LE GRAAL
En 2003, El Juli lorgnant sur ses points retraite de matador, achète à Paco Ojeda, le fer Toros de Táliga, pour ne pas rompre son fil d'ariane avec la tauromachie. Si le second n'en fit rien d'exceptionnel, Julian qui semble transformer en métal précieux tout ce qu'il touche, commença par dissoudre le troupeau après s'être installé sur les terres d'Estremadure près d'Olivenza, baptisant sa ganaderia du nom de sa finca, El Freixo.
Loin des clameurs des arènes, Julian López Escobar, 43 ans bientôt, a décidé de se consacrer au toro bravo, celui qui permit son ascension fulgurante.
Ce 15 août à Dax, devant un lleno de catégorie, les toros d'El Juli ont laissé 9 oreilles au bénéfice du trio accompli M. Á. Perera, D. Luque et B. Jiménez. Ici point de fadeur, de soseria mais une belle noblesse piquante affleurant la flanelle. Á son débit, le trait peu enclin à défier la cavalerie, c'est le côté sombre du toro dit moderne. En un mot, une tarde avec un triomphe général unissant hommes et bêtes dans un même élan.
Quel chemin parcouru depuis ses débuts en public, un matin de becerrada en juillet 1995 à Mont-de-Marsan à sa finca El Freixo !
La tauromachie nous réserve de belles surprises à qui sait attendre. Mais il y a, aussi, des évènements qui n'en sont pas. Autre 15 août "tras" los Pyreneos, à Illumbe, fade et bruyante plaza de Saint-Sébastien : un mano a mano, après l'absence de Morante, accidenté, entre Marco Pérez, jeune matador et Olga Casado, jeune novillera, étrange duel sans véritable rivalité. Point culminant du jour le plus important de la temporada, il semble que les Chopera s'essoufflent à maintenir le niveau.
C'est à Dax qu'il se passait quelque chose par l'entremise d'un ganadero ex torero et ses toros d'El Freixo. Car sans toros toros point de corrida. Et ce "détail", faut-il bien se le mettre dans l'esprit ! L'aficionado de verdad se déplace au seul nom d'un élevage évocateur.
Ce bétail d'origine Domecq via Garcigrande et Daniel Ruiz, ont les caractéristiques toutes opposées au choix du torista, mais semble être au goût de la tauromachie du moment. Ils ont le trait pour magnifier le 3e tiers qui à l'heure actuelle est le point névralgique de la corrida, la faena de muleta où se livrent les stakhanovistes de la passe, encore faut-ilque celle-ci soit conduite à bon escient, préparant le toro à la mort. Le grand public boude le tiers de varas, ne le supporte pas et pointe tout son intérêt sur la muleta. Alors oui, avec de tels toros lorsqu'on veut mettre en avant l'agressivité, le piquant de la bête en concluant triomphalement et fermant les yeux sur la cavalerie.
Le bon équilibre étant un bon tiers de varas, un bon 3e tiers. On peut rêver. Le Graal, quoi !
Gilbert Lamarque