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la bêtise

Publié le par Cositas de toros

                                         

       

                                              La bêtise renvoie à l'enfance, "faire des bêtises" et à la gourmandise, les bêtises de Cambrai, aux personnages qui nous égaient par leur décalage : Ubu Roi ou le Schpountz, Mr Bean ou la bimbo du PAF. Ou encore, nous en connaissons, l'idiot du village, le neuneu, la bêtasse et ses nuances : de la bécasse à la pétasse, et dans le Sud-Est, le ravi de la crèche, tous bêtes à pleurer ou à manger du foin, comme des ânes ou comme chou, d'une bêtise crasse ou abyssale.

     Michel Audiard y voyait l'incarnation de ce que le sociologue Gilles Lipovetsky appellerait plus tard "l'ère du vide". Nous y sommes : "C'que tu peux être con, dit son personnage. T'es même pas con, t'es bête. Tu sais rien, tu vas jamais au cinoche, tu te tiens au courant de rien. Si ça se trouve, t'as même pas de cerveau, et si on regarde au-dessus de ta tête, on doit voir tes dents." (La Grande Sauterelle, 1967).

     J'ai été trop dur, plus haut avec l'âne. C'est vrai, c'est seulement à l'époque moderne que le symbolique de l'âne commence à s'inverser. Chez certains philosophes, l'animal obtus devient clairvoyant, et plusieurs naturalistes - au premier rang desquels Buffon, celui qui écrivit : "Le style est l'homme même." (!!) - cessent d'en faire un cheval au rabais. Ils vantent au contraire ses qualités naturelles et invitent à mieux le considérer. Mea culpa. De nos jours, peu d'animaux disposent d'un capital de sympathie comparable.   

     Un oubli à la longue liste, le crétin, celui-ci est aux antipodes. Au milieu du XIXe siècle, selon Antoine de Baecque, "il existe en France, environ 20 000 crétins et 100 000 goitreux (on parlait ici de maladies) dans l'ensemble des régions montagneuses, ce qui donne naissance au terme de "crétinisme alpin": le crétin des Alpes. Je vous confirme aussi la présence du crétin pyrénéen découvert à Orthez aux arènes du Pesqué en juillet 2019. Celui-là  non perché dans les tendidos, mais campé sur ses jambes de "rubipède" obtus dans le callejón. Cet après-midi là, la vision des cornes dégradées des six astados de Prieto de la Cal, provoqua l'irritation de quelques aficionados a los toros qui ne se privèrent pas de faire connaître à voix haute leur courroux et selon nous, à fort juste titre. Pour toute réponse, l'un d'entre eux qui avait payé ses cm2 de béton (ça ne justifie pas tout, nous en convenons , mais cela se respecte malgré tout) eut droit à un vociférant "ta gueule connard" hurlé depuis le callejón par le représentant en chef de la commission taurine des lieux. Un grand moment de délicatesse, de sens de la retenue entendu par deux mille convives. Colère justifiée, réponse lamentable du niveau du lourd individu pitoyable, type même du crétin des Pyrénées, ici elles sont atlantiques et béarnaises. Nous l'affirmons aujourd'hui, le crétin n'est plus du tout ni mystérieux ni anonyme, il n'exacerbe plus notre curiosité mais irrite notre patience.

     Nous en sommes convaincus il existe quelques spécimens sur les tendidos. Il suffit de tendre l'oreille, si peu. On s'inquiète de voir émerger une classe de crétins où le moindre ignorant voudrait avoir son mot.

     En 1937, alors que l'Europe est au bord de l'abîme, nous y sommes sous d'autres formes, Robert Musil prononce à Vienne une conférence sur la bêtise qu'il décrit, déjà, comme le mal de son époque. Le danger n'est pas l'erreur ou l'ignorance précise t'il, mais la certitude tranquille d'avoir raison avec les autres. Cette bêtise là, consensuelle et sûre de son fait, n'a plus rien d'inoffensif : elle peut faire basculer les peuples dans la brutalité.

     Nous n'irons pas jusque là. Résistons. Mais comment résister ? D'abord en considérant que la bêtise, comme dans les fables de La Fontaine, est un miroir où chacun peut se voir. Qui peut se targuer de n'en avoir jamais fait, dit ou écrit ? Admettre sans se braquer, que chacun à sa part d'idiotie. Alors appliquer à soi les antidotes : lire, s'informer, cultiver sa curiosité et l'autodérision.

     Cette découverte du crétin, cher Antoine de Baecque, est un grand pas pour la science à défaut d'un pas plus modeste pour le petit monde taurin bien malade et affligé. Voyez par là une dégénérescence de l'espèce humaine : l'Homo cretinus.

                      Gilbert Lamarque  

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