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histoire

L’ENCIERRO DE PAMPLONA. 1ère partie

Publié le par Cositas de toros

L’ENCIERRO DE PAMPLONA. 1ère partie

HISTOIRE

 

    D’après les sources historiques, en 1385, sous le règne de Charles II de Navarre, il y avait déjà des courses de toros différentes, bien sûr, de celles que l’on connaît actuellement mais qui impliquaient, comme aujourd’hui, le transfert des toros jusqu’aux arènes, pour y être toreados ou pour "jouer" avec eux sans mise à mort.

A l’époque, les toros étaient conduits à pied à travers la campagne jusqu’à la ville et le dernier tronçon, dans les rues de Pampelune, était réalisé au petit matin, pour ne pas déranger les habitants, et à toute vitesse, les bergers excitant les bêtes pour qu’elles se dépêchent de terminer le trajet. Si l’on considère donc que l’encierro remonte à ce lâcher des toros dans les rues pour les faire rejoindre les arènes, il s’agit d’une pratique qui remonte à au moins 600 ans et cet encierro devait vraisemblablement être accompagné d’un desencierro, lorsque les animaux quittaient la ville pour retourner à la campagne après la corrida, puisqu’en ces temps-là, les toros n’étaient pas mis à mort.

Ces premiers encierros appelés entradas (entrées), n’avaient guère à voir avec les encierros actuels. Un cavalier au galop annonçait l’arrivée des bêtes et il y avait toujours quelques jeunes qui couraient aux côtés du troupeau, sans respecter le règlement municipal qui interdisait officiellement cette pratique considérée comme une désobéissance à l’égard des autorités mais qui était consentie de fait, comme un moindre mal.

Jusqu’en 1844, l’encierro s’achevait à la Plaza del Castillo1  aménagée provisoirement en arènes pour les Sanfermines. Et ce n’est qu’en 1856 que les toros courent pour la première fois dans la Calle Estafeta2. En 13 ans, l’encierro a connu quatre parcours différents, il a traversé deux portes médiévales3 distinctes et il a débouché sur trois emplacements différents. Avec l’arrivée du chemin de fer, les animaux sont transportés en train et leur conduite à travers champs et dans les rues de la ville ne s’avère plus nécessaire.

Mais cette coutume qui risquait ainsi de disparaître, enracinée et comptant sur le soutien populaire, réussit à s’imposer à la volonté des autorités de l’interdire à jamais. De telle sorte que la Mairie est obligée de promulguer en 1867, le premier arrêté municipal régulant la course (horaire, parcours et normes internes), lui accordant ainsi la pleine légalité.

La dernière modification du trajet de l’encierro a lieu en 1922, à la suite de l’inauguration de l’actuelle Plaza de Toros, qui oblige le troupeau à tourner à gauche au bout de la Calle Estafeta, au lieu de tourner à droite comme auparavant.

 

1. La Plaza del Castillo dont le nom fait référence à la présence d’un ancien château des rois de Navarre, fait le lien entre le vieux Pampelune et la partie moderne de la ville appelée Segundo Ensanche. Elle fut construite dans le premier tiers du XXe siècle.

2. Calle Estafeta, la rue la plus populaire du quartier.

3. Portes médiévales : à sa création, Pampelune est une ville fortifiée protégée par des remparts. Bien que la majeure partie de l’enceinte ait été détruite lors de l’extension de la cité en 1915, certaines parties sont toujours visibles aujourd’hui.

 

PARCOURS

 

 

     Le parcours de l’encierro de 875 mètres de long, suit le tortueux tracé médiéval du Vieux Quartier de Pampelune. L’urbanisme complexe de cette zone, fait que le trajet de la course arpente des rues escarpées, comporte des virages à angle droit, emprunte d’étroites rues, descende des pentes et pénètre dans un "tunnel" sous les gradins des arènes. Un parcours varié, très spectaculaire, est tout simplement dû à l’emplacement des anciens remparts, des portes médiévales et des arènes.

1ère partie, les toros sortent du corral situé dans un des anciens bastions de la citadelle.

 

© Patrick Soux 16/09/2019

La Cuesta de Santo Domingo, 280 m. C’est une pente abrupte jusqu’à 10 % de dénivelé, en partie coincée entre les hauts murs de pierre de l’ancien hôpital de Nuestra Señora de la Misericordia (XVIe siècle), aujourd’hui Musée de Navarre.

© Gilbert Lamarque 16/09/2019

 

© Gilbert Lamarque 16/09/2019

 

C’est contre ce mur qu’est disposée la niche abritant la statuette de San Fermín.

 

© Patrick Soux 16/09/2019

 

2ème partie.

 

© Patrick Soux 16/09/2019

La Plaza del Ayuntamiento ou Consistorial et la Calle Mercaderes. Ici le terrain est plat sur 100 m de long et 9 m de large. Au sortir de la place, l’encierro doit tourner légèrement à gauche, au début de la Calle Mercaderes.

 

3ème partie.

 

© Patrick Soux 16/09/2019

La Calle Estafeta, la plus célèbre, longue de 300 m et légèrement ascendante (2%). Le début est spectaculaire, avec le virage à droite à 90°, ce qui provoque le dérapage des toros qui, emportés par la force centrifuge, heurtent la palissade, tombant parfois et se dispersant.

4ème et dernière partie, la partie située au niveau de l’immeuble de la Telefónica, suit le callejón menant à l’entrée des arènes et enfin la Plaza.

 

© Patrick Soux 16/09/2019

C’est le seul tronçon en légère pente descendante de 120 m de long et 9 m de large au début, qui se termine en entonnoir pour s’engouffrer dans l’étroit callejón de 3,5 m de large et long de 25 m qui passe sous les gradins et débouche sur les 50 derniers mètres du sable de l’arène.

875 m, le parcours prenant compte de ces 50 m de traversée du ruedo.

© Wikipedia Commons 07/07/2015

A 8 h précises, une première bombe, el cohete, signale que les toros accompagnés des cabestros sont lâchés. La seconde indique que tous les toros sont partis du corral et sont sur le parcours. La troisième indique que tous les toros sont arrivés aux arènes. La quatrième, que tous les toros sont dans les corrales de la plaza.

© Wikipedia Commons

En général, la durée de l’encierro varie entre 2 à 3 minutes.

 

PASTORES Y DOBLADORES

 

    Les bergers ont toujours été associés à l’encierro. Au Moyen Age, lorsqu’il n’y avait pas encore de coureurs dans les rues, ils étaient chargés de conduire le troupeau à pied à travers la campagne et les rues de Pampelune.

Aujourd’hui, ils sont huit à dix à courir l’encierro, munis d’un bâton. Ils se relaient tous les 100 m environ et leur mission est de veiller à ce que le troupeau reste groupé, d’éviter qu’ils ne reviennent sur leurs pas et d’empêcher que certains coureurs sollicitent les toros par l’arrière.

Miguel Reta, l’emblématique ganadero de la Casta Navarra à Grocín (Navarre), est pastor lors des encierros pamplonais. Il est posté dans le virage de la Calle Estafeta.

Le règlement interdit de solliciter les toros tout comme de les toucher… Chaque année, le manquement à l’une ou l’autre des dispositions de la réglementation en vigueur est sanctionné de peine d’amendes.

© Iñaki Vergara 14/07/2017

Également, seules peuvent courir les personnes âgées de 18 ans et plus.

© Wikipedia Commons

 

La figure des dobladores naît dans les années 1930 pour accroître la sécurité des coureurs qui envahissent l’arène à la fin de l’encierro. Il y a actuellement quatre dobladores dans le ruedo, tous ex-matadors, ex-novilleros ou subalternes, qui allient leur professionnalisme dans le monde taurin et leur grande expérience des encierros de Pampelune.

Munis chacun d’une cape et stratégiquement disposés dans l’arène, ils ont pour mission d’attirer les toros vers le toril le plus vite possible, pour éviter de mettre en péril les coureurs rassemblés. Ils sont les seuls habilités à aller chercher une bête, sans toutefois effectuer des passes de capote, exclusivement réservées aux toreros, l’après-midi.

 

 

PALISSADE

 

    C’est 900 poteaux et 2700 planches en bois et divers éléments : vis, boulons, cales… Depuis 1941, cette protection est renforcée par une double clôture avec un espace de deux mètres entre la première et la deuxième palissade. Cette décision a été prise parce que le 8 juillet 1939, un toro de Cobaleda Sánchez appelé "Liebrero" a rompu la clôture existante et a dû être abattu par la Garde Civile devant l’entrée principale des arènes.

 

RECORDS ET PRÉCISIONS

 

    L’encierro des toros de Miura en 1958, le 12 juillet, fut le plus long de l’histoire. Il s’est prolongé durant une demi-heure, à cause d’un taureau qui, une fois dans l’arène, refusait de rejoindre le toril. Il fallut faire appel à un chien de berger, le fameux perro "Ortega",

acclamé par le public et porté en triomphe en une vuelta al ruedo triomphale.(Voir Cositas, catégorie "Histoire" du 10 mai 2019).

Le toro le plus rapide s’appelait "Huraño", il pesait 600 kgs et appartenait à la ganaderia de Jandilla. Le 11 juillet 1997, devançant largement le reste du troupeau, il lui fallut à peine 1'45 " pour courir les 875 mètres du parcours.

Deux encierros sont tristement célèbres : celui du 13 juillet 1980 et celui du 10 juillet 1947, qui ont enregistré, dans chaque cas, deux décès le même jour, provoqués par un même toro. Le premier "Antioquio" de Guardiola, provoqua la mort d’un jeune sur la Plaza del Ayuntamiento et d’un autre dans l’arène. Le deuxième, "Semillero" de Murube, causa la mort d’un coureur dans la Calle Estafeta et d’un autre dans l’arène également. Le 8 juillet 1995, un Miura, une fois l’encierro terminé, s’échappa des arènes et dévala la rue en sens inverse. Un autre toro de Cebada Gago, fit de même le 12 juillet 1988 et se mit à courir en sens inverse toute la Cuesta De Santo Domingo jusqu’aux corrales d’où il venait de sortir.

Entre 1904 et 1932, il fallut procéder à huit reprises, à un double encierro, une deuxième course donc, une demi-heure après le premier, car l’un ou plusieurs toros refusaient de quitter les corrales de Santo Domingo à l’heure prévue !

On recense seize morts depuis le début des encierros, le dernier en 2009, le 10 juillet, toro de Jandilla.

56 % des coureurs d’un jour courent pour la première et dernière fois.

Environ 3.000 coureurs, 600 travailleurs et 20.000 spectateurs.

2.500 coureurs en semaine, 4.000 le week-end. 40 % sont de Pampelune ou de Navarre, 30% d’Espagne et 30 % d’étrangers.

80 millions de personnes suivent la course en direct ou en différé, aux infos et émissions à travers le canal international de TVE.

On peut louer un balcon pour un prix de 50 à 100 euros par personne et par jour… avec pour ce prix-là, un casse-croûte ou petit-déjeuner.

 

CANTIQUE

 

    Avant le début de l’encierro, les coureurs qui vont effectuer la première partie du parcours, Cuesta de Santo Domingo, demandent par un chant, la protection de San Fermín dont une statuette est disposée dans une niche contre un mur. Ce chant est repris trois fois, et depuis 2009 en deux langues, l’espagnol et le basque.

Le voici,

A San Fermín pedimos

por ser nuestro patrón

nos guíe en el encierro

dándanos su bendición

et

Entzun arren San Fermín

zu zuitugu patroi

zuzendu gure oinarrak

entzierru hontan otoi.

 

Suivi de "Viva San Fermín" et "Gora San Fermín".

 

 

© Mikellas

                                                                                           Gilbert Lamarque

… à suivre.

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UNE HISTOIRE DE L’AFICIÓN EN ESPAGNE

Publié le par Cositas de toros

 

 

Deuxième partie.

 

  

 

  Aujourd’hui le monde taurin est devenu un milieu très lucratif, que ce soit pour les directeurs d’arènes, les empresas et les agents, les apoderados, ainsi que pour certains acteurs, toreros ou ganaderos.

 

                                                   

Simon le Majeur

 

Et ce système est en grand danger. Les récentes fluctuations négatives pour le pays sur les marchés économiques et financiers ont frappé de plein fouet la tauromachie. Les raisons de cette chute libre sont nombreuses et les maux profonds. Plusieurs facteurs s’ajoutent à l’équation, tels que l’indifférence sociale, les tensions politiques et lobbyistes mais aussi le manque d’unité des milieux taurins.

 

                                                   

El rey Enrique 1er

   

    Pourtant selon les chiffres du ministère espagnol de la Culture, plus de 45 millions d’euros ont été versés au fisc espagnol, soit quatre fois plus que les chiffres du cinéma. Une enquête explique qu’environ 6 millions de personnes ont assisté à un spectacle taurin en 2014, ce qui en fait le plus grand évènement de masse derrière la Liga de football et ses 13 millions d’entrées.

 

                                                      

El Juli, le dauphin.

   

    Mais nous sommes en 2019 et le manque de nouvelles personnalités du toreo et de nouvelles  générations d’aficionados intensifie cette chute vertigineuse.

 

                                                          

Ricardo Gallardo (Fuente Ymbro).

   

    Après le succès des partis d’extrême gauche comme Podemos et de centre-droit comme Ciudadanos lors des élections régionales et municipales, on cristallise toutes les appréhensions des partisans taurins face à une vague dite anti taurine. Certaines régions se sont déclarées en faveur d’un arrêt des subventions, en évoquant la nécessité de coupes budgétaires et la cause animale pour premiers arguments.

    Dans la capitale, le sujet est explosif où la maire, Manuela Carmena, coupe net les subventions des écoles taurines. Soutenue par Podemos, elle souhaite faire de Madrid, "la ville des animaux".

¡ Cuidado, perros peligrosos !

Les traditions taurines sont donc devenues un enjeu politique de taille.

    Le caractère et l’aspect traditionnel de la tauromachie sont critiqués pour leur conservatisme. Le mouvement animalier PACMA (Partido Animalista Contra el Maltreto Animal) dénonce les corridas comme "spectacle à caractère barbare et anachronique, impropre d’une Espagne civilisée au XXIe siècle". Des choix forts ont déjà été pris par certaines communautés autonomes, à l’instar de l’archipel des Canaries, qui a interdit la corrida dès 1991 et la Catalogne en 2010 pour des raisons "anti-espagnolistes". Aujourd’hui, des fêtes traditionnelles de villages sont aussi en danger dans plusieurs provinces, comme les "carrebous" dans les régions de Valence et de Barcelone et le "toro de la Vega" pratiqué depuis 1453 à Tordesillas dans la Communauté de Castille et Léon s’est vu  fortement mutilé.

 

                                                                  

   

    Depuis des années, el Toro de la Vega était brocardé comme une séquelle de l’"Espagne barbare". Chaque mois de septembre, écologistes et journalistes (les uns pour s’opposer à la "fête", les autres pour la couvrir) étaient reçus avec violence par la majorité des habitants, qui ne supportaient pas que des étrangers aient voulu leur imposer l’interdiction d’une telle tradition.

C’est pourtant ce qui a été décidé en 2016. Le gouvernement régional de Castille et Léon, paradoxalement dominé par les conservateurs du Partido Popular, après de longs atermoiements, a approuvé un décret qui proscrit non seulement la mise à mort du taureau, mais aussi la possibilité de le piquer avec des lances. Mais la "fête" en elle-même est maintenue. "Au fond, nous n’avions que deux solutions, a précisé le président de la région José Antonio Sánchez-Juarez. Ou bien protéger la tradition ou bien l’éliminer. Et je crois que les traditions doivent s’adapter à la sensibilité et à la culture de l’époque." Tout est dit. 

Avec el Toro de la Vega, ce n’est pas le coup de grâce, mais une nouvelle pique qui affaiblit tout un secteur culturel.

    Mais les régions liées historiquement à la tauromachie semblent loin d’être prêtes à vouloir stopper la tradition comme en témoignent l’Andalousie, l’Estrémadure, la Castille-La Mancha, la Castille et Léon, la Communauté de Madrid, la Rioja, la Navarre et le Pays Basque. A San Sebastian eut lieu une petite victoire. En effet, la ville basque déclarée tout d’abord anti taurine en 2012, a autorisé à nouveau les corridas dans les arènes d’Illumbe en raison d’un changement à la tête de la municipalité !

 

                                                                 

Mariano Rajoy

   

    Le gouvernement Rajoy (2011-2018) s’est lui positionné en faveur de la cause, soutenant par la voie du Parlement en mai 2014, une loi qui incluait la tauromachie dans le patrimoine immatériel. Le but étant de créer un cadre législatif autour de cette pratique culturelle.

Le Partido Popular avait pourtant lui-même voté d’un commun accord avec le PSOE, l’arrêt des retransmissions télévisées sur les chaînes publiques. Celles-ci, stoppées fin 2006, ont repris depuis 2013.

    Exit Mariano Rajoy, le titulaire actuel est le socialiste Pedro Sánchez depuis juin 2018. Il a été contraint de provoquer des élections législatives anticipées qui se sont déroulées le 28 avril. 

Ses préoccupations actuelles ne sont certainement pas taurines.

… Et l’ombre du dictateur flotte toujours au-dessus de El Valle de los Caídos, vestige de la honte !

     Devenue un sujet de débat, lors des dernières élections régionales en Andalousie, le dirigent de Podemos, Pablo Iglesias, avait proposé un référendum sur l’abolition des corridas.

    Selon les derniers chiffres publiés par le ministère espagnol de la Culture, dans son "statistique annuel", le nombre de spectacles taurins est en baisse de 16 % sur les quatre dernières années. Sur dix ans, les places taurines perdent près de 20 % de leur public.

En 2013, le ministère comptabilise 428 corridas sur l’ensemble du pays, contre 398 en 2014, 387 en 2017 et 369 en 2018 (voir chiffres plus bas). Les autres types de spectacles liés à la tauromachie sans forcément de mise à mort, sont également en diminution. Il y avait eu 953 corridas en 2007 !

Et le record avant la chute, est détenu par l’année 2003 : 983 .

    L’estocade finale à une industrie tauromachique maintenue sous perfusion est en constante recherche d’un second souffle. Au delà de l’augmentation des coûts d’organisation et de sécurité, qui compliquent la mise en place de ces spectacles, le public n’est plus au rendez-vous. La corrida n’a probablement pas encore dit son dernier mot, mais le mal le plus profond ne viendrait-il pas de l’Espagnol lui-même, de moins en moins aficionado ? ¿ No ?

 

                                                     

Crépuscule tauromachique ?

                                                                                                       

 

                                                                                             Gilbert LAMARQUE

 

Quelques chiffres de la Tauromachie en Espagne.

    Le ministère de la Culture et des Sports espagnol a publié les statistiques pour l'année 2018 (sur le Net : estadistica-de-asuntos-taurinos).

    Voici quelques chiffres :

1521 spectacles dont,

 - 369 corridas (24,30%) dont 93 en arènes de 1ère catégorie. 387 en 2017.

 - 169 corridas à cheval (11,10%).

 - 217 novilladas avec picadors (14,30%). 220 en 2017.

 - 267 novilladas non piquées (17,80%).

 - 118 spectacles mixtes.

 - 381 spectacles mineurs.

Chez les professionnels inscrits au ministère ayant toréé ou pas durant l'année 2018 :

 - 751 matadors, 733 en 2017.

 - 319 rejoneadors.

 - 2573 novilleros (piquée et non piquée).

 - 603 picadors.

 - 1897 banderilleros.

 - 3406 mozos de espada.

 - 62 écoles taurines, 58 en 2017.

 - 1337 élevages de toros de combat, 1329 en 2017, 1341 en 2015... 

 

    

 

 

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UNE HISTOIRE DE L’AFICIÓN EN ESPAGNE

Publié le par Cositas de toros

Première partie.

                                                   

 

                                                            

Le jour se lève

 

    Lorsque Philippe V monta sur le trône d’Espagne, il apporta avec lui dans la péninsule, les idées, les mœurs et les préjugés au milieu desquels le duc d’Anjou avait été élevé. Aussi, éprouva-t-il et manifesta-t-il une vive répulsion pour les combats de taureaux. Durant les quarante six années que dura son règne, sans le défendre officiellement, il fit tous ses efforts pour abolir ce spectacle. Il n’y assistait jamais volontairement et ne l’autorisait à la cour que lorsque l’usage ne lui permettait pas de faire autrement. Ses courtisans, pour la plupart étrangers comme lui, n’eurent pas beaucoup de peine à renoncer à cet exercice vers lequel ils étaient peu portés, et les représentants de la noblesse espagnole qui avaient déjà fort à faire pour rester bien en cour, furent obligés de faire au caprice de nouveau roi, le sacrifice de leur jeu favori.

 

                                                        

Philippe V le Brave (1683-1746) par Miguel Jacinto Meléndez. Musée du Prado. Madrid.

                                                             

En effet, Philippe de France, duc d’Anjou était né à Versailles en 1863 issu de la dynastie des Bourbon. Papa n’était autre que Louis de France dit Monseigneur ou le Grand Dauphin. Ainsi, à Madrid, il installa des Français aux postes importants, orientant de façon nouvelle la politique espagnole.

    Là où Isabelle la Catholique et le Saint-Siège avaient échoués, Philippe V ne pouvait réussir, et les faits ne tardèrent pas à confirmer une fois de plus la vérité de cet aphorisme ignoré des taurophobes : Combattre l’afición, c’est la développer. On aimerait aujourd’hui que la chose soit vraie !

    Comprimée chez la noblesse, l’afición déborda chez le peuple où il devait être impossible de l’atteindre et où elle acquit vite une vigueur extraordinaire.

    Par un heureux contraste, autant Philippe V s’était montré hostile aux courses de taureaux, autant son fils Ferdinand VI qui lui succéda, se prit à les aimer.

 

                                                                     

Ferdinand VI le Sage (1713-1759) par Louis-Michel van Loo. Détail.

 

Le prince fit pour la tauromachie ce que Philippe IV avait fait pour les beaux-arts et pour les lettres. Il favorisa l’organisation des courses de taureaux, fit bâtir des arènes, dota Madrid d’une plaza où se donnaient des funciones au bénéfice de l’hôpital général, et obtint enfin du Saint-Siège l’annulation de la bulle de Pie V, et la suppression des peines très graves que l’Église infligeait aux toreros.

    L’élan était donné et il n’était plus au pouvoir de personne de l’arrêter.

 

                                                                             

Charles III (1716-1788) par Raphaël Mengs (1774).

 

Charles III l’essaya en vain en 1785. Par un article de sa royale décision, il interdit les courses de taureaux. Le décret resta lettre morte et fut bientôt annulé.

C’est sous son règne que commença à émerger l’idée de l’Espagne comme nation, qui se dota de symboles identitaires : un hymne, un drapeau et une capitale digne de ce nom.

    Mal conseillé par Godoy, Charles IV en l’honneur de qui, - l’ingrat ! - avait été donnée lors de son mariage, l’une des plus belles courses qui se soient vues en Espagne, veut à son tour supprimer ce spectacle. Cette mesure impolitique ne fut pas de celles qui contribuèrent le moins à provoquer cette explosion de colère contre le roi et de haine contre le ministre qui fit trembler tout le pays et jeta sur le Prince de la Paix, les insurgés d’Aranjuez…

    … Le soulèvement d’Aranjuez, motín de Aranjuez, fut un soulèvement populaire qui s’est déroulé le 17 mars 1808. Sachez que les troupes françaises sont présentes en Espagne et que les opposants au roi Charles IV et à son ministre Godoy, sont favorables au Prince des Asturies, le futur Ferdinand VII.

 

                                                                       

Charles IV (1748-1819) par Goya (1789). Musée du Prado. Madrid.

 

Au mois de mars, craignant le pire, la famille royale se retira à Aranjuez pour pouvoir, en cas de nécessité, prendre le chemin vers le sud, vers Séville et embarquer pour l’Amérique.

Le 17 mars après que la rumeur sur le voyage de la famille royale se fut répandue, la foule se réunissant devant le palais royal d’Aranjuez, le prit d’assaut. Devant la crainte d’un véritable lynchage, le prince Ferdinand intervint en véritable maître de la situation ; son père abdiqua, et il devint le roi Ferdinand VII. Voici pour l’histoire.

Ces évènements furent les premiers râles de l’Ancien Régime en Espagne.

 

                                                                  

Ferdinand VII le Désiré ou le Roi Félon (1784-1833) par Vicente López Portaña. Détail.

   

    La longue acclamation d’amour et de joie qui accueillit le retour de Ferdinand VII, - il fut remplacé sur le trône en juin 1808, par Joseph, le frère de Napoléon - se changea vite en murmures de mécontentement quand on vit ce prince traiter l’Espagne en terre conquise, méprisant ses souffrances et restreignant ses libertés. Lui aussi tenta de supprimer les courses. Cette politique faillit lui coûter cher et il fallut rien moins que l’intervention de la France pour le maintenir sur son trône. La leçon cependant lui profita ; il comprit que "la petite promenade militaire" du duc d’Angoulême ne pouvait se renouveler indéfiniment et qu’il valait mieux gouverner l’Espagne par l’amour que par la crainte. Louis Antoine d’Artois, duc d’Angoulême, Dauphin de France (de 1824 à 1830) , fils de Charles X, conduisit en 1823, la victorieuse expédition d’Espagne et gagna la bataille du fort du Trocadero et s’empara de Cadix.

 

                                                                     

Louis-Antoine d'Artois, duc d'Angoulème de 1775 à 1824. Anonyme. Musée de la Légion d'honneur. Paris

  

    Il restaura, en monarque absolu, Ferdinand VII.

Celui-ci rendit donc ses libertés et accorda aux villes le droit d’organiser des courses. Il alla plus loin, fit du zèle en ordonnant la fondation d’une école officielle de tauromachie !

    Donc, soucieux de raviver une tradition populaire qui avait souffert de cette guerre avec la France, il créa l’école taurine de Séville. Il en confia, en 1830, la direction au matador Jerónimo José Candido, beau-frère de Pedro Romero qui avait alors soixante treize ans et qui finit par obtenir la direction tandis que Candido devenait son adjoint !

 

                                                        

Pedro Romero (1754-1839).

        

 L’école ferma quatre ans plus tard par décret le 15 mars 1834. Des figuras passèrent par cette école, tels Paquiro, Cúchares…   

    Il serait puéril et grotesque de prétendre que la suppression des corridas a été la cause efficiente des troubles qui agitèrent l’Espagne au commencement. Mais ce fut assurément une mesure maladroite, et la goutte de sangria fit déborder el jarro. On n’assagit pas un peuple en l’empêchant de se distraire comme il l’entend, et il vaut mieux qu’il dépense dans les "jeux du cirque", Panem et circenses, l’exubérance d’activité, de force et de courage qu’il pourrait employer à soutenir des luttes intestines. ¿ No ?

    Après Ferdinand VII, vinrent les Régences de Marie-Christine de Bourbon-Sicile et de Baldomero Espartero, puis les règnes d’Isabelle II, Amédée 1er , Alphonse XII, son fils Alphonse XIII.

En 1929, on célébrait environ 300 corridas. La Seconde République fut proclamée le 14 avril 1931, et juste avant la Guerre Civile, en 1935, la crise avait réduit le chiffre à une centaine.

 

                                                               

¡ Tres pesetas y nada mas !

 

 L’État espagnol de Francisco Franco suivra avec l’âge d’or de la corrida et la manipulation du peuple par le Caudillo, puis les différents gouvernements avec Juan Carlos 1er, roi le 22 novembre 1975, Philippe VI depuis 2014, perpétuant la dynastie… Rien de nouveau sous le soleil.

 

A suivre…

                                                                                   Gilbert LAMARQUE

 

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VUELTA AL RUEDO AL PERRO "ORTEGA"

Publié le par Cositas de toros

 

     Année 1958, le 12 juillet, Feria del Toro de Pamplona.

Ce jour-là, la vedette dans le ruedo pamplonais a été un chien, un chien de berger de ganado bravo. Il se nommait "Ortega", propriété d’Esteban Irisarri, lui aussi berger.

Pendant l’encierro de ce jour, celui de la ganaderia de Miura, un toro ne voulait pas entrer par la porte des areneros du coso de Pampelune. Ni les dobladores*, ni les cabestros, ni quelques capotes, ni toute l’expérience des bergers ne réussirent à faire rentrer l’animal dans les corrales. Mais apparut en scène "Ortega", et avec quelques aboiements et morsures, il parvint à faire rentrer le Miura aux corrales.

 

 

Les mozos présents prirent le chien comme un héros et firent avec lui, une vuelta al ruedo triomphale.

 

 

* Doblador (nom masculin). Doubleur. Vient de doblar qui veut dire doubler, plier, courber. Au figuré, se soumettre, céder, faire changer d’idée.

A l’encierro, désigne le torero professionnel qui intervient à l’entrée des toros dans les arènes, lorsqu’il soumet les cornus à sa cape, pour les amener au corral.

 

                                                                       Gilbert LAMARQUE (traduction).

 

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VICISSITUDES "TAUROMACHIQUES" : LES MOJIGANGAS

Publié le par Cositas de toros

     Complément.

 

                                                           

Scène de pantomime taurine, mojiganga. Gravure G des épreuves inédites. Francisco de Goya. Epreuve d'état à la Bibliothèque nationale de Madrid.

 

    Cette scène bizarre représentée par cette planche, peut surprendre. C’est en effet une singulière fantaisie que de faire travailler à la pique un taureau par un picador monté sur l’une des deux mules attelées à un carrosse. Il y a deux conducteurs, armés de piques, au cas où le taureau les attaquerait. A la portière, se penche un rejoneador prêt à se servir de son arme, le cas échéant. Deux laquais se tiennent debout à l’arrière du carrosse, selon l’usage à cette époque, et des toreros, la cape rejetée sur l’épaule, semblent contempler de loin cette scène. Ce style fantaisiste de course appartient au genre dit "inventions à pantomimes", mojigangas, terme exact fort en vogue au XVIIIe siècle.

Une de ces courses fut célébrée le 27 juin 1787 sur la place d’Aranjuez. L’affiche annonce qu’ " on verra sur la place le fameux Maure Muza avec Fatima son épouse, en habits de leur nation, sur un très beau landau traîné par un âne superbe, harnaché en cheval, avec queue et frein, accompagnés de deux piqueurs sur chevaux de carton et deux laquais, avec passes de cape et pose de rosettes et banderoles et autres figures de passe-temps"    .

Avec moins d’imagination et de fantaisie, ce toreo grotesque s’est prolongé jusqu’à nos jours. Les soirs d’été toréent parfois des bandes appelées charlotades.

 

                                                                                                   

                                                                                               Gilbert LAMARQUE

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