profil.

 

Picar a caballo levantado. Cuadra Bonijol

     La suerte dite a caballo levantado, à cheval cabré, résulte aujourd’hui d’une poussée du toro sur le cheval et non plus d’une adroite figure cavalière visant à épargner la monture. Autrefois, il était question, en même temps que l’on freinait la charge du bicho à bout de bras, disons, à bout de pique, de faire cabrer sa monture, lui ordonnant d’effectuer un quart de tour pour ouvrir la sortie sur le torero de turno, toujours à la tête du cheval, offrant la possibilité d’un quite.

Je m’abstiendrai de traiter des actuelles suertes de pique avec le cheval présenté de profil…

 

… à suivre

                                                                                                  Gilbert Lamarque

 

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LE CHEVAL DE CORRIDA - 2

Publié le par Cositas de toros

    

    La créativité est une conséquence positive de l’ennui aussi bien que la raison d’être plus productif. Voici un dernier qualificatif qui ferait plaisir à notre Président !

Le confinement nous permet d’être plus altruiste et motivant et nous pouvons abandonner toute démotivation, toute lassitude…

Allez, ce n’est pas l’heure du jugement dernier ! Créez, soyez bons et généreux lorsque vous aurez repris votre liberté volée.

Et consolez-vous en imaginant que les odieux personnages qui hantent vos nuits et que l’on déteste, recevrons ce qu’ils méritent dans l’au-delà.

 

 

2e partie : rejones et acoso y derribo.

 

     Rappelons que la corrida nobiliaire des XVIe et XVIIe siècles impliquait l’utilisation de deux armes. D’abord la garrocha ou lance, qui suppose une monte à la bride avec les étriers longs et une immobilité relative. «  El alencear s’effectuait à cheval arrêté, à attendre la charge du taureau pour lui plonger la lance dans le cou, puis faire effectuer une volte au coursier vers la gauche pour lui épargner tout dommage ». Ensuite, le rejón, qui réclame une monte a la jineta (avec des étrivières fort courtes, de manière que les pieds, et donc les éperons soient tout près des flancs de l’animal) et autorise davantage de mobilité. Le rejón est une lancette en bois dur longue de 1,60 m, tenue à la main et terminée par une pointe métallique qui devait être portée sur le taureau dans un intervalle situé entre la nuque et la croix, à peu près au niveau des épaules.

Les techniques utilisées à l’époque semblent s’être limitées à des pratiques d’évitement et de harcèlement se terminant souvent par la mise à mort de l’animal depuis le cheval, ou à pied, lorsque le torero avait failli lors d’une des phases de son travail.

De nos jours, quelques deux siècles après son abandon en Espagne, le règlement officiel de la "nouvelle" (1930) corrida de rejón, reprend les trois temps de la corrida à pied. Pour le premier tercio, le rejoneador utilise une arme de "châtiment" dotée d’une lame de 18 centimètres destinée à « réduire la force du taureau et à réguler ses charges ». Avec le tercio des banderilles, le plus spectaculaire, il s’agit de poser des paires de harpons (7 cm) de diverses longueurs de bois (de 20 à 70 cm). Lors du dernier tercio, la mort est donnée au moyen du rejón de muerte, une lance à lame plus longue (65 cm) qu’il faut enfoncer au niveau du morillo du toro. 

 

Andy Cartagena, Nîmes juin 2016

 

     Une telle pratique dangereuse pour l’homme et le cheval, même si les cornes sont réglementairement épointées, voire gainées, requiert une monture apte à devenir une manière de prolongation de l’homme. Pour se montrer à la hauteur de son engagement, le rejoneador se doit de "fabriquer" un destrier atteignant le degré suprême d’un processus de domestication qui vise à transformer une "brute" en outil adapté aux exigences culturelles de la représentation. Comment imaginer qu’un torero se contente de préparer son cheval pour la seule monte ?

Il faut ici, une domestication spécialisée réussie, la doma (le dressage).

Donc, obligation est faite pour le cheval de rejón de correspondre à une esthétique et une mentalité précises : pas trop grand, rapide, équilibré pour les changements de direction, avec une bonne bouche, et assez de force pour supporter les coups éventuels ; docile comme l’espagnol, facile à préparer, mais avec du caractère, comme l’anglais… Comme au temps des prescriptions édictées par les Siete Partidas d’Alphonse X, il devra évidemment se réclamer d’une lignée et d’un sang reconnus : arabo-andalou, anglais, portugais surtout dans la corrida moderne. Le plus célèbre cheval de rejoneo, Cagancho, propriété de Pablo Hermoso de Mendoza, constituait une exception. Lusitanien de bonne souche, il ne présentait aucune des caractéristiques physiques et mentales souhaitées. Pourtant, « le cheval Cagancho restera dans l’histoire de la tauromachie comme un torero de génie (…), Jacques Durand, Libération, 12 juillet 2002.

 

Cagancho, le cheval torero

 

     Et ensuite, il est à souligner que le résultat tauromachique du processus de création s’est totalement libéré des contextes supposés le justifier, ou au moins le motiver, avant le XVIIIe siècle : guerre chevaleresque d’un côté, activités d’élevage extensif de l’autre. Le cheval de rejoneo n’a rien d’une monture militaire de terrain. Réputé exalter les valeurs guerrières de son cavalier, il se doit d’allier une efficacité technique à une esthétique de parade pour répondre à l’image sociale et culturelle qu’il  est censé transmettre. 

 

Acoso y derribo

     

     Dans l’Espagne d' aujourd’hui, des techniques traditionnelles de sélection des taureaux ne subsistent que dans le cadre très codifié et sportif du acoso y derribo. Il s’agit désormais d’une manière de divertissement surtout pratiqué par de riches cavaliers utilisant des montures proches de celles du rejoneo. Ici toutefois les chevaux (anglais de préférence) paraissent moins contraints, car ils n’ont pas à faire face directement aux bovins, mais doivent suivre les animaux et les approcher pour que le couple de cavaliers les fasse tomber en pleine course d’un violent coup de garrocha sur le train arrière. Pendant très longtemps, cette pratique a tenu lieu de tienta, permettant de vérifier le caractère combatif des bêtes, de sélectionner à l’âge de deux ans les futurs reproducteurs et d’évaluer la qualité supposée des taureaux destinés à la corrida.

 

… à suivre.

                                                                                                   Gilbert Lamarque

 

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LE CHEVAL DE CORRIDA - 1

Publié le par Cositas de toros

    Notre horizon s’est brutalement rétréci, limité aux quatre murs de notre logement. Nous vous invitons à vous évader grâce au cheval. Avouez que fuir ce triste quotidien avec cet équidé a de la "gueule". Nous sommes liés à lui depuis les présentations sur les parois des grottes préhistoriques, telle que Lascaux. Il est présent dans notre culture, aussi bien dans les mythes, les légendes, les reliques que dans l’art, les jeux, les jouets et les travaux.

Levez-vous de votre fauteuil, quittez vos mules et adoptez le cheval

 

 

 

                           

Lascaux

       

     L’aficionado réduirait volontiers la corrida à trois éléments : le toro, le torero et le spectateur. Le cheval a pourtant toujours constitué un segment essentiel de la Fiesta Brava, même après le passage au XVIIIe siècle de la corrida équestre à la corrida à pied, bien plus populaire.

 

 

                                            LE CHEVAL DE CORRIDA

 

1ère partie : l’avènement de la tauromachie.

 

     La majorité des jeux avec les taureaux restèrent l’apanage de nobles cavaliers jusque à  l’arrivée de Philippe V, le premier Bourbon sur le trône espagnol.

Philippe V

     Ces joutes n’avaient aucune véritable dimension sacramentelle. Elles visaient à satisfaire à la fois le besoin du peuple de croire à la fête tout en s’exprimant à travers les bovins, et la volonté de certains seigneurs de s’illustrer publiquement dans cet art spécifique. Guillaume Araceli, spécialiste de l’histoire de la tauromachie, fait remarquer que la plupart des Grands d’Espagne, à quelques exceptions remarquables près, préféraient rester spectateurs. Le pouvoir se trouvant assumé en partie par le groupe des aristocrates guerriers, la corrida était annoncée comme un entraînement et une réplique de l’art de la guerre. Il va de soi que la monte équestre était réservée aux hidalgos en Espagne comme ailleurs en Europe, et bien sûr en Amérique espagnole, et en dehors de certaines activités d’élevage. Car l’appellation caballero, "chevalier", désignant dans toute sa rigueur l’homme bien né, l’homme de cœur, le "monsieur" dans toutes les acceptions du terme.

Comme l’avaient stipulé les Siete Partidas D’Alphonse Le Sage dès le XIIIe siècle, le cheval extrait de la nature était tenu pour consubstantiel à l’homme modèle culturel. La Partida II, titre 21, loi 10 annonçait : « Les caballeros doivent être bons connaisseurs en chevaux et en armes. […] Et entre toutes ces choses qu’ils doivent connaître parfaitement, il en est une qui dépasse toutes les autres : connaître le cheval, car dans la mesure où le cheval est grand et beau, s’il arrivait que le caballero ne soit pas de bonnes manières et qu’il ne soit pas fin connaisseur en la matière, il lui adviendrait deux maux : le premier, qu’il perdrait tout ce qu’il a donné pour lui ; le second, qu’il pourrait se retrouver en danger de mort (...) ». Le caballero se voyait donc légitimé à affronter des bovins  dans les lieux propres au pouvoir central aménagé pour la circonstance, telles la Plaza Mayor de Madrid ou la Plaza de San Francisco à Séville, bordées de bâtiments abritant les divers organes, civils et religieux, du gouvernement.

 

Fiesta real en la Plaza Mayor, vers 1623. Juan de la Corte

 

     Sur la base indissociable du couple caballero/cheval, le pouvoir se légitimait en se positionnant sur la frontière exacte de la nature et de la culture, toutes deux également contrôlées. Un représentant de l’aristocratie d’épée aurait d’ailleurs été aussitôt déchu de sa condition s’il avait prétendu réclamer la moindre obole pour sa participation aux joutes taurines. Cela impliquait pourtant des coûts considérables et des risques pour les chevaux que les nobles rechignaient de plus en plus à assumer. C’est une des raisons de la désaffection progressive de l’aristocratie. Une désaffection que les Bourbons s’empressèrent d’entériner, prétendant imposer une réglementation qui paraissait inéluctable. Ils éloignèrent du combat, les cavaliers aristocrates et ainsi, involontairement, ils ouvrirent la voie à un type de torero issu généralement de familles d'éleveurs ou de bouchers, qui deviendra le protagoniste indiscutable des corridas populaires qui vont se donner sur les places des villes et des villages. Ainsi, à pied, armé seulement d'une cape et d'une épée, le picador à cheval relégué au second plan, le nouveau torero dut déployer un art du combat qui éblouissait les masses, dans le type de corrida où l'émotion et le courage individuel l'emportaient largement sur le spectacle antique et stéréotypé de l'aristocratie à cheval.

On se doute bien que les règlements et les traités ordonnançant le déroulement des courses de taureaux imposaient l’utilisation de chevaux adaptés à la circonstance. Rien ne pouvait être laissé au hasard car l’enjeu était de taille, rien moins que la légitimation d’un ordre social fondé sur le sens de l’honneur. Comme le recommandait Cárdenas y Angulo dans le traité qu’il avait rédigé en 1651 : « Le caballero qui désire toréer doit se rendre capable de ce qu’il devra accomplir, pour se doter à la fin des moyens efficaces qui lui permettront de briller ». Or, alors même qu’on lui demande de faire preuve de légèreté et d’élégance en toutes circonstances, sa tâche se complique du fait que « la réussite d’un caballero qui entre en piste pour toréer dépend de l’instinct de deux brutes ». S’il est vrai que l’essence de la tauromachie espagnole réside dans la relation de la lutte entre l’homme et le taureau, la situation se complique singulièrement dès l’instant que l’homme recourt à un autre représentant de la nature, le cheval, qui se voit transformé à la fois en allié et en outil, le soutien au travail de l’homme torero. Or, au XVIe siècle, le cheval restait très lié à la nature, et plus précisément, en dehors de l’importance reconnue à la couleur de la robe, aux quatre éléments cités par Suárez de Peralta en 1580 :

     « … et comme celui qui participe le plus d’un de ces éléments s’en approche particulièrement, celui qui tient de la terre sera plutôt mélancolique, viril, terre à terre et fort ; s’il est de l’eau, il sera flegmatique, paresseux et imprévisible ; s’il est de l’air, il sera sanguin, agile, joyeux et de mouvements modérés ; s’il est de feu, il sera colérique, ardent, et très vif ; mais celui qui participe également de chacun des éléments, celui-là sera parfait et très bien conditionné ».

Comment dans ces conditions peut-on affirmer que le type de cheval propre au rejoneo s’impose comme une œuvre d’art nécessaire à l’accomplissement de l’art taurin ?

 

… à suivre.

                                                                         Gilbert Lamarque

 

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QUAND L’HISTOIRE BÉGAYE

Publié le par Cositas de toros

QUAND  L’HISTOIRE BÉGAYE

    La défense des corridas, article rédigé dans Toros-Revue, n° du 27 janvier 1900.

 

    Un projet de loi est déposé le 15 janvier 1900. Ici, projet tendant tout bonnement à supprimer les courses de taureaux dans l’Hexagone ; projet bien « descendu » par le revistero J. d’Estoc avec conviction et une belle pointe d’humour !

Rafraîchissant malgré la date éloignée, la dlc est consommée !

 

    Toros-Revue a paru du 18 avril 1897 jusqu’en 1905. Les bureaux se situaient 6, Place Puy-Paulin à Bordeaux. Hebdomadaire de 8 pages paraissant le jeudi, H. Tarride en était le directeur et Ferdinand Parent "Mosca", le rédacteur en chef. Selon l’excellent critique Marcel Grand "Don Severo", la revue jouissait d’un grand crédit.

 

Paul Bertrand

 

    Sous la Troisième République, Paul Bertrand (1847-1936) était député de la Marne de 1899 à 1910 ; période traitée ici, la IXe législature. Il rédigea un certain nombre de rapports sur des problèmes particuliers. Il prit la parole en séance publique dans des discussions concernant le travail des enfants, des filles mineures et des femmes dans les établissements industriels (1899), les mauvais traitements exercés contre les animaux : course de taureaux, tir aux pigeons… (1900). Plus tard encore, il devint membre de diverses commissions notamment, bien sûr, les cruautés envers les animaux (1909).

 

Voici l’article signé J.d’Estoc :

   « En cet an de grâce 1900, qui clôture si glorieusement un siècle d’universelle liberté, le 15 janvier, a été déposé à la Chambre un projet de loi tendant à supprimer les courses de taureaux en France. Ce n’est pas la première fois que cette étrange proposition est formulée.

    Déjà en 1897, quelques ambitieux avides d’une popularité facile, avaient entonné un hymne pleurard sur leurs mirlitons d’un sou ; ils voyaient l’attention se détourner de leur faiblesse pour aller vers le courage et vers la force ; geignant et trépignant ils demandèrent qu’on chassât Hercule du territoire et qu’on instaurât sur le trône Rosa la Rosse* et le pari mutuel ! Pour le coup, les aficionados se fâchèrent, et bien qu’ils ne fussent alors qu’une poignée, le cri de colère par lequel ils répondirent aux pasquinades* de ces plaisantins falots suffit à mettre ceux-ci en déroute. Malheureusement les aficionados crurent la victoire définitive ; ils consentirent à l’inaction, et les baladins sont revenus enveloppés dans leurs oripeaux comiques qu’ils étalent comme un manteau de pudeur et de vertu.

    Conspués et méprisés par les gens d’esprit, ils se sont réfugiés au second plan, mettant à l’avant-garde de pauvres bonshommes dont ils ont surpris la bonne foi par leurs mensonges éhontés. Car tous les moyens leur sont bons, et leur vertu papelarde ne répugne ni aux mesures iniques ni aux inventions les plus extravagantes.

    Savez-vous ce qu’ils avaient fait croire à Monsieur le Conseiller Dumas, rapporteur de la Commission chargée en 1897 de préparer la révision de la loi de 1850 ? Écoutez ce qu’il dit en son rapport :

    "… Le but non avoué, mais véritable, que poursuivent les amateurs de ces spectacles, c’est de satisfaire leur passion pour le jeu !"

    Voyons, Monsieur, où avez-vous pris cela !

    Et parlez-vous sérieusement ? Vous devez-être un homme intelligent, car un sot ne saurait occuper le poste auquel vous êtes arrivé. Comment avez-vous bien pu, alors, admettre et répéter un propos aussi ridicule et aussi mensonger ? Quand on est chargé d’éclairer la religion d’un gouvernement sur un point quelconque et que l’on accepte cette mission, l’on ne saurait y apporter assez de prudence et d’esprit critique…

    Mais l’esprit critique ne paraît pas être l’apanage de nos adversaires. Voici le projet de loi que M. Bertrand a soumis à l’approbation des Chambres :

    ART. 1er. - Sera puni d’une amende de 5 fr. à 15 fr. et pourra l’être d’un emprisonnement de un à cinq jours, quiconque aura exercé publiquement et abusivement de mauvais traitements envers des animaux domestiques lui appartenant ou appartenant à autrui.

    En cas de récidive dans les conditions prévues par l’article 483 du code pénal, la peine d’emprisonnement sera toujours prononcée.

    ART. 2. - Les courses de taureaux avec mise à mort, et généralement tous combats, jeux ou spectacles dans lesquels des animaux domestiques sont destinés à être tués ou blessés, demeurent interdits sur la voie publique ou dans les locaux ouverts au public.

    Quiconque aura participé comme entrepreneur, organisateur ou auteur, à un des jeux ou spectacles de la nature ci-dessus spécifiée sera puni d’une amende de 100 fr. à 5.000 fr. et d’un emprisonnement de quinze jours à trois mois.

    ART. 3. - Le fait d’annoncer pour un jour déterminé par affiche ou tout autre moyen de publication, un de ces jeux ou spectacles comportera contre les auteurs ou complices de l’annonce, une peine de 50 fr. à 2.000 fr. d’amende.

    ART. 4. - L’article 463 du code pénal est applicable à toutes les infractions prévues par la présente loi.

    ART. 5. - La loi du 2 juillet 1850, relative aux mauvais traitements exercés envers les animaux domestiques est abrogée.

 

    Oh ! Là ! Là ! Quelle cuisine.

    Monsieur Bertrand met tout le monde dans le même poêle et il fait sauter ensemble amis et adversaires.

    Mais, malheureux, ne voyez-vous pas qu’en demandant par l’article 5, l’abrogation de la loi Grammont dont vous limitez l’action aux "combats, jeux ou spectacles où les animaux domestiques sont destinés à être tués ou blessés", vous allez vous aliéner la sympathie de vos amis de la S.P.D.A. que vous privez ainsi d’un de leurs passe-temps favori. Eh ! Quoi ! Ils ne pourront plus faire verbaliser contre un automédon* qui accompagnerait le traditionnel "hue ! Cocotte !" de deux ou trois coups de fouet bien sentis ; et le propriétaire légitime d’un toutou hargneux pourra administrer audit toutou autant de coups de pied qu’il voudra au vu et au su d’un de ces aimables philanthropes… pardon, zoophiles ! Sans que celui-ci ait le droit de protester ? Vous plaisantez, je présume, et vous n’infligerez point un pareil supplice aux membres de la S.P.D.A. On peut en mourir de ces choses là ; et Pasteur, - encore un barbare ! - n’est plus en ce monde pour découvrir le vaccin de cette rage spéciale.

    Vous n’avez certainement pas songé à tout cela, pas plus, je gage, que vous n’avez songé aux conséquences de l’article 2 de votre projet.

    Comment pourriez-vous en effet, concilier cet article avec la tolérance accordée par le gouvernement aux courses de chevaux où l’on voit ces malheureuses bêtes s’écraser à la banquette irlandaise* dans de hideux panaches, et les combats de coqs, et les concours d’oiseaux chanteurs auxquels on crève les yeux afin que leur attention ne soit point distraite, et les chasses de Rambouillet elles-mêmes, tueries décoratives où sur les domaines propres de l’État, des milliers de bêtes sont sacrifiées au plaisir d’un petit nombre.

    Quant à l’article 3, c’est tout simplement une monstruosité juridique. La loi française punit le délit, mais non l’intention ; or, l’annonce d’une course est un fait d’intention, non un délit. Demander qu’on punisse ce fait, c’est aller contre l’esprit même de la loi, c’est faire œuvre de sectaire et rien de plus. J’espère qu’il se trouvera à la Chambre, un député de nos régions, versé dans la connaissance du droit, qui protestera énergiquement contre ce projet bizarre. J’espère qu’il saura repousser victorieusement les attaques saugrenues de quelques adversaires ignorants ; qu’il enseignera à Bertrand que c’est une sottise d’intervertir les rôles tracés par le fabuliste, et qu’il aurait grand tort de se brûler les doigts pour retirer du feu les marrons dont Raton* veut faire son profit… pour varier. »

                                                                                  J. d’Estoc

 

    Et page 5  de cette même revue, ces quelques lignes :

      Grand meeting de protestation.

 

    « Le Comité de défense tauromachique, dans sa séance du lundi 22 janvier, a décidé d’organiser un grand meeting de protestation contre le projet de loi Bertrand. Ce meeting aura lieu dimanche 28 janvier, au cirque Plège, à trois heures de l’après-midi. Divers orateurs prendront la parole. Les membres des corps élus seront invités à y assister. »

 

 

    Comme vous le constatez, l’adresse du cirque n’est pas mentionnée. Mais le Comité a choisi fort judicieusement cet endroit. En effet, c’est à cette époque un endroit très couru.

    Ce cirque, dirigé par Antoine Plège, fut, de l’avis général, le cirque le plus populaire de France durant la deuxième partie du XIXe siècle.

    Antoine Plège fit ériger des constructions en bois, un peu partout sur le territoire. Il s’établit dès 1882 à Roubaix, Amiens, Besançon… Il fit construire à Bordeaux, aux Quinconces, endroit très prisé, en 1893, un cirque en bois de trente mètres de diamètre, avec des écuries pouvant abriter cinquante chevaux. (même type de construction que le cirque de Troyes-photo).

 

 

    À l’aube du XXe siècle, les aficionados réagissaient rapidement et vivement, invités par voie de presse exclusivement.

 

    Voilà que la suppression de ces courses, en vue de donner satisfaction à la sensiblerie affectée et au snobisme de certains cerveaux embrumés du Nord, blesserait profondément une grande partie de nos populations méridionales.

 

… Et l’Histoire toujours recommencée.

 

* Pour éclaircir quelques mots du vocabulaire de notre revistero qui nous démontre que outre l’humour, J. d’Estoc était aussi un fin lettré.

- Rosa la Rosse : clin d’œil à l’une des filles publiques de la nouvelle de Maupassant, La Maison Tellier (1881). Œuvre contemporaine au critique taurin de Toros-Revue.

- Pasquinade, synonyme de pamphlet.

- Automédon : conducteur du char d’Achille lors de la guerre de Troie. Le nom est passé dans le langage courant, c’est un conducteur d’attelage. Sachant que la loi Grammont avait été votée afin de lutter contre la maltraitance des cochers envers les chevaux.

- Banquette irlandaise : c’est un obstacle, un long talus figurant dans les courses de steeple-chase.

- Raton. Fable de La Fontaine, Le Singe et le Chat. Livre IX, fable 17. « Bertrand avec Raton, l’un Singe, et l’autre Chat… ». Le singe Bertrand use de persuasion pour duper le chat Raton ! Bien vu.

 

                                                                                 

Gilbert Lamarque

 

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L’ENCIERRO DE PAMPLONA. 2ème partie

Publié le par Cositas de toros

ENCIERRILLO

 

© Victoriano Izquierdo 2009

 

 

    La veille de l’encierro se déroule de nuit, l’encierrillo, vers 23 h. Pas d’horaires fixes et ne figurant pas dans le programme festif dans un souci de discrétion.

L’opération consiste à mener les toros, accompagnés des cabestros, des corrales de la Rochapea** où ils séjournent avant les corridas jusqu’au corral de Santo Domingo d’où ils s’élanceront le lendemain.

Sur ce parcours qui mesure 440 m, aucune personne n’est admise.

Jusqu’au XIXe siècle, les toros destinés à la corrida passaient quelques jours dans les pâturages de Soto de Esquirez, un site relativement éloigné du centre-ville. A l’aube, ils étaient conduits jusqu’au pré de San Roque (Cuesta de la Reina) à travers les rues actuelles de Fuente del Hierro et Vuelta del Castillo. Afin de raccourcir le parcours, il fut décidé de faire le trajet en deux étapes ; la première, ou encierrillo, pour conduire les bêtes jusqu’à l’actuelle Cuesta de la Reina et la seconde, qui est devenue le parcours de l’encierro. Suite à l’accroissement démographique de Pampelune à la fin du XIXe siècle et à la fuite du bétail en 1898* en plein transfert, des mesures de sécurité sont mises en place dès l’année suivante et le premier encierrillo a lieu, tel que nous le connaissons actuellement. Ainsi prirent naissance les fameux Corralillos del Gas qui doivent leur nom à l’ancienne usine à gaz qui existait à cet endroit.

Vers 23h donc, le Chef de la Police Municipale, assisté d’agents municipaux, ordonne la libération du parcours. Un coup de clairon annonce que le troupeau est prêt dans les corrals de la Rochapea. Sur le pont de la Rochapea, un agent signale, par un autre coup de clairon, que la voie est dégagée. C’est le signal et les toros parcourent les 440 m qui les séparent de Santo Domingo. Un troisième agent confirme que tous sont entrés dans les chiqueros.

Anecdote : des toros se sont échappés et sont tombés dans la rivière, l’Arga durant les encierrillos de 1915, 1922 et 1957.

*En 1898, des "voyous" épouvantèrent le troupeau. Cinq toros furent retrouvés quelques jours plus tard dans la Vallée de Goñi à 30 km de Pampelune, mais le sixième continua à errer à travers champs dans la région jusqu’au mois d’octobre !

**Rochapea, excepté le Casco Antiguo, c’est le quartier le plus ancien, il est situé à l’extérieur des murailles en contre-bas. Il prend son nom de la tour de la Rocha qui défendait la ville dans la partie occupée aujourd’hui par le Musée de Navarre.

 

LE MONUMENT À L’ENCIERRO

 

© Patrick Soux 16/09/2019

 

    Ce magnifique monument se situe Avenida de Roncesvalles face à l’entrée principale des arènes.

Cette réalisation en bronze patiné mesure 11 m de long sur 4 m de large.

Cet encierro est l’œuvre de Rafael de Huerta Celaya natif de Bilbao, créateur entre autres, du Monument al Pastor (1983) à Idiazábal dans le Guipúzcoa.

© Patrick Soux 16/09/2019

Une première phase de ce groupe sculptural fut établie en 1994 et agrandie en 2007. Le sculpteur s’est "autoportraituré" en coureur tombé au sol.

 

© Gilbert Lamarque 16/09/2019

C’est une œuvre d’une grande virtuosité et d’un bel équilibre de forces.

 

© Patrick Soux 16/09/2019

 

HEMINGWAY

 

    Incontournable, un mot sur Ernest. La notoriété de Pampelune et de l’encierro proviennent certainement pour partie, de l’Americano qui séjourna longtemps en Navarre pendant la Guerre Civile et qui était aussi grand aficionado des Sanfermines et de ses encierros. Il mentionne ces fêtes et encierros dans son livre : Le soleil se lève aussi.

Quand il s’installe à Pampelune, il passe une partie de son temps à l’Hôtel La Perla,

 

© Patrick Soux 16/09/2019

le Café Iruña

© Gilbert Lamarque 16/09/2019

et le bar Txoko, tous situés Plaza del Castillo ainsi que d’autres lieux. L’écrivain s’arrêtait toujours au Txoko après les corridas, sa boisson habituelle était un milk-shake à la vanille et au cognac, boisson toujours servie et demandée par les touristes américains mais pas seulement.

 

© Gilbert Lamarque 16/09/2019

Au Café Iruña, on a créé El Rincón de Hemingway… pour le touriste.

Une visite en Navarre et Pampelune, Iruña en basque, s’impose sur les pas des toros et d’Hemingway.

                  

                                                                                               Gilbert Lamarque                                             

 

 

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