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histoire

DE L’AÎNÉ AU CADET, LA FRATRIE DE TUDELA

Publié le par Cositas de toros

   

    La semaine dernière, vous aviez fait la connaissance de Julián Marín Arnedo, le torero navarrais de Tudela. Les présentations se prolongent, voici aujourd’hui, une courte biographie de son frère cadet, Isidro.

 

 

     Tout comme Julián, Isidro Marín Arnedo est né à Tudela le 15 mai 1926. Cette belle cité, baignée par l’Ebre, située au sud de la Navarre, à mi-chemin entre l’hallucinante aridité des Bardenas et le vert intense des terres maraîchères de la Ribera, a donc vu grandir les frères Marín à l’ombre du  joyau de la ville, la magnifique cathédrale de Santa Maria des XIIe et XIIIe siècles.

 

 

     Enfants, ils prirent certainement part aux fêtes de Santa Ana, patronne de Tudela, festivités se déroulant entre le 24 et le 30 juillet. Coururent-ils les encierros ? Toujours est-il qu’ils eurent l’occasion, plus tard, de fouler à maintes reprises le ruedo de la plaza " la Chata de Griseras", et d’y triompher. Griseras, c’est ce quartier situé vers la sortie en direction de Saragosse, "la Chata"* et le parc Otoño longent la longue avenida de Zaragoza.

Tudela est aussi le berceau de la famille Martinez Elizondo puis Martinez Flamarique plus connue sous le nom de Chopera**.

Influencé par son frère, les premières escarmouches d’Isidro débutèrent comme "becerriste" en 1943, l’année de ses 17 ans, et en août de la même année, il assista Julián dans l’arène de Tudela à l’occasion d’un festival caritatif aux bénéfices des Servantes de Marie. Un mois plus tard, il était annoncé à Sangüesa pour une novillada !

Au total, il toréa 81 novilladas dont 48 avec picadors, 67 corridas en Espagne, 23 en Amérique du Sud et 54 festivals.

 

 

Isidro (à droite) et Julian Marin

     Il prend l’alternative le 11 juillet 1951 à Pampelune, Julián est le parrain, les témoins sont Rafael Llorente et Diamantino Vizeu. Il coupe les deux oreilles et la queue au toro d’alternative et une oreille de son second, toros d’Amador Santos***. Seul cas en Navarre d’un frère en parrainant un autre et rare aussi en Espagne.

 

Même jour, triomphe

 

     A partir de ce jour et durant deux ans, les triomphes se répètent de plaza en plaza. Il coupe deux oreilles et une queue à Tudela, quatre oreilles et deux queues à Estella, en Navarre bien sûr !

Il défile 16 fois obtenant 53 oreilles, 12 queues et 2 pattes en cette année 1951.

L’année suivante, il triomphe à Barcelone, Pampelune et à Huesca où il alterne avec Luis Miguel Dominguín et Antonio Ordoñez. Mais le 15 août de cette année 1952, il est sérieusement blessé à Xátiva. Il est entre la vie et la mort, les veines saphène et fémorale sectionnées.

Par la suite, Isidro triomphera, mais cette blessure l’a fortement marqué. Il y eut à ce stade, un avant et un après dans sa carrière.

En 1957, témoignant d’une grande solidarité, il entame une longue marche à pied de Pampelune à Valence pour récolter des dons en faveur des victimes des graves inondations dans la région valencienne. En ayant comme compagnon un chien, il fait la route durant plus d’un mois réunissant un demi-million de pesetas remis à l’archevêque de Valence.

 

 

     Il se retire en 1961 pendant les Sanfermines, le 16 juillet (les corridas allaient du 7 au 16 juillet) où il coupe une oreille à un toro de Bohórquez alternant avec Curro Girón et Mondeño.

Il restera plusieurs années doblador**** des encierros de Pampelune.

Isidro a été défini par nombre de critiques de la tauromachie comme un torero fin, artiste, un styliste et matador raffiné. El Cossío dit de lui qu’il était courageux, un bullidor***** avec beaucoup d’art et de volonté – qualités rarement reconnues dans son ensemble par José Maria de Cossío. 

Il combattit dans les années qui étaient celles de Miguel Baez "El Litri" (alternative le 12/10/49), Antonio Ordoñez (06/08/51) et Julio Aparicio (12/10/50) ; ces trois-là connaissaient des saisons formidables. Mais Isidro sortit souvent sur un pied d’égalité, parfois même supérieur.

 

 

     Il travaille par la suite dans un abattoir de volailles de Tudela, fonction moins glorieuse mais moins dommageable.

Il meurt à Pampelune, le 11 décembre 1991.

Autant Julián fut un torero brave et poderoso (puissant), autant Isidro fut plus fin et stylé mais il n’atteignit jamais le niveau de son aîné.

 

 

 

La Chata de Griseras

 

* La Chata. La traduction ici est certainement celle qui a valeur de compliment dans le langage familier, la plaza identifiée comme une personne. La chata ou poule en terme affectueux démontre l’attachement des Tudelanos pour leur plaza. ¡ chata ! Ma poule ! (cette traduction n’engage que l’auteur de ces lignes).

 

** Chopera. La Casa "Chopera" a été fondée par Severino Martínez natif de Salvatierra de Alava à 25 km de Vitoria Gazteiz. On le surnomma "Chopera" car il avait pour habitude de boire la bière dans une chope (du hollandais schopen) a couvercle mobile qu'il inventa pour barrer l'entrée aux mouches et insectes divers, pour plus d'hygiène quand il travaillait à San Sebastián. Il se désaltérait à la Cervecería de Strasburgo où ici comme ailleurs, on avait l'habitude de boucher (tapar) la chope avec une soucoupe et bien sûr, on mettait sur ce tapón des... tapas. Il surgissait du travail et criait dès la porte franchie : "Pon me una chopera !"

A la fin du XIXe, il couvrait plusieurs arènes avec ses cuadras de caballos. Il fait fortune dans le transport de bétail mais aussi dans la collecte des ordures, un précurseur de Loulou Nicollin. Il meurt accidentellement en 1930 dans son camion, livrant une novillada de la ganaderia de Bernaldo de Quiros pour les arènes de Bilbao. Près de Bailen, le pont de Mengibar sur le Guadalquivir s'effondra sous le poids du véhicule.

Les trois fils, Pablo, Antonio et Manuel Martínez Elizondo prennent sa suite dirigée par Pablo né à Tolosa en 1895, époux de Luisa Flamarique Lasa. C'est lui qui créa véritablement l'empire "Chopera" : le transport, l'organisation, l'élevage, les cuadras de caballos, l'apoderamiento...

Le 17 octobre 1968, Pablo meurt à Pamplona. Toute la famille est unie jusqu'en 1974 où les cousins se séparent. Les deux fils de Pablo, Jesús et Manolo, et les deux fils de Manuel, José Antonio et Javier voient les arènes et les représentations se diviser entre les deux clans. Jesús et Manolo, les fils gardèrent le surnom de "Chopera". José Antonio et Javier Martínez Uranga deviennent les "Choperita". L'oncle Antonio, lui, restant célibataire, s'occupera d' élevage. Les "Chopera" se taillent la part du lion sur le marché taurin. Jesús et Manolo se complétaient dans les actions professionnelles et ils se marièrent le même jour à Ronceveaux aux soeurs Labiano !

Jesús meurt en 1998, il eut plusieurs enfants mais aucun ne s'intéressa aux affaires.

 

Manolo "Chopera", le seigneur

Manuel Martínez Flamarique, un seigneur racé et distingué, décède à l'âge de 75 ans dans sa ville natale, San Sebastián, le 2 septembre 2002 à l'âge de 75 ans.

La Casa gérait dans les années 1980, en Espagne : Almería, Almendralejo, Badajoz, Bilbao, Burgos, Calahorra, Hellin, Logroño (propriétaire), Madrid (de 1981 à 1989 avec 52% des actions de la S.A. Madrid Toros), Salamanque, Talavera, Tolède, Tudela, puis Gijón, perdant certaines plazas, en en regagnant d'autres comme Saragosse... En Amérique du Sud, en Colombie, Manizalès et Medellin mais aussi, Cali, Bogota, Quito, Lima... En France, dans la plupart des cas, il s'agit de fournir le plateau, toreros et bétail choisis par les commissions taurines : Bayonne, Eauze, Hagetmau, Mont-de-Marsan, Orthez, Soustons, St-Vincent-de-Tyrosse et une partie de la gestion de Vic-Fezensac. Toutes les affaires françaises sont gérées par Manolo avec ses deux fils, "Choperas" juniors. Ils construisirent Badajoz, Illumbe à San Sebastián ainsi que la nouvelle plaza de Logroño. En Espagne, il est associé avec les neveux "Choperitas".

La famille avait hérité également d'un élevage de toros en Navarre, à Tudela (Herederos de Don Antonio Martínez Elizondo) d'encaste Santa Coloma qui vira par la suite au sang Domecq mais elle conserva du Santa Coloma sous le fer de La Ermita.

Dans l'apodoramiento, il y eut, Ordoñez, Aparicio,  Camino, Antoñete, "El Cordobès", Curro Romero, R. de Paula, Nimeño II, Manzanarès, Juan Mora, Ortega Cano, Pablo Hermoso de Mendoza, Antonio Barrera, Javier Castaño, Fernandez Meca... Les affaires des "Chopera" sont dans les mains de Pablo et Oscar Martínez Labiano rejoints par le fils de celui-ci, Manuel Martínez Azcárate et depuis 2017, la Casa "Chopera" s'est alliée avec le groupe BAL de Mexico, d'Alberto Baillères. Cette association se nomme BMF.  L'empire a quelque peu perdu de sa splendeur depuis la mort de Manolo et du contexte actuel.

Pas de cadeaux entre cousins, "Choperas" et "Choperitas" (Taurodelta) : en janvier 2010, les premiers ont piqué le gestion de Salamanque aux seconds. Ces derniers avaient battu les "Choperas" dans le concours pour Saragosse, juste avant !

 

*** Amador Santos. … José García y Gómez meurt en 1929, Maria del Carmen García Hernán, sa veuve, hérite. Il y eut ensuite en 1931, la vente en partie du lot à Amador Santos Sanchez qui rajoute du sang des Herederos de José Maria Galache par deux "sementals".

En 1954, c’est au nom de Manuel Santos Galache. En 1990, il acquiert un lot de vaches et un semental de Vicente Charro d’origine Atanasio Fernandez, et il est annoncé au nom de sa petite fille, Maria Loreto Santos. En 1991, il a de nouveau acquis 54 vaches et plusieurs sementales d’Atanasio Fernandez et un an plus tard, la ganaderia Sepúlveda. En 2001, tout a été éliminé, remplacé par du bétail de El Pilar, origine Juan Pedro Domecq Diez !

L’élevage de Maria Loreto Charro Santos a quitté la région de Colmenar Viejo pour le Campo Charro.

L’ancienneté du fer date du 09/04/1933.

 

     

Cet élevage était issu du fer historique d’Aleas. Manuel Aleas Lopez fonda son élevage en 1783. A  son fer en forme de 9 est associé la plus grande ancienneté des élevages en activité : 05 mai 1788.

Le fer restera dans la famille 200 ans car ce fer a été racheté en 1983 par José Vazquez Fernandez. Mais depuis plus d’un siècle, c’est du sang Santa Coloma qui est présent grâce à plusieurs apports : Santa Coloma, Graciliano, José Escobar, Buendia…

 

 

**** Doblador. Depuis 1930, les dobladores, ex-matadors, ex-novilleros ou subalternes munis d’une cape et stratégiquement disposés dans le ruedo, ont pour mission d’attirer les toros vers le toril, vite, pour éviter les accidents sans toutefois effectuer des passes avec le capote.

 

***** Bullidor. Torero combattant avec entrain, mobilité, se faisant souvent remarquer par ses desplantes.

 

                                                                                         

Gilbert Lamarque

 

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UN ENCIERRO TRAGIQUE À PAMPLONA

Publié le par Cositas de toros

    

    En octobre 2019, nous vous avions proposé un sujet sur l’encierro de Pampelune. Pour nourrir ce dossier et l’agrémenter un peu plus, voici la traduction d’un texte tiré de Historia trágica del encierro de Pamplona par Luis del Campo, parue dans la revue Toros en date du 19 novembre 1978.

 

    

     « … 1947 : le 10 juillet de cette année fut marqué par un encierro cruel et douloureux qui causa la mort de Casimiro Heredia et de Julián Zabalza. Dès la fin du drame la "vox populi" avait répandu la terrible nouvelle. L’après-midi, dans la plaza, les cuadrillas des peñas portaient un crépon noir et, durant la corrida, entre les combats des toros, un silence impressionnant tombait sur les gradins et les mozos observaient une attitude statique.

 

    

     Les toros étaient encore des Murubes et appartenaient à Antonio de Urquijo, auparavant doña Carmen de Federico. Ils avaient fait l’objet de louanges de la part des nombreux aficionados qui défilaient aux corrales del Gas. Cette corrida marquait aussi la réapparition du pauvre Manolete peu de temps avant le drame de Linares. Le lot de toros, bien présenté, comprenait un très bel animal, magnifique estampe du toro de lidia, qui portait le n° 11 et répondait au nom de "Semillero". Les cloches de Saint-Saturnin venaient à peine de sonner la messe de sept heures que la première bombe éclata pour annoncer l’ouverture du portail et à l’éclatement l’encierro était lancé : précédé des agiles coureurs pamplonais, le groupe toros-cabestros était compact dans la côte de Santo Domingo et arriva ainsi à la mairie avec en queue "Semillero" qui, dès la rue Mercaderes, portait son attention sur les invites du public, fusant tout au long du parcours, se laisser distancer et entrait très en retard dans la rue Estafeta, les autres restant unis jusqu’aux corrales des arènes. Inutile de montrer le péril d’un toro détaché des autres, d’autant que l’encierro change sa psychologie. Alors que groupés, ils suivent souvent comme des bœufs, levant la tête et sautant l’obstacle comme le montón, le toro isolé, solitaire, obéit à son tempérament, à ses instincts et ne suit plus la loi générale de la psychologie des masses ; le danger se fait alors plus précis et souvent la tragédie est à la pointe des cornes.

 

    

     Casimiro Heredia, vaillant et excellent garçon, coureur-né de l’encierro, boucher de profession, travaillait dans la fabrique de glace de la rue Estafeta. Il accommodait alors chaque année sa passion de l’encierro et ses obligations professionnelles en courant les toros depuis le début de sa rue jusqu’au lieu de son travail. Ce 10 juillet il bavardait avec un ménage ami sous un porche de la rue, et quand les toros approchèrent il eut le temps de prononcer ses dernières paroles : « Anita, métete más adentro ; hasta luego » (Anita, place-toi plus à l’intérieur ; à tout à l’heure). Il court alors près des toros, ignorant la présence de "Semillero" à l’arrière. Personne ne saura s’il le vit ou fut surpris. Ce qui est certain c’est que le Murube, qui était tombé en poursuivant un corredor entre Mercaderes et Estafeta, suivait rapidement la rue semblant vouloir rattraper ses frères, lançant au passage des derrotes aux acteurs de l’encierro. Casimiro fut l’un d’eux, mais la fatalité voulut qu’il tombât au milieu de la rue, favorisant au sol la cornada, alors que le mozo ne put faire un suprême effort pour se dégager.

 

Casimiro Heredia et Semillero. 10 juillet 1947

     Le toro le frappa de la corne, l’enleva du centre de la rue jusqu’au trottoir et pour tous les présents, à la vue des taches de sang sur le sol, la blessure ne faisait aucun doute. Alors les vaillants mozos : un, deux… d’autres encore, citent le toro a cuerpo limpio pour l’éloigner : sa bravoure était si grande qu’il allait de l’un à l’autre, ne pouvant refuser les appels. Aussi à un mouvement du blessé à terre, il rechargea celui-ci, l’enleva à nouveau du bord du trottoir pour le jeter sur le mur. Mais la mort avait déjà presque fait son œuvre quand le jeune Heredia reçut un coup de plat de corne à l’épaule. Assisté d’un docteur et d’un religieux, spectateurs de l’encierro, le jeune mozo fut soutenu dans ses derniers moments. Conduit au poste de secours on lui reconnut la funeste blessure causée par la corne : celle-ci avait pénétré dans la région abdominale et en remontant avait labouré le foie et le poumon. Pendant ce temps le fauve, entouré des coureurs, avait suivi la rue Estafeta.

 

 

     A l’entrée de la plaza les mansos l’attendaient avec les conducteurs pour le conduire mais le toro ne suivit pas les bœufs et chargea dès l’entrée de l’arène un meneur qui, son bâton à la main, fuyait et eut la présence d’esprit, au souffle de l’animal, de faire un écart qui le sauva, la corne perçant la chemise et effleurant la peau. Alors la bête, furieuse, bondit sur le coureur suivant qui oblique à droite dès l’entrée, est déviée par son élan, mais rectifie sa course et presse l’homme, l’atteint et le retourne contre les planches. Déjà les capes de "Chico de Olite" et "Niño del Matadero" enlèvent le toro, un corps retombe sur le sable : cent bras se tendent et enlèvent le garçon pendant que les capotes tirent l’animal vers le passage d’accès aux corrales. La bombe claque, l’encierro est terminé, un filet de sang laisse une trace jusqu’à l’infirmerie où le blessé est examiné : « Un énorme grand trou au niveau de la région scapulaire gauche signale l’entrée de la corne qui a fracturé les quatrième, cinquième et sixième côtes, déchiré le poumon gauche, percé le médiastin et perforé le poumon droit. Autre blessure, traduite en simple coup de pointe, sur la face externe de la partie supérieure du muscle droit » (Traduction littérale du texte).

     On tamponne les blessures, pompe l’hémoptysie accompagnée des râles de l’agonie. Le pouls ne réagit pas aux toniques injectés. Les sacrements sont administrés. Tout est terminé en trois ou quatre minutes après l’entrée du blessé à l’infirmerie.

     « Deux morts dans la matinée », tel fut le drame causé par "Semillero", toro de bandera, d’une extrême noblesse, qui permit à Gitanillo de Triana et Manolete d’offrir l’essence même de leur art à la cape et au vaillant torero Marín, qui le tua d’une grande estocade, de réaliser une des meilleures faenas de sa vie. "Semillero", bien que durement châtié par le piquero, lutta bravement sans jamais ouvrir la bouche jusqu’à la mort. »

 

Un encierro en 1932

 NB. Une seule photo (voir légende) correspond à ce jour funeste, les autres sont proposées pour l'illustration.

   

      Depuis cette date de 1947, hélas, l’histoire s’est répétée le 13 juillet 1980. Cette journée a, elle aussi, enregistré également deux décès par un même toro. Il s’agit d’"Antioquio" de Guardiola.

Depuis 1924, date de la première victime documentée de l’histoire, on recense seize morts, le dernier en 2009, le 10 juillet par un toro de Jandilla.

Mais je crois pouvoir vous annoncer qu’à Pampelune, cette année, aucun ne périra sur le pavé !

 

    

     Mais l’histoire est belle pour Marín malgré la tragédie – Luis del Campo est avare de détails à son sujet.

Julián Marín Arnedo est un modeste torero navarrais. Une fois l’encierro terminé, il alla frapper à la porte de la chambre de Manuel Rodríguez "Manolete". « Maestro, laissez-moi tuer votre deuxième toro... » Manolete comprend et accepte. Et lors de cette tarde « plombée », Julián coupe les deux oreilles et la queue de "Semillero" !

Une question d’honneur pour el león navarro ! 

 

 

     Il est mort à 81 ans, le 9 décembre 2000, né à Tudela le 14 octobre 1919. Il prit l’alternative le 7 juillet 1943, premier jour des Sanfermines, Pepe Bienvenida comme parrain et Manolete, témoin, comme il le fut en ce jour si singulier de 1947, toros de Samuel Hermanos*.

Il avait commencé à toréer en 1937 à l’âge de 18 ans. Durant 6 ans, il prit part à 161 novilladas – quand aujourd’hui certains se contentent de deux douzaines au mieux !

Le navarrais, en une seule temporada, toréa 8 fois à Barcelone, et lors d’une autre, 7 fois à Valence.

Julián Marín prit part à onze temporadas, défilant 193 fois comme matador dont 33 en Amérique du Sud et en Afrique du Nord. 

Il fit sa despedida dans sa chère plaza de Pampelune, le 18 juillet 1953.

Il débuta sans chevaux à Madrid, le 8 juillet 1939 en novillada nocturne. Ceci l’amena à y faire sa présentation officielle, le 17 août 1941 en festival piqué combattant des utreros de García Boyero et Enriqueta de la Cova ; complétaient le cartel Alcalareño hijo et El Ferroviario.

 

 

     Deux ans plus tard, il confirme à Madrid le 3 juin 1945. A cette occasion, c’est le mexicain Cañitas qui lui cède les trastos en présence de Morenito de Talavera, les toros sont du fer de Graciliano Pérez Tabernero.

A Pampelune, il "actua" 36 fois, 21 en corridas comme matador, coupant 29 oreilles et 4 queues, 6 comme novillero, coupant 4 oreilles et une queue, et participant à 9 festivals.

A Tudela, dans la cité qui l’a vu naître, il défila en 47 occasions. Durant la guerre civile en 1937 et 1938, il torée 15 festivals. De 1939 à 1943, il intervient à 7 autres reprises et coupe 20 oreilles, 6 queue et une patte. En tant que matador, il y défile 16 fois, 10 corridas pour 22 oreilles, 6 queues et une patte et 6 festivals. 

 

 

     Il alterna à maintes occasions avec Arruza, Manolete, Bienvenida ou Domingo Ortega.

Une fois retiré, jeune, à 34 ans, il participe à 9 festivals. Ole !

Un mozo de la Ribera persévérant et honnête, invité pour les corridas dures.

Domingo Ortega a dit de lui qu'il était l'un des lutteurs les plus complets qu'il ait jamais connu.

Cositas est heureux de remettre un obscur en pleine lumière !

 

Julian (à gauche) et Isidro aux arènes de Vichy en 1951

 

     Julián avait un frère, Isidro, torero comme lui. Ce sera l’occasion de le rencontrer bientôt.

 

     * Samuel Hermanos.

 

Fer de Samuel Hermanos, aujourd'hui celui de Samuel Flores

   

      Les trois frères Melquiades, Leonardo et Samuel, héritiers de Gil Flores, s’unirent en 1914 afin de créer un autre bétail que celui de caste Jijona. Cette nouvelle devise est nommée Samuel Hermanos provenant des achats successifs de Patas Blancas de José Vega et du fer  prestigieux d’Eduardo Olea d’origine Marquis de Villamarta. Melquiades décède en 1931, puis éclate la guerre civile. Les fincas sont situées en zone républicaine, très mauvais en matière taurine. Les Flores sont arrêtés, le troupeau décimé. En 1939, le conflit terminé, il ne reste plus – dit-on – qu’une dizaine de vaches et quelques toros marqués du fer S. Hermanos. Leonardo décédé, Samuel se sacrifiera à la reconstruction de la ganaderia. Dès 1945, la devise retrouve la reconnaissance. Mais, deux ans plus tôt, le 7 juillet 1943, qu’en était-il, sachant que les empresas n’avaient guère le choix par l’appauvrissement des élevages ?

                                                                                  

                                                                                         Gilbert Lamarque

 

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LE CHEVAL DE CORRIDA - 10

Publié le par Cositas de toros

                              TEMPS PESANT ET FUTUR LOINTAIN

 

     Se projeter dans le futur aussi bien proche que lointain est devenu pour la plupart, difficile. Cette maudite anxiété, cette actualité plombante modifient la perception du temps et tout le monde ne dispose pas d’un moral d’acier.

Il devient difficile pour certains de distinguer un mardi d’un jeudi, le temps leur semble étrange. Chez les uns, il s’étire, chez les autres, il passe plus vite.

 

L'ennui

   

     Quand tout va trop vite, le temps permet une pause à beaucoup de gens inquiets, sous pression. C’est une rupture radicale avec le quotidien. Et après la stupeur, c’est la peur pour certains d’être confrontés à l’ennui. Le temps sera long, il se traduit en intervalles vides, flippants pour les uns. Pour les uns et les autres, le temps est horriblement lent, et alors que faire ?

 

L'ennui définitif

 

     Aujourd’hui, on ne le remplira pas, on l’organisera avec des rendez-vous avec… soi-même. Et plutôt que boire son café d’après déjeuner au lance-pierre, dégustons-le en une demi heure. Mais c’est vrai, il sera froid. Et alors ? Cela vous fera peut-être réagir et passer à une source potentielle d’activité.

Essayons, et si nous n’y arrivons pas, remettons tout cela à demain.

Nous avons le temps ! 

 

 

 

     Pour ne pas rester face à vous même, moment désagréable, lisez donc Un roi sans divertissement de Jean Giono - le livre de Pierre Sansot sur la lenteur, exposé dans ces colonnes il y a peu, a trouvé quelques échos chez certains d'entre vous.

Cela fera 50 ans cette année que Giono est mort. En hommage à l'écrivain et à son oeuvre, procurez-vous ce roman "labyrinthique" !

Hiver 1843. Dans un petit village du Trièves que la neige a coupé du monde, une jeune femme disparaît. On a beau fouiller les environs dès le dégel, son corps reste introuvable. L'année suivante, alors qu'un épais manteau blanc recouvre à nouveau le village, un deuxième habitant est "rayé de la surface du globe", bientôt suivi par deux autres. Qui fait disparaître ces villageois et pourquoi ? C'est ce que se demande le capitaine de gendarmerie Langlois, appelé en renfort...

Jean Giono a qualifié de "plus grande malédiction de l'univers" l'ennui, face à face impitoyable avec soi-même. Une grande lumière tempère cependant la noirceur de ce texte : ce sont les liens d'amitié, d'empathie qui unissent les personnages. Humanité consolatrice que celle de ces "amateurs d'âmes" qui ne sont pas nés de la dernière pluie, savent aimer, compatir et aussi lire, comme le lecteur, entre les lignes.

 

 

L'Obs, page 45, illustration de Pep Montserrat

     Oui, le Covid-19 occupe le centre du ruedo. Le toro battu, oui, blessé (hélas), à mort, non, espérons-le.

    

L’Obs/N°2893-16/04/2020, page 47 :

Alors que son pays est l’un des plus touchés par le Covid-19, le grand écrivain Javier Marías, confiné en Espagne, répond à "L’Obs".

     « … Nos politiciens, qu’importe leur parti, sont médiocres et irresponsables, mais, sur ce point, j’ai bien peur que les citoyens de n’importe quel pays ne puissent dire la même chose de leur dirigeant, à de rares exceptions près. Si nous regardons Trump, Boris Johnson, Erdogan, Orbán, Duterte, Kaczynski, Maduro, Daniel Ortega au Nicaragua… Il y a de quoi se mettre à trembler. Et le pire c’est qu’à peu près tous ont été nommés ou élus, y compris Poutine, Dieu du Ciel ! Y compris Bolsonaro, re-Dieu du Ciel ! Je me dis parfois que de nos jours trop de gens sont devenus idiots. Ça oui, c’est une pandémie sans espoir de guérison... »

 

 

     Le "dossier" sur le cheval de corrida est arrivé à son terme, aussi en ai-je fini de mes élucubrations que je vous inflige depuis le 28 mars. Si cela en a agacé quelques uns parmi vous, ce dont le plumitif frustré que je suis ne doute pas, c’est fâcheux.

Merci de votre fidélité et souhaitons la bienvenue aux nouveaux abonnés. La famille s’agrandit… par ces régimes de confinement, est-ce raisonnable ?

 

Portez vous bien, chères et chers cloîtré(e)s.

 

Post tenebras lux

                           Après les ténèbres, la lumière.

 

 

"En mai fait ce qu'il te plaît"... tu parles !

      

     

 

 

 

               

                             LE CHEVAL DE CORRIDA

 

10e partie : le pruneau sur la tourtière.

 

    

    Pour être plus exhaustif, terminons par un livre que je vous invite à engloutir vivement pour enfin, boucler la boucle. D’un cheval l’autre est le premier récit de Bartabas, l’écuyer d’exception, metteur en scène, créateur de l’Académie du spectacle équestre de Versailles. Il retrace ici, son autoportrait à travers l’histoire des chevaux qui ont marqué sa vie. À 62 ans, le fondateur du Théâtre Zingaro raconte tous les chevaux qui l’ont accompagné. C’est un autoportrait mais indirect, un miroir où se réverbèrent les dizaines de chevaux qui ont été les siens depuis l’âge de 17 ans. Son premier s’appelait Hidalgo, puis suivirent Zingaro, Chapparo, Micha Figa, Quixote, Lautrec, Horizonte, Vinaigre, Van Gogh, Le Caravage… jusqu’à Tsar. Il nous raconte avec énergie mais aussi mélancolie, les passions qui ont rythmé sa vie. Il prépare sa dernière apparition sur scène. « Je ne vais pas continuer pour continuer, comme les vieux chanteurs. Place aux jeunes. »

 

Clément Marty, alias Bartabas

     Dans ce livre passionnant et émouvant, Bartabas fait de nombreuses références au monde taurin et à la tauromachie, use de termes taurins, du vocabulaire, cite Rafael de Paula, Christophe Yonnet décédé en juin 1996 qui, en pleine déroute lui avait cédé Dolaci « avant de s’évader de la vie. », traverse la planète, des arènes de Nîmes et Madrid, à Tokyo et New York.

Bartabas était signataire de la tribune pro corrida publiée le 17 octobre 2019, opposée à l’interdiction de la corrida aux mineurs.

Il offre à ses compagnons de route leur plus beau tour de piste. L’homme qui murmure à l’oreille des chevaux rend hommage aux destriers de sa vie.

Dans ce qu’il nomme « la caravane de mes nuits », il énumère chaque cheval qui a partagé son existence. Et dans cette liste incroyable, nous trouvons Antoñete, Arruza, Belmonte, Bombita, Cagancho, Chamaco, Chicuelo, Conchita Cintrón, Dominguín, El Cordobès, El Gallo, El Soro, El Viti, Espartaco, Frascuelo, Joselito, Manolete, Manzanares, Nimeño, Paquirri !

« Cheval taureau face au belluaire, dominant dominé, de ma frustration de n’avoir pu être matador, je me suis fait matamore, et le minotaure mangeur d’hommes n’était peut-être qu’un gamin farceur aux sabots ailés. »

Bartabas, « ce Bonaparte des arts éphémères, est surtout un autodidacte qui marche à l’instinct. » (Grégoire Leménager, L’Obs du 06/02/2020).

arts éphémères, tout comme l’art tauromachique.

 

« Les chevaux sont les maîtres à qui je soumets mon destin. » Bartabas.

 

                                                                 

FIN

                                                                              

Gilbert Lamarque

 

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LE CHEVAL DE CORRIDA - 9

Publié le par Cositas de toros

                                                          SOLITUDE

 

« Malheur à l’homme seul ! Car, lorsqu’il sera tombé, il n’aura personne pour le relever. » La Bible.

 

     « Je l’ai trouvée devant ma porte

     Un soir, que je rentrais chez moi

     Partout, elle me fait escorte

     Elle est revenue, elle est là

     …

     La solitude, la solitude. » Barbara, La Solitude, 1965.

 

 

     Lieu désert, vie isolée, état d’abandon-absence-manque, solitude venant du latin solitudo.

 

À en croire son étymologie, la solitude n’aurait rien de réjouissant. Autrefois, elle était recherchée, on y voyait le moyen d’approfondir sa connaissance de soi et de cultiver son jardin intérieur, notion chère à Voltaire « Il faut cultiver son jardin. », Candide ou l’optimiste. C’est sa conception, il faut commencer à rechercher son propre bonheur, ou plutôt sa propre philosophie et grandir intérieurement, vaste programme. Pirouette de la part de Voltaire, un pied de nez à l’idéalisme ?

La solitude est toujours bafouée, par le bruit, la promiscuité.

Mais le plus terrible, c’est l’isolement. L’isolement, c’est une séquestration, une petite mort. L’isolement n’est pas souvent volontaire, il est vécu comme une déshumanisation.

Confinés, isolés pour les uns, pas forcément pour les autres, mais il est difficile d’échapper à soi-même.

Combien au bout de cette pandémie ayant appris à se connaître, vont se détester ? Et s’ils ont appris à se connaître, ne serait-ce qu’un peu, ils auront franchi une étape.

Pour sortir de notre boîte pour les moins altérés, pour s’évader de leur bagne, de leur cachot pour les plus meurtris, il nous reste encore, par exemple, à lire Les Contemplations ! Hugo nous en sera reconnaissant.

 

 

     Il n’a pas écrit ces 158 poèmes en vain. Se plongeant dans les prédictions de l’apothicaire Nostradamus, il y avait relevé l’année 2020 et son grand fléau, le Covid-19 !

 

 

     Pour nous être agréable, il nous a donc offert ce recueil en partie autobiographique, recueil de l’amour, de la joie mais aussi de la mort, du deuil ; vous choisirez selon votre humeur, votre amertume du jour, de la météo ou de vos émotions, c’est selon.

 

Prenez « Melancholia », poème paru en 1856.

     « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

     Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?

     Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?

     Ils s’en vont travailler quinze heures sous les meules ;

     Ils vont, de l’aube au soir… »

Arrêtons ici, ne donnons pas de mauvaises idées à nos gouvernants et au MEDEF !

 

     Évadons nous aujourd’hui plus qu’hier et beaucoup moins que demain.

 

 

                LE CHEVAL DE CORRIDA

 

9e partie : le cheval de corrida dans l’art. Chapitre III. Picasso. Conclusion.

 

    

     Pablo Picasso a su représenter dans l’art tauromachique, le couple de l’homme à la lance et de la maigre rosse. À ce titre, l’affiche exposant les coupelles tauromachiques conservées au musée de Céret est parfaitement éclairante : seules six des vingt-huit céramiques de la collection ne se réfèrent pas au thème de l’intervention du cheval dépourvu de caparaçon.

 

La série date pourtant de 1953, et l’on sait que le gouvernement de Primo de Rivera avait imposé le peto en 1928. En fait, les artistes semblent jeter un voile sur l’armure protectrice qu’ils tiennent peut-être pour une insulte à la fiesta. C’est le cas de Picasso, de Braque et bien d’autres. L’exception vient de Botero, mais il faut admettre que le peintre colombien trouve en la circonstance, l’occasion rêvée d’ajouter un peu plus d’embonpoint à son habituel système stylistique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fernando Botero

 

     Picasso consacra de nombreux tableaux, huiles sur toile, sur bois, mines de plomb, plume et encre noire au cheval : Picador et cheval mort, 1899 ; Scène de corrida, les victimes de la fiesta, 1901, dominée au premier plan par les dépouilles de deux chevaux de piques, l’un blanc, la tête levée vers le ciel, qui figurera dans le répertoire picassien jusqu’à Guernica (ces deux tableaux non représentés ici) ; puis les mines de plomb de 1921, Taureau et cheval blessé  ainsi que Cheval blessé, 1923. 

 

Taureau et cheval blessé, 1921. Musée national Picasso, Paris

 

Cheval blessé, 1923

 

     Enfin, Guernica, 1937 avec la présence d’un taureau de combat et d’un cheval de pique gisant. L’Américain J. Seckler croit que d’après le témoignage de Picasso, le taureau représente la force brutale et le cheval, le peuple. Ici, le cheval ne meurt pas de la corne mais d’un coup de lance.

 

   

     Tout a été dit sur Guernica, le plus grand exemple de l’art issu de la Guerre d’Espagne, et cette œuvre comporte parmi ses personnages ceux de la fiesta a los toros, personnages principaux martelant ainsi les paroles d’Hemingway : « La fête des taureaux est une tragédie. » Œuvre immense aussi par ses dimensions : 350×780.

 

Etude pour Guernica

 

     

       

       Conclusion.

 

     On ne rencontre pas, non plus, d’œuvres consacrées au cheval de corrida chez Vázquez Díaz, Barceló, Picabia, Buffet, Raoul Dufy, Bacon, Joaquín Sorolla. Cette énumération n’est pas exhaustive. Les œuvres présentées tout au long de ce dossier ne sont qu’une infime partie de la somme existante et les choix sont faits dans la mesure de la facilité de les reproduire.

L’œuvre de Goya et de Picasso continue d’attirer les artistes de tout horizon, de toute condition, disposés à fixer l’art éphémère du monde des taureaux, laissant une place modeste au cheval.

Sachez que le cheval est, dans l’art, l’animal le plus représenté et ce, depuis la Préhistoire.

 

 

… à suivre

                                                                                   Gilbert Lamarque

 

 

 

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LE CHEVAL DE CORRIDA - 8

Publié le par Cositas de toros

    

    L’animal à l’origine du Covid-19 ainsi que la patient 0, ne sont toujours pas officiellement confirmés. Cependant, les conclusions des scientifiques de tous bords sont unanimes sur une transmission de l’animal à l’homme.

Le commerce illégal de la faune est considéré comme un facteur aggravant car les contacts entre l’animal et l’humain sont, par définition, faits sans contrôle vétérinaire. Lorsqu’on pratique un trafic et un recel illégal d’animaux, lorsqu’on pratique la chasse sans contrôle, lorsqu’on détruit les écosystèmes et pénètre dans des endroits infestés, on prend des risques. Comment s’est transmis Ebola en Afrique Centrale et en Afrique de l’Ouest ?, à travers la chasse illégale. En d’autres termes, les animaux qui nous ont infectés ne sont pas venus chez nous, nous sommes allés les chercher !

D’après un certain nombre de chercheurs, c’est en fait la destruction de la biodiversité par l’humanité qui crée les conditions d’apparition de nouveaux virus (Ebola, VIH et la dengue).

Donc avant de soigner l’humain, soignons la planète.

Et plutôt que d’écouter les politiques et leur système déplorable, espérons qu’à l’avenir, nous écouterons enfin, sur tous les sujets importants, comme le climat, par exemple, la voix des scientifiques.

 

L'animal est un homme comme les autres

     L’animal aujourd’hui se venge. L’humain confiné, l’animal, lui, profite et prend un grand bol d’air. Il retrouve ses territoires actuellement abandonnés par nous, pauvres cloîtrés. Le voici reconquérant de nouveaux territoires, de nouveaux espaces. Mais sait-il que ses jours sont comptés et qu’au bout du confinement, il lui faudra fuir et regagner ses contrées restreintes.

Chers animaux de tous poils, de toutes plumes, de toutes écailles, profitez mais, profitez vite et goulûment, le retour de l’égoïste est programmé pour une date non communiquée.

 

« L’homme est le seul animal qui rougisse ; c’est d’ailleurs le seul animal qui ait à rougir de quelque chose. » George Bernard Shaw.

 

 

                       LE CHEVAL DE CORRIDA

 

8e partie : le cheval de corrida dans l’art. Chapitre II. Les artistes les plus représentatifs.

 

     Eugenio Luces Velazquez (Madrid 1817-1870) – et non Diego – est l’auteur d’une grande production picturale dont la moitié se rapporte à la tauromachie. Mais dans son œuvre taurine, la partie la plus importante concerne la fête a los toros et los majos ( les beaux et forts garçons du peuple) et les capeas de village.

 

 

     Peu de chevaux en sont les objets si ce n’est La Plaza partida de 1853, son œuvre clé, où se déroulent diverses scènes simultanées de la lidia et surtout le descriptif des chevaux étripés, disséminés dans l’arène, morts ou agonisants.

Manuel de la Cruz, Torero avec cheval et longue pique, 1777. Dessin à la plume, pinceau et aquarelle. Musée municipal de Madrid.

Le Picador, (portrait) vers 1786 de Francisco de Goya, petit format d’une grande beauté où se révèle une certaine volonté de grandeur, de style très "velazquien".

 

Tauromaquia 11. El Cid Campeador

 

Tauromaquia 34. Un seigneur espagnol brise une lance

 

 

      Goya très prolifique en matière taurine n’a pas consacré d’œuvres mettant en scène directement le cheval. Dans La Tauromachique (1816) riche de 33 eaux-fortes plus 7 complémentaires, il montrait les exploits des toreros les plus célèbres de son temps : Pedro Romero, Ceballos, Martincho et Pepe Hillo. Il prenait aussi son inspiration dans les suertes les plus captivantes.

 

Eugène Delacroix, Le Picador, 26 mai 1832

    Eugène Delacroix peint une aquarelle de petit format, Le Picador, 26 mai 1832. Cabinet des dessins du Musée du Louvre, représentant quasiment  la totalité de ses compositions taurines avec quelques autres croquis. Il fit un bref voyage en Andalousie et pour Alvaro Martínez-Novillo, « Il est étonnant que Delacroix n’ait jamais peint la violence de la corrida ». 

 

   

      Gustave Doré (1832-1883) a illustré un voyage en Espagne effectué en 1861 et 1862 avec le baron J.-C. Davillier. Le récit en sera publié dans la revue Le Tour du monde, avec des gravures, véritables documents sur la vie quotidienne dans ce pays, ainsi que les corridas.

 

Edouard Manet, Corrida, 1865. Getty Museum

     Au Getty Museum, on peut admirer, Corrida, 1865 d’ Édouard Manet

 

 

J.L. Gérôme, La fin de la corrida, 1870. Musée G.- Garret, Vesoul

 

     et au Musée Georges-Garret de Vesoul (ville natale de l’artiste), La fin de la corrida réalisée par Jean-Léon Gérôme en 1870.

 

Mario de Regoyos, hostile à la corrida avec son célèbre Toros en Pasajes, 1898, a choisi de montrer les conséquences les plus funestes pour le cheval. Il montre une vision sombre qui correspondait au titre de l’ouvrage, dans lequel il relatait son voyage dans l’Espagne du Nord (Pampelune) : España negra. (pas de reproduction possible).

 

 

Henri-Achille Zo, Scène de tauromachie

     Henri-Achille Zo (1873-1933), peintre et illustrateur bayonnais signait souvent ses tableaux sous le nom d'Henri Zo. Il est l'auteur de nombreuses scènes d'Espagne et de tauromachie.

 

Ignacio Zuloaga, La victime de la fiesta, 1919. Hispanic Society, New York

Ignacio Zuloaga, La victime de la fiesta, 1910. Hispanic Society, New York. Le peintre basque né à Eibar en 1870 a créé cette huile sur toile gigantesque, 284×334. Le tableau nous montre un picador ahuri, l’arrière taché de sang de son cheval blanc et le ciel gris et noir habituel. Tout ceci nous invite à un après-midi de corrida qui a été une « tragédie » pour l’homme et l’animal. L’équidé s’est sauvé jusqu’à la prochaine tarde ! La peinture taurine de Zuloaga représente le cinquième de son œuvre mais principalement des portraits et, rares sont les scènes de corridas proprement dites.

Le populaire Joaquín Sorolla (1863-1923) n’est l’auteur que de peu de sujets taurins, pas de cheval. Mariano Fortuny (1838-1874), le catalan admirateur de Goya qui a passé la majeure partie de son existence à Rome ainsi que Pharamond Blanchard, prolifique créateur de lithographies et d’estampes n’ont pas consacré d’œuvres au cheval.

Les peintres et célèbres affichistes

 

Roberto Domingo

 

Roberto Domingo (1883-1956)

 

Carlos Ruano Llopis

 

     et Carlos Ruano Llopis, ce dernier collaborateur artistique de plusieurs revues taurines qu’il illustrait comme El Pueblo, El Clarín, El Ruedo… Également Antonio Casero, Andres Martínez de Leon et Santos Saavedra, tous occultant le cheval.

 

Mariano Benluire, Una buena vara, bronze

     Le fécond sculpteur taurin Mariano Benlluire (1862-1947) auteur du bronze Una buena vara, pleine de force et de mouvement. Le cheval chargé par le taureau renverse sa tête pour essayer de mordre son assaillant.

 

 

Yves Brayer, Scène de corrida, Madrid, 1929

 

     Yves Brayer, né à Versailles en 1907, mort à Paris en 1990, Scène de corrida, Madrid 1929. Au pied du tendido 6… un cheval mort abandonné, la corrida suit son déroulement. A cette époque, il est certain que la foule aurait hurlé à la moindre cornada du matador, et probablement frémit devant la lente agonie d’un taureau mal estoqué, sans se soucier du cheval éventré à quelques mètres de là. Notons que ce cheval est sans protection. C'est par décret du 7 février 1928 que Miguel Primo de Rivera imposa le peto en Espagne. Brayer continuera à reproduire des chevaux sans caparaçon par la suite, bien après cette date. Ce cheval solitaire, mort, tripes au soleil, saignant sur le sable de l’arène ; au-dessus de lui, le public, ombrelles et chapeaux de paille, hommes et femmes certainement aux visages extasiés : la rosse morte dans l’indifférence.

Cet artiste, ancien cavalier, grand amoureux des chevaux, chevaux de course, chevaux de corrida, chevaux de Camargue nous le témoigne dans cette peinture tragique et émouvante.

 

… à suivre

                                                                           

                   Gilbert Lamarque

 

 

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