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belles feuilles

UN DEMI-SIECLE DE MENSONGES (1)

Publié le par Cositas de toros

Mensonge sur l’âge du taureau

Para el toro, cinco años ; para el torero, veinticinco.

On n’en finira donc jamais avec cette vielle rengaine qui nous ramène aux temps préhistoriques ? (c’est tout ce qui existe avant la naissance de notre propre aficion, n’est ce pas ?...Présentement disons de Pedro Romero à El Viti…)

Et bien, non. Malgré les apparences, on n’en finira jamais.

C’est pourquoi l’âge du toro et celui du torero retiendront notre attention.

  

 « Chassez le naturel, il revient au galop. » C’est un peu ce qui est entrain de se produire à propos du toro de lidia, lentement mais d’une manière inexorable

Je me réfère à la période 1925-1939 et j’affirme qu’en dépit d’imperfections que nous dénoncions avec vigueur (pique à rondelle, toros terciados, vogue éphémère du stylisme…), considérée dans son ensemble, la corrida était plus loyale, plus dramatique, plus proche de sa vérité qu’elle ne l’est aujourd’hui. Un seul détail confirmera tout un ensemble : au moment où le matador s’armait de sa muleta et de son épée personne ne pouvait deviner ce qui allait se passer, ni comment. Plus rétif (bronco), infiniment moins souple, le toro (ou le novillo) de l’époque était la figuration vivante de l’incertitude. Il n’existait pas, il ne pouvait exister de faenas préfabriquées, et les derechazos de profil n’avaient pas encore fait leur apparition. Nos amis, nos maîtres bienveillants mais lucides, nous avaient enseigné les noms que doit porter le toro aux divers stades de sa vie, à savoir : añojo (veau de l’année), eral à un an, becerro à deux, utrero à trois, novillo à quatre et toro à cinq ans. C’était, depuis deux siècles, la nature des choses, donc de la croissance de l’animal. Voici que jusque dans les actes législatifs cautionnés par la Union de Criadores l’âge officiel du toro est maintenant de quatre ans. Mensonge estampillé par l’autorité. On a délibérément escamoté l’utrero pour passer directement du becerro au novillo dont l’âge légal est désormais de trois ans, avec sanctions à l’appui si la preuve est faite qu’on a imposé à des novilleros des animaux ayant dépassé cet âge. Des conflits ont surgi récemment à ce propos.  

Le frauduleux tour de passe-passe relatif à l’âge réel du toro n’est nullement le résultat d’une évolution stimulée par l’usage de plus en plus répandu des piensos spécialement étudiés  et élaborés selon le but recherché. En fait il ne pouvait pas y avoir évolution ; tout au plus, effectivement, une augmentation spectaculaire du volume de l’animal et une accélération de la poussée dentaire. Mais à l’intérieur, le squelette est demeuré identique et aucun stratagème ne peut avoir pour résultat ,de faire d’un utrero, un novillo baptisé toro. Car c’est l’utrero adelentado (entre 3 et 4 ans) qu’on a vu lidier en corrida formelle trente années durant.

A cette supercherie sans précédent se sont prêtés les gens de l’entourage de Manolete à partir de 1939 (alternative), puis par une pente inévitable, l’ensemble de la faune qui fricote dans le mundillo : toreros, apoderados, empresas, ganaderos, sordidement encensés par une Presse Taurine vénale. Du côté des toreros, même Marcial Lalanda, Domingo Ortega, les Bienvenida, les Dominguin sont passés sous les fourches caudines, et pour affronter son rival Manolete, Pepe Luis Vasquez a dû lui aussi toréer des utreros. La pénurie de ganado, conséquence de la guerre civile a servi de prétexte (puis d’alibi à mesure que le temps passait !) à cette tricherie.

1940-1960, c’est l’époque minable où l’on ose écrire : « On n’a jamais toréé mieux qu’aujourd’hui » plutôt que « On n’a jamais si bien afeité des innocents ». Peu  à peu, deux camps se sont formés et affrontés. Le clan manoletiste avec ses profiteurs de tout acabit et celui des aficionados, les vrais, écœurés de tant de tromperies, indignés jusqu’à la nausée de l’exaltation monnayée des fausses valeurs.

L’abcès mûrissait lentement mais sûrement. Et soudain, comme un coup de tonnerre dans le ciel tourmenté, l’énergie de Maurice Figère s’imposa à l’attention des congressistes rassemblés à Séville (septembre 1966). Notre compatriote déposa sur le bureau du congrès une résolution tendant à l’obligation du marquage au fer rouge sur l’épaule droite du torito du dernier chiffre de l’année de naissance. Non seulement la résolution fut votée par le Congrès mais elle fut officialisée en 1968 par le Gouvernement espagnol. La situation, naturellement ne c’est pas améliorée du jour au lendemain, mais enfin c’est ainsi que nous avons fini par être délivrés de cette vérole. Et c’est ainsi également que des aficionados sérieux qui avaient pris leurs distances vis-à-vis de la Fiesta ont repris le chemin des arènes. Depuis, je crois aux miracles.

Maintenant, où en sommes-nous ? Inutile de s’attarder sur les multiples précautions et contrôles de caractère administratif, sans aucun doutes on ne reviendra pas aux errements d’un passé récent. L’Aficion a remporté une grande victoire et ses artisans ont droit à notre reconnaissance.

Reste l’afeitado. Il représente à lui seul un mensonge colossal puisque les ganaderos certifient sur l’honneur, par écrit, que l’armure des toros livrés est intacte. Or, tout le monde sait que cette fraude n’a pas disparu. On en a parlé suffisamment et en tout lieux ; inutile d’insister sur ce fléau. Malgré les protestations et les menaces de sanctions on afeite encore un peu partout et cette répugnante pratique aura la vie dure car il y a trop d’intérêts en jeu. C’est dire que le retour à la normale n’est pas pour demain. Pour qui sait lire entre les lignes, la phrase suivante est pleine de sous-entendus : « Dans le Ferias de Bayonne et de Dax les toros sont moins tombés ou presque pas ; ils ont mieux attaqué (embestido) et on peut même dire qu’ils sont sortis avec des défenses plus astifinas. » (Revue espagnole toros 92, N°29 août 1988.) Ces quelques mots valent mieux qu’un long discours. Ils signifient notamment que si la vigilance des organisateurs de spectacles taurins en France a porté ses fruits, le moindre relâchement serait exploité à nos dépens.

 

Suite: Nocivité du toreo de cape actuel et, mensonges du premier tercio, Mercredi 14/03.

 

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Un demi-siècle de mensonges

Publié le par Cositas de toros

En cette période hivernale, je soumets à votre lecture un article paru dans la revue TOROS portant le N°1342-43 du 18 décembre 1988 écrit par le célèbre revistero EL TIO PEPE.

Cette publication me paraît être très intéressante au moins à deux titres : Primo, sur le plan de l’histoire de la tauromachie, elle a le mérite de  recadrer certains points oubliés ou ignorés, et secundo, elle met le doigt sur certains travers ou certaines dérives de la Fiesta Brava, qui pour les plus jeunes aficionados peuvent paraître "La Norme ".

Cet article est très long et, afin qu’il ne soit pas trop rébarbatif, je l’ai scindé en quatre parties qui seront publiées à quelques jours d’intervalle.

Prenez le temps de le lire jusqu’au bout, il m’étonnerait beaucoup que vous n’appreniez pas quelques choses ou que cela ne vous rafraichisse pas un peu l’Aficion.

Bonne lecture à tous.

 

Patrick SOUX

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1939-1989

par EL TIO PEPE

 

A Messieurs les Présidents

des Peñas, Clubs et Cercles Taurins,

 

Vous allez me trouver, Messieurs, bien hardi d’oser ainsi vous interpeller dans vos fonctions et les responsabilités qu’elles comportent. J’invoquerai comme excuses mon âge et plus de soixante années d’expérience en la simple qualité d’aficionado. Une si longue approche de la chose taurine confère inévitablement, modestie mise à part, une certaine compétence, et, par libre jeu de réflexion, conduit à une certaine hauteur de vue.

L’idée m’est venue de vous suggérer un thème de réflexion, et, ensemble, de vous apporter quelques éléments propres à vous faciliter la mise au point d’un exposé ; également, la réponse à des questions prévisibles.

Au long de mes trente années de pérégrinations au sein des sociétés taurines à l’occasion de conférences, il m’a été donné de constater que pour bon nombre d’entre elles, l’Assemblée Générale annuelle se décompose en plusieurs parties ; les unes d’origine statutaire et d’autres de caractère éducatif, à l’initiative du Président ou du Bureau, théorique ou pratique, avec pour souci de ne jamais perdre de vue la forme éducative de votre activité. Parallèlement à ceux que poursuivent les revues taurines, vos efforts ont abouti à un résultat correct : l’Aficion française est à l’heure actuelle la première de toutes (Madrid et Séville à part). On le mesure, ce résultat, à l’étonnement admiratif des critiques taurins espagnols de plus en plus assidus à nos Ferias, aux reportages écrits et télévisuels, enfin au nombre croissant de leurs compatriotes sur nos tendidos.

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Suite: Mensonge sur l'âge du taureau  Samedi 10/03

 

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GUIDE DU TERCIO DE PIQUE, Edité en 1895

Publié le par Cositas de toros

   Pour clore notre dossier sur « l’Art de la Pique », nous vous offrons en lecture ce texte au charme désuet mais très instructif, didactique, précis et plein d’enseignement sur la pratique à la fin du XIXe siècle.

Ces lignes issues d’un ouvrage de 1895, sont l’œuvre de « Gil Drae » et « Mosca », guide imprimé à Nîmes à l’ « Imprimerie Taurine ».

                                                                    

                                                                                       Gilbert LAMARQUE

« Premier Tercio »

...

         «  … incertain. Le Picador ne saurait trouver de salut que dans la force de son bras et dans la précision de sa pique.

  Toutefois il attend avec placidité.

 

  Le cheval est quelquefois sacrifié. Trop souvent au gré de tous il reçoit de déplorables blessures. On doit se résoudre à son sort en le considérant comme une machine de guerre propre seulement à aider au triomphe de l’Homme, partageant ses dangers, jouant jusqu’au bout son rôle de sacrifice, subissant la conséquence d’une alliance fatale ; mais il est du devoir du picador de défendre autant qu’il peut son compagnon de bataille. Sa gloire est complète si, après le combat, le toro vaincu fuyant la pique, il peut, campé en triomphateur sur son cheval indemne, caracoler sous les bravos.

  Le mérite principal de la suerte de vara (combat à la pique) est donc d’empêcher que le toro n’arrive jusqu’au cheval, le blesse ou le tue.

 

  Qualités du picador. - Du coup d’œil et du sang-froid sont indispensables pour mener à bien cette tâche difficile. Le coup d’œil permet de juger le toro, le sang-froid aide à exécuter avec précision la suerte qu’un jugement certain impose et à improviser au besoin une défense appopriée.

  Le picador doit être sûr de son poignet et de ses muscles. Ses forces ne le servent pas seulement contre le toro, elles lui permettent aussi de se délivrer du cheval en cas d’accident. Il doit pouvoir résister à la fréquence des chutes ; ses lourds vêtements ne doivent pas lui causer de gêne.

  Cavalier consommé, le picador doit avoir les jambes puissantes, l’assiette solide et une bonne main gauche pour diriger son cheval.

  Le picador doit être, en outre, respectueux des règles établies. A moins de commettre une faute grave, il ne saurait abandonner sa pique aussi longtemps qu’il en peut faire usage. S’il est désarçonné, la seule ressource qui lui reste, c’est de se garantir de son mieux, en dirigeant sa chute en avant du cheval ; il peut de cette façon, si le toro s’allume au carnage, se faire un bouclier du col de sa monture. Il faillirait gravement en se laissant choir du côté de la croupe la tête en arrière, et serait d’ailleurs, en cette posture, gravement compromis.

  Le picador ne doit avoir recours à la barrière qu’à la dernière extrémité. Il ne doit jamais s’en approcher. Cette règle est d’ailleurs toute à son avantage ; car un toro lancé à fond de train peut éviter la pique et le picador acculé, ne pouvant modifier sa position, serait infailliblement perdu.

 

  De l’état du toro pendant la suerte de vara. - Le succès du picador dépend au premier chef de la sûreté de son coup d’œil. Les toros, en effet, ne chargent pas tous de la même façon.

  Boyantes (vaillants). - Ceux-là, dès leur entrée en lice, fondent sur le premier picador qui s’offre à leur vue ; après plus ou moins d’insistance ils obéissent au fer, et, prenant leur sortie, piquent droit sur un autre cavalier. La défense est avec eux facile et le travail brillant. On dit qu’ils sont durs s’ils poussent au fer, mous s’ils se plaignent du châtiment.

  Pegajosos (acharnés à frapper). - A l’encontre des premiers, les toros pegajosos résistent à la pique, refusent la sortie indiquée et, s’acharnant au centre de la suerte, cherchent le corps avec les cornes. Leur attaque est redoutable au bras trop faible pour les retenir.

  Toros que recargan (qui reviennent à la charge). - Dangereux entre tous sont les toros qui rechargent. Sous la pique, ils bondissent et semblent devoir prendre leur sortie, mais ils reviennent à la charge avec une nouvelle impétuosité et, s’efforçant de passer entre la pique et le cheval (colarse suelto), ils portent avec obstination des coups réitérés.

  Certains toros, après avoir senti la pique, s’élancent à nouveau ; mais au lieu de baisser la tête pour frapper, donnant ainsi prise au fer, ils s’irritent et portent haut. On dit alors qu’ils s’allument au fer. Il n’est pas de bras pour résister à leur choc. Le picador, pour éviter une blessure, n’a plus qu’à se laisser choir entre les cornes ; soulevé dans cette posture, il court la chance de ne pas être blessé.

 

  La vara, ou pique, longue de 3m 50 environ, est armée à son extrémité d’un fer triangulaire affilé à la lime, dont la longueur varie suivant la saison. Pendant les mois d’avril, mai, juin et octobre, le fer a 25 millimètres de long et 15 millimètres à la base ; dans les mois de juillet, août et septembre, ces dimensions sont de 23 millimètres pour la longueur et 16 millimètres de diamètre à la base. Après ce fer est une boule d’arrêt, dite citron, à cause de sa forme.

  Chaque picador choisit deux piques la veille de la course, et les marque à son nom ; il n’a droit à se servir d’autres piques qu’autant que les premières viennent à se rompre.

  Il doit y avoir en réserve cinq chevaux pour chaque toro, nonobstant ceux que l’autorité peut accorder, sur la demande du public. Le picador a le droit de choisir sa monture et de refuser celle qui ne lui paraîtrait pas offrir des garanties de résistance suffisantes.

  Un picador, dit picador de réserve, armé et en selle, se tient dans le couloir du toril, prêt, en cas d’accident, à prendre dans l’arène la place d’un de ses compagnons.

  Invariablement, dans toute suerte de vara, un torero seconde le cavalier ; c’est à l’espada ou à son sobresaliente que ce soin est dévolu (quite).

  Le cheval s’offrant de face, le terrain du toro est à la gauche du picador ; le torero qui doit faire le quite occupe le terrain que découvre le cavalier, en donnant sa sortie au toro

  Le picador doit piquer en los rubios, c’est-à-dire entre les deux omoplates, au milieu de cette protubérance qui orne le cou du toro et qu’il découvre complètement en humiliant. Toutes les piques placées là avec précision sont bonnes. Le maronazo, qui déchire la peau et fait une large blessure, est défectueux.

 

 

    § II. - DIVERSES SUERTES DE PIQUE

 

  Dans la plupart des suertes de vara, le picador cite le toro. Dressé sur ses étriers, la face changée, il brandit sa pique dans un cri, et l’on ne distingue dans ce visage sombre que le troi noir de la bouche et l’éclat féroce des yeux. Puis, sa pique en arrêt, tous les muscles tendus, il attend le choc. 

 

  Piquer à toro levantado. - Cette pique s’exécute à la sortie du toril, alors que le toro, dépourvu d’expérience, est en possession de toute sa fougue et porte haut.

  Le succès dépend en grande partie de la franchise de l’animal ; aussi, ne l’exécute-t’on qu’avec les toros boyantes ou levantados.

  Le picador se place en face du toril, le flanc droit de son cheval parallèle à la barrière, laissant entre elle et lui un espace de 4 mètres ; le toro surgissant de sa loge ne peut manquer de l’apercevoir et de l’attaquer de prime abord. Arrivé par la gauche, le toro, pour que la suerte soit impeccable, doit incliner vers la droite et prendre sa sortie entre la barrière et le cheval. Cette suerte peut se décomposer ainsi : au moment du choc, le cheval se tient immobile, dans une ligne sensiblement parallèle à la barricade et au toro. Au moment où le picador découvre au toro son terrain de sortie, il place son cheval perpendiculairement à l’axe du corps du fauve maintenu parallèle à la barricade. Voici comment manœuvre le picador : le fer engagé, sans cesser de peser sur la pique pour maintenir le toro immobile et cornes baissées, il déplace son cheval, en laissant pivoter sur ses pieds de devant d’un quart de cercle sur la gauche, dans la direction du centre de la place. Le cheval, qui naguère faisait face au toril regarde maintenant la barrière et le flanc droit du toro. Loin de maintenir le toro comme au début de la collision, alors qu’il le recevait de face poitrail contre garrot, le picador, placé un peu en arrière et perpendiculairement au fauve, l’oblige à prendre sa sortie le long de la barrière, en précipitant sa marche en avant par une pesée plus violente. Si le toro refuse la sortie et se retourne, il trouvera le picador lui présentant le flanc droit de son cheval, en garde prêt à piquer.

  Si, à la deuxième attaque, le cheval est blessé, et s’il y a une chute, le picador peut tomber entre le cheval et la barricade ; sinon, continuant son mouvement, il vient se ranger parallèlement à la barrière, la pique tournée vers le centre de l’arène. Avec des toros pegajosos, le picador doit piquer avec la plus grande violence et charger sur le bois de toute sa vigueur, afin de faire violemment humilier le fauve. C’est le moment qu’il choisit pour croiser son cheval, en sorte qu’au moment où il relève la tête, le toro découvre nettement sa sortie et ne voit pas le cheval.

 

  Piquer le toro en su rectitud (dans son axe). - Cette pique s’effectue avec un toro un peu fatigué (parado). Elle est plus difficile que la précédente, parce que le toro s’attache plus au corps.

  Le picador est placé perpendiculairement à la barrière, lui tournant le dos. Le toro, sur la même ligne, lui fait face, ayant derrière lui le centre de la place.

  Arrivé de face, le toro, pour que cette suerte soit parfaite, doit, sous l’effort de la pique, prendre sa droite et lorsque le picador s’est effacé, accepter sa sortie dans cette direction, entre le cheval et le centre de la place.

  Cette suerte peut se décomposer en deux mouvements principaux :

  1° Au moment du choc, poitrail contre garrot, le picador est placé sur la même ligne que le toro, perpendiculairement à la barrière ;

  2° Au moment où le picador découvre son terrain de sortie au toro, il range son cheval par le flanc gauche, dans une ligne relativement parallèle à la barrière.

  Voici comment manœuvre le picador : il cite le toro ; le fer engagé, contrairement à ce qu’il fit dans la suerte précédente, sans cesser de peser sur la pique, il déplace, en le faisant lentement pivoter sur ses pieds de derrière, l’avant-train de son cheval d’un quart de cercle sur la gauche, dans la direction de l’extérieur de la place. Le cheval, qui naguère faisait face au centre de l’arène, est maintenant parallèle à la barrière. Le toro forçant sur la pique, en même temps que tourne le cheval, s’est complètement déplacé. Le picador d’une pesée continue lui repoussant l’avant-train, lui a fait décrire un quart de cercle à droite, à l’intérieur du centre de la suerte, dans la direction de la tête du cheval. De telle sorte qu’au moment où il lâche prise, cheval et toro se trouvent en quelque sorte flanc à flanc. Dans ce mouvement, le cheval pivote sur ses pieds de derrière, en déplaçant son avant-train d’un quart de cercle vers l’extérieur de la place, tandis que le toro pivote, au contraire, sur ses pieds de devant, en déplaçant son arrière-train de la même quantité, dans la même direction. Cheval et toro sont en quelque sorte liés par un pont de contact immuable : le fer de la pique, sommet d’un angle mobile, dont les côtés se rapprochent de plus en plus. Ce mouvement correctement effectué, la tête du cheval est un peu en arrière de l’avant-train du toro qui, ne voyant plus son adversaire et poussé en avant par la pique, prend la sortie qu’on lui découvre nettement.

 

  Piquer atravesado (par travers). - A une certaine distance, le cheval, placé parallèlement à la barrière, présente le flanc droit au toro. Arrivé de face, le toro doit prendre sa gauche et accepter sa sortie dans cette direction, entre le cheval et le centre de l’arène. Le cheval ne change pas de position ; pour sortir de la suerte, il se défile parallèlement à la barrière.

  Le picador attend, pour placer la pique, que son adversaire le serre de près et qu’il humilie. Le fer engagé, se tournant légèrement et se penchant sur la selle, il s ‘efforce, en lui repoussant l’avant-train d’une pesée continue, de faire décrire au toro un quart de cercle àgauche, à l’intérieurdu centre de la suerte, dans la direction de la queue du cheval. De telle façon qu’au moment où, poussant sa monture, il lâche prise, cheval et toro se trouvent flanc à flanc, mais au contraire de la suerte précédente, tête bêche. Les deux adversaires, emportés par un élan simultané mais inverse, se disjoignent pour fuir dans une direction opposée.

 

  Piquer a caballo levantado (cheval cabré). - Le picador croise son cheval (le place perpendiculairement à l’axe du toro), un peu sur la gauche.

  Arrivé de face, le toro doit, sous l’effort de la pique, conserver sa ligne droite et passer, pour et trouver sa sortie, sous le ventre du cheval.

  Voici comment manœuvre le picador :

  Au moment du choc, il pique fortement et maintient le toro tête basse aussi lontemps que ses forces le lui permettent. Sous la pesée de ce bras, le toro ne peut relever que progressivement la tête. Bientôt les cornes du toro arrivent à la hauteur de l’épaule du cheval. Le picador, à ce moment précis, joue de l’éperon et tire sur le mors du cheval qui se cabre. Penché sur la selle, dans un suprême effort, il pousse en avant le toro et l’oblige, en l’accompagnant de sa pique, à passer sous ce pont de chair vivante. Le cheval pirouette sur ses pieds de derrière et se rétablit. Le picador ne s’occupe plus du toro, qu’un torero retient en l’occupant de sa cape. Luis Chardo et Pablo Cruz excellaient dans cette suerte périlleuse entre toutes. Mais c’étaient là deux maîtres picadores, et les montures dont ils se servaient étaient vigoureuses et de bouche sensible. »

 

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L’ART DE LA PIQUE (3)

Publié le par Cositas de toros

 

 

LE DÉROULEMENT

DU TERCIO

 

 

 

Le tercio de piques occupe dans la corrida un rôle important.

Il se situe en début de corrida, lorsque le toro est en pleine possession de  toutes ses facultés. C’est un moment fort de la corrida, où le toro s’exprime seul. Sans être le collaborateur de l’homme ou lui servant de faire valoir. Face au cavalier qui le meurtrit avec sa puya, il déploie sa force et extériorise son instinct offensif.

Par excellence, c’est le tercio du toro.

Le rôle primordial de ce tercio est de tester l’agressivité de l’animal : sa bravoure.

Sur le plan physique, son rôle est d’amenuiser la puissance, la force brutale du toro pour le rendre plus malléable par une blessure qui doit saigner abondamment.

Les picadors à la fin du XVIIIème siècle étaient très populaires. Leurs noms apparaissaient en aussi gros caractères sur les affiches que ceux des matadors, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Leurs costumes étaient brodés d’argent alors que ceux des matadors étaient brodés de fil blanc. Ils jouissaient d’une grande considération qui était due à leur façon de manœuvrer en piste en toute liberté et à leur guise. Ils avaient pris la relève des nobles, qui, au cours des siècles précédents étaient les prédécesseurs de cette forme de toreo. Pour la plupart d’entre eux, ils étaient d’anciens bouviers (vaqueros) se servant de leur outil de travail : une pique (garrocha) qui se transformera plus tard en la pique que l’on connait actuellement.

Avant 1927, trois picadors étaient en piste à la sortie du toro. Ils se tenaient à la gauche du toril et se plaçaient perpendiculairement à la barrière, à trois pas de cette dernière. Le plus près de la porte du toril était le picador le plus jeune dans la profession, il devait assurer la première rencontre. Par ordre d’ancienneté, les deux autres picadors se plaçaient après lui, le plus ancien étant le plus éloigné.

De nos jours, deux picadors seulement sortent en piste, alors que le toro s’y trouve déjà « passé » de cape par les toreros à pied.

Les picadors défilent au paseo avec la même convention qui régit les subalternes à pied. Pour chaque « cuadrilla » le picador le plus ancien dans la profession est à droite lorsque l’on regarde le paseo de face. Généralement, six picadors font le paseo à Madrid, les deux picadors de réserve règlementaire engagés par l’empressa y figurent également.

Les raies concentriques tracées dans la piste servent à délimiter la distance minimale entre le toro et le cavalier avant leur rencontre, soit deux mètres. Ces deux lignes se situent : La première à 7 mètres des barrières, la seconde à 9 mètres. Le sens de déplacement dans la piste fut précisé dans les règlements antérieurs. Le picador doit longer les barrières dans les sens inverse des aiguilles d’une montre, c'est-à-dire, se déplacer vers la droite. L’usage est conservé, bien que le règlement de 1962, actuellement en vigueur, soit muet sur ce point.

Pour une bonne exécution de la suerte, le picador doit se tenir un peu éloigné des barrières, sans dépasser la ligne.

Il doit présenter son cheval de face, légèrement de biais par rapport à la charge du toro. Le cite, qui consiste à provoquer le toro peut s’effectuer par la voix ou le geste, en soulevant la pique ou bien en faisant tinter l’étrier.

Au moment du cite par le picador, le règlement stipule qu’aucune personne ne pourra avancer plus loin que l’étrier gauche. Interdiction formelle également à quiconque de se trouver du côté droit.

Dans le cas d’une corrida de  trois toreros, l’on peut se trouver en piste à gauche du cheval : le torero qui doit lidier le toro, deux subalternes de sa cuadrilla et les deux autres toreros du cartel.Le troisième subalterne de la cuadrilla sera aux côtés du deuxième picador en piste, généralement prés de la porte des chevaux.

Le toro charge donc en ligne droite ; autrefois, le toro n’avait pas toujours une charge rectiligne car le picador était mobile ( A noter que de nos jours le picador est immobile lorsqu’il cite). Quand le toro fonce et arrive à bonne distance, le picador place sa pique à la base du morillo en appuyant de tout son poids (puyazo). Au cours de cette manœuvre il doit manier la bride du cheval vers la gauche afin de le faire pivoter, pour éviter d’enfermer le toro et pouvoir ainsi juger du caractère de celui-ci sous le châtiment. Il peut repiquer le toro pour défendre sa monture si celui-ci recharge, même s’il n’y a pas eu de quite permettant de replacer les deux protagonistes. Par contre il ne doit pas faire pivoter sa monture vers la droite afin de couper la retraite du taureau (carioca), ni s’adosser aux planches, ni piquer en arrière ou sur le côté, ne pas attendre aussi que le toro soit collé au peto pour le piquer. Toutes ces manœuvres donnant un châtiment excessif, auraient des conséquences fâcheuses pour la suite du combat (lidia).

Le picador ne doit pas abandonner son cheval, ni en changer au cours du premier tiers. Interdiction est faite au « monosabio » de tenir le cheval par la bride et aux toreros ou à quiconque de tirer le toro par la queue (quite coleando), à moins d’un danger extrême, c'est-à-dire pour sauver quelqu’un d’un coup de corne.

La bravoure d’un toro, (son instinct offensif) sera jugée par rapport à la manière dont il se comportera face au picador.

L’archétype du toro bravo est celui qui accepte plusieurs piques (trois et plus) dans le même terrain et avec détermination, attaque le groupe équestre immobile dès qu’il l’aperçoit ou à la moindre sollicitation, le cherchant même parfois. Au contact du cavalier, il pousse de toutes ses forces, en appui sur le train arrière, la tête basse non mobile sur le flanc ou le poitrail de la monture. Le terrain idéal pour provoquer le toro, mettre en évidence et apprécier sa qualité d’attaque est celui qui se trouve à l’opposé du toril.

Il y a une gradation dans l’appréciation de la bravoure exprimée. Diverses appellations sont employées pour en indiquer le degré : Bravucon, Bravito, De Bandera.

A l’inverse du toro bravo, il y a le manso (couard) qui refuse de s’attaquer au picador ou le fait dans un style incertain, par à coups, donnant des coups de tête pour se défendre et désarmer le piquero dont la pique le blesse. La mansedumbre comme la bravoure est aussi graduée par des qualificatifs : Mansote, Mansurron, Manso Perdido.

La corrida, concours de ganaderias, est celle où le toro doit être mis en valeur. Le tercio de piques s’y déroule avec beaucoup de sérieux pour permettre de juger la bravoure du toro, bravoure qui est le critère de valeur le plus important pour désigner les meilleurs toros. Certaines règles régissent les corridas concours : Outre les deux cercles concentriques habituels, on trace à l’opposé du toril deux lignes radiales aux barrières, ce qui permet de délimiter l’emplacement idéal pour le bon déroulement du tercio et apprécier la bravoure intrinsèque des toros en compétition.

Plusieurs piques prises dans le même terrain éloigné du toril sont une preuve de la qualité de la bravoure exprimée.

De même, lorsque le châtiment subi sera suffisant compte tenu des conditions physiques de l’animal, pour augmenter le nombre de piques possibles (autre critère de bravoure pure) acceptées par un toro, le tercio peut se prolonger en piquant avec le « regaton » (bout de hampe opposée au fer), rencontres supplémentaires sans trop de dommage pour le toro, mais probantes pour mettre en valeur son agressivité face au picador.

Cette suerte n’est utilisée qu’en corrida concours, ou dans des cas très exeptionnels.

Dans ce type de corrida, les éleveurs présentent en général des toros dont ils estiment que le comportement sera excellent, se basant exclusivement sur leur filiation. Si le comportement du toro est exemplaire, grâce de la vie leur est faite : C’est L’indulto.

Après guérison des blessures occasionnées par la pique, le toro restera dans l’élevage et servira de reproducteur.

Prochaine parution : Conclusion vendredi 26/01

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L’ART DE LA PIQUE (2)

Publié le par Cositas de toros

 

 

LE PICADOR

ET SA MONTURE

 

Considérons avec attention les protagonistes de la première suerte d’une corrida.

 

Le cheval : On utilise de nos jours des chevaux de forte corpulence qui n’ont plus la ressemblance avec ceux utilisés à la fin du XVIII ème siècle, qui étaient des chevaux de petite taille, généralement de race andalouse.

Depuis déjà plusieurs décennies, le cheval du picador n’est plus la victime d’un sacrifice comme le croient certains ou comme d’autres l’imaginent.

Il est devenu le fruit de l’évolution de sa fonction, dressé et habitué aux chocs qu’occasionnent le toro de combat lors de leur confrontation, même si en certaines circonstances, des affrontements violents se produisent.

Il n’y a plus de comparaison avec certaines scènes de boucherie qui se déroulaient en piste avant la mise en vigueur de la protection que l’on retrouve aujourd’hui appelée « caparaçon » et qui, lui aussi, c’est amélioré depuis 1927.

Cette protection est faite d’une solide toile non transperçable et rembourrée de coton, fixée et compartimentée par des pompons rouges, des lanières de cuir permettant son ajustage et sa fixation sur le cheval, son poids ne devant pas dépasser 30 Kilos. Le cheval une fois pourvu de son caparaçon règlementaire sera équipé d’une selle et de son harnachement. Un large étrier de métal (estribo ou desquilla) est monté sur le côté droit et rappelle l’étrier arabe.

Le cheval, animal sensible et peureux, subira une pratique devenue courante qui consiste à lui administrer un calmant avant la corrida. On lui bouchera les oreilles avec du papier journal pour l’isoler des bruits extérieurs. Son œil droit sera porteur d’un bandeau de couleur rouge.

Toutes ces opérations sont effectuées dans le but de lui permettre d’accomplir correctement sa besogne.

Le maniement du cheval se pratique en rênes d’appuis, c’est la façon de le conduire d’une seule main, la gauche. Seul l’éperon gauche sera utilisé pour le diriger, il faudra vérifier s’il est sensible de la bouche et s’assurer de ses aptitudes à répondre aux commandements. Certains chevaux peuvent être refusés par les vétérinaires. A cet effet, on leur perfore l’oreille gauche, signe distinctif de rejet afin de plus être utilisés comme monture de picador.

Le Picador : Le picador est un torero à cheval, survivance de l’époque lointaine où, combattre le toro à cheval avec la lance était un apanage de la noblesse. Par la suite, la lance deviendra « Rejon » dans un cas, puya dans l’autre.

Le picador est habillé d’une veste analogue à celle des toreros à pied (chaquetilla) pouvant être indifféremment brodée d’or, d’argent ou de jais. Il est coiffé d’un chapeau de feutre de castor (castoreño) très épais, à calotte rouge et à larges bords, orné d’un pompon de couleur. Ce chapeau est muni d’une jugulaire (barboquero).

Son pantalon est en daim de couleur jaune. Sa jambe droite est protégée par une botte cuissarde articulée appelée « mona » ou « gregoriana » du nom de son inventeur Grégorio GALLO. La chaussure gauche est une chaussure à bout renforcé et semelle de fer, surmontée d’une guêtre de même métal.

Depuis déjà de nombreuses années, le picador est devenu un subalterne aux ordres de son maestro qui doit être, aux yeux du public, le seul responsable dans l’art et la manière d’effectuer ce tercio fondamental qu’est la suerte de  piques.

Prochaine parution : Le déroulement du tercio Lundi 22/01

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