Overblog Tous les blogs Top blogs Sport Tous les blogs Sport
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

jazz et corrida

Publié le par Cositas de toros

            Si le bleu est une couleur, la souffrance d'un peuple en a fait une émotion. Elle s'est traduite en musique par la blue note, la note bleue*, intervalle vagabond qui sème le trouble dans le genre de la gamme. Le blues n'est ni majeur ni mineur, il est les deux. Á la fois sombre et lumineux, sol y sombra, il est bel et bien bleu. Le blues a une couleur, une histoire mais aussi une géographie. "Elle vient de là, elle vient du blues". Où ça ? Dans le Sud des États-Unis, dans le delta du Mississipi, le berceau du blues.

     En matière musicale, on peut réunir le jazz et la corrida par le blues et le duende. Attention, duende n'a pas d'équivalent en français. Mais en musique, on le retrouve chez certains chanteurs flamenco :  il désigne l'expressivité extrême, tout comme le charme, l'envoûtement. Il en appelle directement aux émotions de l'interprète. Pour le vivre pleinement, privilégiez un rincón au hasard de vos sorties à Triana plutôt qu'un "récital" en festival !

     "Pour chercher le duende, il n'existe ni carte ni ascèse. On sait seulement qu'il brûle le sang comme une pommade d'éclats de verre, qu'il épuise, qu'il rejette toute la douce géométrie apprise, qu'il brise les styles, qu'il s'appuie sur la douleur humaine qui n'a pas de consolation." (Federico Garcia Lorca, Jeu et théorie du duende.)

     En musique, nous pouvons oser relier le blues au duende par la douleur humaine évoquée par Garcia Lorca.

     Mais le duende et la corrida ? Le temps suspendu à l'envoûtement ? Un torero est rarement habité par le duende. Quel aficionado a touché le graal ? C'est au delà de l'inspiration profonde. 

     Donc, nous faisons référence à la musique et nous relierons le jazz et le flamenco. Le flamenco, au hasard des multiples oeuvres, Paco de Lucia "Gitanos andaluces", les cantaores Antonio Chacón, le plus célèbre Camarón de la Isla ; plus modernes le saxophoniste Pedro Iturralde considéré comme le père du flamenco-jazz notamment avec le guitariste Paco de Lucia dans les années 60, Chano Domínguez pianiste andalou de jazz et de flamenco nuevo, Vicente Amigo l'héritier lyrique de Paco de Lucia, tous ceux-ci mêlent la tradition flamenca à des influences modernes dépoussiérant le flamenco traditionnel.

     Sous d'autres latitudes, des artistes créèrent une liste d'oeuvres de jazz liées à la corrida : Duke Ellington "El Viti", Miles Davis "Flanenco Sketches", John Coltrane "Olé", Kenny Dorham "Matador", Paul Bley "El Cordobés", Jean-Marc Padovani "Nimeño", liste qui ne demande qu'à être complétée.

     Il n'y a pas un style de musique excepté le flamenco qui est lié à la corrida autant que le jazz. Pourquoi ? Par l'improvisation et le refus de la répétition : tout comme un solo de jazz, une faena ne se rejoue pas à l'identique, elle s'invente face à l'inconnu, à l'instant, au toro !

     Et le duende ? Il fait référence à la notion d'état d'âme et de feu inspirée du flamenco dans le jazz, c'est un style au mélange hybride, puissant et chamanesque entre jazz et influences classiques. Dans le jazz, de nombreux artistes utilisent le terme de duende pour exprimer cette connexion profonde, improvisée et incandescente propre au jazz métissé.

     Le terme duende, nous le retrouvons partout où il est noté, écrit, rarement, nous le ressentons sur le sable du ruedo, juste un soupçon dans le flamenco sur un tempo de guitare, où les similitudes esthétiques sont apparentes dans l'habillement et autres quiebros de ceinture où s'échappe l'émotion qui se dégage des artistes. Le duende est le graal de la légende arthurienne, l'envoûtement non palpable que l'aficionado désire ardemment recevoir, ¡Olé!

     On réorchestre à sa façon. La chronique taurine est une réorchestration de thèmes obligés que chacun interprète à sa manière. ( Francis Marmande, 5 juillet 2002). "La corrida est comme le jazz ; un poste d'observation singulier sur le monde, un lieu de palabre sans fin, un de ces points de la planète d'où on peut essayer de comprendre moins mal." Francis Marmande, "Á partir du lapin".

     Sur la platine, "Sketches of Spain" de Miles Davis en lisant

"Sevillanes" de Jean Cau, l'amour d'une ville, Séville et celui de son royaume, l'Andalousie, le graal !

        Gilbert Lamarque

 

Commenter cet article