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"In vino veritas": flacons et trophées

Publié le par Cositas de toros

          La consommation globale du vin concernant notre pays baisse irrémédiablement. Par contre, une population bigarrée d'amateurs et de passionnés n'a jamais mis autant d'ardeurs et de budget, à dénicher et partager les beaux flacons.

      Je fais un parallèle avec l'espace taurin, qui en France, conserve et préserve le nombre d'entrées aux arènes. Le public évolue, semblant s'être quelque peu rajeuni, ou bien c'est ce que l'on veut nous faire croire. Les uns, lassés, abandonnent devant le peu d'intérêt des spectacles et les prix pratiqués. Payer le prix fort, mal assis sur son carré millimétré de béton brûlant, plein soleil et de toute façon à l'air libre, exposé aux intempéries, comprimé par le voisin de droite, compressé par celui de gauche, les genoux du voisin du dessus nichés dans le creux de vos reins, vos genoux tassés par le dos rond de votre voisin du dessous et les jambes ankylosées par deux bonnes heures interminables d'inaction. Vous me direz, c'est le corps martyrisé de l'aficionado autopunitif.

     On n'a pas mérité un tel châtiment ! Qui plus est, la qualité du spectacle est en option.

 

     L'amateur de bon vin, lui, est exigeant : boire moins mais infiniment mieux. On vous fait goûter, vous appréciez et vous n'avez pas peur d'investir dans quelques flacons de grands blancs bourguignons ou de rouges de la Vallée du Rhône, les bordeaux sont trop conventionnels, on ne vit plus sur le passé. Vous partagerez les premiers entre amis. Pas la peine de se ruiner avec un montrachet grand cru du domaine de la Romanée-Conti. Les novilladas amènent leur fraîcheur et leur contingent de pépites. On y fait de belles découvertes, le futur s'installe.

     Quand est-ce que les aficionados invétérés renonceront à leur abonnement ? surtout lorsque les cartels sont annoncés bien après. . . Vous achetez une pochette surprise et à la fin du bal, les friandises ont un goût amer et les reflux gastro- oesophagiens sont légion. Vous finirez par avoir un ulcère !

     Il en va de votre santé. Je sais, il est compliqué de baisser la qualité lorsque l'on a goûté à certaines merveilles. Il en est ainsi pour le vin, pas en tauromachie.

 

    Comment abriter sa passion quand on ne dispose pas d'une cave ou d'un cartel solide ? Les oenophiles ont la solution, les aficionados beaucoup moins : les "figuritas" et le manque de caste des toros les dépriment mais pas tous, certains en tirent un plaisir excessif, s'en gargarisent, ne souhaitant que grâce et douceur ayant oublié que c'est avant tout un combat où les dés ne sont certes pas pipés.

     Et pendant que je blasphème, Madrid enregistre un record : tous les abonnements ont été vendus pour la Feria d'Automne ! les abonnés avaient connaissance des cartels, c'est mieux. Et puis, l'effet Morante de l'année passée en rajoute.

     Chez l'amateur de vin, tous s'accordent sur la quête de l'émotion pure et de la beauté du partage, toutes deux bien palpables. Dans le petit monde de l'aficion, on confectionne des individus insatisfaits, contrariés, mais à l'optimisme maladif (?).

     Pour s'inspirer de  la célèbre citation d'Alfred de Musset : "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse",  on ne va pas s'en satisfaire avec ou sans modération, et sur les gradins, avec encore moins d'enthousiasme !

     On recrache quand c'est une infâme piquette, par contre, aux arènes on en fait des tonnes, des éloges dithyrambiques comme à Arles après l'indulto d'"Enmudecido" de Pagès-Mailhan, le 13 septembre. Gloire à la normalité, c'est tellement rare. . . 

     . . . Enivrez-vous de suaves faenas, enivrez-vous sans cesse pour échapper au temps qui passe. C'est Baudelaire qui vous en conjure.

                Gilbert Lamarque

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