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LA SOLITUDE DE L' AFICIONADO

Publié le par Cositas de toros

    Je livre une nouvelle fois à votre lecture attentive ainsi qu'à votre réflexion d'aficionado un article paru dans les Chroniques du temps de la revue Toros N° 2038-39 du 16 décembre 2016 sous la plume de Manolillo.

Patrick.S

 

LA SOLITUDE DE L' AFICIONADO

 

    Curieuse évolution. Ce n'est pas nouveau, l'aficionado a toujours été minoritaire dans les enceintes. Mais il était respecté, voire admiré. Ne serait-ce qu'en raison de ses connaissances, présumées supérieures à celles du commun des mortels, le spectateur ordinaire. L'aficionado était, pour ce dernier, un référent, une autorité, qu'il se flattait de connaître quand, un jour, par hasard, le sujet taurin venait dans la conversation. Vous aimez les toros? Alors vous connaissez peut-être Monsieur un tel, un ami qui fréquente toutes les arènes de France et de Navarre, et même d'Espagne ! Stop. Les aficionados n'ont plus d'amis. Les goûts des toros ayant acquis, à l'air du temps, mauvaise réputation, il est interdit d'en parler à la légère. Il vaut mieux éviter de l'évoquer dans une conversation. La matière paraît-il, n'est pas neutre. Et comme, selon le philosophe Michel Foucault, il est impossible de penser en dehors du "discours" de son époque, la chose se présente mal pour l'aficionado qui, à bon droit, ose persister à vouloir raisonner comme avant, une époque heureuse où la neutralité du sujet taurin était vécue et partagée avec tous comme un signe de tolérance et de paix sociale. Ce qui n'est manifestement plus les cas aujourd'hui où règne l'intolérance et la lutte idéologique. Voilà le pauvre aficionado, ce paria, éloigné des salons et des conversations. Au fond, ce n'est pas bien grave, mais tout de même.

Plus ennuyeux, face à cet isolement vis-à-vis du monde extérieur, est celui de l'aficionado à l'égard du monde intérieur, celui de son aficion. Il est hélas, de moins en moins reconnu, ou simplement entendu, engendrant perplexité de sa part. Nous trouvant en fin de saison européenne, regardons du côté des statistiques.

Le Top 25 des éleveurs de la saison 2016, en France et Espagne, fait apparaître une victoire écrasante de l'élevage Nuñez del Cuvillo/N. de Tarifa, avec 205 animaux "lidiés", tous en corrida de toros, des bestiaux auxquels il a été coupé pas moins de 169 oreilles, soit 1,2 oreille pas toro. Ne faut-il pas voir là, l'apothéose d'un produit d'excellence devant laquelle il convient de tous s'incliner, ainsi que devant son créateur ? Certes il s'agit d'une belle réussite, issue d'un savant mélange de Marques de Domecq, Nuñez et Atanasio auquel a été ajouté un lot de Torrealta à partir de l'origine Osborne Domecq, mais elle sonne un peu comme les résultats actuels du baccalauréat. A récompenser tout le monde, la récompense ne veut plus rien dire , et ce sont sur d'autres critères que se fait la véritable sélection. Non, n'en déplaise aux contemplateurs de tout poil, l'élevage de Nuñez del Cuvillo, ou celui de Garcigrande/D.Hernandez, très recherché par le Gotha des piétons et qui arrive juste après avec 142 bestiaux et 97 oreilles coupées, ne représentent pas, pour l'aficionado, la panacée, ni ce qu'il attend de meilleur du toro de combat.

Que l'on se rassure, la solitude de l'aficionado n'entame pas la solidité de ses convictions. C'est peut-être, après tout, sa vocation principale, seul contre tous, de maintenir le cap dans l'époque troublée que nous traversons. Ce n'est pas la première fois que le combat de toros est attaqué. Y compris sérieusement comme aujourd'hui. Depuis la bulle du pape Pie V, jusqu'à la traversée des deux guerres mondiales malmenant le bétail brave au cours du XXe siècle, le cheminement de l'Histoire est là pour le démontrer. La corrida si elle repose sur des toros et des hommes différents à chaque époque, repose surtout sur des valeurs intemporelles qui constituent le véritable secret de la pérennité du spectacle taurin pour le siècle en cours. Spectateur éclairé, l'aficionado sait distinguer dans l'arène le faux du vrai, l'artificiel de l'authentique, le superficiel du profond. Il le fait naturellement non pas comme un gendarme ou un inspecteur, certains disent un gêneur, un empêcheur de tourner en rond, et même à tort suprême, un passéiste. Il n'en est rien. L'aficionado agit tout simplement pour son propre plaisir, qui ne serait pas le même s'il se portait sur un spectacle déficient, ou qui plus est frelaté. Et aussi pour prendre la parole, et parler haut et fort, quoi qu'il arrive. Par exemple pour dire que le toro bonbon ou la tauromachie bobo n'ont rien à voir avec l'animal roi des ruedos et le toreo grande. L'aficionado étant un sermoneur impénitent, il ne lui déplait pas, si besoin, de prêcher dans le désert.

Faisons le bilan : l'aficionado était minoritaire ; il est maintenant, en plus, isolé. Les temps sont durs, sans être dramatiques, la plus forte hémorragie ne se situe pas dans ses rangs : les clubs taurins au sein desquels il peut se regrouper sont toujours aussi nombreux. La foi tauromachique continue d'exister. Un fort exemple, la foi des éleveurs français de taureaux de combat. Ils restent enthousiastes en dépit des difficultés quotidiennes et des chiffres du Top 25. Voilà de vrais aficionados, minoritaires, isolés, mais actifs et convaincus. Une occasion pour dire qu'ils mériteraient plus de considérations de la part des organisateurs.

                                                                                          MANOLILLO

 

 

 

 

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OBJECTIF PRIORITAIRE : RECUPERER LA BRAVOURE

Publié le par Cositas de toros

OBJECTIF PRIORITAIRE : RECUPERER LA BRAVOURE

     C'est le titre d'un nouveau texte publié par Antonio Purroy dans lequel il parle de la nécessité de récupérer et d'augmenter la bravoure du taureau de combat.

C'est aux aficionados militants, aux organisateurs qu'il revient de persuader le public et tous les intervenants, des ganaderos aux toreros de revenir à ce taureau actif dans les trois tiers de la corrida afin qu'il soit porteur d'émotion.

Ce combat est celui de la dernière chance et il va être urgent de le remporter...

Ci dessous, l'article très intéressant de Antonio Puroy traduit dans la langue de Molière.

OBJECTIF PRIORITAIRE : RÉCUPÉRER LA BRAVOURE

     Nous sommes plongés dans des temps difficiles pour la Tauromachie, il n'y a pas d'autre remède que de veiller à la protéger. L'un des plus grands périls qu'elle rencontre aujourd'hui, ne vient pas de l'extérieur, il réside dans ses propres entrailles: le manque de bravoure et de race du taureau actuel, un animal qui passe dans le premier tiers, celui des piques comme un rayon traverse un cristal, sans le rompre ni le marquer. Après les banderilles, il charge dans la muleta d'une manière noble, répétée, fade et prédictible. La récupération de la véritable bravoure et de l'équilibre entre les trois parties du combat est absolument indispensable pour sauvegarder la Tauromachie.

Casta Vistahermosa :

    Constatation évidente, depuis plus d'un siècle les grandes vedettes qui ont dominé les spectacle, (au commencement c'était Guerrita, ensuite la paire Joselito/Belmonte et tous ceux qui ont suivi...) ont imposé la race Vistahermosa aux éleveurs de taureaux de combat parce que ce type de taureau était l'animal le plus complet et équilibré pour le combat, en effet, ayant été brave face au cheval, il arrivait à la muleta dans de bonnes conditions pour charger. C'est sans doute pourquoi nous retenons de l'histoire de la tauromachie du XXe siècle qu'elle est jalonnée de taureaux qui, en plus d'avoir été braves au cheval, ont été nobles dans la muleta.

La préférence du sang Vistahermosa est allée s'accentuant depuis les débuts du siècle dernier ce qui a conduit à ce que presque tout le bétail de combat actuel procède de cette race fondatrice. La race Jijona a pratiquement disparue; de la race Vasqueña, seuls restent très peu de troupeaux (et quelques traces d'autres) des races cabrera et Gallardo, nous savons ce qui demeure, et la caste Navarra se trouve désormais réduite à fournir des spectacles populaires... C'est une réalité obstinée avec laquelle nous devons lutter dans le présent et l'avenir.

Les ganaderos se sont installés dans cette réalité jusqu'à se fixer au tronc Murube-Ybarra-Parladé dont procèdent la grande majorité des troupeaux actuels, Parladé étant l'encaste le plus nombreux dans la branche Domecq, branche Domecq qui a dérivé à son tour pour produire de "nouveaux encastes", bien qu'ils soient tous considérés comme "encaste Domecq". La méthodologie presque parfaite de sélection (une séléction par ascendance, massale et par descendance) et les connaissances et l'aficion des éleveurs, les ont conduit à obtenir un taureau beaucoup plus noble que brave, comme conséquence de la pression asphyxiante de la "coterie taurine" et des connaissances insuffisantes du public, qui demande un animal ayant à peine besoin de l'épreuve des piques (d'ici à la disparition de ce tercio il n'y a pas loin) paisible et prédictible dans la muleta, et donc sans force et vigueur, permettant l'exposition d'un art sans émotion alors qu'il est connu que, dans la corrida, "l'art sans émotion n'est pas art". Parce que: où l'art du combat d'un taureau racé et difficile demeure-t-il comme disaient entre autres Domingo Ortega et Marcial Lalanda ? Adviendra-t-il que "l’esthétique nous submerge" comme craignait Unamuno ?

Bravoure versus noblesse :

    Il s'avère que dans la race de combat les améliorations du caractère "noblesse" sont plus lentes à obtenir que celles du caractère "bravoure", puisque celui-ci se transmet des parents aux enfants plus rapidement que celui de la noblesse, autrement dit, possède un plus grand coefficient d'héritabilité. Les éleveurs de brave ont eu beaucoup de mérite, parce qu'ils ont réussi dans les cinquante dernières années à faire un taureau beaucoup plus noble que brave, non par leur propre volonté mais par l"exigence de la demande du marché taurin. Bien sûr, ils ont travaillé avec une bonne matière première, puisque, comme indiqué, ils se sont trouvés pratiquement obligés de changer leur race originale pour celle de Vistahermosa, presque toujours par l'entremise de l'encaste Domecq.

Beaucoup d'éleveurs actuels pourraient retrouver le chemin de la bravoure et de la noblesse racée en peu de générations de leur élevage car ils ont des connaissances suffisantes pour cela. Il est plus facile de passer de la noblesse (plus ou moins racée) à la bravoure que le contraire. Essayer de maintenir seulement la noblesse est très difficile et peut conduire à une "mansedumbre" sourde et dangereuse, comme il s'en voit dans pas mal de ganaderias. Il s'agit de fabriquer un taureau plus équilibré, de bravoure intégrale, qui s'emploie dans les trois tiers du combat. C'est ce que préconisait l'éleveur J.P Domecq Nuñez de Villavicencio qui cherchait ce type de taureau intégral quand il a changé l'origine Vasqueño de son troupeau pourtant récemment acquis, pour la caste Vistahermosa par la voie Parladé/Conde de la Corte dans les années 30 du siècle dernier. Cet homme a été un bon éleveur et a eu une grande intuition de l'avenir de la tauromachie. Son fils Domecq Diez a assumé ce legs et a maintenu le cap fixé par son géniteur. Ce qu'il advint par la suite est bien connu.

Pour redresser la direction, il faut changer les règles du marché taurin et les préférences du public, aficionados inclus, pour demander un taureau brave et vrai, à la noblesse encastada qui irradie émotion et beauté durant le combat; il est logiquement nécessaire que les toreros qui commandent l'escalafon acceptent de les affronter. S'il n'y avait que ce type de taureau ils n'auraient pas d'autre solution que de s’annoncer avec eux et, de plus, l'offre serait beaucoup plus ouverte au reste des matadors. La responsabilité de diriger le grand public dans cette direction incombe aux aficionados, puisque, sauf exceptions honorables, il n'y a rien à attendre des médias.

Un grand écueil existe, cependant, pour ce faire, c'est la division parmi les aficionados puisuqe les dénommés "toreristas" ne seraient vraisemblablement pas favorables à ce changement. Il faudrait les persuader qu'il s'agit d'obtenir une nouvelle dose de bravoure, mais sans perdre l'essence de la noblesse. Et c'est le chemin que doit prendre la nouvelle tauromachie, dans le cas contraire, l'avenir de la Fête est en danger.Ceux qui aiment seulement l'art, dépourvu d'émotion, les taureaux nobles mais privés de sauvagerie et de puissance, devront accepter le retour d'un taureau qui n'aurait jamais dû disparaitre, un taureau capable d'endurer les trois tiers équilibrés du combat.

L'actuelle réalité est l'existence d'une majorité écrasante d'animaux de sang Vistahermosa, par la voie de l'encaste Domecq et ses différentes encastes dérivés. cette situation s'est installée dans les dernières décennies et il est très difficile de faire marche arrière, presque impossible. Avec ces bœufs nous aurons à labourer !

Et maintenant ?

     Aujourd'hui on ne peut pas biffer d'un trait de plume l'encaste Domecq qui inonde tous les coins du troupeau brave espagnol, mais oui, nous pouvons demander (exiger même) de revenir à la bravoure, de récupérer cette bravoure intégrale qui n'aurait jamais dû être perdue. La responsabilité des éleveurs propriétaires de cet encaste, dans ses différentes variantes, est très grande pour l'avenir de la Tauromachie.Il faudra demander le même travail aux éleveurs possesseurs d'encastes moins nombreux de nos jours, comme Murube, Ybarra/Saltillo, Nuñez,... pour qu'ils maintiennent ou reviennent au taureau brave et vigoureux, avec une noblesse encastada. Et aussi, naturellement, aux éleveurs d'encastes minoritaires (certains les nomment singuliers) en sérieux péril d'extinction, qui cherchent un taureau intégral et complet du commencement à la fin.

Il n'est pas admissible d'entendre que la vraie bravoure est celle d'un taureau qui, étant passé inaperçu à la pique, se met à charger dans la muleta de manière noble et prédictible. Ça pourrait être la vraie noblesse mais jamais la vraie bravoure. Débarrassons nous pour toujours de cette tromperie. Un taureau brave, plante sa tête dans le cheval, se grandit dans le châtiment, répète au moins la deuxième fois, attaque avec envie. Ensuite, se grandit dans les banderilles (des bouvets, comme on les appelaient anciennement). Une fois dans la muleta, répète les charges avec une noblesse sauvage qui transmet de l'émotion aux gradins et qui exige d'être maîtrisée par le torero pour créer art et émotion.

Ce type de taureau à retrouver, les éleveurs doivent l'obtenir à partir de la branche Domecq, parce qu'elle est clairement majoritaire dans l'élevage actuel. C'est, en plus, le taureau que les bons aficionados désirent, il faut parvenir à ce qu'il soit ainsi celui que le public demande de manière générale. Les gens ne reviendront dans les arènes que s'ils perçoivent risque et émotion exposés sur la piste.Les éleveurs qui s'engagent dans cette tâche se sentiront plus authentiques parce qu'ils élèvent le vrai taureau de combat. Les toreros en tireront aussi un avantage parce que seul l'affrontement avec un taureau brave et encastado donne un sens à leur profession. La satisfaction de pouvoir façonner un taureau après s'être imposé et l'avoir dominé et après avoir par surcroit créé de l'art jusqu'à émouvoir le public doit produire une sensation de bonheur indescriptible. Ainsi, ils n'auraient pas à demander que les taureaux leurs soient laissés crus aux piques dans les ferias importantes, où u triomphe a une grande répercussion. L'exigeante difficulté de toréer ce genre de taureaux limiterait le nombre de leurs prestations ce qui laisserait des places pour les toreros situés à des niveaux inférieurs de l'escalafon.

Et surtout c'est la Fête, elle même, qui en tirera avantage puisque, comme dit au commencement de cet article, la récupération de la bravoure et de la race du taureau de combat est la condition fondamentale pour sauvegarder la Tauromachie universelle.

Il n'y a que des avantages !

                                                        Antonio PURROY UNANUA

 

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UN DEMI-SIECLE DE MENSONGES (4)

Publié le par Cositas de toros

Le mensonge de l’alternative

 

Passé seize ans, n’importe qui peur recevoir l’alternative pourvu qu’il ait toréé un minimum de cinquante novilladas. Compte tenu de ce qu’il existe des accommodements avec le ciel, mais pas sur l’âge minimum.

L’alternative, ça signifie quoi ? Simplement, légalement que le titulaire est autorisé à combattre en public des toros de quatre ans et plus, seul ou en alternance avec des confrères également pourvus du titre de " matador de toros ". Et rien d’autre.

Par conséquent, prétendre que le récipiendaire est élevé à la dignité de " docteur en tauromachie " n’est qu’une immense ânerie abondamment colportée oralement ou par écrit par des étourdis ou des " répète-jacquot ". Des gens qui oublient qu’il n’est pas de Doctorat sans Thèse préalable, laquelle exige jusqu’à des années de travail incessant et approfondi. On ne saurait considérer les novilladas toréées comme thèse puisqu’elles ne sont qu’un apprentissage.

Docteurs en tauromachie, je vais en citer cinq pour ne pas remonter à l’ancien temps ni vexer personne d’aujourd’hui. Ce sont Luis Miguel Dominguin, Antonio Bienvenida,  Antonio Ordoñez, Paco Camino et El Viti. J’en oublie, volontairement. Leur thèse est venue non avant, mais après l’alternative. Elle consiste dans le fait d’avoir figuré dans les cartels des grandes ferias pendant plus de dix ans sans que jamais leur compétence professionnelle soit mise en doute. Le voilà, le test irréfutable. Toutes les autres voies conduisent au monton.

Ce qui me confirme dans mon idée que l’alternative n’est tout au plus qu’un Certificat d’Aptitude Professionnelle. Oui, le bon vieux CAP. Et encore ! Si l’on faisait le décompte des alternatives frustrées et des amères déceptions on aboutirait à un total effrayant. Tous ces fracasados : que sont-ils devenus ? Difficile de parler de doctorat dans ces conditions.

Maintenant, revenons au point de départ :

…para el torero, veinticinco.

Puisque l’âge moyen de l’alternative se situe entre dix-huit et vingt ans, un matador ne peut aspirer à faire carrière que s’il continue de figurer dans les cartels durant cinq à dix ans. Cinq ans étant un minimum. L’âge de vingt-cinq ans, celui de la mort tragique du grand Joselito, symbolise l’homme accompli, ou encore l’âge à partir duquel le torero réunit en sa personne le maximum de potentialités : vigueur physique, intelligence, expérience, sang froid. C’est ce que signifie le proverbe. Raison pour laquelle, en effet, on n’en finira jamais avec cette rengaine !

 

 

Défaitisme ?

 

Les critiques qui précèdent sont-elles la manifestation de ce que l’écrivain anglais P.D.James appelle " le cynisme grincheux des vieillards " ? D’un trop vieil aficionado atrabilaire et désabusé ? Signifieraient-elles enfin que la Fiesta Brava s’achemine vers sa propre parodie qui la menacerait de disparition en tant qu’épreuve de vérité ?

Que je sache, rien de tout ceci n’est exact. Non seulement je ne suis pas défaitiste mais je sens encore l’Aficion grandir en moi comme un végétal qui enfonce dans le sol des racines nouvelles et envoie vers le ciel des rameaux verdoyants.

Si j’ai mis en relief un certain nombre de mensonges, ou de ce qui s’y apparente, qui s’étalent sous nos yeux au point qu’on cesse parfois d’y prêter attention, c’est afin d’inciter les aficionados à ne point se laisser leurrer ; à maintenir intactes leur clairvoyance et leur vigilance afin que ne soit pas dénaturée cette tragédie multiforme qui fait l’objet de notre passion.

A côté des errements visibles au grand jour il en est d’autres en coulisse, je ne l’ignore point, mais dont je ne saurais parler car je ne fréquente pas le mundillo. Le bilan ci-dessus est déjà suffisamment éloquent ; inutile d’en rajouter.

Des réformes, des redressements sont possibles, sans aucun doute. Les uns viendront d’eux-mêmes car les modes changent ; d’autres seront suscités par l’action verbale ou écrite de l’Aficion. Exemple : siffler vigoureusement un matador au moment où il brinde son toro au public pour le motif que son picador avait au préalable massacré l’animal, voilà qui donnerait à réfléchir et ferait tache d’huile. Même chose pour la pétition d’oreille. On conçoit que dans des situations semblables l’attitude et l’action des membres des sociétés taurines seraient déterminantes.

Inversement, toute démonstration de sincérité et de vérité mérite d’être encouragée, applaudie et même, s’il y a lieu, acclamée. Rien ne va jamais tout à fait comme on le souhaiterait dans une corrida : les temps forts alternent parfois avec les erreurs ou les défaillances, incidents compréhensibles lorsque des vies humaines entrent en jeu. Raison de plus pour soutenir l’effort pour la vérité.

Ainsi, il n’y a pas de mensonges aux banderilles parce que c’est une épreuve de vérité. A partir du moment où un homme seul affronte un toro bien vivant et bien mobile toute idée de fraude disparait d’elle-même. Et lorsque la maladresse et la panique rendent le tercio pitoyable ne voit-on pas combien évidente devient cette vérité ?

Il n’y a pas de mensonge lorsqu’un torero charge la suerte. Du fait même qu’il avance ainsi dans le terrain du toro il assume en toute lucidité un surcroît de risque, parce qu’il sait que de cette forme de provocation dépend la domination à laquelle il aspire.

Il n’y a pas de mensonge dans l’exécution de l’estocade, étant entendu que le bajonazo et le golletazo ne sont pas des estocades mais des coups défendus. S’agissant d’une mise à mort correcte ou acceptable il n’y a plus de place pour le mensonge, même si elle résulte plus ou moins atravesada, résultat d’un cuarteo un peu trop prononcé et pas forcement volontaire. Que le matador ait franchi la corne ou qu’il soit resté sur la face l’engagement physique est réel et le regard fixé sur le point d’impact ignore le trajet de la corne droite.

Ne serait-ce que pour ces motifs la pérennité de notre aficion est justifiée.

 

El Tio Pepe

 

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UN DEMI SIECLE DE MENSONGES (3)

Publié le par Cositas de toros

Vérité et mensonge du brindis

 

Le brindis est l’hommage que le matador fait du toro qu’il va tuer à une personne un groupe de personnes ou au public. Le Règlement oblige le matador à brinder la mort de son premier toro en premier ou unique lieu au Président de la corrida parce que cette personnalité représente (en Espagne) ou est censée représenter l’Autorité, ou même la Loi, avant la corrida au long des formalités préliminaires, pendant la corrida et après elle jusqu’à ce que les acteurs le public et toutes les personnes concernées aient évacué le cirque.

Hormis cette formalité, le brindis est facultatif. Rien n’oblige un matador à offrir à qui que ce soit la mort de son second toro ; rien, non plus ne l’oblige à ôter sa montera pendant le troisième tercio. Antoñete et Luis Fransisco Espla l’on bien montré récemment.

Par conséquent, il va de soit que le brindis  implique une obligation morale, faute de quoi il ne signifie rien. Il s’agit, il me semble, d’un acte solennel, parfois émouvant, destiné à honorer la ou les personnes jugées dignes de le recevoir. L’offrande est matérialisée par le geste du matador remettant sa coiffure entre les mains de la personne distinguée, ou bien la déposant sur le sol au centre de l’arène.

Quelle obligation morale ? Evidemment celle de déployer toutes les ressources du courage, du savoir-faire, de l’art que l’on porte en soi pour tenter de réduire, de dominer, d’estoquer conformément aux règles du code de l’honneur le toro ici présent. Quitte à engager sa propre vie pour prix du triomphe espéré.

Cela arrive. Et même assez souvent. Je rappellerai pour exemple le très beau brindis d’Ortega Cano aux peones de toutes les cuadrillas présentes le 31 mai 1988 à Madrid. Le brindis fut salué avec émotion par les toreros et par le public, mais tel quel, il n’était qu’un prélude. Le plus difficile, maintenant, restait à faire. Promesse tenue : la faena a été très belle et l’estocade magnifique. Voilà une oreille bien gagnée. Nous gardons tous en mémoire des minutes aussi vibrantes : de tels moments sont inoubliables.

Evidemment, tout dépend du toro. Jusqu’à ce qu’il soit dominé, vaincu, c’est lui qui reste maître de la situation. A moins qu’il n’ait étalé au cours des deux premiers tercios des qualités de bravoure et de noblesse telles que le brindis s’imposait comme allant de soi. Tel ne fut pas le cas le 25 mai 1988 à Madrid lorsque le sympathique Emilio Oliva crut de son devoir de brinder à la mère du roi ce mulet notoire qu’était le sixième toro de Benitez Cubero. Mission impossible. Cela finit sous les sifflets parce que cela ne pouvait pas finir autrement. Le type même de l’erreur d’appréciation.

Mais la naïveté, en soi, n’est pas risible. Par contre, ce qui est irritant c’est la constatation que les jeunes coletudos actuels ne paraissent pas avoir compris la portée et le symbolisme du brindis. On brinde au public à tous propos et hors de propos, et rien dans l’attitude de l’exécutant n’indique qu’il est prêt à se faire mettre les " tripes à l’air " pour honorer son engagement virtuel. Ni qu’il possède la compétence suffisante pour imposer sa loi au toro.

Cette sorte de brindis est un mensonge.

 

 

Mensonges du troisième tercio

 

Il faut d’abord dire un mot au sujet de la muleta qu’utilisent les toreros actuels. Lorsqu’on examine des photos d’avant-guerre le premier détail qui saute aux yeux c’est la dimension réduite de la muleta, celle qu’utilisaient Lalanda, Ortega et tous les grands toreros de l’époque. C’est avec ce petit drapelet que les héros de notre jeunesse accomplissaient leurs prouesses. Un seul torero faisait exception : Nicanor Villalta. L’Aragonais de haute taille et au long cou faisait confectionner des muletas nettement plus étoffées, c’est le cas de le dire. On disait : la muleta-drap de lit. Il s’en servait pour dessiner, à Madrid, sa plaza privilégiée, ses fameuses passes en rond, ancêtres des redondos actuels. Lesquelles, jointes à ses grands coups d’épée, lui valurent de couper environ 35 oreilles dans cette plaza (record du monde toujours debout). Et pourtant, la muleta de Villalta n’atteignait pas les dimensions de celles des toreros d’aujourd’hui, lesquelles frisent le ridicule.

Mensonge plus éclatant : l’usage communément répandu de l’épée postiche, de bois peint ou d’aluminium. Usage qui ne laisse pas d’étonner les nouveaux-venus parmi les spectateurs qui demandent : Pourquoi change t’il d’épée ? Même l’attestation médicale préalable est tombée en désuétude. Presque plus personne ne torée en soutenant l’épée véritable depuis la disparition de Paquirri. Sauf Galloso qui a pu ainsi estoquer a recibir son premier toro de Miura le 21 juillet 1988 à Mont de Marsan.

Cette épée factice, il faut bien expliquer aux jeunes aficionados que c’est encore l’une des séquelles de l’époque de Manolete. Ce qui pouvait à la rigueur être admissible sous contrôle médical, par suite d’une blessure est désormais tombé, si j’ose dire, dans le domaine public. Et comme les novilleros singent les matadors de cartel ils en font autant.

C’est grotesque, insupportable et la plupart du temps nuisible. A qui fera-t-on croire que le plus difforme, le plus souffreteux des toreros de tous les temps, Juan Belmonte, a pu garder en main tout au long de sa carrière l’épée d’acier alors que les jeunes athlètes actuels ont besoin de l’épée factice « pour ne pas fatiguer leur poignet ». Pauvres chéris, comme je vous plains !

Et c’est nuisible car, faut-il le rappeler, si le toro a été correctement lidié et toréé il vient un moment où de lui-même, il s’offre à la mort. Laisser passer cet instant privilégié faute d’avoir en main l’épée véritable n’est rien d’autre qu’une faute professionnelle. Les conséquences, le gazapeo, la difficulté de cadrer le toro, on les connait par cœur. Peu importe. Ces Messieurs s’obstinent parce qu’ils sont bêtes et que les gens de leur entourage ne le sont pas moins. Attrape ça au vol.

Mensonge également le toreo de profil. Je n’en nie pas l’utilité lorsqu’on a  affaire à un toro difficile, d’embestida incertaine, corneando ou punteando. Le cite et la passe profilés peuvent, c’est certain, faciliter la prise de contact dans une proportion que j’estimerais à un quart environ de la faena. Mais une faena complète exécutée uniquement de profil (tel Manzanares le 11 septembre 1988 à Dax) ce n’est pas du vrai toreo ; c’est faire des passes sans toréer. On peut le regarder mais on n’est pas obligé d’applaudir.

Et que dire du « toreo culero » comme disent avec humour les sévillans ! La tradition, l’honneur aussi pour un homme, pour un torero, c’est de se présenter face au toro, ou tout au moins de trois-quarts, qui est la position la plus commode pour toréer. « Con dos huevos p’alante » comme l’a rappelé opportunément Claude Pelletier. Alors, présenter son derrière au toro au lieu de son devant c’est comme suggérer des idées qui font frémir un homme du sexe masculin. Comprenne qui pourra. De toute façon, ce n’est pas de la tauromachie puisque jamais un toro ne sera toréé, dominé par ce procédé. Avec tous mes regrets pour Pedrez, El Cordobes, Damaso Gonzales et ejusdem farinae (de ma même farine).

 

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Suite : Le mensonge de l’alternative et le défaitisme, le vendredi 23/03

 

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UN DEMI-SIECLE DE MENSONGES (2)

Publié le par Cositas de toros

Nocivité du toreo de cape actuel

 

Le toreo de cape n’est point altéré par quelque pratique mensongère puisque l’homme seul sort au-devant du toro. Il n’en recèle pas moins des inconvénients que nous allons nous efforcer de mettre en lumière.

Nous allons partir d’un postulat qui ne manquera pas de susciter l’hilarité de bien des personnes, mais peu importe. On trouve naturel et nécessaire qu’un athlète s’adonne à des exercices de décontraction ou d’échauffement, ou de concentration avant l’effort. Considérez ce toro qui a mené une vie paisible, pratiquement exempte d’efforts des années durant ; qui n’a jamais couru autrement que les rares fois où cabestros et vaqueros l’y ont contraint, lui et ses frères, mais si peu ; qui somnole dans un local obscur, le chiquero…et soudain la porte s’ouvre sur la lumière, sur un monde inconnu, effrayant.

Le toro brave en quête de sa liberté se précipite de toute sa force, de toute sa vitesse, de tout son élan vers une chose qui a bougé. Si fort qu’on dirait une explosion. Sans préparation, sans échauffement. Ne serait-il pas soumis aux mêmes lois que les humains ?

Et que se passe-t-il ? Au lieu qu’un peon cape tenue d’une main, indique un long voyage aller et retour à l’animal au moyen de largas qui tempèrent l’élan de la bête en échauffant ses muscles (ne pas oublier que larga en espagnol signifie long), c’est le matador qui freine le premier élan du fauve par une véronique nécessairement courte puisque la cape est tenue les mains basses. On voit alors le toro bravo faire un bond en l’air, se retourner en plein élan, on entend son souffle énorme, on entend même parfois « crujir les huesos » (craquer les os), étrange musique qui fait jubiler les aficionados espagnol lorsqu’il s’agit de réduire un toro rebelle, au troisième tercio, sous l’effet de passes de châtiment mais cruellement intempestives s’agissant d’un bicho tout neuf, tout cru. C’est le massacre qui commence. Car, des véroniques de cette sorte, à plus forte raison si le matador a du talent , l’artiste va en enchaîner cinq ou six à la file, avec comme remate la demi-véronique qui est, elle, par définition un recorte. Pour peu que, selon la mode nouvelle, le matador intercale quelques chicuelinas (autre recorte) dans ce bouquet, le toro aura déjà presque reçu sa ration de châtiment. Et plus il sera brave, plus dure sera l’épreuve. Toutes les parties motrices sont lésées, et aussi les reins, la colonne vertébrale. Etonnez vous, après ce traitement, que l’animal fléchisse sous la pique ou sitôt après.

Je n’aime pas le toreo les mains basses. Je lui reconnais un certain cachet artistique mais il est néfaste et antinaturel. Il oblige le toro à courir tête baissée dès la sortie du toril, transformant ainsi le but du toreo de cape initial, qui est de discipliner la charge de la bête et de lui enseigner à obéir à un leurre, en passes de châtiment.

Or, pour le châtiment on aura recours au tercio de piques, aux banderilles et aux passes de muleta. Accessoirement, la cape peut être utilisée à cet effet mais seulement dans le cas où on a à faire à un toro particulièrement récalcitrant lors de son entrée en piste ou lorsque la muleta est inefficace. Rien à voir donc avec les passes d’accueil.

Pour qui connait son histoire de la tauromachie, on observe que depuis les temps lointains de Pedro Romero jusqu’à la guerre civile tous les maestros ont toréé de cape non point en guidant le toro de l’horizontale vers le bas, mais de l’horizontale vers le haut. C’est peut être là l’explication du fait qu’avant 1939 je n’ai jamais vu un toro faire la vuelta de campana alors qu’elle est si fréquente aujourd’hui.

Pour moi, la véronique idéale, légère, aérienne, restera celle de Chicuelo, mais depuis j’ai souvent observé que les grands capeadors de l’ère moderne tels  Curro Romero, Julio Robles tiennent leur cape à mi-hauteur avec une tendance à élever légèrement la main qui torée. C’est le procédé correct.

Le toreo de cape les mains basses est une invention du malheureux Gitanillo de Triana aux alentours de 1928. A force de l’imiter, c’est devenu une mode et beaucoup de gens s’imaginent à l’heure actuelle que c’est ainsi qu’on doit toréer, mais ce qui était à la rigueur possible quand le toro avait des pattes est tout à fait contre-indiqué aujourd’hui.

Un jour viendra où un torero de premier plan reprendra la bonne coutume d’élever légèrement la main qui torée avec la cape. D’autres prendront exemple sur lui, et, à partir de ce moment, peut-être les toros tomberont moins.

 

Mensonges du premier tercio

 

On se bornera à rappeler que le premier tercio, ou tercio de piques, a pour but de réduire l’agressivité du toro, condition nécessaire pour que les étapes suivantes de la lidia puissent se dérouler normalement ; d’affaiblir son train moteur afin de calmer sa vélocité initiale ; de concentrer sa force physique pour attaquer en ligne droite le leurre qui lui sera présenté ; enfin et surtout de régler son port de tête en sectionnant sur une petite surface quelques uns des muscles releveurs de la tête situés dans le morillo et sa partie postérieure.

La pique est donc un instrument tranchant et par conséquent susceptible de produire des lésions importantes si elle est manœuvrée par un professionnel surpris, maladroit voire malintentionné.

Avant la guerre, la pique à rondelle manipulée par des brutes aussi habiles que cyniques pouvait ouvrir des brèches spectaculaires dans le cuir de l’animal, ou encore pénétrer profondément dans les chairs à la grande indignation des aficionados. Motifs pour lesquels on a remplacé la rondelle par la cruceta. L’expérience montre que grâce au procédé du " pompage" ou encore par un jeu de bascule sur la hampe il est possible soit d’infliger au toro une blessure relativement importante, soit de faire pénétrer l’une des traverses de la cruceta sous le cuir de l’animal (il arrive que le toro s’enfuie, emportant la pique entière qui échappe à la main du picador parce que la cruceta est restée coincée sous la peau) .

Il y a donc un premier mensonge dans l’utilisation de cette arme redoutable.

Allons plus loin. Lorsque la sensiblerie anglo-saxonne n’avait pas encore envahi le continent, l’aspect du tercio de piques était tout différent. Le picador, juché sur une vieille rosse étique, ne pouvant se fier à la résistance de sa monture sous l’assaut du toro, ajustant autant que possible son coup de pique et, penché sur la hampe, s’efforçait de contenir l’élan de la bête et de protéger son cheval. C’est parce qu’ils étaient capables de réaliser cet exploit au triple point de vue équestre, athlétique et taurin que de grands picadors comme Badilla et Agujetas sont à jamais célèbres.

De nos jours, protégés par le caparaçon, le cheval va devenir un acteur, certes non point consentant, du déroulement de la lidia, mais capable de s’adapter à une situation peu confortable, d’inventer une tactique défensive insoupçonnée. Grâce à quoi un cheval de picador peut survivre à cinquante corridas et peut-être davantage.

Ceci étant, on remarquera au passage que la tauromachie n’avait jamais été conçue pour qu’un toro de lidia s’épuise à attaquer, soulever, chavirer un mastodonte de ce calibre. Entre le concept ancien, traditionnel, et cet aspect moderne du premier tercio, le déphasage est évident, et pour tout dire mensonger. De surcroit, le peto actuel aggrave la situation.

Accueilli par l’Aficion avec soulagement qui ôtait définitivement la mauvaise conscience aux âmes sensibles le peto, ou caparaçon, rendu obligatoire en 1928, a incontestablement humanisé le drame taurin.

Le temps aidant (et aussi le laxisme des autorités) on a fini par tomber dans une exagération insupportable. Les premiers caparaçons, modèles Heyral ou Arteaga, protégeaient le ventre et l’avant train du cheval et, cette protection d’un poids approximatif de 25 Kg avec une tolérance de 5 Kg pour rapiéçage était suffisant. Il est vrai que les toros faisaient souvent culbuter les pauvres haridelles et qu’ils leur infligeaient rarement des blessures au cou. C’était là le prétexte suffisant pour que les fournisseurs de chevaux trafiquent le matelas protecteur, allongent le plastron et la jupe, allant jusqu’à envelopper le train arrière, et même, à ce que j’ai entendu dire, jusqu’à camoufler un blindage métallique sous le tissus épais. Vrai ou pas, une chose est certaine : Le règlement des corridas est bafoué et le mensonge est devenu flagrant. Bien sûr, il existe un accord tacite, mais improuvable, entre les picadors syndiqués et les fournisseurs de chevaux, précisément parce que grâce au caparaçon truqué le métier de picador est devenu infiniment moins dangereux qu’autrefois.

Mensonge, fraude, truquage, tricherie…ces mots  sont faibles. Il faudrait ici la prose dionysiaque de Claude Pelletier pour coller une étiquette vengeresse à cette funeste pratique appelée la carioca. Laquelle consiste à fermer au toro toute issue possible tandis que le picador appuie de tout son poids, et de la force de son biceps, sur l’orifice creusé par la pyramide coupante. On dit couramment qu’une pique de cette sorte vaut trois puyazos d’avant 1939. Peut-être bien. Souvent la pique unique constatée de nos jours n’a pas d’autre origine, sabotage pur et simple du premier tercio. Nous pouvons regretter que des diestros, par ailleurs souvent remarquables, sabotent littéralement le tercio de piques systématiquement réduit à l’unique, interminable avec ce bétail de caste, carioquée, tournicotée, avec sortie impossible malgré les simagrées péonesques et des maestros. Ce qui en clair, implique la complicité tacite ou préméditée des matadors dans cette apothéose de la fraude au vu et au su de milliers de spectateurs. Si j’osais, je dirais que c’est tout de même un peu fort qu’un type puisse impunément, au mépris du Règlement, signifier au public : «Vous êtes tous des cons et je vous emmerde ! ». C’est pourtant ainsi que les choses se passent, même à Madrid. La plus saine des réactions consiste à réagir aussi brutalement qu’il agit. Par des sifflets et par une sévère engueulade.

Il subsiste encore des tercios de piques qui sont menés dans les règles et, généralement leur auteur est applaudi pendant et après leur besogne.

Malheureusement, si de tels faits d’armes sont mis en relief c’est bien parce que ce qui devrait être banal est devenu inhabituel. Il y a toujours eu de bons et de mauvais picadors, mais ce n’est pas là qu’est le mal. Il faut le chercher dans la certitude que les bons picadors sont également capables d’accomplir les pires méfaits en raison même de leur dextérité, et en service commandé. L’expérience nous enseigne que la majorité des varilargueros, une fois ajustée la gregoriana, enfilée la casaquilla et empoignée le castoreño ferment la porte de la chambre d’hôtel en oubliant ou en omettant d’emporter avec eux leur conscience professionnelle. Comme il faut bien vivre, ils la laissent à l’abri dans la pénombre avant d’appliquer servilement les instructions du matador, leur patron, leur employeur dont on craint jusqu’au froncement de sourcils car, d’un simple geste, il peut vous renvoyer. Donc en cas de mauvaise conduite du picador il ne faut pas hésiter à rendre son matador responsable et le traiter comme il le mérite.

C’est pourquoi je trouve légitime qu’un Président refuse une récompense (du moins celle qui dépend de lui) à un matador malgré sa réussite si le tercio de piques a été saboté.

 

Suite : Vérité et mensonge du brindis, mensonges du troisième tercio, Lundi 19/03

 

 

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