"Après avoir combattu le matin dans un temple taurin en France, il a complété son exploit par une image très chaleureuse dans la cathédrale de Madrid avec le fer de Zahariche, qui a suscité la division : décevante pour les uns et intéressate pour les autres.
Juan de Castilla s'est habillé en torero depuis l'aube du 19 mai date à laquelle le caféiculteur de Medellín a défié la résistance humaine..." et quatre "tontons", un Prieto de la Cal, un Pagès-Mailhan et deux Miura !
L'histoire de Juan de Castilla
El Mundo le 21/09/23
" Au lendemain de sa confirmation d'alternative* réussie à Las Ventas, Juan de Castella s'est réveillé à 3h du matin pour aller travailler. Il occupe un poste logistique dans une entreprise de messagerie. Il combine matins matinaux et journées de travail interminables avec son entraînement car il aspire à devenir une figure taurine. Ceux qui le connaissent parlent de la persévérance comme de sa principale vertu.
Fernando Botero l'a aidé dans ses débuts, il y a dix ans, en payant le billet d'avion pour réaliser son rêve d'essayer de devenir torero en Espagne : " Quand j'avais déjà triomphé dans les arènes de Colombie comme torero, c'était Fernando Arango (un matador à la retraite, son premier professeur) qui a écrit cette lettre à F. Botero pour lui parler de mes aspirations et lui parler des qualités qu'il voyait en moi. Il a répondu en nous disant qu'il avait aidé d'autres artistes du pays à voyager à l'étranger, qu'il n'avait jamais soutenu un torero dans son désir à la seule condition que je voyage en Espagne avec Fernando Arango pour que je ne sois pas seul... Il était toujours très attentif aux vols vers l'Espagne et à l'argent qu'il me donnait chaque mois pour pouvoir vivre ici pendant plus d'un an..."
Juan Pablo Correa Sánchez, est son nom , le matador est de Castella, un modeste quartier de Medellín
et c'est le monde à l'envers, un retour sur l'Histoire : Juan de Castilla est venu d'Amérique conquérir par l'épée, la vieille Europe ! et le "temple" vicois célébra son vainqueur. Alonso de Ojeda en 1499 découvrait les côtes colombiennes; 525 ans passèrent, Juan de Castilla conquit celles de Gascogne !
¡ Enhorabuena !
* 9e de feria de San Isidro. Lleno, ovation après avis et ovation après pétition.
"Quitter sa Colombie natale, vivre en Espagne pour se consacrer à son destin !
Venir à Vic un matin de printemps pourri, sous le déluge, s'envoyer deux Toros, rien moins qu'un Prieto de la Cal et celui-ci de Pagès-Mailhan... vaincre l'adversité dans ce bourbier, oublier les cornes, toréer et surtout convaincre !
et illico la voiture pour être le soir même à 18h aux portes de Las Ventas ! pour s'envoyer pas moins que deux Tios de Miura.
Toréer, convaincre Madrid à nouveau.
Et le lendemain reprendre son boulot comme tout un chacun... car vivre de sa passion pour l'instant n'est qu'un doux rêve !
Ser Torero... suerte JUAN DE CASTILLA ! cette folie totalement en décalage de ce monde dit moderne et si intolérant me passionnera toujours."
(texte et reportage photos de Laurent Bernède). Qu'il en soit ici, remercié.
De regalo, les six toros de la concours vicoise...
SALTILLO
PALHAPRIETO DE LA CALVEIGA TEIXERAPAGES-MAILHAN, le vainqueurCONDE DE LA CORTE
"... Ce sont des gens qui cherchent dans les arènes ce qu'il n'y a pas. Les amateurs de courses de toros. Ce sont de drôles de types. Presque aussi tordus que les poètes." Yves Charnet.
Né à Nevers le 6 février 1962, ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (1983), agrégé de lettres modernes (1989), spécialiste de la poésie moderne, Yves Charnet participe, dans ce domaine à de nombreux colloques, journées d'études, tables rondes. Il en résulte de très nombreux articles dans les revues spécialisées, d'abord d'inspiration académique, avant de s'orienter vers une critique adressée de façon plus lyrique sous forme de "Lettres à..."
Il donne de l'éclat à une langue superbe, à l'image de ce costume de lumières qu'abordent les toreros chers à l'auteur des Lettres à Juan Bautista (La Table ronde, 2008, épuisé). La page blanche est son arène, où chaque jour il " affronte la corne du taureau" selon l'expression de Michel Leiris dans la préface à l'Âge d'homme.
Aujourd'hui, Yves Charnet replonge dans les lettres adressées à Juan Bautista de 2001 à 2006, avant qu'il ne devienne l'une des plus grandes figures de la tauromachie françaises. Les débuts turbulents du torero, sa brusque interruption en 2003 puis son retour en 2005. Jusqu'au triomphe du 15 août 2006 et sa légendaire faena sous le déluge dacquois. Que reste-t'il de nos Années Bautista ? Vingt ans après, pareille recherche du temps perdu prolonge le geste littéraire de l'auteur.
C'est beau, émouvant, mélancolique, l'aficion est le fils rouge d'Y. Charnet. Un style unique. "...Ilrallume ma lanterne magique. Charlatan du temps qui passe..."
Yves Charnet. Lettres à Juan Bautista. Au Diable Vauvert, 400 pages, 22 euros.
NB. Il est nullement nécessaire d'aduler le Juan B. torero. Seul le plaisir de lire est ici, un ravissement, un régal, une pleine satisfaction.
Avertissement : cet article, est à classer dans la rubrique"souvenirs", il n'est pas dédié aux toros. L'envoi est adressé aux familiers de la frontière franco-basco-espagnole. Le temps passe malgré tout, ces souvenirs s'éloignèrent peu à peu. Jusqu'à ce que récemment,'un article se manifeste paru dans le quotidien Sud Ouest. L'occasion pour moi de replonger, cinquante ans en arrière et d'évoquer la personne de Mari Carmen, une autre époque, pénétrée d'une certaine nostalgie, une époque révolue. Voici,
Le Pitxuri est un torrent, c'est un petit affluent de la Nivelle qui fait office de frontière entre la France et l'Espagne à Dantxarienea en Navarre. Dancharia en bon français est un quartier d'Ainhoa province basque du Labourd, séparé par le pont international, de l'autre côté, la Navarre espagnole.
Au bord du Pitxuri, on ne sait aujourd'hui sur quel territoire nous sommes, plus de poste frontière, plus de douane. Dancharia s'est bétonée, elle a suivi son cousin le col d'Ibardin sur la commune espagnole de Bera.
Les amoureux de nature, de balade ou de randonée, ne viendront plus que pour pousser le caddy. La première " venta" s'y installa dans les années 50, on y achetait les conserves de pimentos, de piquillos, de l'alcool, du tabac, du cuir et du petit outillage, les métaux étaient, dit-on, de meilleure qualité. De nos jours, les boutiques, les magasins se succèdent. Les super marchés s'étirent vers le ciel, les parkings s'étendent. Les pottoks ont encore assez d'espace, tout comme les ovins et les mystérieuses vaches betizuak, issues, peut-être de l'aurochs sauvage, du néolithique ou bien issues de vaches domestiquées, échappées des fermes et retournées petit à petit à l'état sauvage.
Dancharia reçut l'orage plus tard, vingt cinq ans plus tard. Les ventas Peio et leurs restaurants ont conquis l'espace, ici, mais aussi à Behobie, et Arnéguy puis à Valcarlos au coeur des Pyrénées navarraises, on y accède par le col de Roncevaux. La grande famille s'est installée tout au long de la frontière : sept immenses ventas et quatre cents personnes pour vous servir.
Dans les années 70, j'allais régulièrement chez Felix depuis Saint-Pée-sur-Nivelle jusqu'à Dancharia... en Solex, véhicule révolutionnaire, engin hybride, association géniale allant du vélo à la mobylette, vitesse maximame 35-40 km/h, abreuvé de Solexine, mélange savant d'essence, d'éthanol et d'huile, pour une cylindrée de 45 cm3, moteur posé sur la roue avant, entraîné par un galet et à l'arrière deux précieuses et belles sacoches. Je traversais le quartier "Cherchebruit" en direction de Sare puis vers Dancharia par la D.4. Drôle de nom pour un quartier bien calme à l'époque. "Cherchebruit" dans l'argot ancien, c'est celui qui est plutôt un genre d'emmerdeur, un querelleur entre gascon et basque. Seul le ronronement du Solex brisait le silence couvrant les clapotis de la Nivelle qui coule en contre-bas glissant ses eaux vertes jusqu'à Saint-Jean-de-Luz.
Donc, j'allais chez Felix, acheter suivant la liste des courses orchestrée par ma mère : les abricots, les cotelettes d'agneau pour le dimanche et la tomme de brebis des Pyrénées, Idiazabal ou Roncal, et, hors liste, le paquet de Ducados, cigarettes de bourgeois car j'abandonnais les Celtas au prix plus abordable mais peu avantageuses car le tabac très sec et peu tassé se répendait dans mes poches : fumer du vent, c'était pourtant bon pour mes poumons ! La venta Felix est toujours debout, fière, presque clandestine, dissimulée à l'ombre des établissements flambant neufs puant le fric des Peio et Biok. Les années passent et Mari Carmen est sans cesse derrière son comptoir et ce comptoir n'a jamais aussi bien porté ce nom car Mari Carmen y fait l'addition sur un carnet. Le crayon court bien, léger, pas une hésitation, pas une erreur. On trouve encore ce qui faisait notre bonheur : une large gamme de produits et les meilleures offres du marché. Nul besoin de se perdre au super marché, seul, un grand panier suffit. Il n'y a pas la place pour un caddy et de toutes façons, l'engin serait incongru. C'est ouvert chaque jour et uniquement fermé les 1er janvier et 25 décembre. La station service tout à côté est passée de trois pompes à une véritable station d'autoroute. Seule maintenant, Mari Carmen a cédé la gérance. Cinq stations du même type s'étendent sur le territoire, les files d'attente aussi. La venta Felix est ceinturée, assiégée par les mastodontes Peio et le cousin Biok, ce dernier descendu tout droit du col d'Ibardin, faucher le regain. On y trouve tout même ce que l'on ne cherche pas ! Depuis tout ce temps, elle a su optimiser le m2 !
Á la venta Felix on y respire non pas le fric des géants d'à côté mais les effluves qui nous font dire que la boutique est vivante, des effluves d'alcool, une odeur tenace d'anis, de fromages, de charcuterie et les fruits odorants. Pas de fringues ni de parfumerie. Pas de tête de gondole non plus et des prix toute l'année.
Pour changer de sujet, la Pitxuri dont je faisais allusion plus haut, était aussi le nom de la célèbre boîte de nuit, la "Pitchouli" comme dans la chanson "le rendez-vous de tous les basques du pays". Elle se tenait à deux pas du pont côté espagnol, c'était "le rendez-vous de nos dimanche après-midi". Elle fermera définitivement ses portes en mars 2003. C'est à cette date que le loup Peio décidera d'ouvrir la Nuba la plus grande discothèque du Pays Basque, elle fermera en mars 2023. C'était la reine de la fête low coast, vingt saisons de fêtes. Peio Martikorena le fondateur du groupe Venta Peio est allé vers "de nouveaux horizons"... seulement le temps de se consacrer à ses nombreux commerces... pas vraiment de nouveaux horizons.
Pendant ce temps-là Mari Carmen consacrait ses maigres heures de fermeture pour passer commande Mais où les trouve-t'elle ces produits venus de nulle part ? !
Dantxarienea, le quartier champêtre d'Ainhoa a vécu, place au centre commercial monstrueux et sa folle diversification. Il est question ici, d'espoir pour les uns, et de survie pour les autres. Il n'est pas question d'arrêter l'activité déclenchée à la fin des années 90.
La Pitxuri n'est plus, la Nuba non plus. Mais ne tardez pas quand même ! Offrez-vous ce court voyage à travers le passé.